Démocratie et gestion de l’environnement

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Démocratie et gestion de l’environnement à la lumière de l’éthique de la responsabilité de Hans Jonas

Grégoire Traore – Département de philosophie Université Alassane Ouattara de Bouaké République de Côte d’Ivoire

Le présent article est une évaluation de la portée pragmatique du système démocratique et de ses conséquences directes ou indirectes sur l’équilibre symbiotique de la nature. Nous nous proposons de réfléchir sur la capacité de ce système politique à gérer de façon responsable et rationnelle les ressources naturelles sur lesquelles repose la survie de l’humanité. Cette réflexion est importante puisque l’impératif ontologique qui apparait dans l’éthique de la responsabilité jonassienne et qui veut qu’une humanité soit, se présente comme la fin qui doit déterminer l’action morale et politique. Dans Le principe responsabilité et dans Une éthique pour la nature, Hans Jonas développe un ensemble d’arguments qui montrent que la démocratie, dans sa structure et dans son fonctionnement suscite, un type de comportement souvent irrespectueux de la nature. Attaché à une conception biocentrique du monde, Jonas encourage  les systèmes politiques à conformer leurs normes ou principes d’action au respect de l’intégrité physique de la nature. La recherche du  système politique qui remplit cette condition pratique constitue le talon d’Achille de sa théorie éthique puisqu’il doute du pouvoir de la démocratie à contenir ou à canaliser les actions destructrices des ressources  naturelles disponibles.

Source : Pixabay

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 Le doute jonassien procède du fait que le caractère permissif ou le jeu des intérêts favorisé par la démocratie pourrait être un obstacle majeur à la réalisation de cet objectif qui est d’assurer une protection rigoureuse de la nature. La dénonciation de l’incapacité des systèmes politiques, notamment démocratiques, s’inscrit dans une tentative de recherche d’un cadre théorique et politique capable de régler les problèmes environnementaux avec une grande austérité. Cette recherche débouche sur la nécessité d’analyser les systèmes politiques pour dégager leur efficacité pratique parce que pour Hans Jonas, la question environnementale ne peut être résolue que par la politique. Aussi, reconnait-il que malgré les faiblesses de la démocratie, elle ne peut être remplacée par aucun autre système. Si la démocratie d’une manière générale est  objet de doute chez Jonas, ce doute se trouve renforcé par le fonctionnement de la démocratie sous sa forme participative. Définie comme une forme de gouvernance politique axée sur le partage et l’exercice du pouvoir, la démocratie participative renforce la participation des citoyens à la prise de décision politique. Elle est une étape supplémentaire dans le processus de démocratisation des sociétés. Elle constitue l’étape où n’importe quel citoyen acquiert le droit de prendre part au processus décisionnel qui concerne la vie sociale. Par contre, la démocratie représentative peut être considérée comme la forme de régime qui, bien qu’impliquant la participation des citoyens, concentre le pouvoir de décision aux mains de représentants désignés par suffrage universel.

À l’analyse des critiques développées par Hans Jonas sur le régime démocratique, il apparait que le type de démocratie qui cadre avec le contexte de crise écologique est la démocratie représentative. À partir du moment où les citoyens n’ont pas une perception claire de l’ampleur du problème écologique et que leurs comportements changent en fonction de leurs besoins quotidiens et de leurs intérêts égoïstes, il devient nécessaire de susciter un pouvoir représenté par des experts vertueux et avertis afin de déterminer des normes ou des principes rigoureux de gestion de l’environnement naturel. L’idée qui transparait dans la théorie éthique jonassienne, c’est la mise en place d’un pouvoir de régulation des questions environnementales qui s’appuie sur des règles rigides. Dès l’instant où la société contemporaine, influencée par des idéologies de consommation, ne semble pas prendre la mesure de la responsabilité qui est la sienne dans la sauvegarde de notre patrimoine naturel, la question qui se pose inéluctablement est celle qui se rapporte à la force représentative des intérêts des générations présentes et à venir et aux exigences normatives qui doivent conditionner son action. Cette problématique constitue le nœud gordien de la théorie éthique de Jonas. «  Derrière  cette réticence se cache en réalité un doute radical quant à l’efficacité d’une organisation démocratique de la responsabilité. Jonas semble convaincu qu’on ne peut pas compter sur une humanité adulte et capable de percevoir et représenter ni ses véritables intérêts ni ceux des générations futures. »[1]

