Ethique et développement durable (1/2)

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L’éthique à l’épreuve du développement durable ou de la durabilité : effets des discours et des pratiques dans la formation agricole et l’organisation du champ.

Laure Minassian

Introduction

On attribue généralement l’expansion du concept de développement durable (ou soutenable[1]) au rapport élaboré par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Our common future[2], mieux connu par le nom de sa présidente, Gro Harlem Brundtland (CMED, 1987[3]). Depuis le rapport Brundtland (id.), le concept de développement durable a été convoqué de façon inflationniste dans l’ensemble de la société. Il constitue une manière d’interroger la croissance économique au regard de l’environnement et de ses ressources limitées. Son usage conduit-il pour autant à la transformation des sphères économico-techniques, des cadres institutionnels, des espaces géographiques, des esprits, par la prise en compte de l’environnement social, économique et les ressources disponibles (Rousseau, Zuindeau, 2007[4]) ? Si l’incursion de ce concept est prégnante aujourd’hui est-elle pour autant le signe tangible d’une mutation voire d’un renversement copernicien en comparaison avec le moment socio-historique où la science et la technique imposaient leurs normes, leurs codes, définissaient le bien-vivre, ce que dénonçaient Marcuse (1964[5]) et sa suite Habermas (1968[6]) il y a plus de quarante ans ? Dans le cadre de ce travail, nous inscrivons le concept de développement durable dans l’éthique de la finitude (Heidegger 1927/1986[7] ; Grondin, 1993[8] ; Schürch, 2009[9]), c’est-à-dire dans le refus d’une fatalité, de la conception selon laquelle tout ayant une fin (y compris les ressources naturelles, l’environnement et donc l’homme), rien ne peut être fait. Dans cette perspective, le développement durable ou la durabilité (nous reviendrons sur cette distinction) sont potentiellement les lieux d’un sursaut pour penser l’imperfection de nos modes de faire conduisant à la raréfaction des ressources, à la pauvreté, à l’injustice sociale et corriger voire changer de modèle de société. C’est donc à l’aune de cette définition que nous analyserons les usages de ces concepts dans différentes sphères de la société.

Source : Stock.Xchng

Source : Stock.Xchng

Les études de cas que nous proposons permettent d’étudier différentes mobilisations de l’éthique avec les concepts de développement durable et de durabilité et d’observer leurs effets sur les discours d’acteurs à une échelle locale ici relative à la sphère agricole parce qu’elle entretient des enjeux fondamentaux au regard ces concepts. Nous organiserons notre propos en trois points. Premièrement, nous définirons les concepts de développement durable et de durabilité et justifierons des emplois que nous en faisons. Notons dès à présent que le sens que recouvre le concept de développement durable étant flou, nous avons mobilisé le concept de durabilité pour créer un contraste utile à nos analyses. Dans une seconde partie, nous montrerons les processus d’introduction de ces concepts dans le champ agricole dans une perspective généalogique, avant de nous intéresser, dans une troisième partie, à de leurs effets. Nous étudierons ces effets d’une part dans les discours d’acteurs élus de syndicats agricoles, d’autre part dans la rédaction du référentiel de la formation qui prépare au baccalauréat agricole. À travers ces cas, nous discuterons les promesses que ces deux concepts contiennent de renversements des hiérarchies sociales, mais aussi de manières de faire et de penser en nous demandant en quoi ces promesses ne sont pas, en réalité, des entités efficaces de conservation de l’ordre économique et social, autrement dit du champ (Bourdieu, 1979[10]) qui passe entre autres par la formation d’un habitus (id.) à l’école.

Développement durable, durabilité et éthique

Le dilemme que pose à la société la finitude des ressources dans un contexte marqué par le développement économique néolibéral oblige à formuler des propositions de transition ou de conservation politique et économique. Le développement durable est une des réponses possibles pour résoudre ce dilemme que nous distinguons de celle apportée au travers du concept de durabilité. Le développement durable renvoie, comme nous allons à présent le montrer, à des thèses néoclassiques, à une régulation et non à une rupture des modes de produire et de penser davantage attachée au concept de durabilité.

