De la morale à l’absurde

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De la morale à l’absurde. Itinéraire de Marcus Messner dans Indignation de Philip Roth

From Morals to the Absurd. Marcus Messner’s Life Journey in Philip Roth’s Indignation

 

Claudine Nacache Ruimi, UMR THALIM, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3

 

Résumé

Réussir ses études pour ne pas devoir aller se battre en Corée, tel est l’objectif de Marcus Messner, le personnage principal d’Indignation lorsqu’il est admis à l’université de Winesburg, en Ohio. Mais que deviennent la liberté, la volonté dans un univers régi par le hasard ? Chaque étape du parcours initiatique de Marcus se solde par un demi-échec. C’est ainsi qu’en dépit de sa vertu, le héros fait l’expérience d’un monde absurde avec pour seule échappatoire la perspective d’une mort avant l’heure.

Mots-clés: Philip Roth – Indignation – guerre de Corée – boucher kasher – éthique – absurde – burlesque

Abstract

Marcus Messner, the main character in Philip Roth’s Indignation, sets himself one goal when he is admitted to Winesburg College, Ohio: to succeed in his studies so as not to have to fight in the Korean War. But what happens to freedom and willpower in a universe governed only by chance? Each stage in Marcus’s life journey ends up in a failure of sorts. Principled though he is, the protagonist thus experiences an absurd world whose only way out seems to be an untimely death.

Keywords : Philip Roth – Indignation – Korean war – kosher butcher – ethics – absurd – burlesque

 

Introduction

« L’histoire d’une vie est en soi et par définition un domaine dont l’intéressé sait fort peu de choses[1]». Ces paroles oraculaires de Nathan Zuckerman – l’un des doubles romanesques de Philip Roth – correspondent bien au parcours de Marcus Messner, le héros d’Indignation[2]. Fils de boucher kasher à Newark, celui-ci aurait voulu « tout faire dans les règles[3] » et devenir juriste pour échapper à la tradition familiale, pour affirmer sa liberté d’être. Or comme c’est souvent le cas dans la représentation du monde selon Roth, la vie de Marcus bascule et confirme le premier des principes éthiques de son père, « le moindre incident peut avoir des conséquences tragique[4]. » C’est ainsi que de cette « brève histoire d’infractions insignifiantes[5] » selon le mot de Claudia Roth-Pierpont, naît un récit hybride où se côtoient tragique et comique, l’épopée parodique d’un Marcus enchaîné qui semble au début du texte n’être réduit qu’à l’état d’une mémoire ou d’une voix venue d’outre-tombe. La structure du roman, tout en éclairant la diégèse, met alors en avant la vanité du combat de l’homme contre le destin. La première partie fait entendre un monologue intérieur intitulé « Sous morphine »au cours duquel Marcus, qui se croit mort, pense être condamné pour l’éternité « à ruminer les menus détails de toute une vie[6] ». Dans « De l’autre côté », le second mouvement du récit beaucoup moins étoffé, l’histoire est prise en charge par un narrateur omniscient qui commente sur le mode du sommaire les effets de la morphine sur les « processus mentaux[7] », la description des mutilations du soldat Messner[8], le massacre de la guerre de Corée, et la détresse de parents endeuillés dont la douleur se double d’un immense sentiment de culpabilité. Enfin, les deux dernières pages qualifiées de « Note historique » accroissent par leur dimension métaromanesque l’impression de réalité de l’ensemble. C’est donc le récit des aventures de Marcus, évoqué en focalisation interne, qui constitue l’essentiel de la matière du roman. Or, bien que l’univers de Roth soit nourri d’américanité et fort éloigné de celui d’un monde tragique et solaire comme celui d’Albert Camus, l’engrenage qui broie Marcus renvoie d’une certaine façon au destin qui se joue de Meursault[9]. C’est en partant de cette interprétation que nous verrons comment le personnage créé par Roth devient progressivement un Sisyphe de la modernité. Toutefois cette nouvelle figure du héros absurde se constitue en passant par deux sphères familières au romancier, Newark le lieu des origines et Winesburg – l’université de Bucknell en réalité – caractérisée par sa culture du mensonge. De cet itinéraire initiatique, Marcus Messner va tirer une leçon – seule l’insoumission permet de conserver sa pureté – quel que soit le prix à payer.

I. Années de formation à Newark, judéité et bonheur d’apprendre

Indignation fait partie du cycle Némésis[10] au terme duquel Philip Roth annonce qu’il cesse d’écrire des romans. Outre le texte cité, on trouve dans cet ensemble trois autres ouvrages – Un homme, Le Rabaissement et Némésis. Bien que ceux-ci soient tous marqués d’une empreinte tragique, ils ne correspondent pas complètement aux préoccupations qui hantent l’auteur en cette première décade du XXIe siècle. Si Un homme et Le Rabaissement mettent en scène des figures d’hommes âgés, minés par la solitude, la maladie et la perspective de la mort, Némésis et Indignation concernent des jeunes gens qu’une épidémie ou une guerre frappent de manière aveugle. Ainsi Indignation évoque le parcours d’un adolescent qui était déterminé à vivre son avenir en toute indépendance, loin de la cité qui l’avait vu naître, cette ville de Newark dans laquelle Roth et ses alter ego romanesques ont fait leurs premiers pas. 

