Le néo-républicanisme : enjeux éthiques, sociaux et politiques

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Alice Le Goff est MCF en philosophie sociale et politique à l’Université Paris Descartes – CERSES (UMR 8137).

Théorie de la liberté comme non-domination et renouveau du républicanisme

 

La tradition républicaine a connu ce qu’on désigne d’ordinaire comme un renouveau depuis les années 1960. L’élaboration par Philip Pettit d’une théorie de la liberté politique comme absence de domination a constitué une étape importante de ce renouveau.

Ce renouveau s’est enraciné dans le courant de recherches historiographiques initiées par la publication de l’ouvrage de J. G. A. Pocock, Le moment machiavélien[2]. Commandée par la volonté de contester la prédominance, dans le domaine de la philosophie politique, du discours libéral-juridique, la démarche de Pocock a tenté de mettre en valeur la prédominance de la tradition de l’humanisme civique de la pensée florentine jusqu’à la Révolution américaine, en proposant une vision de l’histoire politique américaine en rupture avec l’idée d’un triomphe progressif et indiscutable du libéralisme. Le discours humaniste civique[3] repose sur une anthropologie présentant l’homme comme un être politique ne pouvant s’accomplir que par la participation à la vie de la cité. La liberté recouvre moins ici le fait de jouir de ses droits sous la protection de la loi qu’un exercice de la vertu civique. Cette vertu se définit par la défense du bien public qui passe par celle de la forme républicaine permettant l’indépendance de la collectivité.

Les thèses de Pocock ont été prolongées et contestées par Q. Skinner qui a soutenu que l’accent mis sur la participation civique découle non pas d’une reprise de thèses aristotéliciennes mais d’une réactualisation de thèses cicéroniennes: la participation civique apparaît moins comme une fin en soi que comme une valeur quasi-instrumentale visant la protection de la liberté comme indépendance. Skinner a tenté de montrer que la sauvegarde de la liberté négative constituait bien une visée ultime pour les penseurs de la Renaissance qui avaient bien saisi qu’une citoyenneté active était le seul moyen d’atteindre un tel but. Skinner s’appuie, pour étayer sa position, sur la pensée de Machiavel au sein de laquelle pourrait s’opérer la jonction de l’idéal antique de vertu civique et d’une défense de la liberté individuelle, permettant de définir les contours d’une démocratie pluraliste bien distincte de la conception libérale et de la vision communautarienne de la démocratie[4].

Pettit s’est inscrit dans la lignée de Skinner et la démarche déployée dans Républicanisme[5] a visé à montrer en quoi les idéaux républicains ne peuvent être rabattus sur des idéaux communautariens[6]. Mais sa propre démarche s’est inscrite dans un rapport critique à celle de Skinner : son but a été moins de contester l’assimilation de la liberté républicaine à une forme positive de liberté que de dépasser le dilemme classique de la liberté positive, définie en termes d’autonomie et d’autoréalisation, et de la liberté négative, définie en termes de non-interférence[7]. Il s’est agi pour lui de définir la liberté républicaine à partir d’un critère de démarcation permettant d’éviter tout rabattement de celle-ci, que ce soit sur la liberté positive ou sur la liberté négative : d’où l’élaboration du concept de non-domination, liée à l’intuition qu’il existe une différence fondamentale entre l’interférence et la domination, conçue comme maîtrise sur autrui. La liberté se définit négativement mais pas à partir de la seule interférence puisqu’il s’agit d’exclure toute maîtrise de mes actes par autrui. Pettit a appuyé sa distinction entre liberté négative et non-domination sur le cas paradigmatique de l’esclave qui est dominé dans la mesure où son maître peut interférer à sa guise dans sa conduite : il peut y avoir domination sans interférence dès lors que quelqu’un est en position d’influer arbitrairement sur mes actions ; ainsi, un maître peut être bienveillant au point de laisser ses esclaves agir sans interférer tout en conservant un pouvoir d’interférence dont rien ne garantit qu’il n’usera pas. C’est précisément cette contingence, qui caractérise intrinsèquement l’idéal de non-interférence, que Pettit va viser à exclure à travers la notion de non-domination. La non-domination n’est pas l’absence d’interférences mais l’exclusion d’interférences arbitraires : elle correspond à une franchise « résiliente »[8]. Si le maître bienveillant représente le cas typique de domination sans interférence, les exemples des interventions du juge ou du policier, régulées par des filtres légaux, illustrent l’idée d’interférence sans domination.

La domination réside donc dans la capacité à interférer de manière arbitraire dans les actions d’un agent individuel ou collectif. Une interférence est arbitraire quand elle ne va pas de pair avec la représentation que les autres peuvent avoir de leurs intérêts. Un acte d’interférence est non-arbitraire dès lors qu’il vise un intérêt commun ; il implique une prise en compte des intérêts des agents qu’il concerne. Si la domination se définit ainsi à partir de l’idée d’une capacité d’interférence arbitraire dans les choix d’autrui, on comprend comment Pettit aboutit à la conception de la non-domination comme contre-pouvoir : la non-domination renvoie à la « capacité de contrôle que possède une personne sur sa propre destinée » [9]. De même que l’immunité n’est pas l’absence de maladies mais la protection contre certaines agressions que peut subir l’organisme, la non-domination n’est pas l’absence d’interférence mais la garantie de n’en pas subir d’arbitraire. De plus, non-domination et domination font, toutes deux, l’objet d’un savoir commun. La non-domination n’est donc effective que dans la mesure où elle fait l’objet d’une conscience partagée, qui se manifeste dans une certaine attitude à l’égard de celui qui en dispose. En résumé, la liberté comme non-domination n’est pas l’absence d’interférence mais la garantie intersubjective de ne pas subir une situation sociale où l’arbitraire peut prévaloir. Elle renvoie d’abord à une structure objective d’ordre statutaire – un ensemble de garanties juridiques et institutionnelles –, qui se traduit subjectivement par un sentiment de sécurité, et intersubjectivement par la reconnaissance que me manifeste autrui, lesquels conditionnent en retour le maintien de ma capacité à agir.