Pour Jonas, la question environnementale exige la mise en place de limites tant au plan  juridique, politique qu’au plan économique dans le contexte démocratique actuel. Ainsi, les principes fondamentaux de l’éthique de la responsabilité (la continuité, la globalité et  l’avenir de l’humanité) deviennent un facteur politique déterminant qui conditionne les relations des individus à la nature. Il est question d’amener les pouvoirs politiques à intégrer des nécessités morales pour l’humanité qu’ils doivent défendre de façon stricte. « Or,  cette stricte observance ne peut être assurée que s’il existe une puissance contraignante, c’est-à-dire s’il existe des sanctions. »[2] Le terme de sanction qui renvoie à l’idée de mesures punitives ou coercitives atteste du désir de Jonas d’aboutir à des actions qui accordent très peu de libertés ou de tolérance aux individus dans leur exploitation des ressources naturelles.

Au regard de ce qui précède, il est évident que pour Jonas, la démocratie participative est incapable de déterminer des actions volontaristes ou contraignantes en vue de la préservation des ressources naturelles parce que, bien souvent, elle a du mal à coordonner des actions communes ou collectives en faveur de la protection de la nature. En favorisant les luttes d’intérêts et le libéralisme économique, elle empêche une politique plus contraignante à l’égard des rapports des individus avec la nature. Dès lors, des solutions dynamiques s’articulant autour de mesures politiques coercitives et d’une prise de conscience écologique favorisée par l’éducation s’imposent.

La démocratie participative, dans sa structure et son fonctionnement, doit donc s’engager dans une nouvelle la perspective, celle d’une démocratie préventive qui ne tient pas compte uniquement des intérêts des générations présentes. Sinon, son caractère trop permissif a pour conséquence le non-respect des dispositions politiques en matière de protection de la nature.

Mais, en privilégiant la démocratie représentative au détriment de la démocratie participative, n’y a-t-il pas un risque de confiscation des libertés individuelles dans le processus de décision concernant la gestion de l’environnement ? La conception d’une nature comme valeur absolue ne présuppose-t-elle pas, pour Jonas, l’existence d’un pouvoir politique fort pour en assurer la préservation ?

Il s’agira, dans cet article d’une part, de montrer les faiblesses des systèmes politiques actuels à déterminer des stratégies durables en faveur de la gestion de la nature et d’autre part, de mettre l’accent sur la recherche de solutions à la crise environnementale dont l’exacerbation pourrait entrainer la ruine de la possibilité même de toute existence. Cette analyse prend pour repère la pensée de Hans Jonas.  En effet, le regard que Jonas porte sur la démocratie participative donne des raisons de douter de sa capacité à gérer l’environnement naturel et les intérêts des générations futures parce qu’elle contient les germes de la crise écologique actuelle. Pour lui, dans la mesure où elle a pour essence la liberté qui est une réalité imprévisible, la démocratie ne rassure pas quant à un engagement efficace et constant dans la mise en œuvre des mesures de protection de la nature.  Même avec  la possibilité d’une décision consensuelle et spontanée en faveur de la nature, le risque d’un dévoiement de l’engagement écologique demeure. C’est pourquoi, elle a besoin d’être dirigée avec  discernement. Ce qui permettra  la mise en place de décrets institutionnels et constitutionnels qui renforceront le caractère contraignant de la responsabilité écologique. À ce niveau, il sera question de voir comment l’Afrique peut tirer parti de la pensée de Jonas dans un contexte démocratique mal maitrisé pour une gestion rigoureuse de son environnement naturel.

I-   Les faiblesses des systèmes démocratiques dans la mise en œuvre de stratégies durables en faveur de la nature

           L’échec du sommet mondial de Copenhague[3] sur le réchauffement climatique est la preuve qu’il est impossible d’établir un consensus démocratique intégral en vue de sauver la planète. Ce contexte mondial de la mise en œuvre des méthodes participatives de la démocratie à travers les débats ouverts, a donné lieu à des marchandages sur les conditions de réduction des pouvoirs de destruction de l’environnement par les différents États. Il est vrai que l’on a toujours lié la démocratie à la souveraineté des États, mais il faut reconnaitre que la conférence de Copenhague a réuni des personnes qui sont parties prenantes d’une même cause. Ainsi, les décisions prises par voix délibérative au cours de cette instance respectent une procédure démocratique.