« Juif de Newark » ? Je n’ai aucune objection à ce qu’on me désigne comme tel. […] Newark est la clé qui m’a ouvert les sens à tout le reste[11].

Comme l’admet l’auteur, la ville de Newark a joué un rôle important dans sa vision du monde et il rejoint en cela Marcus, le héros d’Indignation. Ce dernier se souvient avec bonheur de la façon dont des professeurs enthousiastes l’ont « initié au monde de la connaissance[12] » à Robert Treat College, l’université qui « se dissimulait au nord du centre-ville, cœur de l’animation, là où se trouvaient les immeubles de bureaux, les grands magasins et les commerces familiaux[13] ». Mais à l’instar de Nathan Zuckerman[14], qui ne supporte plus les intrusions de ses parents au début de Ma vie d’homme[15], Marcus souffre d’être harcelé par un père qui refuse de devoir « livrer [son fils] au monde[16]. » Dès lors, la situation donne lieu à de violents affrontements :

Il fallait que je m’éloigne de lui avant que je ne le tue ; c’est ce que j’avais dit dans ma fureur à ma mère, elle-même affolée et qui se découvrait contre toute attente aussi incapable que moi d’exercer la moindre influence sur lui[17].

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. Les sept mois au cours desquels Marcus a été initié aux secrets du métier de boucher en attendant les débuts de l’année universitaire, furent selon lui « une période merveilleuse[18] » :

Et j’aimais les leçons – allons-y. Et puis j’aimais mon père, et il m’aimait, plus qu’on ne s’était jamais aimés[19].

Cette réitération du verbe « aimer » – qui n’est pas si fréquent dans l’écriture de Roth lorsque sont évoquées les relations filiales – témoigne d’une évolution dans la conception du personnage. Définir Marcus Messner revient en effet à faire le portrait d’un anti Portnoy[20]. Autant Alexandre Portnoy est en guerre perpétuelle contre une mère prête à tout pour garder son fils sous sa coupe, autant Marcus a confiance en sa mère, son unique alliée dans « le combat mortel[21] » qui oppose le fils au père. Et si le rêve de Portnoy est d’accomplir des exploits sexuels hors norme, celui de Marcus est de sortir major de sa promotion à Winesburg après y avoir fait un « séjour lui-même virginal[22]. » Lorsqu’on aura ajouté que Portnoy recourt volontiers à la ruse quand Marcus ne tolère aucune compromission, on aura une idée de l’opposition qui régit le comportement des deux personnages. Or évoquant sa propre adolescence dans « L’écrivain et les puissances établies[23] », Philip Roth se décrit en ces termes :

Je fus, dans l’ensemble, un garçon de bonne tenue, réfléchi, soumis (de son plein gré) aux règles sociales qui étaient celles de la petite bourgeoisie compassée et sourcilleuse au sein de laquelle j’avais été élevé, et encore peu embarrassé par les tabous que l’orthodoxie religieuse de mes grands-parents immigrés m’avait instillés sous une forme bénigne. Je fus donc un « bon » garçon, sans doute parce que je comprenais que dans le milieu juif à Newark on ne pouvait guère être autre chose à moins de voler les voitures ou sécher les cours, ce qui était au-delà de mes capacités[24].

De tels propos auraient pu être tenus par le Marcus d’Indignation devenu étudiant à Robert Treat, le 25 juin 1950, alors que la Corée du Nord « [traverse] le 38e parallèle et pénè[tre] en Corée du Sud[25]. » Pourtant ce bon garçon si respectueux de son père qu’il considérait jadis comme un héros, constate « qu’à partir du jour où [il] a commencé à suivre ses cours à Robert Treat, [son] père a vécu dans la crainte de [le] voir mourir[26]. »

En effet la mort hante le roman et le père en est en partie responsable. Herman Messner a voulu éduquer dignement son fils et le préparer aux réalités du métier de boucher. C’est pourquoi il a emmené l’enfant qui n’avait que « six ou sept ans », « aux abattoirs d’Astor Street, dans le quartier portugais de Newark[27] ». Le jeune homme se souvient :

Et il m’avait emmené à la halle aux poulets, tout au bout de Bergen Street. À la halle aux poulets, je les avais vus tuer des poulets. Je les avais vus tuer des centaines de poulets selon le rite kasher[28].

