« Principe de contexte » et circonstances : de Frege à Wittgenstein

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Si Wittgenstein ne fait pas d’histoire de la philosophie, il s’inscrit, de son propre aveu, dans l’héritage de plusieurs penseurs. Pour reprendre l’une de ses fameuses listes, on peut citer : Boltzmann, Hertz, Schopenhauer, Frege, Russell, Kraus, Loos, Weininger, Spengler et Sraffa[1]. Au sein de cette galerie des portraits, que l’on pourrait bien sûr prolonger, le personnage de Frege joue un rôle privilégié. Rappelons en effet que si, en 1909, Wittgenstein décide d’abandonner ses études en aéronautique pour rejoindre Bertrand Russell[2] à Cambridge, la découverte de Gottlob Frege est tout aussi décisive dans la formation du jeune homme. Avant de rejoindre Russell en 1911, Wittgenstein rend visite au professeur allemand alors méconnu, et il entretiendra un contact épistolaire avec lui. En 1918, après la première guerre, c’est d’abord à Frege que Wittgenstein annonce l’existence de ce qui deviendra le Tractatus logico-philosophicus[3]. De fait, l’influence de Frege sur le jeune Wittgenstein est indéniable et celui-ci la reconnaît sans conteste : « Le style de mes propositions a été extraordinairement fortement influencé par Frege. Et si je le voulais, je pourrais établir cette influence là où, à première vue, personne ne la verrait »[4]. L’analyse de cette filiation requerrait un travail autonome. Mais on propose ici d’analyser, plus spécifiquement, l’ascendant du « principe de contexte » introduit dans les Fondements de l’arithmétique[5] de Frege sur l’œuvre de Wittgenstein[6]. On veut montrer l’influence considérable de ce principe propositionnel sur le Tractatus mais également sur les Recherches philosophiques[7] ainsi que les reformulations auxquelles Wittgenstein le soumet.

 Le principe propositionnel de contexte dans les Fondements de l’arithmétique de Frege

La première occurrence du « principe de contexte » dans l’œuvre de Frege survient dans la préface de ses Fondements de l’arithmétique. C’est le deuxième des trois principes directifs de l’œuvre :

Voici les principes auxquels je me suis attaché dans cette recherche.

Il faut nettement séparer le psychologique du logique, le subjectif de l’objectif.

On doit rechercher ce que les mots veulent dire non pas isolément mais pris dans leur contexte. (nach der Bedeutung der Wörter muß im Satzszusammenhange, nicht in ihrer Vereinzelung gefragt werden).

Il faut ne jamais perdre de vue la différence entre concept et objet[8].

Ces trois principes sont intimement liés. Le deuxième, le principe propositionnel de contexte, est en effet édicté pour seconder le premier : « si l’on néglige le second principe, on est conduit presque nécessairement à donner aux mots pour signification des images ou des événements intérieurs à l’âme individuelle : et l’on se heurte de nouveau au premier principe »[9]. Le rôle du « principe  contextuel » est ainsi clarifié. Pour ne pas céder à la tentation psychologiste, c’est-à-dire pour ne pas attribuer aux mots, au lieu de références, des représentations, on doit concevoir chaque mot dans le contexte de la proposition dans laquelle il s’inscrit. Le troisième principe de la préface requiert également le principe contextualiste. Car on ne peut distinguer un « concept » d’un « objet », soit deux types logiques, que dans le contexte de la proposition où ces types prennent sens.

Au paragraphe 60 des mêmes Fondements, on trouve une deuxième occurrence du concept de « contexte » (Zusammenhang). Ce paragraphe 60 joue un rôle stratégique dans l’économie de l’œuvre. Il clôt la démonstration du caractère objectif et non pas conceptuel des nombres. Le paragraphe condamne – dans la logique de la critique du psychologisme – le recours à la représentation dans l’exercice du jugement. Frege y définit le rapport des représentations à la pensée comme « extrinsèque, arbitraire et conventionnel » :

La pensée nous fait souvent transgresser les bornes du représentable sans que nos jugements perdent pour autant toute matière. Même si, comme il semble, l’homme n’est pas capable de penser sans représentations, leur rapport à l’objet de la pensée peut être extrinsèque, arbitraire et conventionnel[10].

C’est dans la logique de cette réfutation du rôle des représentations qu’est introduite la deuxième occurrence du « principe contextuel ». Pour conjurer le recours à la représentation psychologique, il faut s’interdire de considérer les mots « pris isolément ». Ainsi seulement peut-on comprendre que la « signification »[11] (Bedeutung) des mots n’est pas une « image interne » :

 Que le contenu d’un mot ne soit pas représentable, il n’y a là aucune raison pour lui refuser une signification (Bedeutung) ou en exclure l’usage. L’illusion contraire vient de ce que nous considérons les mots pris isolément (die Wörter vereinzelt betrachten) et cherchons la signification de chacun d’eux, et à procéder ainsi on prend une représentation pour la signification cherchée. Nous croyons qu’un mot n’a pas de contenu si aucune image interne n’y correspond. Mais il faut toujours faire porter l’attention sur une proposition complète (einen vollständigen Satz). C’est là seulement que les mots veulent proprement dire quelque chose (Nur in ihm haben die Wörter eigentlich eine Bedeutung)[12].

Les mots n’ont donc de référence que dans le contexte de la proposition, considérée comme un tout. Remarquons que dans cette deuxième occurrence, tout comme dans la première, l’usage du principe de contexte est d’abord méthodique. Il permet de prévenir toute lecture psychologique de l’exercice du jugement. Aussi le principe vaut-il comme une condition suffisante : ce n’est que dans le contexte des propositions qui expriment un jugement que les mots peuvent avoir une signification (Bedeutung) et un contenu (Inhalt)[13] : « Il suffit qu’une proposition prise comme un tout (der Satz als Ganzes) ait un sens : ses parties reçoivent par là même un contenu (Inhalt) ».

On trouve une troisième occurrence du concept, au paragraphe 62 des Fondements. Dans ce paragraphe, le concept de contexte est appliqué aux nombres cardinaux :

Si nous n’avons aucune représentation ni intuition d’un nombre, comment peut-il jamais nous être donné ? Les mots n’ont de signification qu’au sein d’une proposition (nur im Zusammenhange eines Satzes bedeuten die Wörter etwas) ; il s’agira donc de définir le sens d’une proposition où figure un terme numérique. […] Par là même, nous donnerons un critère général pour juger de l’identité des nombres[14].

Ici encore, l’introduction du principe est méthodique. Il sert la démonstration du caractère objectif des nombres. Par le recours au principe de contexte, en montrant que l’objet « nombre », pris isolément, n’a pas de signification, Frege soutient que le nombre n’est pas un prédicat ou une propriété isolable. Tout comme dans l’occurrence précédente, on note que l’introduction du principe de contexte endigue tout recours psychologiste à la notion de représentation.