Cette conception de la liberté a été progressivement affinée par Pettit dans le cadre de débats l’opposant aux défenseurs d’une conception négative de la liberté. On a en effet pu contester l’identification de l’idéal de non-interférence à un idéal libéral[10]. Skinner a notamment reproché à Pettit de passer à côté de l’irréductibilité de la tension entre liberté et interférence. Pettit a ainsi été amené à distinguer plusieurs niveaux d’analyse de la liberté, soulignant que notre liberté ne peut subsister sans l’étayage de certaines interférences contrôlables entravant d’autres interférences non maitrisables. Un débat distinct a opposé Pettit et Ian Carter quant à l’apport spécifique de l’idéal de non-domination. En cherchant à appréhender le degré de liberté dont jouit une personne à un moment donné, on doit certes prendre en compte le caractère de précarité de l’état de non-interférence concerné. Cela, aucun libéral n’a, selon Carter, de raison de le nier[11]. Mais Pettit semble pourtant distinguer le concept de non-interférence « garantie » de celui de non-interférence « prévue ». Dès lors, la différence entre libéraux et républicains ne tiendrait pas selon Carter à la manière d’interpréter la liberté mais à la valeur relative assignée à la liberté d’un côté, à la sûreté ou prévisibilité de l’autre. Carter défend ainsi une approche empirique de la mesure de la liberté qui n’est fonction de rien d’autre que de l’extension des actions disponibles. De même, Matthew Kramer rejette l’idée républicaine selon laquelle il existerait des situations de non-liberté en l’absence de toute interférence. Pour répondre aux critiques républicaines de la liberté comme non-interférence, il suffirait d’approfondir la conception négative en termes « probabilistes »[12]. Pettit affirme pourtant que ce qui compte ce n’est pas une probabilité quasi-nulle d’interférence arbitraire, mais son impossibilité. Mais Carter rejette ce qu’il désigne comme la « rhétorique » de Pettit: il semble difficile, selon lui, d’établir une relation plus intime entre loi et liberté que chez les libéraux sauf si l’on adopte une conception de la liberté comme autodétermination. Or c’est un coût que Pettit n’est pas prêt à payer[13].

Pettit a ainsi été amené à préciser que son objet n’est pas cette liberté directe  que Carter essaie de mesurer mais la liberté sociale qu’il faut comprendre en terme de statut, impliquant, pour qu’un agent soit libre, que la non-interférence soit et reste hautement probable quelles que soient les préférences des agents. On comprend que l’approche de Pettit ne vise pas le même objet que celle de Carter et Kramer: elle porte sur la liberté en contexte sociopolitique et non la liberté en un sens formel plus général. Ces critiques ont néanmoins poussé Pettit à préciser son concept de non-domination en introduisant la notion de « contrôle étranger »: un agent peut être considéré comme étant libre s’il n’est pas contrôlé par une influence étrangère qui restreint indûment sa liberté de choix[14]. La domination sans interférence a donc pour objet les situations où une volonté externe et étrangère à moi modifie le contexte de mes options en remplaçant ou en influant sur le contrôle que je serais autrement en mesure d’exercer sur mes choix[15].

L’approche de Pettit a également été discutée sous un angle opposé en ce qu’on a mis en question l’instrumentalisme strict dans lequel elle semble s’enfermer. On doit notamment à John Maynor d’avoir prolongé de façon critique le travail de Pettit en revenant sur la façon dont ce dernier distingue une forme réciproque et une forme constitutionnelle de non-domination. Si Pettit a privilégié la description des modalités institutionnelles de la non-domination, en la corrélant au statut, il en a en revanche négligé la dimension réciproque, i.e. la façon dont la non-domination se traduit dans les relations interpersonnelles. C’est cette dimension que Maynor a cherché à mettre en relief et il a en cela affiné le concept de non-domination en cherchant à tenir compte de façon équilibrée de ses facettes positives autant que négatives[16].

Le concept de liberté comme non-domination a ainsi constitué un enjeu central des débats les plus récents sur le républicanisme. En effet, il a été présenté par Pettit d’une part comme le noyau analytique et normatif de la tradition républicaine – en cela, il a été perçu comme susceptible de nourrir une relecture de cette même tradition, d’en revisiter les classiques, et de permettre de cerner une intuition commune à la plupart des variantes du républicanisme, par delà leurs divergences ; mais il a aussi été identifié comme susceptible de fournir la base d’un renouveau et d’un élargissement de la réflexion institutionnelle républicaine par delà ses limites traditionnelles, massivement critiquées par la théorie sociale et politique contemporaine. Il s’est agi d’emblée de montrer en quoi il est possible de construire des institutions modernes autour d’un idéal de non-domination qui n’aurait rien d’utopique. D’où le souci de mettre en relief le caractère englobant de l’idiome de non-domination autour duquel peut s’articuler un ensemble très hétérogène de revendications, des revendications écologistes aux multiculturalistes en passant par les revendications féministes et sociales.