Les pages qui suivent expliquent avec force détails réalistes la manière dont les bêtes sont tuées. Puis par l’intermédiaire du regard de l’enfant, le lecteur découvre les différences qui existent entre l’abattage des poulets kasher et non kasher tandis que des bovins enchaînés et suspendus par les pattes sont à leur tour vidés de leur sang afin d’être propres à la consommation de viande telle que celle-ci est préconisée par la cacherout[29]. Dans cette digression narrative de près de quatre pages[30], les informations sont données sur un ton proche du documentaire, mais il demeure difficile d’oublier que le personnage est un enfant de six ans qui assiste à la scène lorsque ce dernier commente avec humour :

[…] dame, c’était le boulot, et j’en vins bientôt à accepter le fait que le boulot, ça n’était pas joli joli[31].

Toutefois si la remarque attribuée au jeune garçon souligne sa maturité, celle du narrateur adulte est irréaliste. Se remémorant Olivia, la jeune fille dont il est épris et qui a voulu se suicider en se tailladant les poignets, Marcus poursuit :

Ce que je veux dire, c’est ceci : que c’est cela qu’Olivia avait cherché à faire, se tuer selon les prescriptions kasher, en se vidant de son sang. Si elle avait réussi, si elle avait habilement mené sa tâche à bien d’un seul coup tranchant de la lame, elle se serait rendue kasher conformément à la loi rabbinique[32].

En somme, initié par un père boucher qui lui a enseigné les rites du Lévitique[33] et a voulu lui donner un noble aperçu de sa profession, Marcus veut à son tour sublimer la volonté de mourir d’Olivia et faire de sa tentative de suicide un acte moral. Aurait-elle été désireuse de tendre vers une forme de pureté rituelle, elle qui est considérée comme une fille facile par tout le campus de Winesburg ? Cependant, si le geste de la jeune femme est interprété par son amoureux comme un désir d’intégration dans la communauté juive, d’un point de vue prosaïque, il constitue un non-sens : à quoi bon se vider de son sang et devenir kasher après sa mort ? Cette règle n’est valide que pour les poulets destinés à la consommation. À moins que ne surgisse dans le délire de l’agonie une confusion burlesque sur les mots : du poulet à la poule, chick en argot, il n’y a qu’un pas, allègrement franchi par la shiksa[34]. Mais le héros est trop idéaliste pour pratiquer la trivialité ; c’est pourquoi l’esprit embrumé de morphine, ce Don Quichotte de la boucherie s’en remet à la morale de ses pères pour sauver l’honneur de sa bien-aimée. Quoi qu’il en soit, toutes les pages consacrées à l’art de tuer des animaux sans les faire souffrir offrent un double intérêt : elles sont une métaphore de la judéité du héros qui, malgré ses positions athées et son refus d’être étiqueté « juif », assume l’héritage de ses origines lorsqu’il va en Ohio. Mais elles constituent en outre un écho parodique à la « boucherie héroïque[35] » que constitue la guerre de Corée, un conflit auquel Marcus espère pouvoir échapper en réussissant ses études[36]. C’est donc d’un Candide égaré en Ohio qu’il va maintenant être question.

II. L’Université de Winesburg, conventions et déceptions

Désireux d’établir la plus grande distance possible entre son père et lui, et mal informé de la réputation des universités, Marcus s’inscrit un peu par hasard à Winesburg[37], « un petit établissement avec un département de lettres […] dans la partie rurale du centre-nord de l’Ohio, à trente kilomètres du lac Érié[38]. » La photo de couverture du livret de l’étudiant de Winesburg[39], le cadre bucolique du campus, les vêtements élégants que porte le couple de jeunes gens souriants qui figure au premier plan de l’illustration sont autant d’éléments qui donnent à Marcus le sentiment qu’il a découvert « le meilleur des mondes possibles[40]. » Son arrivée à l’université confirme, avec une ironie rétrospective, cette première impression :

Le campus, donnant sur la vallée, avec ses grands arbres majestueux […] aurait pu servir de toile de fond à l’une de ces comédies musicales en Technicolor où les étudiants passent leur temps à chanter et danser au lieu d’étudier[41].

Car très vite, Marcus perd ses illusions. Quand on est pauvre et juif, il est difficile d’être accepté par une population WASP, nourrie de préjugés depuis sa plus tendre enfance. C’est pourquoi de manière prévisible, les étudiants ont des comportements racistes dont Marcus va faire les frais. Pour gagner quelque argent et ne pas être entièrement à la charge de ses parents, celui-ci travaille comme serveur dans la salle de l’auberge où se retrouvent ses condisciples en joyeuse compagnie. La tâche est aussi humiliante que fatigante et ne correspond en rien aux goûts du jeune homme. Mais le pire est atteint lorsque ce dernier est apostrophé par des clients gorgés de bière « qui [le traitent] comme un larbin[42] » en disant « Par ici, youpin ! Magne-toi[43] ! » Marcus ne peut répondre sous peine d’être congédié. Il tente donc intérieurement de désamorcer le propos et d’y voir une formule ludique : « Par ici, youp ! Magne-toi[44] ! » tandis que le souvenir des poulets éviscérés de la boucherie paternelle lui revient à l’esprit, véhiculant des images de dégoût et de mort. Pourtant l’injure refoulée revient dans ses cauchemars[45], associée à des visions de bière qui submergent les lieux et renvoient aux fulgurances d’un Kafka, dont les rêves de rejet « nou[aient] ses réalités quotidiennes et son imaginaire onirique[46]. »