Enfin, on trouve une dernière occurrence du « principe de contexte » dans le paragraphe récapitulatif des Fondements. Michael Dummett[15] souligne à juste titre la place hautement stratégique qui est ainsi dévolue au principe. C’est la preuve, selon Dummett, du statut absolument fondamental du concept dans l’œuvre de Frege.

Nous avons alors posé en principe que la signification d’un mot ne doit pas être définie isolément mais dans le contexte d’une proposition (die Bedeutung eines Wortes nicht vereinzelt, sondern im Zusammenhange eines Satzes zur erklären sei) ; et seul ce principe permet, je pense, d’éviter une conception physicaliste du nombre sans nous rejeter dans une conception psychologiste[16].

Comme le confirme encore ce paragraphe récapitulatif, par le principe, il s’agit bien de conjurer toute conception psychologique ou physicaliste du nombre pour parvenir à penser le nombre comme un objet.

L’examen des quatre occurrences du « principe de contexte » souligne donc l’importance stratégique du principe et précise son statut. Le « principe propositionnel de contexte » a d’abord un rôle méthodique. Il stipule que c’est au sein d’une proposition que l’on peut attribuer une « signification/référence » (Bedeutung) et un « contenu » (Inhalt) aux éléments de la proposition.

Principe propositionnel de contexte et circonstances chez le Frege de la maturité

Si une certaine doxa[17] soutient que le « principe de contexte » est abandonné par Frege après les Fondements de l’arithmétique, on soutient avec Dummett[18] que le principe est maintenu ultérieurement, notamment dans les textes décisifs de 1892 puis de 1918 que sont « Sur le sens et la référence » et « La pensée. Une recherche logique »[19]. Certes, ainsi que le concède Dummett, les concepts de Frege sont sujets à une évolution après les Fondements. Avant 1884, certains concepts frégéens sont encore indéterminés. Dans les premiers textes, les concepts de Inhalt et de Bedeutung sont interchangeables, par exemple dans le paragraphe 60, déjà cité, des Fondements. La distinction entre Sinn et Bedeutung n’est par ailleurs pas encore opérante. Pour autant, en 1892, et plus encore en 1918, Frege concède un rôle au « contexte », d’abord pensé comme « Zusammenhang » puis comme « Umstände ».

Au nom du premier principe de la préface des Fondements de l’arithmétique qui intime l’exigence de « nettement séparer le psychologique du logique, le subjectif de l’objectif », Frege s’écarte progressivement de toute « philosophie du langage » pour développer, à partir de l’article « Sur le sens et la référence », « une théorie philosophique, logique et non linguistique, de la signification »[20]. « Sur fond d’anti-psychologisme vigoureux »[21], cet article définit le « sens » (Sinn) comme l’accès épistémique et non pas linguistique à la « référence » (Bedeutung). Plus encore, la philosophie non psychologiste de la maturité de Frege se présente comme un combat contre le langage vernaculaire, la grammaire présentant par excellence un lieu de confusion du logique et du psychologique. En conséquence, dans le texte de 1892, le « contexte » intervient d’abord de manière négative, comme un élément d’opacité. Frege est explicite : « il faut s’estimer heureux là où seulement le même mot a toujours le même sens dans le même contexte (Zusammenhang) »[22].

Dans l’article, Frege distingue trois niveaux d’analyse du « sens » et de la « référence » : les niveaux du mot, des expressions et des « phrases » complètes (Sätze). C’est à ce dernier niveau qu’un principe de contexte propositionnel est à nouveau mobilisé. Il opère aussi bien pour déterminer le « sens » que la « référence »[23] de la phrase. Comme le note Frege, si on change un mot de la phrase par un autre de même référence mais de sens différent, cela modifie le sens de la pensée exprimée par la phrase. En outre, par l’exemple bien connu de la phrase, « Ulysse fut déposé sur le sol d’Ithaque dans un profond sommeil »[24], Frege montre que si un mot de la phrase n’a pas de référence (Ulysse), la proposition n’en a pas non plus. Inversement, « quelqu’un qui tient sérieusement la proposition pour vraie ou fausse reconnaît aussi une référence au nom “Ulysse”, et non seulement un sens car c’est bien à la référence de ce nom que le prédicat est attribué ou dénié »[25]. Aussi, pour attribuer du sens et une référence à une « phrase » (Satz), il faut considérer chacun des composants dans le Zusammenhang des Satzes. On retrouve ici le principe de la préface des Fondements de l’arithmétique que rappelle Wittgenstein au paragraphe 49 des Recherches philosophiques : « C’est aussi ce que voulait dire Frege en disant qu’un mot n’a de signification (Bedeutung) que dans le contexte d’une phrase (Satzzusammenhang) ».[26]

On note enfin que, dans ce même article de 1892, Frege accorde déjà une certaine valeur aux circonstances dans lesquelles une phrase est pensée. C’est manifeste dans le commentaire qu’il propose des propositions subordonnées, dans la dernière partie du texte (afin de savoir si les propositions subordonnées ont elles-mêmes un « sens » et une « référence », indépendamment de la principale). Frege prend comme exemple la phrase suivante : « Napoléon, qui reconnut le danger pour son flanc droit, conduisit lui-même ses gardes contre la position ennemie »[27]. Frege reconnaît que la proposition subordonnée « a pour elle-même comme sens une pensée complète »  (à savoir « Napoléon reconnut le danger pour son flanc droit ») et une référence (une valeur de vérité). Il convient d’être attentif à l’indication qu’apporte Frege dans la parenthèse : « la subordonnée a pour elle-même comme sens une pensée complète (si nous la complétons par l’indication du temps et du lieu) ». Et plus haut : « quand et où cela arriva, voilà qui ne peut certes être connu qu’à partir du contexte (Zusammenhang), mais qui doit être tenu pour ainsi déterminé »[28]. Aussi, c’est par la mobilisation des circonstances de la phrase (« quand et où ») que l’on peut déterminer son sens dans le « contexte » de la phrase (Satzzusammenhang). Frege présente les « circonstances » spatio-temporelles comme une condition de détermination du sens de la phrase. Certes, nulle mention n’est faite des circonstances de l’énonciation de la phrase. Les circonstances en question ne renvoient qu’au cadre spatio-temporel non conventionnel d’expression de la pensée. Pour autant, Frege introduit une brèche dans laquelle un contextualisme plus radical pourra s’insérer en indiquant que les contenus de jugement (et des pensées) sont déterminés par les circonstances du jugement.