Pourtant, cette dernière semble buter contre de véritables problèmes dans la prise de décisions concernant la gestion de la nature. Les obstacles sont relatifs aux contradictions entre des intérêts objectifs et subjectifs des États ou des citoyens à l’échelle interne. Les principes démocratiques, en effet, conduisent souvent à ces impasses dans leur application. Les débats devant conduire à une décision universelle ou consensuelle sur l’environnement prennent une allure de marchandages, d’essais de persuasion manipulatrice de la part des participants.

De telles attitudes sont fréquentes dans les conférences et sommets internationaux. Cela conforte le scepticisme de Jonas à l’égard du principe du consensus essentiel dans les débats démocratiques surtout dans un contexte de disparités sociales, économiques entre les États du Nord et ceux du Sud.[4] Le sommet de Copenhague a donné lieu à de tels spectacles. Les pays du Sud, au lieu de mettre l’accent sur les véritables problèmes environnementaux du moment, se sont érigés en victimes en demandant réparations et dédommagements financiers aux pays du Nord (considérés comme les plus grands pollueurs de la planète). Une telle attitude dévoie la portée éthique du discours sur la nécessité de protéger l’environnement. La préoccupation essentielle qui surgit de tels contextes est : comment élaborer des règles éthiques, efficaces et universelles qui incitent les hommes au respect de l’environnement sans faire prévaloir les intérêts d’un État sur un autre? Faut-il procéder à une réforme des systèmes décisionnels en profondeur afin d’obtenir un sursaut de conscience des hommes?

À partir du moment où la prise de décisions communes et universelles à court terme en faveur de la protection de l’environnement est quasiment impossible aujourd’hui, des mesures urgentes et contraignantes prises localement et internationalement s’imposent. Celles-ci doivent impliquer les pouvoirs publics ou politiques. Pour Jonas, les systèmes marxiste et libéral ont renforcé, de façon indifférenciée, leur capacité de destruction de la biocapacité terrestre en tirant leur exploitation des ressources et leur déjection vers des échelles gigantesques. L’habitat terrestre est donc sous une menace multiforme et jamais égalée jusqu’alors dont l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl le 26 avril 1986 est l’alerte.

           Dans le cadre africain, le manque de maitrise du jeu démocratique et d’impassibilité des populations face aux problèmes écologiques accentue le péril déjà imminent auquel ce continent devra faire face. Les problèmes environnementaux ont aujourd’hui la dimension gigantesque de l’agir humain. Ils ne peuvent plus être traités de façon insulaire. Cependant, le caractère trouble du jeu démocratique africain fait qu’il est difficile d’établir des normes éthiques, politiques et juridiques susceptibles de conduire les hommes à des initiatives efficientes à même de préserver leur habitat naturel d’autant plus que les pouvoirs publics ne sont pas disposés à les appliquer de façon impartiale. Un rapport du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD)[5] publié en juillet 2006, portant sur l’exploitation abusive des ressources naturelles en Afrique, permet de comprendre l’incapacité des pouvoirs publics à protéger la nature et les richesses qu’elle renferme. Malgré ces limites dues aux questions d’intérêt des États et à la gestion interne des systèmes politiques, l’on s’évertue à croire que la démocratie participative est la seule voie qui permet une véritable implication des populations et des citoyens dans la réussite des programmes de gestion de l’environnement naturel.

L’espoir que concentre en soi le système démocratique participatif est fonction de sa nature propre. Désormais, les problèmes concernant la société sont soumis à l’appréciation du public dont l’avis est pris en compte dans les consultations. Le but de cette initiative est d’amener tous les acteurs à se sentir concernés par la recherche de solutions aux problèmes qui les touchent. La démocratie participative peut être un moyen de lutte contre le désintérêt que pourraient manifester les citoyens à l’égard de la crise écologique actuelle. Pourtant, dans son fonctionnement et sa structure, elle pose problème quant à sa capacité à protéger efficacement la nature. Deux situations pourraient être à la base de cette incapacité : des prises de décisions motivées par des intérêts politiques égoïstes et l’ignorance des citoyens des enjeux de protection de l’environnement qui font qu’il est pratiquement impossible de prévoir une gestion durable de la nature. C’est cette difficulté de la démocratie en général et de la démocratie participative en particulier que Jonas met en évidence.