Mais parce qu’il est insidieux, l’antisémitisme des adultes est plus pernicieux encore. Ainsi Marcus découvre qu’il doit partager une chambre vétuste avec trois autres étudiants, juifs eux aussi, comme si l’université avait pour objectif de recréer des ghettos en son enceinte au lieu de mettre en place un lieu ouvert aux relations cosmopolites. De même, parmi les douze fraternités du campus, « deux d’entre elles seulement admettaient les Juifs : l’une était une petite fraternité exclusivement juive qui comptait une cinquantaine de membres, et l’autre une fraternité […] fondée localement par un groupe d’étudiants idéalistes qui cherchaient à enrôler tous ceux sur qui ils pouvaient mettre la main[47]. » Enfin, au cours du premier entretien qu’il a avec le doyen de l’université, Marcus se retrouve pris au piège d’une rhétorique sophiste qui va le mener à sa perte.

Alors que le doyen est censé se montrer bienveillant, sous couvert d’intérêt pour le nouveau venu, il soumet l’étudiant à un interrogatoire qui ressemble de plus en plus à une mise en accusation. Le point de non-retour est franchi lorsque les deux personnages s’affrontent à propos de la façon dont est définie la profession du père de Marcus : s’agit-il d’un boucher anonyme comme le soutient son fils ou d’un boucher « kasher[48]» comme le précise le doyen ? Le détail pourrait être insignifiant ; en l’occurrence il réactive soudain le discours du père : « le moindre incident peut avoir des conséquences tragiques[49]». Alors qu’il voulait ne se faire remarquer que par la qualité de ses travaux, le jeune homme est vu désormais comme un esprit fort d’autant plus que certain de son bon droit, il continue de tenir tête au tenant de l’autorité universitaire. On assiste alors au cours de ces pages à une confrontation aux accents kafkaïens. Tel Joseph K., le héros du Procès, Marcus ne comprend pas de quoi il est coupable :

J’avais d’excellents résultats. Pourquoi cela ne leur suffisait-il pas, aux uns et aux autres ? Je travaillais pendant les week-ends. Pourquoi cela ne leur suffisait-il pas, aux uns et autres ? Je n’avais même pas pu me faire tailler ma première pipe sans me demander, pendant que cela se passait, ce qui pouvait bien ne pas tourner rond pour que j’y aie droit. Pourquoi cela ne leur suffisait-il pas, aux uns et aux autres[50] ?

Comme en témoignent ses réflexions in petto, Marcus dispose d’arguments pour se défendre face aux abus de pouvoir du doyen. Mais au-delà du caractère composite – et comique – de son soliloque, le passage cité n’est pas anodin : il constitue la parodie d’un texte qui figure dans la Haggadah de Pessah : il s’agit en l’occurrence d’une prière que les fidèles prononcent lorsque ceux-ci se remémorent comment le peuple hébreu a conquis sa liberté après avoir été réduit en esclavage en Égypte. La Haggadah est reprise rituellement, chaque année, lors de la célébration de la Pâque juive. Dans le texte original, chacune des initiatives divines qui furent favorables au peuple hébreu, est scandée par la formule : « cela nous aurait suffi. » Prenant le contre-pied de ce morceau de bravoure de la liturgie hébraïque, le personnage de Marcus évoque pour sa part la suite d’actions louables qu’il a accomplies sans aucune aide, et termine chacune de ses propositions par « cela ne leur suffisait pas ». Toutefois la mention incongrue de la première expérience sexuelle de Marcus dans ce contexte induit une rupture de ton allègrement hérétique, et désacralise dans un éclat de rire burlesque toute allusion aux religions, quelles qu’elles soient.

III. La révolte de l’Étranger

Cependant le doyen Caudwell – qui se considère comme le garant de l’ordre moral – passe au crible tous les mots utilisés par l’étudiant, et s’arrête sur le sens de termes comme « exact » ou « inexact[51] » qui ne prêtent pourtant pas à confusion dans le cadre du propos. Ce besoin de mise au point lexicale révèle une évolution dans la manière dont le chef d’établissement perçoit maintenant son interlocuteur. Ce dernier qui déclare tout net : « Prier est d’après moi une activité absurde[52] » est un étranger proche du Meursault de Camus : c’est quelqu’un qui n’hésite pas à briser le cœur de son père[53], quelqu’un qui ne parle pas le même langage, voire la même langue, et qui ne mérite donc pas que la société lui accorde quelque intérêt. Toutefois, parce qu’il veut avoir le dernier mot, le doyen porte le coup fatal en interrogeant le jeune homme sur sa vie privée, ce qui entraîne un nouveau rebondissement. Tout entier consacré à ses études, le jeune Messner « rougi[t][54] » à ces questions indiscrètes. Mais ce timide donne le change « en parlant avec plus de brusquerie que ne le réclamait l’occasion[55]. » C’est pourquoi dans un mouvement de révolte, l’étudiant se redresse et se livre à un éloge vibrant de Bertrand Russell, « l’éminent mathématicien et philosophe anglais » :