Dans l’article postérieur de 1918, « La pensée. Une recherche logique », la brèche se précise. De même qu’en 1892, en respect du premier principe de la préface des Fondements de l’arithmétique, l’analyse de la pensée se présente sur fond d’une critique virulente du psychologisme. C’est manifeste dès les premières lignes de l’article :

pour exclure toute mésinterprétation et ne pas laisser effacer la frontière entre le psychologique et le logique, j’impartis à la logique la tâche de trouver les lois de l’être-vrai, et non pas celles du  tenir-pour-vrai ou du penser[29].

À cette fin, Frege introduit un « troisième règne » au côté du règne des représentations et du règne des choses : ce qui y appartient concorde avec les représentations en ce que cela ne peut être perçu que par les sens, mais avec les choses en ce que cela n’a besoin d’aucun porteur au contenu de conscience duquel cela appartienne »[30]. C’est le règne de la pensée présentée comme « quelque chose à propos de quoi en général la vérité peut venir en question »[31].

Or, la lutte contre le psychologisme dans la définition de ce troisième règne présuppose, comme en 1892, un « combat contre la langue »[32]. À cette fin, l’article de 1918 distingue « l’assertion » d’une pensée de son « expression ». L’assertion (le tenir-pour-vrai une pensée) présuppose certes une « extériorisation linguistique ». Mais cette expression ne se substitue pas à l’assertion. Il ne suffit pas d’exprimer le mot « vrai » pour effectuer une assertion. Comme le note clairement Frege, « la force assertive » d’une proposition assertive « ne réside » pas dans « le mot vrai »[33]. Pour reprendre son exemple, de même que le coup de théâtre au tonnerre est un simulacre de coup de tonnerre, « l’assertion de théâtre est un simulacre d’assertion »[34].

Non seulement l’expression ne substitue pas à l’assertion mais elle peut l’entacher ou du moins la dissimuler. Frege pointe ainsi les phénomènes linguistiques qui « compliquent » la compréhension de l’assertion. Il s’agit des éléments de la langue qu’affectionne la poésie et qui agissent « sur le sentiment, l’humeur de l’auditeur, ou mettent en branle son imagination »[35]. Par ces phénomènes, Frege désigne les modulateurs (« des mots comme “malheureusement”, “heureusement” sont de ce genre »), les différences lexicales (utiliser « le mot ”cheval” ou “cavale”, ou “canasson”, ou “haridelle” »), les jeux d’accentuation, de rythme, de structuration de la phrase (par exemple : « on peut restructurer une phrase en faisant basculer son verbe de l’actif au passif et en faisant simultanément de l’objet à l’accusatif un sujet ») : « ce qu’on peut nommer tonalité (Stimmung), parfum, éclairage dans la poésie »[36]. L’usage de ces phénomènes proprement linguistiques, précise Frege, « ne fait aucune différence dans la pensée »[37]. « À l’esprit qui recherche la beauté dans la langue peut précisément sembler important ce qui est indifférent au logicien »[38]. Mais ces phénomènes linguistiques qui sont indifférents au logicien présentent le vice d’introduire des phénomènes de flottement qu’il faut combattre. Aussi, pour éviter de contaminer la pensée par les altérations qui menacent le niveau linguistique, « il faut vraiment distinguer deux genres de choses : l’expression de la pensée et l’assertion »[39].

Mais si l’article se présente en conséquence comme un combat avec la langue dans l’intention de protéger le règne de la pensée des altérations propres à l’expression linguistique des langues vernaculaires, son combat requiert, précisément pour cette raison, une attention inouïe aux formes linguistiques et à leur diversité d’usage. Frege le reconnaît : « le sensible se réimpose toujours et rend l’expression imagée et par là impropre. Il en résulte un combat avec la langue, et je suis forcé de m’occuper encore de la langue, bien que ce ne soit pas ici ma tâche propre »[40]. Par cette attention soignée aux formes à combattre, Frege fait des découvertes décisives sur les phénomènes linguistiques.

Il remarque d’abord, comme nous venons de le commenter, que « le contenu d’une phrase déborde la pensée qui est exprimée en elle »[41], du fait de la richesse propre à la sphère linguistique (« la beauté de la langue ») dont fait grand cas la poésie. Mais il témoigne aussi d’une intuition proprement révolutionnaire quand il indique par ailleurs que « l’inverse se produit aussi souvent, à savoir que la simple lettre (Wortlaut) qui peut être fixée par l’écriture ou le phonographe ne suffit pas à l’expression de la pensée ». Frege comprend que « l’expression de la pensée » (à bien distinguer de l’assertion) requiert, dans sa détermination, des éléments extra-sémantiques. On voit surgir ici un renvoi manifeste, explicité quelques lignes plus bas, aux « circonstances (Umstände) qui accompagnent la parole, et qui, dans ces cas, sont employées comme des moyens de l’expression de la pensée »[42]. L’intuition se précise par l’analyse que Frege consacre au phénomène d’indexicalité en accordant une attention particulière aux indexicaux « aujourd’hui », « ici », « là » et « je »[43]. « Dans tous les cas de ce genre », précise Frege, « la simple lettre, telle qu’elle peut être fixée par écrit, n’est pas l’expression complète de la pensée ». Seul un recours aux circonstances, en l’occurrence temporelles et spatiales pour les trois premiers cas, permet d’« appréhender correctement » l’expression de la pensée[44]. L’intuition concerne, localement, les expressions indexicales mais la suite du texte élargit sa portée en précisant que même l’expression d’un énoncé ordinaire comme « cet arbre a un feuillage vert » requiert des éléments de contexte extra-sémantiques :

La lettre de l’énoncé « cet arbre a un feuillage vert » ne suffit pas à elle seule à remplir la fonction d’expression, car le temps auquel la parole est proférée en fait partie aussi. Sans la détermination temporelle qui est donnée par là, nous n’avons pas de pensée complète, c’est-à-dire pas de pensée du tout. Seule la phrase complétée par la détermination de temps et complète à tout point de vue exprime une pensée[45].

Ainsi, la détermination de l’expression d’une pensée (et non pas de l’assertion) mobilise des « circonstances » (Umstände), notamment temporelles, pour être « complétée ». Par l’analyse des « indexicaux » et, plus généralement, de l’expression d’une pensée, Frege entrevoit que des éléments contextuels extra-sémantiques sont requis pour déterminer l’expression des éléments de la phrase. Si Frege ne considère pas de manière positive ce phénomène dit « d’altération » dont il convient de protéger le règne de la pensée, il reste qu’il introduit par là une intuition fondamentale que ses héritiers retiendront. Frege comprend le rôle de la dimension extra-sémantique du langage dans la détermination de l’expression d’une pensée. On trouve ici la première expression d’un principe non pas seulement de « contexte » (Zusammenhang) propositionnel mais d’un principe de contexte extra-sémantique (Umstände).