« Il ne s’ensuit pas pour autant que notre démocratie (…)  plébiscitaire se révèle meilleure à long terme, je veux dire au sens où elle aurait effectivement les moyens d’éviter la menace d’une crise mondiale. Elle ne s’oriente pas véritablement dans cette direction, mais bien plutôt vers la satisfaction des intérêts quotidiens et proches. Il en résulte tout simplement que l’électeur estime que ses occupations et le maintien de son niveau de vie dans les proches années sont plus importants que l’avenir de la planète. Il est donc tout à fait clair que les intérêts à court terme l’emportent pour l’instant toujours sur les obligations lointaines. »[6]

Dans les systèmes démocratiques, les actions sont déterminées par la satisfaction des intérêts quotidiens des citoyens. Les préoccupations qui portent sur le devenir et l’avenir de la planète ne sont pas prises en compte par ces systèmes politiques. Cette situation est celle que Jonas dénonce dans son œuvre Une éthique pour la nature. « J’ai le sentiment que la démocratie, telle qu’elle fonctionne actuellement – et orientée comme elle l’est à court terme -, n’est effectivement pas la forme de gouvernement qui convient à long terme »[7].

Par ailleurs, l’un des éléments qui renforcent cette circonspection à l’égard de la démocratie provient du fait qu’elle favorise la libération de l’économie du marché. Le libéralisme économique favorise une exploitation surannée des ressources naturelles, la course à la préservation du capital et à l’accroissement de dividendes étant le principe de son fonctionnement.

Pour Jonas, seuls les systèmes économiques marxistes étaient en mesure de prendre des mesures restrictives pour la protection de la nature. Son intérêt pour ces systèmes résulte du fait qu’ils se sont caractérisés par un dirigisme qui fait que les gouvernements qui se réclament de ce régime exercent un pouvoir d’orientation ou de décision dans le contexte économique. L’État, en assumant la direction des mécanismes économiques, ne peut qu’adopter un cadre structurel et politique qui respecte rigoureusement l’équilibre des ressources naturelles à partir d’une gestion équitable des besoins des populations. Mais, pour Jonas, les systèmes politico-économiques porteurs de l’idéologie marxiste, en faisant du développement technoscientifique un axe majeur du bonheur humain, trahissent tout espoir de maintenir l’équilibre éco-systémique.

« J’ai pesé les chances de cette économie dirigiste socialiste, dont je pensais qu’elle était en un certain sens peut-être mieux à même  de maitriser les problèmes, du fait qu’elle avait la force de contrôler le niveau de satisfaction des besoins de ses populations et de les opprimer durement, et qu’elle savait par conséquent se montrer plus économe : nous avons néanmoins eu la démonstration qu’elle n’en était pas capable[8]. Pourtant, dans sa prétention à maîtriser le niveau de satisfaction des besoins des populations, cette économie s’est laissée influencer par les mêmes ambitions que les systèmes capitalistes, manifestant ainsi son incapacité à s’inscrire dans une perspective durable de protection de la nature ».

II-   Attitudes ou dispositions pratiques en faveur de la protection de l’environnement naturel

Le monde politique actuel est dominé par la démocratie. Mais en tenant compte des objectifs poursuivis par Jonas, à savoir la mise en place de principes rigoureux et intangibles qui conditionnent les rapports de l’homme à la nature, il est évident qu’il opte pour une démocratie parlementaire dont l’instance décisionnelle se trouve au sommet du pouvoir. Pour Jonas, les questions environnementales, pour être efficaces et pratiques, doivent reposer sur des fondements solides et durables. Il est vrai que dans les démocraties participatives, l’implication des citoyens aux processus décisionnels donne une  légitimité à l’action protectrice de la nature, mais le caractère souvent versatile des acteurs peut être à la base d’un échec d’une initiative collective ou consensuelle de gestion de l’environnement. C’est à ce niveau que semble se situer toute la crainte de Jonas. Dans l’idéal, lorsqu’une décision ou mesure est prise de façon collégiale, sa mise en application ne rencontre aucune résistance de la part des acteurs qui l’ont suscitée d’autant plus qu’elle engage leur responsabilité. Malheureusement, les décisions, bien que prises dans un tel contexte, sont parfois repoussées au profit d’intérêts égoïstes. C’est pourquoi pour Jonas, la question de la protection de la nature doit être réglée  par les conventions internationales et les pouvoirs publics. La puissance publique, en s’impliquant dans la gestion de la nature, peut concentrer les actions vers un but bien précis en les coordonnant. Pour un engagement des démocraties participatives en faveur de l’environnement, les populations doivent être amenées à prendre des décisions éclairées en vue d’actions soutenues et durables. Cette option est absente, dans les démocraties parlementaires où la décision est prise au sommet de la pyramide politique. A ce niveau, la seule condition pour que la puissance politique puisse atteindre des résultats probants est de faire appel à des moyens de coercition légitimes qui lui permettent d’exercer son autorité. L’objectif principal étant de satisfaire les intérêts généraux des citoyens, elle peut recourir à la force physique légitime. La puissance publique a le droit d’imposer des règles de conduite relatives à la protection de l’environnement afin de contenir les libertés que ces mêmes citoyens prennent avec leur cadre de vie. Au-delà de toutes ces considérations, l’intention de Jonas est de montrer que des décisions salutaires prises par des instances représentatives pourraient s’appliquer plus facilement et sans résistance que si elles devaient l’être dans un espace public ou démocratique.

