Ludwig Wittgenstein en dialogues : G. E. Moore.

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Est-il possible de reconstituer, à partir des écrits dont nous disposons, le dialogue qui s’est poursuivi sur plusieurs années entre Wittgenstein et G.E. Moore ? Le positionnement éminemment atypique de l’un et de l’autre dans le système universitaire de Cambridge, leur place à la fois singulière et centrale dans la pensée de leur temps, laissaient espérer un échange d’une grande richesse. La relative discrétion de leur interaction dès qu’on en aborde les traces écrites pourrait au contraire engendrer une certaine frustration ; il n’est pas exclu non plus que les bases de leur échange soient faussées par notre lecture. Nous allons donc tenter de mettre en évidence l’asymétrie des contributions de l’un et de l’autre. La manière dont Moore se penche sur la pensée de Wittgenstein se place sur un tout autre plan que celle dont ce dernier intègre l’analytique mooréenne. Il semble même que les caractéristiques formelles, qui ont un lien direct avec cette asymétrie, jouent un rôle de premier plan dans le mode de restitution, et dans notre lecture. Pour le démontrer il paraît nécessaire d’étudier l’énonciation, le style même, de chacun. Cela nous amènera à nous interroger sur le statut de la voix dans le dialogue philosophique, et même sur les caractéristiques de l’intervention orale en philosophie.

Notre attention se portera sur quelques textes extraits de Philosophical Occasions, 1912-1951, avec quelques incursions dans les Recherches Philosophiques[1]. D’aucuns présumeraient, avant lecture de Philosophical Occasions, que les textes de Moore et Wittgenstein où leur dialogue imprimerait le mieux sa marque seraient ceux qui porte sur la question du sens des mots, celle des propositions, celle de l’éthique, et celle de la croyance. La réalité est peut-être éloignée de cette présomption, en raison sans doute d’une divergence sur ce qui constitue la matérialité du langage.

Nous chercherons dans un premier temps à comprendre le sens donné au dialogue. Nous étudierons aussi l’effet du croisement des deux discours sur l’expression de chacun. Le style de Moore demeure mooréen, mais une certaine défiance vis-à-vis de l’écrit est perceptible. En fait, le désir de Moore serait de restituer une parole au sens propre. Cela apparaît nettement sur ce que nous appellerons l’aporie du sens ; sur cette question, on voit que le travail de Moore est une véritable anagogie — la remontée aux sources d’une pensée. Sur le versant wittgensteinien, il y a, avec une égale attention à l’oralité, davantage le souci de retrouver l’origine d’un problème : qu’est-ce qui est à l’origine d’un problème philosophique (éventuellement métaphysique) ? Cette asymétrie culmine dans la question de la définition, et peut-être du langage en tant que tel. Moore se fait alors nettement plus présent qu’on ne pourrait le croire, mais à titre d’ « interlocuteur-fantôme », si l’on peut dire. La progression de Wittgenstein sur cette problématique (oralité / définition / problématologie) lui fait pressentir un lien entre énoncé et prononcé, entre oralité et statut privé (privacy).

 « Wittgenstein’s Lectures. 1930-1933 » (d’après les notes prises par G.E. Moore)

L’analyse qui va suivre repose sur l’étude d’éléments stylistiques prélevés dans « Wittgenstein’s Lectures in 1930-33 »[2], de G.E. Moore. Il s’agit de repérer si, outre le lexique, certains tours de phrases, expressions, ou certains énoncés non-aboutis, témoignent d’un effort pour prendre en compte une autre formulation que l’on pourrait identifier comme la poursuite d’un dialogue sous une forme écrite.

Observation

Si l’on s’en tient à la simple observation, les phrases de Moore sont souvent de la forme : « il disait … il faisait remarquer … ce qu’il exprimait en disant … ce qu’il appelait … Il employait fréquemment les mots … »[3]. Peut-être est-il trop tôt pour parler de dialogue, mais indubitablement, Moore s’est donné pour première tâche, comme l’aurait fait Wittgenstein, l’enregistrement de la matière dite, ou parlée (the spoken word, spoken matters), avant même d’aborder l’aspect conceptuel. Soit l’exemple suivant :

Quant à (a), bien qu’il eût dit que […] était […], il ne voulait pas dire, comme il l’expliqua plus tard, que […] ; et il dit que, bien que […][4].