Bertrand Russell a été l’année dernière lauréat du prix Nobel de littérature. L’un des ouvrages pour lesquels on lui a attribué le prix Nobel est un essai de grande diffusion écrit à partir d’une conférence faite en 1927, intitulée « Pourquoi je ne suis pas chrétien[56] » […]. Si vous lisiez son essai – et au nom de l’ouverture d’esprit, je vous conjure de le faire –, vous vous apercevriez que Bertrand Russell […] réfute avec une logique indiscutable l’argument de la cause première, l’argument de la loi naturelle, l’argument du dessein intelligent, les arguments moraux en faveur d’une divinité, et l’argument du remède à l’injustice[57].

On sait combien Russell provoqua de polémiques en son temps, lui qui s’opposait à tous les conservatismes, que ce soit sur le plan religieux, moral ou scientifique. Se faisant le champion de l’athéisme, il allait contre les théories et les traditions prônées par les églises et soutenues par les partis de droite et d’extrême droite anglo-saxons. C’est pourquoi se ranger sous la bannière de Russell comme le fait Messner relève de la provocation. Mais dans cette joute oratoire, le doyen refuse de s’incliner, lui qui considère le philosophe comme un « immoraliste[58] » coupable de s’être « marié quatre fois, adultère éhonté, prônant l’amour libre, socialiste déclaré […] »[59]. Tandis que l’affrontement se poursuit, plein de bruit et de fureur, et qu’on ne voit pas comment il pourrait prendre fin, le destin veille sous la forme d’une nausée qui s’empare de Marcus, et qui n’a rien d’existentiel puisqu’elle s’achève par les vomissements du héros sur la moquette du bureau du doyen. Cet épisode tragi-comique et sa conclusion burlesque se situent au centre du récit, au moment où tout aurait pu encore être favorable au héros si celui-ci avait accepté de se soumettre aux conventions. Mais Marcus refuse les compromissions : il croit à la possibilité d’un monde fondé sur la vérité et la justice, et n’éprouve pas le besoin d’un « soutien religieux ou spirituel[60]. » Cependant ses convictions ont beau être empreintes de grandeur morale, elles pèsent peu de chose au regard d’un pays dont « les supporters zélés prôn[ent] les vertus de leurs « traditions »[61]. »

Comme dans les textes de Voltaire – dont Russell affirmait qu’il avait subi leur influence[62]–, si le héros n’atteint pas ses « objectifs[63] », ce n’est pas parce qu’il manque de qualités, mais parce que sa vertu est inattaquable, et qu’elle est conforme à l’éducation qu’il a reçue de ses parents. Dans un moment d’intimité, Marcus avait confié à Olivia que « son père était quelqu’un qui n’enfreignait jamais la loi[64]. » Et il avait ajouté avec une litote digne de l’âge classique : « En tout cas, je ne peux pas dire que j’aie jamais appris quoi que ce soit de mal de lui. Ç’aurait été impossible[65]. »

Pourtant ce sont bien les conseils de ses parents qui mènent le héros à sa perte. À la suite d’un enchaînement de circonstances qui relève de l’ironie tragique, sa mère fait la connaissance d’Olivia, et demande au jeune homme de rompre avec une « fille qui a pris un rasoir pour se taillader les poignets[66]. » Quant à son père, il le met en contact avec Sonny Cottler, un étudiant de la fraternité juive, de « quatrième année », plein « d’aisance », « d’assurance »[67] et rompu aux usages de l’université. Or, Olivia et Cottler ont des fonctions déterminantes dans la chute de Marcus. Ainsi Olivia est introuvable : se croyant responsable de cette disparition, Marcus affronte le doyen pour avoir des nouvelles de la jeune femme et aggrave son cas. Quant à Sonny Cottler, il persuade Messner de payer « Marty Zigler, un garçon […] qui idolâtrait Cottler[68] » pour que celui-ci assiste aux offices religieux et signe à sa place.

Ce Ziegler était une erreur, j’en fus tout de suite convaincu – mon ultime erreur […]. C’était lui l’agent du destin maintenant suspendu au-dessus de ma tête. Je n’en revenais pas de ce que j’étais en train de faire. […] trop épuisé pour pouvoir résister, moi aussi je cédai au leader-né[69].