Or c’est précisément sous l’angle de ses applications possibles, de ses enjeux pratiques et institutionnels concrets que ce dossier se propose d’interroger le mode d’approche contemporain de l’idée républicaine, introduit par des auteurs comme Pettit. Il s’agira donc bien, entre autres choses, de revenir ici sur les enjeux institutionnels et pratiques de l’idée de liberté comme non-domination, mais pas seulement. Il s’agira aussi de donner un aperçu, nécessairement partiel, de la façon dont des contributions comme celle de Pettit, et les débats qu’elles ont suscités, ont provoqué un véritable renouvellement de la réflexion contemporaine sur l’idée républicaine, au croisement de la théorie analytique normative, de la théorie sociale et de l’histoire des idées et pratiques politiques. Plusieurs publications ont déjà proposé au cours des dernières années un état des lieux des débats néo-républicains en cours[17]. Ce dossier s’inscrit dans le prolongement de ces publications mais sans avoir pour objectif de proposer un état des lieux exhaustif des débats et des recherches sur le néo-républicanisme. Il s’agit plutôt de proposer un aperçu sur ces débats et recherches sur la base d’une sélection d’enjeux et de thèmes pratiques concrets : ce dossier va ainsi aborder en particulier la façon dont le néo-républicanisme problématise la question éducative, la problématique du statut des droits dans le discours républicain contemporain mais aussi la façon dont le néo-républicanisme fournit la base d’une réflexion sur l’immigration ou encore les enjeux plus économiques de la pensée républicaine contemporaine. A partir de cette sélection de thèmes, le lecteur pourra ainsi mieux appréhender la spécificité de la réflexion néo-républicaine par rapport à d’autres cadres théoriques et le type de pistes qu’elle invite à explorer.


 

Pluralisme éthique, civilité et éducation

 

On l’a déjà noté, les auteurs néo-républicains sont en désaccord quant à l’interprétation qu’il convient de faire de l’idéal de liberté comme non-domination. S’affrontent en particulier une approche privilégiant une définition avant tout négative et instrumentale de l’idéal de non-domination et une approche cherchant à mettre en relief ses aspects positifs autant que ses aspects négatifs. Comme mentionné précédemment, c’est en particulier le sens de la critique adressée par J. Maynor à Pettit, le premier reprochant au second d’avoir négligé les modalités réciproques de la non-domination pour privilégier ses modalités institutionnelles et constitutionnelles et de s’être ainsi privé de ressources permettant de définir de manière approfondie des biens essentiels comme la civilité et la vertu. Or la dimension réciproque de la non-domination repose justement sur le fait que pour qu’un agent soit considéré comme libre, il faut que ses intérêts soient pris en compte mais aussi qu’il prenne en compte ceux des autres : la réciprocité intègrera donc obligatoirement la prise en compte d’un renforcement mutuel des libertés individuelles. La dimension communicationnelle de l’intersubjectivité joue à cet égard un rôle crucial dans le développement de ce pouvoir réciproque; la non-domination aurait dès lors des liens, insuffisamment mis en lumière par Pettit, avec la liberté positive.

Mais vouloir instituer plus « positivement » la liberté ne revient-il pas à défendre une conception résolument perfectionniste de l’État, en courant le risque de renier l’héritage pluraliste de la modernité? En ce sens, les débats néo-républicains des dernières années ont été amenés à aborder la question du statut éthique de l’idéal de non-domination: dans quelle mesure est-il compatible avec l’intégration d’un pluralisme éthique et en quoi est-il dissociable de la promotion d’une conception substantielle de la vie bonne?

Dans la perspective ouverte par Maynor qui prolonge de façon critique les positions de Pettit, la réalisation républicaine de la réciprocité permet un enrichissement contribuant à la maîtrise de soi, mais il ne s’agit cependant pas de revenir à la position défendue par Charles Taylor, i.e. à la défense d’une conception positive de la vie bonne[18]. La positivité de la réciprocité est plutôt déplacée au sein de la dynamique sociale de la civilité. En s’appuyant sur la civilité, le néorépublicanisme peut, dans une grande mesure, s’autoréguler car, contrairement à la maîtrise de soi, la vertu civile inclut sa propre récompense dans la reconnaissance mutuelle des agents. Il s’agit donc de montrer la possibilité d’admettre un pluralisme dans les dispositifs de régulation des comportements, de sorte que si la notion républicaine implique un État fort, elle risque moins de tomber dans le piège de l’État bienveillant, aussi omniscient qu’omniprésent. Pour le comprendre, il suffit de se référer à la notion de vigilance que la civilité est censée encourager : Pettit la pense sur le modèle de l’alarme d’incendie plus que sur celui de la patrouille policière (i.e. de la répression). Or cette vigilance peut être parfaitement compatible avec le règne d’une confiance authentique au sein du corps social.