Moore aurait pu écrire :

* Bien que […], le […] n’est pas […] et le […] est, même si […] n’est pas […].(Ce qui aurait donné, en anglais :*Although […], the […  isn’t […] and the […] is […], even if […] is not […])[5].

La formulation aurait gagné en simplicité et en concision, tout en restituant la totalité du sens. Or tel n’était pas le choix de l’auteur. Au plan formel la relation du propos importe, ici, au moins autant que le contenu de ce même propos. Il ne s’agit évidemment pas d’hagiographie (« Je dépose ici la parole sacrée du maître… ») ; on serait plus proche de lycéens qui se passent un cours auquel d’autres n’ont pu assister (« il a dit que le Traité de Versailles n’est pas la fin de la guerre […] il ne faut pas confondre le développement économique et l’expansion territoriale […] ; il faudrait insister sur le rôle des photographes de presse […] ») — à rapprocher de l’expression de celui qui vient de consulter une encyclopédie (« le mouvement pendulaire, c’est […], il s’exprime pour le physicien par la formule […] »).

Au plan formel, Moore tourne le dos à l’expression péremptoire et au développement d’analyses qui seront les siens dans d’autres écrits. Outre quelques hésitations de l’auteur sur l’exactitude de sa restitution, on note un recours aux auxiliaires de modalité (« je ne puis non plus … », « … doit essentiellement appartenir à »[6]) ou autres formules et adverbes restrictifs (« il semblait qu’il tenait absolument à dire que … », « apparemment », « quant à …, je pense qu’il ne savait pas très bien », « il semblait laissait entendre », « il nous est impossible de clarifier davantage », « la difficulté, c’est de … », « nous induira forcément en erreur »[7]). En outre, l’élément dialogique est évident ; deux langues, deux logoï se croisent, s’informent l’un l’autre. Chacun des auteurs admet une certaine interpénétration du lexique de chacun[8] par celui de l’interlocuteur : Moore, d’abord, en allant jusqu’à douter de l’exactitude de sa restitution :

Il se peut qu’à l’occasion j’aie substitué mes mots aux siens et qu’ils représentent mal ce qu’il voulait dire : il est certain qu’une grande part de ce qu’il disait, je ne l’ai pas compris[9].

et Wittgenstein, ensuite, en privilégiant l’oralité (il n’est ni lecteur, ni rédacteur : « [Wittgenstein], bien sûr, ne lisait jamais ses cours : en fait il ne les avait pas écrits à l’avance, bien qu’il passât […] beaucoup de temps […] à méditer ce qu’il se proposait de dire. »[10]) Moore rappelle d’ailleurs avec humour que le jeune conférencier, qui, sans doute, ne songeait pas à la publication, se réjouissait que quelqu’un prît en note ses interventions[11]. La priorité à l’enregistrement d’une parole se ressent même au plan typographique, puisque les nombreux guillemets attestent de l’effort de Moore pour citer dès qu’il le peut les éléments du lexique wittgensteinien. Il convient de rappeler, ce qui n’est pas inutile dès qu’il s’agit d’échange oral, qu’un élément de dissymétrie dans le dialogue tient à la méconnaissance, de l’aveu même de Wittgenstein, de certaines subtilités de la langue anglaise (« Tout ce sur quoi j’aimerais écrire est […] nettement trop compliqué pour mon mauvais anglais. »[12]).

Une ré-écriture perturbée par une situation aporétique.

Par rapport aux grandes œuvres de Moore le texte de « Wittgenstein’s Lectures »  perd en assertivité en raison de la perplexité éprouvée par le signataire : ce qui, rétrospectivement, paraît l’avoir intrigué au plus haut point, c’est la manière dont son interlocuteur comprend le sens, et le rapport qu’entretient ce dernier avec la grammaire :

chaque mot pris individuellement doit par essence appartenir à un « système », et (pour employer une métaphore) […] le sens d’un mot est sa « place » dans un « système grammatical »[13].