Effectivement c’est cette dernière infraction qui vaut à Marcus de se retrouver en Corée et d’y mourir « à l’aube du 31 mars 1952 […] affranchi une fois pour toutes des souvenirs provoqués par la morphine[70]. »

IV. Le héros, un alter ego du romancier ?

Dans Roth délivré[71], Claudia Roth-Pierpont rappelle que lors de son cursus universitaire, l’écrivain avait rencontré les mêmes difficultés que son personnage. À l’université de Bucknell comme à Winesburg, la présence aux offices religieux était obligatoire et certains étudiants se faisaient payer « pour contrefaire [une] signature sur la feuille d’émargement. » Mais contrairement à Messner, Roth n’a pas transgressé le règlement, il l’a contourné : il allait à l’office et « lisait sur le banc de l’église – Le Monde comme représentation de Schopenhauer[72] et Les Héros : le culte des héros et l’héroïque dans l’histoire de Carlyle […] Mais il n’en exhibait pas les couvertures : « j’étais assez rebelle pour lire, mais pas assez pour en faire étalage »[73]. »

Ces similitudes entre l’auteur et son personnage sont-elles cependant une façon de signifier que Roth a encore envie d’écrire de la fiction ? Certes, il se considère proche du terme de sa carrière d’auteur de romans et s’en explique :

Au bout d’environ six mois, dit-il – au lieu des deux ans qu’il passait en moyenne sur un livre –, il n’arrivait plus à « apporter davantage de complexité[74] ».

Pourtant, il éprouve le besoin de se créer un nouveau porte-parole, Marcus Messner, qui va accomplir ce que lui n’a pas fait :

Fabriquer de la fausse biographie, de la fausse histoire, confectionner une existence à demi imaginaire à partir de la vraie pièce de théâtre qu’est ma vie, c’est ma vie. Il faut bien qu’il y ait un certain plaisir à faire ce métier, et c’est là-dedans qu’il se trouve. Aller déguisé. Jouer un personnage. Se faire passer pour ce que l’on n’est pas. Faire semblant[75].

Néanmoins, les biographies respectives du romancier et de son personnage présentent une différence fondamentale : au moment où paraît Indignation, l’écrivain a soixante-quinze ans. Messner, lui, meurt « trois mois avant son vingtième anniversaire » alors que la guerre de Corée se termine « par la signature d’un armistice le 27 juillet 1953, onze mois pleins avant que Marcus, s’il avait été capable d’encaisser les heures d’office et de fermer sa grande gueule, reçoive son diplôme consacrant la fin de ses études à l’université de Winesburg[76]. »

Cette mort prématurée a-t-elle un sens ? Oui, dans une certaine mesure, parce que Marcus va jusqu’au bout de ses actes, parce qu’en dépit des apparences le fils de boucher est un héros tragique : il croit à la possibilité d’être libre et considère à ce titre qu’il n’a pas à se soumettre. Son cri muet de révolte – il s’égosille « à chanter intérieurement[77] » – se résume en un mot, Indignation, qui, ironie du sort, se trouvait dans « l’hymne national [des] alliés chinois dans la guerre qu’avaient déclenchée les Japonais[78]. » Pendant la Seconde guerre mondiale, alors qu’il se trouvait à l’école primaire, Marcus avait appris des hymnes militaires « destinés à stimuler chez [les enfants] les vertus patriotiques[79]. » Or de ces chants, celui qui lui reste en mémoire pendant qu’il affronte le doyen Caudwell, c’est précisément l’hymne chinois avec, en traduction, « le plus beau mot de la langue anglaise : « In-di-gna-tion »[80]. » C’est cette indignation qui constitue la clé du comportement du héros. Au cours du roman, celui-ci a été à deux reprises victime de conflits avec des étudiants ; chaque fois les incidents se sont terminés dans la violence. Lorsque le doyen convoque Marcus pour mieux comprendre ce qui se passe, l’affrontement se déroule dans un climat tout aussi tendu. Paradoxalement, l’échange devient particulièrement agressif lorsqu’il est question de tolérance tandis que le doyen ironise : « La tolérance est quelque chose qui a l’air de vous poser problème, jeune homme[81]. » Mais la tolérance n’est-elle pas une forme de soumission, voire d’hypocrisie ou de lâcheté ? C’est en tout cas un concept dont le héros tragique ne se préoccupe guère, lui qui n’entend combattre que les puissances qui le dépassent. En l’occurrence, Marcus a alors une double bataille à mener : il doit se battre contre les discours lénifiants du doyen, mais aussi lutter lorsque la voix de l’autorité devient tranchante et prétend s’immiscer dans sa vie. C’est ainsi que s’opère en lui un dédoublement aux accents fantastiques. D’un côté, on entend le Marcus raisonnable qui pense :

Je vais être viré de l’université […] Voilà comment ça va se terminer. Viré, mobilisé, envoyé en Corée, et tué[82].

De l’autre, on voit un Marcus impuissant, spectateur de sa folie :

à ma propre stupéfaction, je me penchai en avant en martelant le bureau de mon poing, « quel crime exactement ai-je commis ? »[83] 

Et au-delà du personnage qui se regarde agir, dans un mouvement de mise en abyme, se trouve l’auteur qui commente le processus de création :

Pour un écrivain, il n’est pas forcément nécessaire d’abandonner sa propre biographie pour s’engager dans le jeu d’un rôle. Il peut être plus captivant de ne pas le faire. On la distord, on la caricature, on la parodie, on la torture et on la subvertit, on l’exploite — tout cela pour conférer à la biographie cette dimension qui enflammera votre vie verbale[84].