Pour autant, si l’intuition est révolutionnaire, on peut noter que Frege ne sort pas de la syntaxe. Il invite certes à en compléter le contenu, par l’introduction de circonstances extérieures. Mais le contexte introduit a vocation à être absorbé par les éléments sémantiques de la phrase. Il vient en compléter le sens. C’est bien au titre d’un complément du contenu de l’expression du sens (puis du règne de la pensée) que Frege introduit ces « circonstances ». Aussi intéressante soit l’intuition, elle en reste donc à une acception syntaxique et sémantique du contexte. Comme le commente de manière éclairante Jocelyn Benoist – dont nous nous inspirons ici :

[Avec Frege,] nous ne sommes pas réellement sortis de la syntaxe. Nous l’avons simplement élargie. […] Ce phénomène nous oblige, certes, à réviser assez profondément notre représentation de ce que c’est que parler : ce n’est certainement pas utiliser un stock d’expression ayant un sens « tout fait » – il faut, comme on dit parfois « puiser dans le contexte » pour achever et fixer ce sens, qui est toujours le sens d’un acte précis d’énonciation. Mais d’un autre côté, ce sens-là des circonstances, loin précisément de les constituer en extériorité par rapport au langage, en élargissant le sens de celui-ci, les y internalise.[46]

On retient de cette analyse que Frege introduit, dès la préface aux Fondements de l’arithmétique de 1884, un « principe de contexte » propositionnel : Frege stipule que la référence (Bedeutung) des éléments sémantiques d’une phrase se détermine dans le contexte de la phrase. Ainsi qu’on l’a montré, c’est le principe que reprennent les articles de 1892 (« Sur le sens et la référence » et « Concept et objet ») et, dans une moindre mesure, le texte de 1918. On note également que le texte révolutionnaire de 1918 (préfiguré jusqu’à un certain point par l’article « Sur le sens et la référence ») souligne, certes comme un élément de perturbation, la dimension extra-sémantique du langage : le rôle des Umstände dans la détermination de l’expression d’une pensée.

Il convient de comprendre comment Wittgenstein hérite de ces concepts. On entend examiner l’avenir du principe propositionnel des Fondements de l’arithmétique et notamment son ascendant sur la rédaction du Tractatus logico-philosophicus. Puis on examinera la manière dont Wittgenstein mobilise le concept de Umstände après 1930, pour vérifier s’il ne succombe pas au même « écueil » que Frege et s’il parvient à « sortir le contexte de la syntaxe ».

 

Le principe de contexte dans le Tractatus logico-philosophicus

Rappelons tout d’abord que, dans le Tractatus logico-philosophicus, une suite de signes n’est une proposition bien formée que si elle adopte la « forme générale de la proposition » (TLP, 4.5). Cette forme est une forme logique commune à la proposition et au « fait » qu’elle représente. Elle est « l’image logique » des faits. La forme de la proposition, ainsi que le révèlent les Carnets de 1914 (29/09/1914), est pensée sur le modèle de la maquette d’un accident de la circulation, destiné à la reconstitution des faits lors d’un procès. La proposition, telle la maquette, est pensée comme la projection figurant une situation particulière par isomorphisme. La proposition partage une multiplicité logique avec la situation figurée. Cette figuration ne nécessite aucun médium car les lois combinatoires – et donc la forme logique de la proposition – sont intimées par les constituants. L’analyse logique de la proposition est une analyse de ses constituants (4.024).

Or, dans les propositions 3.3 à 3.322 du Tractatus logico-philosophicus, Wittgenstein clarifie le concept de proposition et introduit, dans la fameuse proposition 3.3, le principe qui nous intéresse :

Seule la proposition a un sens ; et ce n’est que dans le contexte d’une proposition (im Zusammenhange des Satzes) que le nom a une référence – Bedeutung.[47]

On retrouve ici le principe frégéen des Fondements de l’arithmétique que citent les Recherches au paragraphe 49. Rappelons-le : « un mot n’a de signification (Bedeutung) que dans le contexte d’une phrase (im Satzzusammenhang) ». Il convient en conséquence de définir la spécificité du principe qui est réintroduit en 3.3 dans le Tractatus.

Comme le précise Wittgenstein un peu plus loin, en 3.323, l’attribution d’une « référence », dans le contexte de la proposition, joue un rôle déterminant dans la détermination des symboles. Car ce qui distingue un symbole d’un autre, c’est sa « référence » (Bedeutung).

3.323. Dans la langue usuelle, il arrive fort souvent que le même mot dénote de plusieurs manières différentes – et appartienne donc à des symboles différents –, ou bien que deux mots qui dénotent de manières différentes, sont en apparence employés dans la proposition de la même manière. […]

 (Dans la proposition « Brun est brun » – où le premier mot est un nom de personne, le dernier un adjectif qualificatif – ces deux mots n’ont pas simplement des significations différentes, ce sont des symboles différents.)

Le symbole, à la différence du signe qui est une unité graphique que des expressions perceptibles dans la proposition ont en commun (une icône, une inscription, un graphe, etc.), est une unité logique dont la description appartient à une catégorie logique donnée (nom propre, fonction de premier niveau, etc.). Wittgenstein le définit en 3.31 comme « l’expression » de la proposition. C’est « une partie de la proposition qui caractérise son sens »[48]. Son rôle est d’abord fonctionnel : il montre qu’une proposition a du sens. Or, si le symbole a un corps (le signe) par l’intermédiaire duquel il est capable de caractériser le sens d’une proposition, il se détermine par sa « référence »[49]. Aussi, quand la proposition 3.3 stipule que « ce n’est que dans le contexte d’une proposition que le nom a une référence », elle stipule que ce n’est que dans le contexte de la proposition qu’un symbole gagne une détermination par sa référence.

Si ce principe de contexte est un principe propositionnel fidèle au principe inaugural de Frege, il convient de noter que Wittgenstein introduit une dimension fondamentale dans l’analyse : la sensibilité à l’usage. C’est manifeste en 3.326 :

Pour reconnaître le symbole sous le signe, il faut prendre garde à son usage pourvu de sens[50].

C’est donc l’usage qui fait du signe un symbole. Car la référence se détermine par l’usage qui est fait du signe en contexte. Aussi, dans le Tractatus, si Wittgenstein maintient que le contexte est celui de la proposition, il accorde un rôle fondamental à l’usage qui est fait du signe. S’il serait hâtif d’en conclure que Wittgenstein s’intéresse, dès le Tractatus, à la dimension « pragmatique » (ou du moins extra-sémantique) de l’expression, il est clair que cette notion d’usage préfigure bon nombre des intuitions des textes ultérieurs.