Selon Latouche (1994[11]), Gendron et Revéret (2000[12]), le concept de développement durable engage à une atténuation des inégalités socio-économiques par l’harmonisation des conditions de concurrence au sein du marché. En ce sens, il serait une composante d’une régulation mondiale (Ethier, 1998) ce que confirment les travaux de Rousseau et Zuindeau (2007[13]) pour qui ce concept est lié « à une thèse néoclassique » (id.). Renvoyant spécifiquement à la sphère économique et productive tendue par l’idée de développement (Daly, 1990[14]), le concept contient dans sa formulation un flou sémantique. La formulation même du concept – développement durable – est d’ailleurs, selon Daly (id.), volontaire en ce qu’elle permet d’obtenir le consensus des différentes sensibilités attachées à différents courants politiques et économiques (Daly, id.). Le caractère antinomique du concept permet à Latouche de le qualifier de « concept alibi ». Dans cette perspective, le développement durable, est, par avance, une mystification (Latouche, 1994[15]). La régulation de la croissance par l’environnement physique et social (plus que sa remise en cause) conduit Rousseau et Zuindeau, à distinguer « durabilité faible » et « durabilité forte » (Rousseau et Zuindeau, 2007[16]). Dans le cadre de notre propos, nous choisissons, plutôt que de mesurer sur une échelle les critères qui appelleraient à une distinction entre forte et faible, de séparer de façon définitoire développement durable et durabilité. Pour O’Riodan et Jordan (1995[17]), la durabilité ou sustainability est un concept plus large que celui de développement durable que nous allons à présent préciser. Nous rapportons le concept de durabilité aux thèses qui vont plus loin que celles de la régulation, en particulier nous rapportons le concept de durabilité aux travaux de Hardt et Negri (2000[18] ; Negri, 2004[19]) que Raynaud (1999[20]) qualifie comme appartenant au domaine des « nouvelles radicalités ».

La durabilité s’inscrit dans un contexte politique, économique et conceptuel. Elle marque une rupture face aux discours libéraux et néolibéraux, tels que ceux de Hayek (1993[21], 2002[22]) pour qui l’expansion des sphères productives à une économie de marché mondiale est inéluctable. Cette idéologie néolibérale qui est le mode de pensée hégémonique des années 1980 (Dupuis-Déri, 2004[23]) soumet dès lors l’ensemble des individus à cette modalité et renvoie aux doxas[24] toute autre alternative proposée. Les travaux de Negri visent justement à montrer que la société des hommes n’est pas un système où il n’existerait plus de choix, qu’il est possible de refuser le libéralisme, qu’il est même un devoir moral de le faire. Ce devoir est tendu par les conséquences du marché libre qui iraient à l’encontre de l’homme et de la planète. Elle précipite, selon l’auteur, une fin, certes inéluctable, mais qui pourrait être retardée par la distribution des ressources matérielles et immatérielles tandis que Hayek défend l’idée que l’économie de marché préserve les ressources et l’environnement. En rapportant le concept de durabilité aux positions théoriques de Négri nous choisissons de l’inscrire dans la vie même, d’en faire un instrument potentiel d’alternative à toutes les formes de pouvoir, ces deux points sont traités dans les paragraphes qui suivent.

Loin d’être circonscrite aux seules sphères productives, la durabilité intègre la vie en tant qu’expérience, inventivité, créativité. Il ne s’agit alors pas de défendre la vie pour elle-même, mais de montrer que le changement, les nouvelles possibilités de penser sont contenus dans l’expérience. S’appuyant sur une conception sociocognitive, Negri montre que la créativité relève d’un processus dynamique permettant de penser d’autres possibles. Les collectifs agissent contextuellement et proposent localement des champs de possibles. Fruit d’un rapport dialogique entre l’individuel et le collectif, le sujet, par nature hétérogène et pluriel, avec d’autres, peut réguler des pratiques face à des phénomènes. L’hétérogénéité déployée permet de penser, de composer ensemble de façon inattendue des modalités de faire (Negri, 2004[25]). Pensés sous le concept de la multitude les individus, groupes d’individus, possèdent par leur capacité de réinvention, des formes de pensée et d’agir potentiellement nouvelles qui peuvent et doivent influencer l’État.

Pour que cette potentialité puisse s’actualiser la terre et ses ressources, le travail, les richesses accumulées doivent être mis à disposition. Ces éléments sont, dans cette perspective, un bien commun. Cette mise à disposition du capital accumulé se justifie par au moins trois raisons. La première tient au fait que les générations qui nous ont précédées ont inventé des procédés sur lesquelles notre travail repose aujourd’hui, c’est le cas de la production de nourriture. Elle s’explique encore parce que le partage du patrimoine accumulé offre des possibilités de penser collectivement autrement. Enfin, le partage des savoirs est une composante même des principes éthiques développés par Negri. C’est par cette mise en commun que les individus peuvent, idéalement au moins, trouver leurs solutions, atténuer les inégalités, et donc réaliser un système fondé sur la durabilité. Cette réflexion sur les modes de construction et de modification du monde par la multitude, à partir de l’héritage des savoirs constitués, participe de l’avènement d’une démocratie planétaire : « la démocratie est en train de devenir, pour la première fois, une possibilité réelle à l’échelle globale » (Negri, id. : 5).