Mais dans le cas d’Indignation la biographie tourne court avec la mort du soldat Messner. Moins idéaliste que son personnage, Roth explique sa propre position :

[…] le roman commença quand il en eut « assez des politiques qui pérorent sur Dieu », ce néant était un point essentiel, peut-être même le point essentiel. Il reste un athée rationnel autant que son héros de dix-neuf ans. Et s’il est chaleureusement reconnaissant de ce que lui apporta un campus américain dans les années cinquante – une éducation solide, des amis pour la vie –, les mœurs sociales et sexuelles de l’époque sont un sujet qui n’a pas encore fini d’épuiser son indignation[85]

Conclusion

Le propos de Roth témoigne donc bien d’un regard sans illusions sur la société américaine, un pays qui se dit être celui de la liberté et qui, au nom de Dieu et des USA, envoie sa jeunesse se battre et mourir aux quatre coins du monde. Cependant, le roman n’a rien d’une lamentation, bien au contraire. Il met en scène avec humour et sans pathos un héros qui se croit mort alors qu’il ne l’est pas encore. Et il y aurait presque une forme de soulagement dans le fait d’apprendre que le soldat Messner est passé « de l’autre côté » : devoir ressasser les erreurs de sa vie pour l’éternité aurait achevé de faire de Marcus un nouveau Sisyphe, il aurait compris que la vie est absurde, mais que rien ne peut lui donner de sens, pas même la révolte ou l’indignation.

Parmi les nombreuses interviews que Philip Roth a données à partir de 2010, il a souvent été interrogé sur « les petits romans réunis dans le volume Némésis de l’édition complète [des] œuvres dans la bibliothèque de la Library of America[86].» Pour souligner la proximité de ces textes apparemment différents, Roth dit avoir « été tenté de placer une maxime de Kafka en exergue à ces quatre livres réunis : « Dans le combat entre toi et le monde, parie sur le monde »[87]. » Cette formule résume à la perfection l’itinéraire de Marcus Messner, ce qu’il aurait pu être et ce qu’il a été.


[1] Philip Roth, J’ai épousé un communiste, Paris, Gallimard, 1998, trad. Josée Kamoun, « folio », p. 32.

[2] Philip Roth, Indignation, Paris, Gallimard, 2010, trad. Marie-Claire Pasquier, « folio », 238 p.

[3] Ibid., p. 46.

[4] Ibid., p. 26.

[5] Claudia Roth-Pierpont, Roth délivré, un écrivain et son œuvre, Paris, Gallimard, 2016, « Hors Série Littérature Gallimard », trad. Juliette Bourdin, p. 638. Je précise par ailleurs que Claudia Roth-Pierpont n’a aucun lien de parenté avec Philip Roth. Leurs noms sont des homonymes.

[6] Indignation, p. 65.

[7] Ibid., p. 22.

[8] Ibid. p. 229-230.

[9] Albert Camus, L’Étranger, Paris, Gallimard, 1942.

[10] Philip Roth, Némésis, Paris, Gallimard, 2012, trad. Marie-Claire Pasquier, 230 p.

[11]Philip Roth, Pourquoi écrire ? Paris, Gallimard, 2019, trad. Michel et Philippe Jaworski, Josée Kamoun et Lazare Bitoun, Folio, « Explications », p. 469-470.

[12] Indignation, p. 95.

[13] Ibid., p. 28.

[14] Nathan Zuckerman est une sorte de miroir de Roth que l’on retrouve dans une dizaine de romans de l’écrivain.

[15] Philip Roth, Ma vie d’homme, 1974, Gallimard, 1976, Pléiade, 2017, « Fictions utiles : ma folle jeunesse ».

[16] Indignation, p. 20.

[17] Ibid., p. 21.

[18] Ibid., p. 19.

[19] Ibid., p. 19.

[20]Philip Roth, [Portnoy’s complaint, 1967,1968, 1969,] Le complexe de Portnoy, Paris, Gallimard,1970, trad. Henri Robillot, puis La Plainte de Portnoy, Paris, Gallimard, « La Pléiade », 2017, traduction revue par Paule Lévy.

[21] Indignation, p. 19.

[22] Ibid., p. 37. Toutefois lorsque Marcus pense au risque d’aller se battre en Corée, il change d’objectif : « j’étais bien décidé à coucher avec une fille avant de mourir. » p. 63.

[23] Philip Roth, Pourquoi écrire ? op. cit., p. 21-22.

[24] Philip Roth, Pourquoi écrire ? op. cit., p. 21-22.

[25] Indignation, p. 13.

[26] Ibid., p. 14

[27] Ibid., p. 163.

[28] Ibid., p. 164.

