Les 7 péchés capitaux : introduction

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Thibaud ZUPPINGER – Chercheur associé au CURAPP

          La période des fêtes s’annonce, avec son cortège de repas de famille, de dinde, de foie gras. Avec ces mets à disposition sur la table, en abondance, difficile de ne pas résister à la tentation. Dom Balaguère dans les Trois Messes basses de Daudet, en vient d’ailleurs à abréger son office pour se rendre plus rapidement à la table du festin qui l’attend.

            Entre les courses de Noël au milieu des produits qui nous font envie, les soirées au coin du feu à paresser, ou les repas où l’on s’adonne à la gourmandise, quelle période mieux indiquée que les fêtes de fin d’année pour se pencher sur la question des Sept péchés capitaux.

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            Attardons-nous un moment sur ce péché particulier qu’est la gourmandise. À distinguer de la gloutonnerie, ou de la goinfrerie, la gourmandise s’oppose néanmoins à un idéal de modération. Tout son ressort est précisément à chercher dans le plaisir que l’on trouve à dépasser la stricte modération. Loin des excès de l’indigestion, la gourmandise se niche dans ce franchissement du suffisant.

            À y regarder de plus près, le franchissement peut prendre bien des formes différentes. Que ce soit par l’excès de la quantité ou encore un jeu subtil sur la qualité (en ne se cantonnant pas à ce qui nous est donné, ou en cherchant à l’envelopper d’artifice par des sauces ou des assaisonnements), il est facile de faire preuve de gourmandise. De fait, même en s’astreignant à absorber des quantités raisonnables, il est possible de faire preuve de gourmandise, par l’intensité et le désir que l’on a de se mettre à table.

            Déplions ces différentes dimensions. La gourmandise suppose des conditions particulières pour se déployer. La première condition requise est l’abondance des biens. La gourmandise n’a pas lieu en régime de rareté des ressources. La gourmandise suppose que l’on s’est déjà éloignée de la question de la survie. Le plaisir de la gourmandise, n’est pas le plaisir de pouvoir s’alimenter après une période de privation.

            La gourmandise suppose une forme de partage, ce qui fait directement écho à cette dimension d’abondance. Il ne s’agit pas dans la gourmandise de priver l’autre de son repas. Au fond, la gourmandise suppose une part d’égalité. Tout le monde a au moins de quoi manger à sa faim, et il reste assez pour en reprendre… par gourmandise.

            La gourmandise, c’est le plaisir de l’excès, sans la culpabilité. Il n’y a d’ailleurs pas d’évocation pathologique comme pour la boulimie par exemple. Faire preuve de gourmandise suppose des compétences que les aristotéliciens nomment la phronesis, ce sens du juste milieu. Indispensable si l’on souhaite éprouver ce plaisir de la transgression en quittant le milieu de la modération.

            Le sens premier de la gourmandise porte bien entendu sur la dimension matérielle des nourritures. Peut-on parler de gourmandise pour des nourritures plus spirituelles ?

            Ne se jette-t-on pas avec gourmandise sur un bon livre ? Là encore, l’idée de la gourmandise suppose que notre appétit intellectuel dépasse la simple survie (pourquoi lire de la philosophie, notre survie peut se limiter à lire la notice d’un objet ?) La gourmandise de l’esprit, n’est-elle pas celle qui nous invite à dépasser la question de la survie pour explorer d’autres dimensions, comme la qualité ? Ou encore la capacité à faire naître en nous des différences que seule l’expérience et la fréquentation régulière des œuvres de l’esprit permettent.

            La gourmandise se présente alors comme la dynamique qui forge son goût, l’amène à sortir du ronron de ses lectures « utiles » pour acquérir une capacité à faire des différences, à apprécier différemment ce qui lui est donné, et à toujours rester ouvert et curieux à ce qu’il ne connaît pas encore mais qu’il s’empresse avec gourmandise de découvrir.

            Parce que le lecteur d’Implications philosophiques est un gourmand de l’esprit, nous avons rassemblé dans ce dossier consacré aux 7 péchés capitaux les articles présentés comme des mignardises des plus exquises.

            Autour de la question des péchés capitaux présentés ici comme des prétextes, nous vous invitons à circuler autour des concepts d’envies, de luxure, d’orgueil, de paresse et d’avarice. Point de moralisme dans ce dossier, mais une exploration joyeuse des comportements humains. De la littérature à la politique, des films aux contes de Noël, c’est par les chemins de traverse que l’on vous invite à découvrir ce dossier de fin d’année.

            Bonne lecture à tous les gourmands de l’esprit, et nous vous souhaitons de très joyeuses fêtes de fin d’année !

Sommaire

19/12 La gourmandise – Thibaud Zuppinger (Introduction)

20/12 La paresse – Jean-Marc Rouvière

21/12 L’envie – Fabrice Flipo

22/ 12 La colère – Thibaut Gress

26/12 L’orgueil – Florian Cova

27/12 L’envie – Margaux Merand

28/12 La luxure – Etienne Besse

29/12 L’avarice – Laetitia Casas

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