Le corollaire de ces développements est la mise en évidence d’une manière spécifiquement républicaine d’aborder les politiques publiques, au prisme de la notion d’une politique de la confiance. Pour étayer une telle notion, Pettit s’appuie sur le travail effectué, de Not Just Deserts à The Economy of Esteem en passant par Rules, Reasons and Norms, pour concevoir une approche originale de la régulation sociale dont le pivot est le dispositif de la « main intangible ». Pettit a élaboré cette idée dans le cadre d’une réflexion sur la civilité et sur la corruption des gouvernants, afin de montrer que l’on peut, depuis la perspective républicaine de la non-domination, sortir du conflit entre, d’un côté, une régulation pensée au prisme de la « main de fer » des lois et des interventions étatiques et, de l’autre, une régulation comprise comme résultant d’une composition des intérêts, comme c’est le cas dans le cadre de l’optique libérale qui évoque une « main invisible ». Pettit entend remettre en question l’idée selon laquelle les démocraties contemporaines devraient nécessairement choisir entre la « main invisible » et la « main de fer ».  Une telle vision dichotomique conduit à considérer que dans tous les domaines où les mécanismes du marché sont inapplicables, il convient de mettre en œuvre une stratégie de management « à poigne »[19]. Mais ce type de stratégie risque d’avoir les effets négatifs propres à un mode de sanction centré sur les déviants. Or Pettit rejette un tel mode de sanction dans le domaine institutionnel et social en ce qu’il repose sur une image des agents qui fait d’eux des agents malhonnêtes[20] : il risque donc de décourager les agents honnêtes et de réduire leur disposition à se conformer aux règles.

     D’où l’insistance de Pettit sur la nécessité d’accorder une priorité aux filtres sur les sanctions dans le cadre d’une stratégie de régulation centrée sur les individus ayant tendance à se conformer aux règles. Le souci d’éviter toute stratégie centrée sur les déviants est lié au fait qu’elle risquerait de détruire la civilité que peut au contraire nourrir un dispositif dit de la « main intangible ». Ce dispositif fait espérer aux individus de l’estime sociale en l’échange de certains comportements. La notion de « main intangible » est cruciale car elle est pour Pettit le pivot d’une troisième voie en matière de régulation. Elle dessine les contours d’une régulation efficace, peu « coûteuse » – car elle peut prendre un tour quasi-automatique – et compatible avec la vertu qu’elle ne décourage pas contrairement aux optiques centrées sur la dissuasion et la répression plus que sur une incitation axée sur l’estime.

    Le développement de cette idée d’une main intangible est notamment allé de pair avec la mise en évidence d’une manière spécifiquement républicaine d’aborder la question de la justice pénale[21]. Pettit a en effet défendu, dans Not Just Deserts écrit avec John Braithwaite, l’idée que la perspective républicaine sur la justice pénale recouvre l’adhésion à un principe d’économie des peines. Si la logique de criminalisation des actions est censée être ordonnée à la maximisation de la non-domination, elle doit donc être modérée,  les forces de l’ordre devant voir leur domaine d’action strictement borné. Le but du système pénal ne devrait pas être uniquement d’assurer la paix sociale à moindres frais mais de renforcer la non-domination en favorisant une reconnaissance de la victime comme personne libre par le criminel, une réparation du tort causé par ce dernier et une garantie que le délit ou le crime ne se reproduira pas. En cela, on l’a compris, l’accent mis sur la dimension non répressive de toute justice pénale authentiquement républicaine va de pair avec le souci de Braithwaite et Pettit de prendre leurs distances avec le paradigme déontologique et rétributiviste sans se rabattre sur une perspective utilitariste, en défendant une orientation conséquentialiste axée sur la maximisation de la non-domination. Ce refus de toute conception répressive est en continuité avec l’affirmation des mérites, en matière de régulation sociale, d’une politique de la confiance. Il s’appuie sur la conception de la civilité que Pettit a plus récemment articulée au projet d’une économie de l’estime[22], visant à explorer le rôle central et productif de la quête d’estime sociale en matière de régulation des mœurs.

Dans ses travaux, Maynor a également prolongé cette approche de l’articulation entre civilité et normes sociales en dégageant ce qui en découle dans le domaine de l’éducation civique, l’enjeu étant de distinguer la perspective républicaine des approches libérales[23] : le projet républicain d’éducation civique doit en effet aller au-delà de la valorisation du respect mutuel car il implique une conception générale plus robuste et consistante des vertus civiques et des valeurs censées conditionner la maximisation de la non-domination à l’intérieur de la société. La dimension intrinsèque et substantielle des valeurs et des idéaux républicains implique dès lors une compréhension « quasi-perfectionniste » du républicanisme ouvrant sur la possibilité de s’écarter de la neutralité libérale sans pour autant tomber dans l’écueil du communautarisme. L’État républicain pourrait être autorisé à interférer dans la vie des individus pour promouvoir des idéaux substantiels associés à l’idéal de non-domination[24].