Les décisions au sommet, qui peuvent être prises sans consentement préalable de la base, ne se heurtent à aucune résistance dans le corps social (si ce n’est peut-être une résistance passive) et, à supposer un degré minimal de fiabilité de l’appareil, elles peuvent être certaines d’être mises en œuvre. Cela inclut des mesures que l’intérêt individuel des sujets concernés ne se serait jamais imposées spontanément, qui donc, dès lors qu’elles atteignent la majorité, peuvent difficilement faire l’objet d’une décision dans le processus démocratique.

L’objectif de Jonas est de pousser les hommes à faire preuve de rigueur et d’abnégation dans leurs modes de consommation des ressources naturelles. Pour que cette attitude soit réalisable, efficace et durable, surtout dans une démocratie participative, elle doit être institutionnalisée et renforcée par le droit public. Les dispositions institutionnelles dégagent la condition humaine des caprices de la spontanéité parce qu’elles inscrivent les actions dans la durée.

« La spontanéité, si elle n’est pas institutionnalisée, n’est pas durable. Le consensus de principe auquel elle peut parvenir en mettant les choses au mieux doit être consolidé par le droit public. (…) On pourrait envisager des décrets constitutionnels prévisionnels, qui retireraient de la fantaisie du marché ces nouvelles évolutions techniques dont les conséquences, pour exceptionnellement fécondes qu’elles soient, risquent toutefois d’avoir des retombées éventuellement irréversibles sur la vie des générations futures. »[9]

La constitutionnalisation des normes et des lois pourrait assurer une protection durable de l’environnement naturel. À cet effet, la France a innové en inscrivant dans le préambule de sa constitution de 1958 plusieurs articles et principes qui rendent le droit de l’environnement contraignant. Ainsi, en 2004, la Charte de l’environnement, texte de valeur constitutionnelle, a été intégrée dans le bloc de constitutionnalité du droit français. Elle reconnaît désormais les droits et les devoirs fondamentaux qui se rapportent à la protection de l’environnement[10]. Il s’agit de renforcer les normes de protection de l’environnement en vue d’assurer à l’individu un cadre de vie plus sain et vivable. Désormais, le droit de l’environnement fait partie des droits fondamentaux ou élémentaires de l’individu.

La problématique de la protection de l’environnement se pose sous une forme plus cruciale en Afrique. En prélude au sommet de Copenhague, le forum mondial sur le développement durable tenu le 11 octobre 2009 à Ouagadougou (République du Burkina Faso), dont la problématique centrale s’articulait autour de la question du changement climatique, a soulevé des préoccupations intéressantes qui ont permis de mettre l’accent sur les problèmes colossaux auxquels sont confrontés les pays africains dans la gestion de leur environnement naturel. Parmi ces problèmes, on peut citer la pauvreté et le progrès exponentiel des technosciences qui modifient l’environnement. Les six chefs d’États présents à ce forum ont unanimement reconnu que les catastrophes occasionnées par les pluies diluviennes en Afrique, et particulièrement au Burkina Faso, sont un aperçu de ce qui attend le continent africain[11]. Tout cela montre que les États africains sont conscients de la menace qui plane sur leur continent. Mais, la mise en place de mesures coordonnées par les États africains en matière de protection de l’environnement naturel se trouve parfois confrontée à des problèmes d’instabilité  politique due à une mauvaise maitrise des principes démocratiques.