James Conant, dans l’article « Wittgenstein. On Meaning and Use »[51], souligne cette attention portée à l’usage dès le Tractatus. Il considère la proposition 3.3 précédemment citée comme une reformulation du deuxième principe des Fondements de l’arithmétique de Frege. Mais il comprend ce contexte comme « un contexte d’usage » qui préfigure certaines des thèses centrales des Recherches[52] :

Pour le dernier Wittgenstein, comme pour le premier, comprendre une proposition consiste toujours à voir le symbole dans le signe – à percevoir une certaine physionomie de la signification dans une série de signes, à voir une face de la signification dans un emploi des mots. Pour le dernier Wittgenstein, de même que pour le premier, ce n’est pas quelque chose que l’on peut faire sans considérer le contexte d’usage significatif[53].

Aussi, on comprend que le Tractatus adopte le principe frégéen des Fondements de l’arithmétique en 3.3, en insistant par ailleurs sur le rôle de l’usage dans la détermination des références qui font du signe un symbole. Ce qui détermine la « référence » du symbole, c’est l’usage qui en est fait en contexte. Mais si ce contexte est un « contexte d’usage », cela reste un « contexte propositionnel ». On propose d’examiner en conséquence comment le Wittgenstein du retour à Cambridge mais surtout des Recherches philosophiques hérite d’un tel principe propositionnel.

Du contexte propositionnel aux circonstances

Comme le souligne James Conant dans l’article précédemment cité, après 1930, Wittgenstein procède à une « généralisation » du principe de contexte en l’appliquant non plus seulement aux mots mais aux propositions (Sätze). Le contexte discriminant n’est plus alors le Zusammenhang des Satzes  mais les Umstände ou l’Umgebung d’usage dans lesquels elles s’insèrent. De fait, on observe un changement terminologique à partir des Recherches. Si Wittgenstein continue à user du concept de Zusammenhang pour indiquer un contexte propositionnel ou phrastique, dans les Recherches, il privilégie l’usage du terme Umstände (circonstances). L’analyse d’une telle formulation exigerait un travail autonome que nous ne pouvons pas fournir ici. On entend cependant en préciser un aspect en accordant une attention spécifique à l’un des concepts opérateurs des Recherches philosophiques : le concept de « jeu de langage ».

En effet, ainsi que le souligne Charles Travis dans le chapitre 3 de l’un de ses grands livres consacrés à Wittgenstein, Les usages du sens[54], c’est au tout début des Recherches philosophiques, dans les paragraphes où la notion de « jeu de langage » est introduite, que les phénomènes de sensibilité à l’usage et aux circonstances sont les plus manifestes :

Si l’idée d’une sensibilité à l’usage du locuteur (S-Use sensitivity) et, plus spécifiquement, d’une sensibilité de la sémantique à l’usage du locuteur sont bien des idées wittgensteiniennes, où sont-elles introduites ? Je crois qu’elles sont introduites au tout début des Recherches dans la discussion sur la notion de « jeu de langage »[55].

Aussi, pour préciser le rôle des « circonstances » dans les Recherches, il est précieux de commencer par rappeler le rôle fondamental qu’y joue le concept de « jeu de langage ». Dans la logique de la méthode du tournant grammatical du retour à Cambridge, le jeu de langage est défini comme un « objet de comparaison » aux enjeux clarificateurs. C’est manifeste dès le Cahier bleu : « Lorsque nous examinons de telles formes simples de langage [i.e. des jeux de langage], la brume mentale qui semble envelopper notre utilisation ordinaire du langage disparaît. Nous voyons des activités et des réactions clairement dessinées et transparentes »[56]. La célèbre définition du paragraphe 130 des Recherches le confirme :

Nos jeux de langage clairs et simples ne sont pas des études préparatoires pour une réglementation future du langage – ce ne sont pas de premières approximations, qui ne tiendraient compte ni du frottement ni de la résistance de l’air. Les jeux de langage se présentent plutôt comme des objets de comparaison, qui doivent éclairer, au moyen de ressemblances et de dissemblances, les conditions qui sont celles de notre langage[57].

Dans ce contexte, on comprend que le recours au jeu de langage est d’abord méthodique. C’est un outil de comparaison clarificateur. Comme le confirme Denis Perrin dans un article récent, par l’utilisation du « jeu de langage », « il s’agit de donner une forme clairement visible à une certaine image de la grammaire, et par ce biais, d’amener celui qui est sous l’emprise de cette image à “reconnaître” (erkennen) qu’elle n’est en définitive qu’un aspect de notre langage parmi d’autres »[58]. À ce titre, c’est un des outils privilégiés de la méthode synoptique de Wittgenstein.

Or, ainsi que le souligne Travis, l’usage que fait Wittgenstein de cet outil est symptomatique de la sensibilité de la sémantique wittgensteinienne, non pas aux « formes de vie », mais aux circonstances spécifiques qui la déterminent. En s’appuyant sur les exemples du début des Recherches, Travis définit les « jeux de langage » comme des objets déterminés par leurs règles. Un jeu n’est défini que si l’on sait ce qu’il faut faire pour satisfaire ses règles. Travis travaille l’exemple du paragraphe 2 des Recherches :

Imaginons un langage dans lequel vaut la description donnée par Augustin. Ce langage doit servir à un constructeur A pour se faire comprendre de son aide B. A réalise une construction avec des pierres à bâtir : Il y a des blocs, des colonnes, des poutres que B doit faire passer à A dans l’ordre où celui-ci les utilise. À cet effet, ils se servent d’un langage constitué des mots « blocs », « colonne », « dalle », « poutre ». A crie leur nom. – B apporte la pierre qu’il a appris à apporter en réponse à ce cri. – Conçois cela comme un langage primitif complet[59].

Si le paragraphe a fait couler beaucoup d’encre[60], Travis souligne, pour sa part, que la définition du jeu de langage en question requiert une spécification par des règles. C’est à cette condition seulement qu’il est clairement défini et qu’il peut opérer comme un « objet de comparaison » clarificateur. Il faut donc déterminer au préalable ce qui est précisément requis par les règles du jeu de langage : par exemple ce que A doit faire tant que B n’a pas apporté la « dalle » ; s’il peut apporter une « colonne » en même tant qu’une « dalle », etc. Or la détermination de ces règles requiert un recours aux « circonstances ». « Les règles du jeu de langage du paragraphe 2 peuvent être comprises de différentes manières en fonction des circonstances dans lesquelles elles sont édictées »[61]. C’est seulement dans le contexte des circonstances spécifiques de l’application du jeu de langage que l’on peut lui attribuer des règles d’usage. On trouve de nombreuses illustrations de ce principe dans le corpus de Wittgenstein. Travis prend l’exemple du jeu de langage du paragraphe 15 des Recherches : « Suppose que les outils dont A se sert pour réaliser sa construction soient marqués de certains signes. Dès que A montre le signe en question à son aide, celui-ci apporte l’outil marqué de ce signe »[62]. Or, Wittgenstein revient sur ce même paragraphe 15 au paragraphe 41 pour souligner que la règle d’application du jeu de langage décontextualisé peut être sujette à équivoque :

Suppose à présent que l’outil qui porte le nom « N » soit brisé. A qui ne le sait pas donne à B  le signe « N ». Ce signe a t-il encore une signification, ou n’en a-t-il aucune ? – Que doit faire B en réponse à ce signe ? – Nous n’avons rien décidé à ce sujet. On pourrait se demander : Que va t-il faire ? Peut-être sera t-il déconcerté, ou bien en montrera-t-il les morceaux à A[63].