La question de l’éducation est donc, on l’aura compris, un des enjeux centraux de ces débats sur les rapports entre néo-républicanisme et pluralisme éthique. Des contributions comme celle de Sophie Audidière, dans La république et ses démons, en attestent: dans un article intitulé « L’école républicaine à l’épreuve d’une révision néo-républicaine », celle-ci a en effet entrepris d’interroger le modèle théorique français d’école républicaine au prisme de la théorie de la non-domination. Il s’est agi pour elle d’observer les effets de l’introduction de la définition néo-républicaine de la liberté comme non-domination sur l’ordre scolaire, en partant dès lors du constat que parents et enseignants exercent des « pouvoirs spéciaux » sur les enfants, que ces pouvoirs ne doivent jamais être des formes de domination mais doivent au contraire, en tant qu’interférences éducatives censées être non arbitraire, répondre aux mêmes réquisits démocratiques que les autres relations d’interférence[25]. Le travail de Naël Desaldeleer, dans le présent Dossier, prolonge une telle démarche et en propose une discussion. Ce dernier revient sur le statut de la question éducative dans l’histoire de la tradition républicaine afin de mieux cerner la spécificité de l’approche néo-républicaine en mettant en relief en particulier la façon dont celle-ci re-problématise les rapports entre éducation et formation éthique. Explorant la portée et les limites de l’approche de Pettit, Naël Desaldeleer s’interroge sur les contours qui pourraient être ceux d’une éducation assurant la promotion de la non-domination au rang d’objectif majeur.


Néo-républicanisme, conséquentialisme et question des droits

 

Initiant une réflexion sur le rapport du néo-républicanisme au pluralisme éthique, la première contribution fait déjà émerger, en creux, une réflexion sur la spécificité du néo-républicanisme et la façon dont il se démarque réellement – ou non – du libéralisme classique ou contemporain sur certains enjeux clés. La deuxième contribution prolonge un tel questionnement non plus sous l’angle du pluralisme éthique mais sous l’angle d’une interrogation sur la portée et les limites de la posture conséquentialiste. En effet, non seulement la notion de non-domination a vocation à dessiner les contours d’une conception de la liberté distincte de celle qui s’articule à l’idée de non-interférence ; mais, en outre, la démarche néo-républicaine de Pettit a eu pour but de développer une approche institutionnelle et conséquentialiste du politique, s’écartant en particulier de l’approche déontologique des libéraux contemporains.

       Le conséquentialisme est en effet au cœur de l’éthique sociale de Pettit et de la façon dont il envisage la maximisation de la non-domination[26]. Dans la lignée de sa réflexion méthodologique sur la théorie du choix rationnel, Pettit a défini les contours d’un conséquentialisme « virtuel » ou « intermittent » : l’agent moral agit de façon spontanée la plupart du temps mais, dès que son comportement ne satisfait plus les contraintes qu’il admet habituellement, l’agent va adopter une perspective conséquentialiste. Ce qui caractérise le conséquentialisme c’est le fait de chercher à promouvoir les valeurs au lieu de chercher à les honorer en toutes circonstances. La promotion du bien que recouvre le conséquentialisme se définit comme promotion, non de la valeur effective mais de la valeur attendue. C’est ce conséquentialisme, dissocié de l’utilitarisme, que Pettit articule au républicanisme[27]. Il s’agit de répondre à la question suivante : quel rôle doit jouer la valeur que représente la non-domination au sein du système institutionnel ? La réponse de Pettit est conséquentialiste dans la mesure où elle fait de la non-domination une valeur à promouvoir et non une contrainte à honorer.

L’approche de Pettit est aussi conséquentialiste en ce qu’elle consacre un primat des institutions sur toute idée de contrat social, Pettit mettant l’accent non pas sur le fait que la puissance publique honore déontologiquement des contraintes issues d’un contrat mais sur la manière dont elle favorise ou non certaines valeurs[28]. Dans The Common Mind[29], Pettit va ainsi distinguer trois types d’approches du politique : les approches contractualistes qui cherchent à déterminer quels agencements sociaux seraient choisis dans le cadre d’un pacte social ; les approches centrées sur les valeurs qui visent à déterminer quels agencements correspondent de façon optimale à des valeurs politiquement reconnues ; les approches centrées sur les institutions qui tentent de déterminer quelles valeurs politiques peuvent être institutionnalisées par un gouvernement. Sur la base d’une réflexion critique sur l’approche de T. Scanlon[30], Pettit a alors mis en avant l’idée que le dispositif du contrat avait tout au plus un statut non pas constitutif mais heuristique et défendu les mérites d’une approche institutionnelle dont l’un des enjeux est, entre autres, de sortir « des limites associées, depuis au moins Rawls, à la perspective de la « théorie idéale » ou de cette difficulté qui consiste à faire correspondre les options les plus rationnelles et les plus désirables, heuristiquement déterminées par le contractualisme, avec l’enjeu de leur réalisation dans la réalité institutionnelle, sociale et politique »[31].

Si une telle démarche marque de façon décisive la spécificité du néo-républicanisme, on peut néanmoins interroger ses éventuelles limites. En particulier qu’en est-il du discours des droits dans un tel cadre ? Comment intégrer l’enjeu central, entre autre, de la protection des droits fondamentaux ? Un tel conséquentialisme est-il éventuellement compatible avec l’intégration de certaines intuitions propres à l’approche déontologique ? Telles sont les questions qui constituent l’horizon de la contribution de Christopher Hamel dans ce Dossier. Ce dernier réinterroge la façon dont le renouveau du républicanisme a eu pour arrière-plan, notamment à travers la contribution de Pocock, l’idée d’une tension fondamentale entre discours libéral des droits et discours républicain. Pour ce faire, il se concentre sur la perspective de Pettit en explorant le rôle qu’y joue la référence au discours des droits. Hamel montre notamment en quoi les propositions de Pettit semblent reposer sur la thèse d’un droit moral de ne pas être dominé et en quoi cela implique, entre autres, de ré-interroger le statut de la théorie de la liberté comme non-domination.