Ce partage, parce qu’il est essentiel pour construire un monde basé sur la durabilité, légitime les résistances contre la conservation du savoir (qui est aussi celle du pouvoir selon une célèbre expression de Bacon). En ce sens la durabilité est un concept par lequel un contre-pouvoir peut être engagé (Benasayag et Sztulwark, 2000[26]). Il ne s’agit pas d’une réflexion éthique strictement intellectuelle, mais qui s’ancre dans un contexte de lutte contre l’hégémonie néolibérale. L’organisation actuelle du monde empêche l’émancipation des hommes elle introduit des modes de dominations de plus en plus grand, plus encore depuis que les États délèguent une partie de leur pouvoir à des substructures (le Fond Monétaire International, Organisation Mondiale du Commerce, G8, G20, etc.), ces groupes imposants des modalités de contrôle de plus en plus étendues[27] (même si elles sont moins visibles, Castro-Gómez, 2006[28]) alors même que les solutions de changement passent par une autorégulation, par des expériences, des tentatives, autrement dit passe par moins de contrôles, ou par un autocontrôle (Negri, 2004).

Les enjeux éthiques, que soulève la question de la durabilité dans son sens large, peuvent être mis en rapport avec les réflexions d’Herbert Marcuse sur la société contemporaine en tant que la société serait une :

(…) uniformisation économico-technique non terroriste qui fonctionne en manipulant les besoins au nom d’un faux intérêt général

(1964[29])

La résistance, le contre-pouvoir se concrétisent à l’échelle planétaire et sont rendus visibles depuis le milieu des années 1990 (soulèvement des zapatistes, « Bataille de Seattle » du 30 novembre 1999, premier Forum social mondial à Porto Alegre, en 2001, village anticapitaliste à Evian en 2003 en marge du G8, soulèvement citoyen contre le gaspillage des terres agricoles à Notre Dame des Landes). Là encore la filiation avec les thèses de Marcuse est intéressante, la notion du droit à la résistance est la continuité d’une valorisation forte dans les années 1960 en Occident (avec les actions mises en place par le New Left) :

(…) le devoir de résister est le moteur du développement historique de la liberté, le droit et le devoir de la désobéissance civile étant exercés comme force potentiellement légitime et libératrice. Sans ce droit de résistance, sans l’intervention d’un droit plus élevé contre le droit existant, nous en serions aujourd’hui encore au niveau de la barbarie primitive.

(Marcuse, 1967[30])

Agriculture, durabilité et développement durable

Les constructions conceptuelles que nous exposons sont produites à partir de l’analyse d’un contexte général. La philosophie radicale, celle de Negri, Hardt, Benasayag et Sztulwark entretiennent une parenté avec celle de Marcuse (nous y reviendrons) et visent à permettre aux individus (à la multitude) à changer le modèle de société. La pensée néomarxiste imprègne une partie du monde agricole en tant qu’espace symbolique fortement concerné par les enjeux environnementaux ce que nous allons montrer à présent. Cette imprégnation a-t-elle une influence et si oui, laquelle ?

La sphère agricole a été dominée par deux logiques distinctes. La première logique renvoie aux thèses classiques et néoclassiques qui semblent dominer depuis le début du XIXème siècle. Dans l’activité agricole, l’idée du productivisme s’inscrit dans une raison politique et économique historique. À titre illustratif, Méline comparait au cours de la Troisième République l’économie à :

(…) un arbre dont le tronc et les racines seraient les symboliques de l’agriculture, les branches et les feuilles celles de l’industrie.

(Barral, 1968[31])

Plus proche de nous, Valéry Giscard D’Estaing énonçait que l’agriculture était notre pétrole c’est-à-dire un secteur d’activité relatif à des intérêts stratégiques de conquête de marchés extérieurs. Les finalités des productions agricoles sont sans doute aujourd’hui moins tournées vers la stabilité économique de l’État, mais elles n’en demeurent pas moins un secteur de l’économie mondiale. Elles sont étroitement liées aux conditions industrielles de la transformation de la production, les pratiques culturales sont intégrées à un ensemble plus vaste en particulier à une logique industrielle agroalimentaire. C’est l’industrie qui d’ailleurs a le plus de poids sur les orientations des modes de production. Structurellement l’industrie organise l’agriculture :

Le XXème voit ainsi se constituer une industrie alimentaire puissante qui assure un maillage important de nos territoires et constitue 70% des débouchés (en France).

(Feillet, 2007[32]).



[1] De l’anglais sustainable

[2] Notre avenir à tous (1988), Montréal : Éditions du Fleuve, 461p.

[3] Commission mondiale sur l’environnement et le développement.

[4] Rousseau, S. ; Zuindeau, B. (2007), Théorie de la régulation et développement durable, Revue de la régulation.

[5] Marcuse, H. (1964), L’homme unidimensionnel, Essai sur l’idéologie de la société industrielle avancée, Paris : Éditions de Minuit.

[6] Habermas, J. (1968), La science et la technique comme idéologie, Paris : Gallimard.