La question que pose ce paragraphe 41, c’est celle de savoir si la dalle brisée peut faire l’affaire. Or, Travis y répond en affirmant que tout dépend du jeu de langage à l’œuvre. Car la spécification du jeu de langage requiert, à titre de standard de correction, la détermination des circonstances d’usage. C’est à condition de savoir ce qui est attendu de « N » qu’on pourra savoir si « N » brisé fait ou non l’affaire. On comprend que seul le recours au « contexte », c’est-à-dire aux circonstances spécifiques de l’action, peut parvenir à déterminer les objets de comparaison que sont les jeux de langage. Si le contexte ne recouvre plus le « contexte de la proposition » (le Zusammenhang des Satzes) mais les circonstances extra-sémantiques dans lesquelles il s’insère, il intervient  comme un standard de correction d’usage des différents éléments de la sémantique.

En conséquence, la reformulation du principe de contexte hérité de Frege se précise. En partant de l’analyse des jeux de langage, on éclaire un aspect de la notion de « contexte » mobilisée dans les Recherches : c’est un principe de détermination. C’est ce que souligne encore Travis dans ses Liaisons ordinaires : « Tout l’intérêt d’un jeu de langage est de montrer comment la correction (et la vérité) des mots peut dépendre de la façon dont ils s’intègrent (ou échouent à s’intégrer) aux aires ou domaines pertinents de la vie »[64]. À partir du retour à Cambridge mais surtout des Recherches philosophiques, Wittgenstein, par le maintien d’un « principe de contexte », stipule donc que les règles d’usage des jeux de langage, et en conséquence les conditions d’attribution de propriétés sémantiques à un mot et les conditions de jugement d’une proposition, sont déterminées dans les circonstances spécifiques de leur énonciation. Ainsi, si l’échelle du Satz n’est pas abandonnée, Wittgenstein introduit « le contexte extra-sémantique » (les circonstances) non pas comme un complément de la sémantique mais comme le standard de correction de ses règles d’usage. C’est dans ces circonstances spécifiques que l’on sait comment user d’un mot dans une proposition et comment user d’une proposition.

Certes, du Tractatus logico-philosophicus aux derniers écrits[65] de Wittgenstein, le principe de contexte frégéen est reformulé. Il n’est plus question du contexte de la proposition mais des circonstances d’énonciation du langage. Pour autant, malgré cette reformulation sensible, Wittgenstein continue à soutenir que c’est, en contexte, que l’on sait comment user des signes du langage. Aussi, jamais Wittgenstein ne renie l’importance décisive du « principe de contexte » introduit dans la préface des Fondements de l’arithmétique de Frege.

Charlotte Gauvry (Université Paris 1, Phico)

Charlotte Gauvry est agrégée de philosophie et elle termine une thèse de doctorat sous la direction du Professeur Jocelyn Benoist à l’Université Paris 1. Son travail se situe à la croisée de la philosophie de la vie des premiers cours de Heidegger et du contextualisme de Wittgenstein. Elle entend montrer, par le prisme de la question de la normativité, l’écart théorique fondamental entre une pensée herméneutique de l’arrière-plan et une pensée du contexte. Elle est notamment l’auteur de : « Environnement herméneutique et contexte » in Wittgenstein et les questions du sens. L’art du comprendre, Ch. Chauviré (dir.), n°20, 2011 ; « L’usage détermine-t-il le contexte chez Heidegger et chez Wittgenstein ? » in Les Études philosophiques, Ch. Gauvry (dir.), Juillet 2010-3 ; et d’« Une intentionnalité pratique et contextuelle chez le Heidegger de 1919-1929 ? ». Bulletin d’Analyse Phénoménologique, Liège, Volume 5, 2009.

Bibliographie

Corpus

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- « Der Gedanke », Beiträge zur Philosophie des deutschen Idealismus, 2, 1918-1919, p. 58-77 ; trad. fr. par J. Benoist, « La pensée. Une recherche logique » in Philosophie du langage. I. Signification, vérité et réalité, B. Ambroise et S. Langier (éd.), Paris, Vrin, 2009, pp. 87-124.

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Littérature secondaire

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[1] L. Wittgenstein, Remarques mêlées, G.H. von Wright et H. Nyman (éd.), trad. fr. par G. Granel, Bramepan, TER, 1984, p. 32.

[2] Wittgenstein fut fortement marqué par ses Principes des mathématiques : B. Russell, The Principles of Mathematics, Cambridge, The University Press, 1903, trad. partielle in Écrits de logique philosophique, Paris, PUF, 1989.

[3] L. Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, trad. angl. par C.K. Ogden, Londres, Routledge et Kegan, 1933 : trad. fr. par G.-G. Granger, Paris, Gallimard, 1993. (TLP par la suite).

[4] L. Wittgenstein, Fiches, G.E.M. Anscombe et G.H. von Wright (éd.), trad. fr. par J.P. Cometti et É. Rigal, Paris, Gallimard, 2008, § 712.

[5] G. Frege, Die Grundlagen der Arithmetik: eine logisch mathematische Untersuchung über den Begriff der Zahl, Hamburg, Meiner, 1986 ; trad. fr. par Cl. Imbert, Les Fondements de l’arithmétique : recherche logico-mathématique sur le concept de nombre, Paris, Seuil, 1969.

[6] Ici comme ailleurs, nous devons reconnaître notre dette à l’égard des travaux lumineux de Jocelyn Benoist qui ont précisé, bien mieux qu’on ne saurait le faire, la relation entre Frege et Wittgenstein. On renvoie notamment au chapitre VIII « Circonstances et contexte » de Sens et sensibilité. L’intentionalité en contexte, Paris, Cerf, 2009. On s’appuie également sur l’article « contexte » du Dictionnaire Wittgenstein  (H.-J. Glock, A Wittgenstein Dictionnary, trad. fr. H. Roudier de Lara et Ph. de Lara, Paris, Gallimard, 2003) et sur les développements qui sont consacrés à la notion de « contexte » dans le commentaire de G.P. Baker et P.M.S. Hacker, Wittgenstein, Understanding and Meaning. An Analytical Commentary on the Philosophical Investigations, Chicago, The University of Chicago Press, Blackwell, 1980.