 

Néo-républicanisme, communauté, immigration

S’il importe donc de problématiser la portée du conséquentialisme, il est également intéressant, plus largement, d’interroger de façon critique la portée du volet institutionnel du néo-républicanisme. Dans quelle mesure en effet le néo-républicanisme parvient-il, comme c’est son objectif, à élargir le cadre de l’approche républicaine des institutions ? L’idiome de la non-domination est-il suffisamment englobant pour fournir la base d’un tel élargissement ? C’est ce que soutient Pettit dont la démarche a été d’emblée motivée par le pari d’un élargissement du républicanisme au-delà de ses limites culturelles et sociales, en mettant en valeur son caractère universalisable. Contre les critiques classiquement adressées au républicanisme, Pettit a en particulier insisté sur la façon dont le concept de non-domination est au cœur des revendications féministes les plus centrales et serait en cela susceptible de rompre avec la marginalisation des enjeux féministes à la périphérie de la théorie politique. En outre, développant la théorie démocratique impliquée par l’idéal de la liberté comme non-domination, Pettit a également mis l’accent sur la manière dont le projet républicain d’une démocratie de contestation – censée compléter et pallier les limites de la seule démocratie électorale en garantissant la « contestabilité » des décisions collectives – s’articule à une conception forte de l’inclusion : en particulier, un tel projet est d’autant plus attractif qu’il est, selon Pettit, susceptible d’intégrer les propositions de « théoricien de la différence » comme Iris Young, qui développe une approche radicale de la question de l’inclusion démocratique en défendant des dispositifs de représentation spéciale des groupes subalternes et marginalisés[32].

En cela, Pettit a mis fortement l’accent sur le souci d’élargir l’idéal républicain d’inclusion politique, en dissociant l’idéal républicain de liberté de toute conception trop étroite et rigide de la communauté politique. Il s’agit en cela d’intégrer à la réflexion républicaine le dépassement de tout un ensemble de frontières, la théorie de la liberté comme non-domination étant susceptible de fournir la base d’une réflexion aussi bien sur les rapports entre environnements et sociétés qu’entre hommes et femmes, groupes sociaux et culturels dominants et groupes minoritaires etc….Pettit va jusqu’à insister sur la façon dont la théorie de la liberté comme non-domination serait susceptible de nous aider à aborder à nouveaux frais la question des relations internationales. En particulier, la théorie de la liberté comme non-domination impliquerait, souligne Pettit, une conception de la politique républicaine de la défense qui va dans le sens d’un renforcement de la coopération et des institutions internationales[33]. Mais qu’en est-il des rapports entre citoyenneté et souveraineté nationale ? Peut-on les ré-interroger au prisme des propositions néo-républicaines ? C’est ce que suggère la contribution de Solange Chavel à ce Dossier. Celle-ci entreprend en effet de réinterroger les hypothèses centrales de la pensée néo-républicaine au prisme de la question de l’immigration. Explorant en la matière la portée et les limites du cadre néo-républicain, S. Chavel interroge le concept de non-domination, l’interprétation qu’on doit en faire dès lors qu’il s’agit de proposer une lecture féconde des questions migratoires. S. Chavel entend ainsi mettre en relief la façon dont l’idéal de non-domination constitue un véritable outil dès lors qu’il s’agit d’appréhender les enjeux de justice non seulement au sein de la communauté nationale des citoyens, mais dans un contexte mondial.

 

 

Néo-républicanisme, économie politique et Etat social

Si la théorie néo-républicaine recouvre une réflexion dynamique sur les frontières de la communauté politique, a-t-elle quelque chose à nous apprendre sur les mutations contemporaines de l’Etat social et sur le rôle économique et social de l’Etat républicain ? On a déjà évoqué la façon dont Pettit articule sa réflexion sur la civilité au projet d’une économie de l’estime. Un tel projet a l’intérêt de s’inscrire dans l’élaboration d’une approche néo-républicaine des mécanismes de régulation des marchés. Sur ce point, comme l’a bien montré Pettit, l’approche néo-républicaine n’induit pas un rejet radical du marché et de la propriété privée. Mais la compréhension de la liberté non plus comme non-interférence mais comme non-domination modifie le regard qu’on porte sur ces derniers : il s’agit en effet désormais de se demander quelles sont les interférences non arbitraires qu’il est possible d’envisager pour faire en sorte que le marché serve l’idéal de non-domination ; cela implique d’envisager la légitimité de contraintes normatives fortes sur la propriété, l’échange et la régulation en évitant les écueils opposés du libertarisme et du socialisme et en s’inscrivant dans l’élaboration plus large d’une économie civique[34].

Outre la question de la régulation des marchés, le projet d’une telle économie civique recouvre également, d’une part, un questionnement sur la citoyenneté économique (au cœur des travaux de M. Sandel[35] notamment) : il s’agit,  dans ce cadre, de déterminer les conditions républicaines d’une citoyenneté républicaine en s’interrogeant sur ce que cela signifie et implique d’être à la fois citoyen et travailleur, une telle question pouvant être comprise sous l’angle de ce que l’on doit garantir aux individus qui travaillent (une forme d’autonomie et de participation) ou bien sous l’angle de l’exercice de cette citoyenneté par les citoyens eux-mêmes (et ce que cet exercice implique : vertus civiques, participation, etc.). ; mais le projet d’économie civique néo-républicaine implique également, d’autre part, au-delà même de la réflexion sur la non-domination, un questionnement sur l’égalitarisme économique, au cœur de travaux novateurs comme ceux de Stuart White sur le civic minimum[36].

