Entretien Encyclopédie philosophique

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Compte-rendu d’un entretien réalisé auprès de Maxime Kristanek à la demande de Marc Goetzmann d’Implications Philosophiques. Les propos cités, qui sont les siens, doivent être compris dans ce contexte.

L’Encyclopédie Philosophique (que vous pouvez trouver en cliquant ici) n’existait pas il y a à peine quelques années. Elle est pourtant désormais une ressource majeure, qui donne accès en ligne à plus d’une centaine d’entrées exhaustives, rédigées par des spécialistes des thématiques évoquées. Cet étonnant projet, dont la réussite est spectactulaire, tient son existence toute entière à la volonté de Maxime Kristanek. Il puise son origine dans une certaine insatisfaction : lorsque M. Kristanek passe les concours de l’enseignement en 2014 (année où il obtiendra le capes), il regrette qu’il n’existe pas de ressource numérique « commune » sur les thématiques qu’il veut étudier. Avec l’aide d’un de ses amis, Fabien Dézèque, et les « précieux conseils » de Pascal Engel, il se lance dans cet aventure où, partant presque seul, il est parvenu à réunir 286 personnes dans son équipe.

Le modèle sur lequel il s’appuie n’est rien d’autre que celui de la Stanford Encyclopedia of Philosophy, référence incontournable du monde philosophique anglophone. La différence entre une telle encyclopédie et Wikipédia, où l’on semble pourtant pouvoir déjà tout trouver, est selon lui essentielle: c’est la « qualité universitaire » qui est derrière chaque article. L’auteur est toujours un « spécialiste rigoureusement sélectionné » de la question évoquée et à cela s’ajoute le processus scientifique de la relecture anonyme par des pairs, selon ses propres termes. Rien donc à envier aux revues scientifiques spécialisées. S’il devait y avoir un contre-modèle, ce serait donc apparemment celui de la prétendue libre-contribution de Wikipédia, bien qu’il soit établi que cette liberté a des limites. Néanmoins, M. Kristanek garde de Wikipédia l’idée du libre accès, qui ne saurait passer par un autre modèle que celui de la gratuité. L’exhaustivité encyclopédique semble aussi être pour lui la règle, à l’inverse des dictionnaires philosophiques, qu’il trouve frustrants parce que « trop concis, trop laconiques ».

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L’Encyclopédie Philosophique ne contient cependant pas que de longs articles, qui pourraient détourner d’elle des publics moins habitués aux pensées complexes. Afin d’être véritablement accessible au plus grand nombre, elle contient en effet un grand nombre d’articles spécifiquement destinés au grand public, qui sont plus courts (2000 mots contre par exemple 10000). Le contenu y est aussi différent : ils font la part belle à ce que M. Kristanek appelle « la culture de masse », qu’il estime essentielle pour transmettre la pensée philosophique aux jeunes, et notamment aux lycéens, sans se limiter cependant à ces derniers. La large diffusion de la philosophie est en effet pour lui nécessaire à la santé des sociétés qu’elle touche.

Ainsi, même si M.Kristanek affirme être ouvert à « toutes les écoles de philosophies », à toutes les formes de « questionnements », de « traditions », ou de « doctrines », il trace une ligne rouge infranchissable : le style des auteurs recrutés (au moins des doctorants, désormais recrutés par l’un de éditeurs de l’Encyclopédie pour leur expertise dans un domaine) doit privilégier la clarté. Aux oubliettes donc ce qu’il appelle le style « ésotérique » et les « métaphores fumeuses », qu’il associe à certains philosophes. Le fond, si tant est qu’on puisse le distinguer de la forme, se veut complet, mais n’a pas vocation à être strictement « neutre » philosophiquement, ce qui semble consubstantiel à l’entreprise encyclopédique. Certains l’accuseront peut-être de favoriser la philosophie analytique : il rejette cette idée et cette dénomination, qu’il estime « historiquement déterminée », et se revendique davantage de la philosophie « argumentative », qui peut elle couvrir l’ensemble des sujets philosophiques, y compris les plus traditionnels. L’étendue des thématiques que son encyclopédie aborde semble le confirmer, d’autant plus qu’il affirme lui-même viser un jour les mille articles.

Il y a un caractère très « managérial » dans cette entreprise, au sens le plus noble du terme. M. Kristanek a en effet suivi les cours de Sciences Po Grenoble en même temps qu’il a étudié la philosophie. Ce détenteur du Capes a aussi travaillé dans une agence de communication puis dans un cabinet de lobbying.  Sa capacité à mobiliser autant de ressources en si peu de temps s’explique peut-être par le développement de ces compétences que certains rejetteraient bien en-dehors de la philosophie, voire même dans des terres ennemies, et ce probablement à tort.

Ainsi, malgré des trajectoires et des ambitions différentes, Implications Philosophiques, fondée par Thibaud Zuppinger, aujourd’hui directeur des publications, et l’Encyclopédie Philosophique de M. Kristanek, partagent une volonté de diffuser la philosophie au plus grand nombre possible, s’efforçant de concilier complexité et communication efficace. Ils ont pour outils le travail bénévole et acharné d’une armée de contributeurs, et ne négligent jamais la nécessité de rester « dans l’air du temps », ce qui permet à notre revue de se reconnaître un peu dans cette Encyclopédie.

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