[29]Julien Bauer, La nourriture cacher, Paris, PUF, 1996, « Que sais-je ? », p. 7 : « Cacherout, substantif du mot cacher, est le terme utilisé pour désigner l’ensemble de lois et des coutumes s’appliquant à la nourriture que je judaïsme autorise. »

[30] Ibid., p. 164-167.

[31] Ibid., p. 165.

[32] Ibid., p. 166.

[33] La Bible, Ancien TestamentLe Lévitique, 17, « Respect du sang » : « Le sang procure l’absolution parce qu’il est la vie. Voilà pourquoi j’ai dit aux fils d’Israël : « Nul d’entre vous ne doit consommer de sang […] » ».

[34] Shiksa est un terme yiddish qui signifie « femme non juive ». Mais le mot a souvent une valeur péjorative.

[35] Voltaire, Candide, 1759, chapitre troisième : « Candide qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu’il put pendant cette boucherie héroïque ».

[36] Indignation, p. 46.

[37] Il n’existe pas d’université de Winesburg en Ohio. Mais Roth se réfère à un souvenir littéraire, Winnesburg Ohio de Sherwood Anderson, qu’il a découvert durant son adolescence. À propos des lectures de Philip Roth, se reporter à l’article de Jean-Pierre Salgas, La Quinzaine Littéraire, « Les Belles étrangères », n°419, 16/06/1984.

[38] Indignation, p. 29.

[39] Ibid., p. 123.

[40] Voltaire, Candide, 1759, chapitre premier.

[41] Indignation, p. 29.

[42] Ibid., p. 39.

[43] Ibid., p. 39.

[44] Ibid., p. 39. L’exclamation « youp » est traduite « youhou » par Claudia Roth-Pierpont, et rend mieux compte de la tentative de jeu verbal, op. cit., p. 639.

[45] Ibid., pour le récit des cauchemars, p. 39-40.

[46] Félix Guattari, Soixante-cinq rêves de Franz Kafka, Paris, Éditions Lignes, 2007.

[47] Ibid., p. 31-32.

[48] Ibid., p. 101.

[49] Ibid., p. 26.

[50] Ibid., p. 100.

[51] Ibid., p. 101.

[52] Ibid., p. 102.

[53] Ibid., p. 113 : dans L’Étranger, Meursault est condamné parce qu’il n’a pas pleuré lors de l’enterrement de sa mère.

[54] Ibid., p. 108.

[55] Ibid., p. 94.

[56] Ibid., p. 110.

[57] Ibid., p. 111.

[58] Ibid., p. 114.

[59] Idem.

[60] Indignation, p. 103.

[61] Ibid., p. 96.

[62] Bertrand Russell, « Voltaire’s Influence On Me », Studies on Voltaire and the eighteenth century, vol. 6, 1958, Genève, Institut et Musée Voltaire, p. 157-162.

[63] Chaque fois que le personnage évoque une situation précise, il définit des objectifs.

[64] Indignation, p. 147.

[65] Ibid., p. 148.

[66] Ibid., p. 177.

[67] Ibid., p. 50-51.

[68] Ibid., p. 203.

[69] Ibid., p. 203.

[70] Ibid., p. 230.

[71] Claudia Roth-Pierpont, op. cit., p. 640-641.

[72] Le titre mentionné dans l’entretien a été tronqué. Il s’agit de l’ouvrage de Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation, première édition, Liepzig, 1819, seconde édition enrichie des Suppléments, 1844.

[73] Ibid., p. 641. Curieusement, cette anecdote trouve un écho dans Sido, l’ouvrage dans lequel Colette évoque sa mère : « Pendant la messe, elle lisait dans un livre de cuir noir, frappé d’une croix sur les deux plats ; elle s’y absorbait même avec une piété qui semblait étrange aux amis de ma très chère mécréante ; ils ne pouvaient pas deviner que le livre à figure de paroissien enfermait, en texte serré, le théâtre de Corneille. » Or Roth aimait beaucoup Colette…

[74] Claudia Roth-Pierpont, op. cit., p. 633.

[75] Extrait d’un entretien accordé par Philip Roth à Hermione Lee, paru dans L’Infini en 1990.

[76] Indignation, p. 234-235.

[77] Ibid., p. 93.

[78] Ibid., p. 91.

[79] Ibid., p. 91.

[80] Ibid., p. 105.

[81] Ibid., p. 105.

[82] Ibid., p. 97.

[83] Ibid., p.105.

[84] Extrait d’un entretien accordé par Philip Roth à Hermione Lee, paru dans L’Infini en 1990.

[85] Claudia Roth-Pierpont, op. cit., p. 644.

[86] Philip Roth, Pourquoi écrire ? op. cit., p. 549-550.

[87] Franz Kafka, Réflexions sur le péché, la souffrance, l’espérance et le vrai chemin, connu sous le titre Les aphorismes de Zürau, [publié par Max Brod après la mort de Kafka], Paris, Gallimard, 2010.

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