Les contributions de Marie Garrau et Vincent Bourdeau se donnent précisément pour objectif d’introduire le lecteur à certains axes importants de ce projet d’économie civique. L’article de Marie Garrau analyse et discute les principaux axes de la contributions de S. White aux débats sur l’économie néo-républicaine : analysant de façon critique les propositions de White sur le civic minimum, Marie Garrau problématise ainsi l’apport du néo-républicanisme dès lors qu’il s’agit d’initier une réflexion sur les mutations contemporaines de l’Etat social. La contribution de Vincent Bourdeau s’inscrit également dans le cadre d’une telle réflexion mais sous un angle différent : elle s’attarde plus spécifiquement sur la problématique de la citoyenneté économique. En effet, V. Bourdeau revient sur la façon dont le travail, qui a longtemps eu mauvaise réputation au sein de la tradition républicaine, a fait l’objet d’une véritable réévaluation dans les théories républicaines à partir de la fin du XVIIIème siècle et est au cœur d’importants réaménagements de la théorie républicaine contemporaine. Bourdeau éclaire ainsi le statut de la question du travail au sein du projet néo-républicain d’une économie civique.

Tels sont les divers axes de ce Dossier thématique. Bien d’autres pistes auraient encore pu être explorées ici et nous n’avons en aucun cas eu pour but de présenter un état des lieux exhaustif des débats sur le néo-républicanisme. Néanmoins certains des enjeux et des thèmes abordés ici sont clairement parmi ceux qui suscitent une réflexion particulièrement dynamique dans le cadre de la théorie néo-républicaine. Et nous espérons donner au lecteur, à travers ces thèmes et enjeux, un bon aperçu à la fois du « potentiel » et des questions que recouvre le renouveau contemporain du républicanisme.

 


[1] Alice Le Goff est MCF en philosophie sociale et politique à l’Université Paris Descartes – CERSES (UMR 8137).

[2] Pocock J. G. A., Le moment machiavélien, trad. L. Borot, Paris, PUF,  1997.

[3] Sur la notion d’humanisme civique, voir le dossier coordonné par Y. Sintomer in Raisons Politiques, 36, Nov. 2009.

[4] Voir « The Republican Idea of Liberty », in Machiavelli and Republicanism, éd. Bock G., Skinner Q. et Viroli  M., Cambridge University Press, Cambridge, 1990.

[5] Pettit P., Républicanisme. Une théorie de la liberté et du gouvernement, trad. Spitz J. F. et Savidan P., Paris, Gallimard, 2004.

[6] Sur les liens entre républicanisme et communautarisme voir : Walzer M., Pluralisme et démocratie, traduction collective, Editions Esprit, Paris, 1997, pp. 180-81 ; Taylor Ch., « Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans la liberté négative ? », in La liberté des Modernes, trad. De Lara P., Paris, PUF, 1997, Sandel M., Democracy’s Discontent, Harvard University Press, 1996.

[7] Sur ce dilemme qui reformule sur un plan analytique celui de la Liberté des Anciens et de la Liberté des Modernes analysé par B. Constant, voir Berlin I., Two Concepts of Liberty, Oxford, Oxford University Press, 1958.

[8] Sur l’importance de cette notion de résilience spécifiant la notion de non-domination, cf. G. Brennan et A. Hamlin, « Republican Liberty and Resilience », The Monist, 84/2000, pp. 45-59.

[9] Républicanisme, op.cit., p. 97 et « Freedom as antipower », Ethics, avril 1996, pp. 576-604.

[10] Voir C. Larmore, « Républicanisme et libéralisme chez P. Pettit» in Cahiers de philosophie de l’université de Caen, 2000, numéro 34, pp. 115-125 ; et « Liberal and Republican Conceptions of Freedom », Critical Review of International and Social Philosophy, vol 6 (sous la direction de D. Weinstock et Ch. Nadeau), numéro 1, Printemps 2003, pp. 96-118.

[11] Carter I., A Measure of Freedom, Oxford, Oxford University Press, 1999.

[12] Kramer M., « Liberty and Domination » et I. Carter, « How are Power and Unfreedom Related ? », dans C. Laborde et J. Maynor, Republicanism and Political Theory, Blackwell Publishing, 2008, chapitres 2 et 3.

[13] Cf. Carter I., A Measure of Freedom, op. cit., pp. 237-245.

[14] Cf. pour plus de détails, Anctil D. et Le Goff A., « Le néorépublicanisme. Etat des lieux », in la revue Ateliers de l’éthique, volume 4, numéro 2, Eté 2009, pp. 16-24.

[15] Pettit P., « Republican Freedom : Three Axioms, Four Theorems », in C. Laborde et J. Maynor, Republicanism and Political Theory, op. cit., pp. 102-130.

[16] Maynor J., Republicanism in the Modern World, Cambridge, Polity Press, 2003.