Cette question ouvre la voie à une réflexion renouvelée et contextuelle sur ce système politique qui implique la participation des peuples dans la prise de décisions. Elle permettra une analyse générale des modalités des systèmes démocratiques et leur capacité à garantir une protection efficiente de la nature. À ce stade, une question se pose inéluctablement : l’alternance du pouvoir en démocratie qui entraîne de nouvelles politiques structurelles et les conflits armés en Afrique (Congo, Soudan du Sud, Casamance, etc.) qui sapent les bases démocratiques ne sont-ils pas des obstacles à la protection de la nature ? Ne faut-il pas inscrire les questions environnementales dans un cadre juridique et éthique spécial ?

En Afrique, le socle sur lequel repose les valeurs démocratiques est souvent sapé par certaines velléités et ambitions politiques. Ces ambitions, souvent stratifiées par des préalables ethno-régionalistes, sont régulièrement des germes de conflits qui ne sont pas résorbés à la fin des processus électoraux. La préoccupation environnementale devient secondaire pour les pouvoirs publics en proie à des doutes et à des peurs liés à la conservation du pouvoir. C’est le cas de la République démocratique du Congo où, en raison de la crise armée, la population des gorilles est  passée d’environ 17000 individus à moins de 5000 entre 1994 et 2004, soit une chute de plus de 70 %, selon la Fondation internationale Diane Fossey. Cet état de fait est consécutif, d’une part à la chasse devenue une nécessité vitale pour les combattants et, d’autre part à la destruction de l’habitat naturel de ces animaux pour des besoins commerciaux en vue de soutenir le conflit[12].  Ces raisons conduisent à des laxismes vis-à-vis des agressions contre la nature. Partant de cette réflexion sur le fonctionnement de la démocratie en Afrique, il est impérieux d’imaginer ou de mettre en place un cadre juridique qui assure la pérennité de la survie de la planète et par conséquent celle de l’humanité. Il faut donc inscrire dans la constitution des États africains, comme le propose Jonas, le droit à l’environnement. Autrement dit, il faut que les pouvoirs publics s’impliquent dans la protection de la nature. Dans la mesure où les pays africains ont du mal à intégrer dans leur mode de gestion des valeurs démocratiques qui garantissent durablement la protection de la nature, ne faut-il pas envisager des mesures plus restrictives afin de la sauver?

Il est évident que pour Jonas, le comportement de l’homme à l’égard de la nature doit être codifié et même scellé dans un cadre juridique et éthique qui ne fasse pas l’objet de manipulation. Cette attitude, bien qu’elle s’adapte difficilement au contexte démocratique, paraît la mieux indiquée. Il faut donc canaliser les actions politiques, les libertés individuelles et collectives. « Car il ne faut pas oublier qu’il ne saurait, de toute manière, y avoir de liberté que dans la mesure où elle est limitée. Une liberté illimitée de l’individu ne peut que s’auto-détruire, du fait qu’elle n’est pas compatible avec celle des autres individus. »[13] Autrement dit, les effets de notre action ne doivent pas être un obstacle à l’épanouissement des autres individus. Au contraire, notre action doit favoriser la continuité et la pérennité de l’existence des générations présentes et futures. C’est à cette fin que doit se soumettre l’ensemble des pratiques politiques. Même dans l’exercice de la démocratie participative, certaines limites dans l’expression de notre liberté ne doivent pas être franchies. C’est cette idée que Hans Jonas exprime lumineusement à travers son impératif de type catégorique : « Agis de telle manière que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie humainement authentique » ou, de façon négative, « agis de telle sorte que les effets de ton action ne détruisent pas la possibilité future d’une telle vie. »[14]

Pour empêcher que les activités humaines portent atteinte à l’équilibre de la nature, on peut recourir au principe de conditionnalité écologique.  Depuis les conférences de Stockholm (1972), de Rio (1992) et de Johannesburg (2002), on assiste, en effet,  à la mise en place de textes juridiques relatifs à la protection de l’environnement dans plusieurs États du monde. Or, cette volonté étatique n’est pas accompagnée d’actions concrètes. Si dans la théorie, on sent une nette progression des choses, dans la pratique, ces textes sont simplement décoratifs. La constitutionnalisation du droit de l’environnement est un indice qui permet de savoir que les États veulent s’engager dans la voie d’une gestion rigoureuse de l’environnement.