[7] L. Wittgenstein, Philosophical Investigations, trad. angl. par G.E.M. Anscombe, Londres, Blackwell, 1953 ; trad. fr. par F. Dastur, M. Élie, J.-L. Gautero, D. Janicaux et É. Rigal, Recherches philosophiques, Paris, Gallimard, 2004. (RP par la suite)

[8] G. Frege, Les fondements de l’arithmétique, op. cit, p. 122.

[9] Ibid.

[10] Ibid, p. 186-187.

[11] Dans ce texte de 1884, Frege n’a pas encore précisé la fameuse distinction entre le « sens » (Sinn) et la « référence » (Bedeutung) de 1892. Aussi, dans les Fondements, l’usage de Bedeutung n’est pas encore fixé et on peut traduire le terme par « signification », conformément au choix de sa traductrice, Claude Imbert.

[12] G. Frege, Les fondements de l’arithmétique, op. cit., p. 187. C’est nous qui soulignons.

[13] En 1884, les termes sont quasiment synonymes.

[14] G. Frege, Les fondements de l’arithmétique, op. cit., p. 188.

[15] Voir M. Dummett, « The Context Principle: Centre of Frege’s Philosophy » in Logik and Mathematik. Frege-Kolloquium Jena 1993. Berlin, New-York, De Gruyter, 1995, p. 3-19.

[16] G. Frege, Les fondements de l’arithmétique, op. cit., p. 226.

[17] Kevin Klement, par exemple, critique vigoureusement la thèse selon laquelle le « principe de contexte » est maintenu après les Grundlagen. Voir par exemple K.C. Klement, Frege and the Logic of Sense and Reference, New-York et Londres, Routledge, 2002, Chapitre 3 : « Sinne und Gedanken, Context Principle, Priority Thesis, ans Multiple Analysis : Challenges to Compositionality ». Les détracteurs du maintien du principe s’appuient essentiellement sur la controverse qui oppose Frege à Hilbert. Ils renvoient à G. Frege, Nachgelassene Schriften und wissenschaftlicher Briefwechsel, Hamburg, Meiner, 1969.

[18] M. Dummett, « The Context Principle : Centre of Frege’s Philosophy », op. cit. Mais nombreux ouvrages de Dummett entendent démontrer l’importance et le maintien du « principe de contexte » dans l’œuvre de Frege. Par exemple : M. Dummett, The interpretation of Frege’s philosophy, Cambridge, Harvard University press, 1981.

[19] Voir G. Frege « Über Sinn und Bedeutung », Zeitschrift für Philosophie und philosophiesche Kritik, 100, 1892, p. 25-50 et « Der Gedanke », Beiträge zur Philosophie des deutschen Idealismus, 2, 1918-1919, p. 58-77. Nous renvoyons à la nouvelle traduction de ces textes par Jocelyn Benoist, « Sur le sens et la référence » et « La pensée. Une recherche logique » dans Philosophie du langage. I. Signification, vérité et réalité, B. Ambroise et S. Langier (éd.), Paris, Vrin, 2009, pp. 51-84 et pp. 87-124.

[20] Présentation de J. Benoist à la traduction de « Sur le sens et la référence », op. cit., p. 49.

[21] Présentation, Ibid, p. 51

[22] G. Frege, « Sur le sens et la référence », ibid. , p. 55.

[23] En l’occurrence « le Vrai » ou « le Faux », ibid, p. 62.

[24] Ibid, p. 61.

[25] Ibid.

[26] RP, p. 55. Ainsi que le note James Conant, c’est également ce que confirme un autre article de 1892, « Concept et objet » : G. Frege, « Über Begriff und Gegenstand » in Vierteljahrschrift für wissenschaftliche Philosophie (16), 1892 ; trad. fr. par Cl. Imbert, « Concept et objet » in Écrits logiques et philosophiques, Paris, Seuil, 1971. En effet, dans l’article de 1892, Frege affirme explicitement la nécessité de recourir au contexte de la phrase (Satzzusammenhang) pour la détermination des « références » (Bedeutungen) des éléments syntaxiques. La Bedeutung d’une expression et sa forme logique dépendent du contexte de la proposition et d’abord de sa syntaxe logique. Un même mot peut intervenir dans certains contextes comme un nom propre et dans d’autres comme un concept. Conant s’appuie sur un exemple célèbre de l’article : « Vienne » dans la proposition « Vienne est la capitale de l’Autriche » est un nom propre. Mais dans la proposition « Trieste n’est pas Vienne », Vienne intervient comme un concept. Voir J. Conant, « Wittgenstein. On Meaning and Use », Philosophical Investigations, 21 : 3, Juillet 1998.

[27] G. Frege, « Sur le sens et la référence », op. cit., p. 77. De même pour les citations suivantes.

[28] Ibid, p. 77. C’est nous qui soulignons.

[29] G. Frege, « La pensée. Une recherche logique », op. cit., p. 89.

[30] Ibid, p. 108.

[31] Ibid, p. 92.

[32] Voir à nouveau, la présentation de Jocelyn Benoist : « Frege concevant la tâche de la philosophie primairement comme un combat contre la langue afin d’accéder, au-delà de la surface représentée par celle-ci, aux “pensées” », op. cit., p. 85. Voir aussi, Ch. Travis, Taking Thought, Mind, vol. 109, n°435, 2000, p. 552 ; trad. fr. B. Ambroise et Ch. Gauvry, « Prendre la pensée au sérieux » in Lire L’esprit et le monde de John McDowell, Ch. Al-Saleh et A. Le Goff (éd.), à paraître en 2011 : « Le but de Frege est d’insister sur le fait qu’il n’y pas de place pour la psychologie en logique. […] Une partie de l’argument consiste à dire que les principes de la logique sont rendus obscurs si le logicien se laisse distraire par la grammaire. Car la grammaire, par contraste, est un “mélange de logique et de psychologique”. Pour Frege, la logique n’est concernée que par les relations intrinsèques existant entre les pensées, qui doivent être étudiées dans un splendide isolement à la fois du langage et des êtres pensants ».

[33] G. Frege, « La pensée. Une recherche logique », op. cit.,p. 96.

[34] Ibid, p. 97.

[35] Ibid, p. 97.

[36] Ibid, p. 98. De même pour la citation suivante.

[37] Comme le note Frege un peu plus loin, le règne de la « pensée » est imperméable aux variations contextuelles et sémantiques et est incorruptible : « la pensée ne quitte pas avec sa communication la sphère du contrôle de celui qui la communique ; car au fond l’être humain n’a aucun pouvoir sur elle. Lorsque la pensée est saisie, elle n’a pour effet des altérations d’abord que dans le monde intérieur de celui qui la saisit : pourtant elle reste elle-même dan le noyau de son essence non affectée par cela, car les altérations qu’elle subit ne concernent que des propriétés inessentielles. », ibid, p. 123.

[38] Ibid, p. 99.

[39] Ibid, p. 121.