[17] On a déjà cité le récent ouvrage de C. Laborde et J. Maynor. On peut aussi renvoyer le lecteur, à titre d’exemples, à l’ouvrage co-dirigé par V. Bourdeau et R. Merrill, La république et ses démons, Paris, Editions Ere, 2007 ou au Dossier coordonné par D. Anctil et A. le Goff, « Le néorépublicanisme. Etat des lieux », in la revue Ateliers de l’éthique, volume 4, numéro 2, Eté 2009 (disponible en ligne http://www.creum.umontreal.ca/spip.php?article1082).

[18] Cf. C. Taylor, « Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans la liberté négative ? », in La liberté des Modernes,  trad. P. de Lara, PUF, 1997. Selon Taylor, la liberté doit avoir une dimension positive parce qu’elle suppose une capacité d’identifier nos « finalités essentielles », une capacité d’identifier les obstacles internes éventuels à la progression vers ces finalités et, enfin, une capacité à surmonter ces obstacles. Voir l’analyse de Spitz J.F, La liberté politique, PUF, Paris, 1995, pp. 106-121.

[19] Pettit P., Républicanisme. Une théorie de la liberté et du gouvernement, trad. P. Savidan et J.F. Spitz, NRF/Gallimard, Paris, 2004.

[20] Il promeut à l’inverse une politique de la confiance conçue ici comme une sorte d’investissement : cf. notamment, Rules, Reasons and Norms, Oxford, Oxford Clarendon Press, 2002, p. 344 sq.

[21] Cf. Not Just Deserts, Oxford, Clarendon Press, 1990.

[22] The Economy of Esteem, New York, Oxford University Press, 2004, p. 29.

[23] Cf. E. Callan E., Creating Citizens ; Political Education and Liberal Democracy, Oxford, Clarendon Press, 1997 et A. Gutmann, Democratic Education, Princeton University Press, 1987.

[24] Cf. Republicanism in the Modern World, op. cit., chap. 3. L’État a un rôle central dans la culture et le renforcement de ces vertus et valeurs. Maynor s’inspire de Shelly Burtt (« The Good Citizen’s Psyche : On the Psychology of Civic Virtue », Polity, 23, 1990, pp. 23-38) pour penser la psychologie républicaine de la vertu civique en distinguant trois conceptions reliées : l’éducation des désirs que l’État tente de façonner, la composition des intérêts conditionnée par des agencements institutionnels automatisant la fusion des intérêts particuliers en un intérêt plus général et la tendance à l’accomplissement du devoir motivée rationnellement. La psychologie de la vertu civique moderne est aux yeux de Maynor une combinaison des deux premières conceptions; elle implique donc une forme de régulation des fins individuelles par l’État.

[25] Voir Bourdeau V. et Merrill R., La République et ses démons, op. cit., pp. 85-107.

[26] Cf. « The consequentialist perpective », in Three Methods of Ethics (en collaboration avec M. Baron et M. Slote), Blackwell, Oxford, 1997, pp. 92-174 ; cf. « Conséquentialisme et psychologie morale », in Revue de métaphysique et de morale, numéro 2, 1994, pp. 222-243.

[27] Spitz J.F., « Contractualisme et anticontractualisme : les enjeux d’un débat contemporain », Les Etudes Philosophiques, numéro 4/2006, p. 479.

[28] Idem, p. 494.

[29] The Common Mind. An Essay on Psychology, Society and Politics, Oxford, Oxford University Press, 1996, p. 284 sq.

[30] Scanlon T.M., What We Owe to Each Other, Cambridge Mass., Harvard University Press, 1998.

[31] Anctil D., « Le républicanisme comme anticontractualisme : Machiavel, Rousseau et Pettit », in Chevalier L. (éd.), Le politique et ses normes, Rennes, PUR, 2006, p. 150.

[32] Voir Young I.M., Inclusion and Democracy, New York, Oxford University Press, 2000; Honohan I., Civic Republicanism, Londres, Routledge, 2002.

[33] Voir sur ce point les travaux de Dave Anctil, entre autres son article « La liberté républicaine et la démocratisation du régime international », in A. Le Goff et D. Anctil (co-éd.), « Le néorépublicanisme. Etat des lieux », in la revue Ateliers de l’éthique, volume 4, numéro 2, Eté 2009 (disponible en ligne http://www.creum.umontreal.ca/spip.php?article1082).

[34] Pettit P., « Freedom in the market », Politics, Philosophy and Economics, 5 (2), 2006, pp. 131-49 ; cf. dans le même numéro, Dagger R., « Neo-republicanism and the civic economy », pp. 151-73.

[35] Sandel M., Democracy’s Discontent : America in Search of a Public Philosophy, Cambridge MA, Harvard University Press, 1996.

[36] White S., The Civic Minimum : On the Rights and Obligations of Economic Citizenship, Oxford University Press, 2003.

  1. Le républicanisme : un enjeu éthique !

    « D’où il est arrivé qu’au lieu d’une éthique, le plus souvent ils ont fait une satire, et n’ont jamais conçu une politique qui pût être mise en pratique, mais plutôt une chimère bonne à être appliquée au pays d’Utopie ou du temps de cet âge d’or pour qui l’art des politiques était assurément très superflu. On en est donc venu à croire qu’entre toutes les sciences susceptibles d’application la politique est celle où la théorie diffère le plus de la pratique, et que nulle sorte d’hommes n’est moins propre au gouvernement d’une république que les théoriciens ou les philosophes. » Baruch Spinoza, Traité politique, chap. I, 1.1.

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