[7] Heiddeger, M. (1927), Être et Temps, Paris, Gallimard, 1986, (trad. François Vezin).

[8] Grondin, J., (1993) La persistance et les ressources éthiques de la finitude chez Heiddeger, Revue de la Métaphysique et de la Morale, 3/1888, repris in L’horizon herméneutique de la pensée contemporaine, Paris, Vrin, 1993.

[9] Schürch, F-E. (2010), Heidegger et la finitude, in KLĒSIS, SPÄTER HEIDEGGER/2010/15.

[10] Bourdieu, P. (1979), La distinction, Paris : Éditions de Minuit, Le sens commun (coll.), 672p.

[11] Latouche, S. (1994), Développement durable, un concept alibi. In : Tiers-Monde. 1994, tome 35 n°137. Après le Sommet de la Terre : Débats sur le développement durable (sous la direction de Jean Masini). pp. 77-94.

[12] Gendron, C. ; Revéret, J-P. (2000), Le développement durable, Économie et Sociétés, Série F, n° 37, Développement, N°1/9.

[13] Op.cit.

[14] Daly, E.H. (1990), Sustainable growth : an impossibility theorem, Developpement, N°3/4.

[15] Op.cit.

[16] Op.cit.

[17] O’Riordan, T. ; Jordan A., (1995), The precautionary principle in contemporary environmental politics, Environmental Value, 4.

[18] Hardt, M. ; Negri, A. (2000), Empire, Paris, Exils (ed). 560 p.

[19] Negri, A. (2004), Multitude : Guerre et démocratie à l’époque de l’empire, Multitudes, 2004/4, n°18, 107-117.

[20] Raynaud, P. (1999), Les nouvelles radicalités : De l’extrême gauche en philosophie, Le Débat, n° 105, mai-août 1999.

[21] Hayek, A. (1993) La présomption fatale : Les erreurs du socialisme, Paris, PUF, coll. « Libre échange ».

[22] Hayek, F.A. (2002), Économie et connaissance, Cahiers d’économie Politique / Papers in Political Economy 2/N° 43, p. 119-134.

[23] Dupuis-Déri, F. (2004), En deuil de révolution ?, Réfractions, 13.

[24] Résistance par une prise de conscience s’inscrivant dans une pensée en contexte, comme ce fut le cas précédemment avec le new left, ce courant de pensée qui condamne, dans sa version radicalisée (Flood, 2002[24]), le libéralisme et le développement économique. Nous qualifions l’éthique en tant que réflexion sur l’action à l’aune des effets prévisibles de cette action (Weber, 1919). La mise en avant des enjeux éthiques face au progrès technique, l’exacerbation des contraires, conduisant à un rapport au monde revisité, mais au service d’une fonction sociale (tout comme l’art et l’esthétique). L’idéal de Marcuse a été considéré dans les années de la parution de « L’homme unidimensionnel » comme une utopie au sens de Marcuse (1964) c’est-à-dire au sens de vecteur autorisant virtuellement à penser le monde hors de l’immédiateté, hors de l’idéologie conditionnant la société, pour permettre non seulement de se donner et donner au monde d’autres possibles (qui ne sont pas encore advenus) comme dans un second temps se donner les moyens de les réaliser. Mais cette utopie peut, comme d’autres dimensions de l’esprit (y compris les œuvres), faire l’objet d’une absorption en vue de pérenniser la société, de continuer à assurer sa logique de productivité par et pour la domination.

[25] Op.cit.

[26] Benasayag, M. ; Sztulwark, D. (2000), Du contre-pouvoir, La Découverte, 2000.

[27] En reprenant les travaux de Foucault, Hardt et Negri qualifient la société occidentale avancée de « société disciplinaire ».

[28] Castro-Gómez, S. (2006), Le chapitre manquant d’Empire, Multitudes 3/2006 (no 26), p. 27-49.

[29] Op.cit.

[30] Marcuse, Conférence : Le problème de la violence dans l’opposition, Juillet 1967.

[31] Barral, P. (1968), Les Agrariens Français de Méline à Pisani, Paris : A. Colin.

[32] Feillet, P. (2007), La nourriture des Français : De la maîtrise du feu… aux années 2030, Versailles, Quae.

  1. La durabilité , vaste débat … Pourquoi avons nous interprèté le mot sustainable comme durable….

    Fatale erreur on a durcit les relations entre l’homme et son environnement… Bref , à vouloir désigner l’environnement comme un point incontournable de notre devenir, il faut faire peur.. On gagne des marchés ,bref en isolant chaque être vivant une fois de plus.
    Le capitalisme qui piège les écolos à des fins de marché…
    Tout un programme…
    Ou est la place de l’éthique… Bien loin sans spiritualité. Il faut respecter le triptyque.
    À bientôt
    Éric

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