[40] Ibid, note d, p. 103.

[41] Ibid, p. 99. De même pour la citation suivante.

[42] Ibid, p. 100.

[43] L’analyse du pronom à la première personne requiert cependant un traitement singulier. Nous ne sommes pas certaine de suivre Frege jusqu’au bout sur ce point. Mais nous renvoyons à l’abondante littérature sur le sujet et sur les polémiques que l’analyse a nourries. On renvoie notamment aux articles de John Perry et de Gareth Evans réunis dans : E. Corazza et J. Dokic, Penser en contexte : le phénomène de l’indexicalité, suivi de « Frege et les démonstratifs » de J. Perry et de « Comprendre les démonstratifs » de G. Evans, Combas, L’Éclat, 1993.

[44] « La pensée. Une recherche logique », op. cit., p. 100.

[45] Ibid, p. 121.

[46] J. Benoist, Sens et sensibilité : l’intentionalité en contexte, op. cit., p. 211.

[47] TLP, p. 45. Traduction modifiée.

[48] TLP, p. 45.

[49] Son signe n’est pas discriminant. Voir 3.321 : « Deux symboles différents peuvent avoir leur signe en commun (écrit ou parlé, etc) – ils dénotent alors de manière différente », TLP, p. 46.

[50] TLP, p. 47.

[51] J. Conant, « Wittgenstein. On Meaning and Use », op. cit.

[52] Conant  pense notamment au paragraphe 43 des Recherches philosophiques.

[53] J. Conant, « Wittgenstein. On Meaning and Use », op. cit. p. 244. Notre traduction.

[54] Ch. Travis, The Uses of Sense. Wittgenstein’s Philosophy of Language, Oxford, New-York, Oxford University Press, 1989. On proposera notre traduction.

[55] Ibid, p. 82.

[56] L. Wittgenstein, Le cahier bleu et le cahier brun, trad. fr. par M. Goldberg et J. Sackur, Paris, Gallimard, 1996, p. 56.

[57] RP, p. 88.

[58] D. Perrin, « L’intelligibilité synoptique », Wittgenstein et les questions du sens. L’art du comprendre, n°20, 2011, p. 26.

[59] RP, p. 28-29.

[60] Notamment pour savoir si on pouvait qualifier ce « jeu de langage » de « langage complet ». Voir par exemple R. Brandom, Making it Explicit , Cambridge, Harvard UP, 1994 ; trad. fr. I. Thomas-Fogiel (dir.) Rendre explicite I, Paris, Cerf, 2010 : « Le Sprachspiel de la « dalle » que Wittgenstein décrit dans les sections introductives des Recherches n’est pas, en ce sens, un jeu de langage – il s’agit d’un ensemble de pratiques qui ne comprend que des signaux vocaux, mais non encore verbaux. », p. 340

[61] Ch. Travis, The Uses of sense, op. cit., p. 85.

[62] RP, p. 33-34.

[63] RP, p. 50.

[64] Ch. Travis, Liaisons ordinaires : Wittgenstein sur la pensée et le monde, trad. fr. B. Ambroise, Paris, Vrin, 2003, p. 43. Voir aussi : « Un jeu de langage » ou « un calcul donné ne modélise[nt] correctement que relativement aux circonstances du discours : c’est en elles que certaines choses sont attendues ou non […] Ce ne sont que les faits concernant ce que l’on doit attendre de la part d’un discours donné, et donc uniquement les circonstances (qui incluent l’état réel du monde dont parle le discours) dans lesquelles ce discours apparaît, qui décident si, et comment, un calcul modélise le discours », Liaisons ordinaires, op. cit., p. 114 puis p. 117-118.

[65] On n’en traite pas ici mais on pourrait montrer que, dans De la certitude également, le « contexte » joue un rôle décisif. Voir L. Wittgenstein, De la certitude, trad. fr. par D. Moyal-Sharrock, Paris, Gallimard, 2006, § 10 ou § 348, par exemple. Conant le souligne dans l’article sur lequel nous nous sommes appuyée précédemment : « Wittgenstein. On Meaning and Use », op. cit.

  1. À la fois la description des notions irreprésentables, nature, liberté, et les notions représentables dépendent d’un contexte. Selon les synonymes « pain » sera représenté selon le contexte par une baguette ou un gros morceau de glace (pain n’est pas un signe). C’est alors que, comme le dit Frege, « L’illusion [qu’un mot est représentable] vient de ce que nous considérons les mots pris isolément » : en oubliant le problème des synonymes que signalait déjà d’entrée Aristote dans l’Organon. 

     « Les mots n’ont donc de référence que dans le contexte de la proposition » ; s’ils ont une dénotation par eux-mêmes, ils doivent être précisés par le contexte pour pouvoir être vérifiés dans une proposition. Ce contexte correspond au domaine de définition d’une fonction mathématique. Le domaine de définition ce sont les conditions d’application, les conventions d’usage et non pas l’usage, les règles du jeu de notre langage (les conventions sont des jeux interculturels…).

    L’ensemble valide des x de la fonction F(x) est ce domaine de définition sans lequel la fonction n’est pas une application. La logique cède la place à la psychologie si le débutant oublie de préciser que 1/x par exemple n’a de sens que dans un réel privé de zéro c’est-à-dire s’il ne se contraint pas à se situer dans un contexte qui l’oblige à regarder plutôt que de se laisser aller à l’« l’âme individuelle », à son désir, en rester à son élan (son économie propre). Un acquis psychologique élémentaire du prédateur permet de focaliser et ce faisant d’oublier les contraintes périphériques, sociales, conventionnelles, techniques, historiques, économiques. L’expression « pour ne pas attribuer aux mots, au lieu de références, des représentations » critique bien « l’intérieur de l’âme individuelle ».

    Le contexte qui contraint donne un sens au mot « objectif » dans un contexte logique, mais aussi – dans une conjonction historique c’est-à-dire probable – le marxisme donnait ce sens en pratique à une situation économique donnée, conjoncturelle. Cependant par ailleurs, le marxisme rejetait le psychologique alors qu’il bâtissait une économie et imaginait la fin de l’histoire des contextes… Or ne croyez-vous pas que la logique peut aider à conceptualiser l’esthétique que nous avons du monde ? Frege était-il soumis à une esthétique sociale que Wittgenstein a aussi conceptualisée – en logique c’est-à-dire dans les formes ? Ou bien alors la logique ne vise pas notre monde. 

    Je crois que si l’on confond usage et convention, on confond la fonction et son domaine de définition (et le second avec le premier Wittgenstein). Et aussi : « circonstance », il me semble que ce sont les détails annexés à la chose dont on parle, tout ce qui en dépend ; je ne vois pas que « circonstance » (détails autour du sujet qui dépendent de lui) puisse remplacer « contexte » (ce dont le sujet et les détails dépendent).

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