Addictions et Écriture du corps

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Christine Leroy – EsPAS – Paris 1

Présentation de l’atelier

L’atelier « Addictions et Écriture du corps », questionnant l’entrelacs du symptôme addictif au dire corporel, est née de l’atelier « Campus Condorcet » 2013-2014 intitulé « L’Addiction au prisme de la création artistique ». Ce séminaire théorique et pratique, mené par Christine Leroy, a été accueilli par l’équipe EsPAS (Esthétique de la Performance et des Arts du Spectacle) de l’UMR ACTE au sein de l’Université Paris I et est également soutenu depuis 2014 par la Maison des Sciences de l’Homme. L’atelier s’est proposé d’interroger la façon dont le dire se noue à l’expression corporelle et dont cette dernière peut suppléer artistiquement à la « contrainte par corps » ou addiction.

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Source Stock.Xchng – By Costi

Dans la continuité de cet atelier théorique et pratique, qui a consisté jusqu’à présent en des séminaires et une journée d’étude, nous nous proposons donc d’ouvrir un espace alternatif « Addictions et Écriture du corps » au sein de la revue Implications Philosophiques. Il s’agit d’y publier les interventions, notamment, de philosophes, psychanalystes et acteurs du champ médical, artistes ou encore sociologues, sur la manière dont l’écriture artistique peut suppléer au sentiment de manque de corps et peut, à son tour, créer du corps.

Notre optique est donc plutôt de penser l’acte créateur comme outil de reconnaissance psychosomatique tel qu’il peut symboliser le manque et remplacer les pratiques addictives délétères. La « symbolisation » est un terme fort que nous empruntons au registre de la psychanalyse et qui se trouvera au centre de notre réflexion : il s’agit de penser le geste comme analogue au mot qui, selon Freud puis Lacan notamment, « symbolise » le désir au sens où, d’une part, il s’y substitue, et d’autre part, le « performe », le réalise, en décharge la tension sur un registre symbolique. En d’autres termes, notre acception de la création comme écriture du corps suppose qu’elle puisse à son tour devenir elle-même une version sublimée de l’addiction : une addiction créatrice plutôt que destructrice. Or, il est possible de concevoir le rapport de la création à l’addiction autrement qu’en termes de vases communicants : loin d’être compensée par la création, l’addiction conditionne peut-être chez certains individus la nécessité de créer, de sorte que les deux comportements iraient de concert. Aussi ouvrirons-nous ici les communications aux deux types d’acception du rapport de l’addiction à la création. En outre, par « écritures du corps », nous entendons d’une part l’écriture à propos du corps, c’est-à-dire une certaine forme de littérature ; d’autre part, l’écriture à même le corps : tatouages et autres marquages du corps ; enfin, l’écriture par la médiation du corps : danse, geste, mouvement. Nous concevons en définitive tout geste artistique et créatif comme une écriture du corps, dès lors qu’il y a geste : une écriture symbolique d’un corps vécu comme émotion, motion expressive. De la sorte, la peinture, la sculpture ou la cinématographie, par exemple, nous apparaissent comme autant d’écritures du corps, dans la mesure où nous pensons le corps dans son acception pulsionnelle.

Les premiers articles publiés au sein de l’atelier seront ceux des intervenants de la journée d’étude qui s’est tenue le 18 octobre 2014 à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne. Pour autant, la rubrique d’atelier « Addictions et Écriture du corps » prétend dépasser le simple cadre d’une publication de colloque, pour laisser s’exprimer la voix de tous les chercheurs, jeunes ou moins jeunes, au sujet de notre problématique. L’objectif est de promouvoir l’interdisciplinarité autour d’une même problématique, afin qu’une pensée dialectique puisse s’élaborer sur le long terme.

Aussi, le fil conducteur, non seulement de ces premières publications, mais également de l’appel permanent à communications, sera-t-il le suivant : dans quelle mesure l’addiction, vécue comme un manque de corps, peut-elle se symboliser dans l’écriture corporelle elle-même ? Comment le manque, en tant que néant vécu occasionnant les pratiques addictives, peut-il venir se performer artistiquement jusqu’à se substantifier en un corps-vécu repu et satisfait, autonome, non-dépendant ?

C’est à dessein que nous proposons un cadre et une logique de réflexion, sans pour autant clôturer cette logique en termes d’hypothèses réflexives. Si l’ancrage psychanalytique et, pour ainsi dire, phénoménologique, de notre point de départ est indéniable, il nous semble essentiel de ne poser ces champs disciplinaires que comme socles d’une réflexion qui impose une confrontation au social, au médical, à l’artistique : c’est-à-dire à la pratique, voire la clinique. C’est pourquoi nous mettrons en regard les communications de créateurs – champ artistique – autant que celles d’auteurs – champ théorique, de pédagogues autant que de thérapeutes – champ du soin – afin qu’une synergie puisse avoir lieu et ouvre notre problématique à une réflexion d’ordre éthique : si la référence à la « passion » au sens classique est connotée négativement, la maîtrise des passions par la raison s’est révélée infructueuse. Peut-être est-ce précisément parce que seule l’expression sublimée de la « passion », à travers l’art, peut rendre à l’individu un corps duquel il manque. Ainsi, face au phénomène social d’augmentation des pratiques addictives et de leur diversification, non seulement la répression n’est pas de mise, mais en outre la valorisation de la culture et des pratiques artistiques sont, peut-être, la seule solution possible, à promouvoir dans le cadre d’une éthique humaniste.

  1. Laetitia Cordierr says:

    Un article qui a fait vibré mon corps ! vous parlez d’atelier.Où ? Quand ? Comment ? En formation Life Art Process (mis en place par chorégraphe Anna Halprin), les recherches que vous menez m’intéressent au plus haut point, par rapport à mes propres recherches autour de la force créative du corps. Toute information me serait précieuse. Merci beaucoup. Cordialement

  2. Ingrid Degrott says:

    Je me sens très concernée par votre article car je suis moi-même totalement addict à l’écriture: je ne peux passer 3 jours sans écrire! Je passe parfois des nuits entières à écrire… Et plus j’écris, plus j’ai envie d’écrire! Heureusement que l’inspiration se tari au bout d’un moment, ainsi je peux faire d’autre chose à côté! Je suis à la recherche de témoignage de gens comme moi, et de réflexion qui pourrait expliquer ce phénomène. C’est pourquoi j’ai tant apprécié ce texte!
    Je serais très reconnaissante si vous me transmettiez d’autres informations, articles, textes ou témoignages sur ce sujet!
    Merci beaucoup!
    Cordialement.

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