Certains pays africains tels que la Côte d’Ivoire et le Togo se sont inscrits dans cette perspective. L’article 19 de la constitution ivoirienne stipule que « le droit à un environnement sain est reconnu à tous »[15]. L’application de cette disposition constitutionnelle rencontre quelques obstacles dus à l’absence d’une pénalisation des actions de dégradation de la nature. Mais aujourd’hui, la constitutionnalisation du droit de l’environnement s’impose. Elle a pour but d’amener les acteurs publics à une gestion rigoureuse des ressources naturelles. En intégrant le droit de l’environnement dans la constitution, le pouvoir constituant range la place de la protection de la nature au même niveau que les intérêts fondamentaux des États. Cette protection de la nature dont le but est de garantir la survie des générations présentes et à venir fait partie des droits essentiels, indispensables, principaux et primordiaux que doit défendre l’État.

À partir du moment où les activités économiques, industrielles conditionnant le développement des États peuvent se déployer en marge des normes écologiques, il parait important que des conditions de réalisation de ces activités soient définies, obligeant aussi bien les opérateurs économiques que les États à un respect scrupuleux de l’environnement. La conditionnalité écologique vient renforcer les mesures de protection environnementale prises localement par les États. À travers ce principe, les institutions internationales et les États soucieux de la qualité de l’environnement déterminent des conditions juridiques sur lesquelles doivent se modeler les projets de développement. Ces dispositions pratiques prises dans un contexte de démocratie montrent que la démocratie elle-même a besoin d’être réformée de l’intérieur. C’est aussi la preuve que les questions relatives à la protection de l’environnement doivent être traitées avec rigueur. Bien que l’implication des populations dans les prises de décision soit souhaitée et encouragée, dans le contexte africain où domine l’analphabétisme, elles sont sujettes à des manipulations politiques qui ruinent la base de leur action en faveur de l’environnement naturel. C’est pourquoi certaines mesures, malgré leur caractère contraignant, restent salutaires.

 L’idéal serait que les populations africaines puissent prendre les décisions concernant leur environnement de façon libre et éclairée. Il est vrai que la démocratie, dans ses principes, pourrait permettre de résorber les problèmes environnementaux, mais, compte tenu du  niveau intellectuel de la majorité de la population africaine et de la manipulation tendancieuse des informations par les États, mettant à mal ses fondements, il apparait opportun que des normes restrictives régissent toute intervention de l’homme dans la nature.

CONCLUSION

Aujourd’hui, la démocratie participative est brandie comme le système politique qui s’adapte à notre mode de vie. Cependant, elle présente des faiblesses face aux questions relatives à la protection de l’environnement naturel. Les mesures proposées dans cet article ont pour but de combler ces faiblesses. Le véritable problème de la gestion de l’environnement n’est pas exclusivement lié à la nature de la démocratie, mais à sa capacité à pousser les populations à une action commune de protection de l’environnement. L’idéal serait de susciter, au niveau des populations, un sursaut de conscience afin qu’elles se mobilisent face aux problèmes environnementaux. L’important n’est pas la mise en place d’un pouvoir politique bien structuré, mais il faut qu’il soit à même d’inciter des actions vigoureuses et rigoureuses qui s’inscrivent dans la durabilité.

Tout montre que la démocratie est un système politique à construire et à consolider par des moyens de contrôle afin qu’elle ne laisse pas la porte ouverte à toutes sortes d’abus. S’il est vrai que la démocratie favorise l’expression des libertés individuelles, il est important que des mécanismes et des stratégies soient mis en place pour réguler ces libertés afin qu’elles ne portent pas atteinte à l’équilibre naturel du monde. C’est en cela que l’implication des pouvoirs publics dans la gestion de l’environnement devient nécessaire. D’ailleurs, les politiques publiques, en s’élaborant sous une forme institutionnelle, c’est-à-dire de façon coordonnée et cohérente, peuvent répondre à ces enjeux de protection de l’environnement. Pour Hans Jonas, une politique représentative est plus à même de faire face à ces exigences. Il faut reconnaitre que la vision politique jonassienne s’inscrit dans la logique de l’usage stratégique de méthodes qui ne visent pas nécessairement le consensus, l’adhésion totale d’individus à une décision. Il est évident qu’une décision prise de manière consensuelle ou par un accord motivé de tous les citoyens ne conduit pas forcément à son application effective. La critique de Jonas porte sur le fait que les hommes, la plupart du temps, pour des intérêts personnels adhérent à des décisions avec l’arrière-pensée de ne jamais les appliquer. C’est pourquoi, dans un contexte démocratique qui prône la liberté individuelle, il est nécessaire que des cadres de régulation des activités humaines dans l’environnement soient prévues. Sans des mesures strictes de régulation définies dans un cadre juridique et politique, tout semble voué à l’échec.

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« République démocratique du Congo : Les gorilles des plaines en danger » in interet-general.info, http://www.interet-general.info/spip.php?article1708, AP, 9 juillet 2004


[1] Franco Volpi.- « Le paradigme perdu » : L’éthique contemporaine face à la technique in Gilbert Hottois (éd.), Aux fondements d’une éthique contemporaine H. Jonas et H. T. Engelhardt,  Paris, J. Vrin, 1993, p. 177.

[2] Hans Jonas.- « La prédisposition à la peur est un commandement éthique », Entretien avec Alexander U. Martens, Süddeutsche Zeitung, 07 août 1981 in : Une éthique pour la nature, traduction à partir de l’allemand par Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Desclée de Brouwer, 2000, p. 132.

[3] Le Sommet de Copenhague s’est tenu du 7 au 18 décembre 2009 dans la capitale danoise. Il réunissait des représentants des pays signataires de la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique (UNFCCC). Cette rencontre avait pour but de donner suite au protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effets de serre. Devant les catastrophes climatiques, tous les  citoyens du monde entier sont donc appelés à prendre des initiatives afin de réduire le réchauffement climatique.

[4] Jonas (H.).- Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Ed. Desclée de Brouwer, 2000, p. 60.

[5] Ernest Harsch.- Conflits et ressources naturelles in Afrique Renouveau, janvier 2007, p. 17  http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/january-2007/conflits-et-ressources-naturelles consulté le 21 /12/2013  à 16h50.

[6]Jonas (H.).-« Les perspectives éthiques doivent être complétées d’une nouvelle dimension » (entretien avec Mischka Dammachke, Horst Gronke et Christoph Schulte, Deutsche Zeitschrift Für Philosophie, 1er cahier, 1993) in : Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Éd. Desclée de Brouwer, 2000, p. 58.

[7] Jonas (H.).- « Au plus proche d’une issue fatale » (entretien avec Mattias Matussek et Wolfgang Kaden, der Spiegel, le 11 mai 1992) in Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Éd. Desclée de Brouwer, 2000, p. 29.

[8]Hans Jonas.- « Les perspectives éthiques doivent être complétées d’une nouvelle dimension » (entretien avec Mischka Dammachke, Horst Gronke et Christoph Schulte, Deutsche Zeitschrift für Philosophie, 1er cahier, 1993) in Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Éd. Desclée de Brouwer, 2000, pp. 57-58.

[9] Hans Jonas.-«  Technique, liberté et obligation, discours de remerciement à l’occasion de la remise du prix de la paix des libraires allemands », op. cit. p. 152.

[11] Le 1er Septembre 2009, une pluie diluvienne s’est abattue sur Ouagadougou (capitale du Burkina Faso) occasionnant d’énormes dégâts matériels et humains. Plusieurs États africains se sont mobilisés pour faire face à cette situation dramatique.

[12] « République démocratique du Congo : Les gorilles des plaines en danger » in interet-general.info, http://www.interet-general.info/spip.php?article1708, AP, 9 juillet 2004, consulté le 13 avril 2014

[13] Hans Jonas.- « Au plus proche d’une issue fatale » (entretien avec Mattias Matussek et Wolfgang Kaden, der Spiegel, le 11 mai 1992) in Une éthique pour la nature, traduit par Sylvie Courtine-Denamy, Paris, Éd. Desclée de Brouwer, 2000, p. 30.

[14] Jonas ( H. ). – Le Principe responsabilité, traduction Jean Greish, Paris, Ed. Cerf, 1990,  pp. 30-31.

[15] La constitution de la République de Côte d’Ivoire, Juris-Éditions, Texte paru au journal officiel numéro 30 du 03 août 2000, p. 8.

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