Ainsi Moore résume-t-il ce qu’il a entendu, et, ce qui est révélateur des limites du dialogue, il confie à une parenthèse le soin de ramener la notion de place dans un système, plus tard fondement de la linguistique structurale, à une figure de style, à une métaphore. Cela montre que l’effort d’intellection d’un message in-ouï se fait souvent au travers d’une rhétorique pré-existante, et qu’en l’occurrence Moore ne peut se défaire d’un certain essentialisme, y compris quand il quitte la métaphysique pour le terrain de la sémantique. Platon ne procédait pas autrement, lorsque, conscient que son message ne serait pas entendu, il avait recours au mythe[14]. Wittgenstein, au contraire, distingue deux sens (« senses ») de sens (« meaning »), celui que l’on vient d’évoquer et qui est le seul qu’il ait l’intention de conserver, et celui auquel nous utilisons communément le mot (« nom donné à un processus accompagnant notre usage d’un mot et notre audition de ce mot. »[15]) L’étrangeté va croissant, puisque Moore ajoute :

Dans une affirmation plutôt étrange, il déclara que « l’idée de sens est d’une certaine manière  archaïque […] ayant […] dit que [par] l’expression “le sens” d’un mot […] nous sommes conduits à penser que les règles sont responsables de quelque chose qui n’est pas une règle[16].

Plus loin, sur la question des (non-)propositions mathématiques, le lien entre le sens et la grammaire devient pour Moore une énigme durable :

Je pense que ce qu’il a dit de plus important à leur sujet [des propositions] c’était la façon dont elles différaient des propositions expérientielles […] persistant à dire […] que les phrases, qui les expriment, […] « sont dénuées de sens ». Mais quel était précisément le rapport aux règles grammaticales, qu’il considérait comme la raison pour laquelle ces propositions étaient dénuées de sens ? C’est là une question qui continue de me déconcerter fortement[17].

Tentative d’interprétation

On pourrait certes, du fait de la prééminence de l’oralité rapprocher Wittgenstein’s Lectures de certains « mémoires » ou certaines relations d’entretiens avec tel ou tel penseur, genre assez répandu à partir du XIXe siècle ; mais ce serait rapprocher pour différencier, tant l’on voit qu’il ne s’agit pas pour Moore de faire une liste de ses souvenirs d’un éminent confrère, mais bien de reconstituer la genèse d’une pensée confiée, non au livre mais à la voix. Il ne convient pas non plus de chercher dans ce même texte un nouveau type de discours philosophique : on a remarqué une différence essentielle par rapport aux autres écrits de Moore, ces derniers nettement plus assertifs. La démarche suivie ici est de pré-caution. Wittgenstein’s Lectures est un texte « pré-cautionneux ».

Autrement dit, dans ses autres œuvres, Moore démontre pourquoi, comment, il apporte ou non sa caution à une proposition, comment il faut formuler ce qu’il peut cautionner ; il est ici en amont de cela, son souci est de connaître le(s) préalable(s) à la caution qu’il va de toute façon apporter à Wittgenstein. Il lui faut donc, loin de déconstruire les blocs démonstratifs et les traits conceptuels d’un écrit (ce qu’il fait ailleurs), remonter à la source de l’oralité philosophique. Ce qui peut paraître le plus important dans les pages étudiées, c’est ce que l’on pourrait appeler l’aporie du sens, cette totale étrangeté d’une approche systémique du sens. Le Viennois avait-il eu connaissance du Cours de linguistique générale, œuvre posthume de F. de Saussure (1913) ? Outre une certaine philosophie du son[18], ces deux théoriciens partageaient l’idée, initialement saussurienne, que le signe se définit par sa différence avec les autres signes, ce qui fait du langage un « système »[19]. Sens et grammaire sont ainsi apparentés par leur systématicité, vision conforme à la révolution qui commence à s’opérer dans les sciences du langage, mais que l’auteur de Principia ne pouvait entériner. La perplexité qu’il confesse n’est que la manifestation d’un décalage entre deux épistémologies construites sur des bases radicalement autres. C’est peut-être le lieu de rappeler la nature foncièrement solipsiste de la philosophie telle qu’elle se présentait alors et telle que la lisait Wittgenstein[20].

 « A Lecture on Ethics »

Sur le versant wittgensteinien, on trouvera aussi un certain écart entre l’expression habituelle du philosophe et les changements qu’elle subit du fait de ce même dialogue ; il faut cependant admettre que le nombre de textes comparables est moindre (chez Moore tous les écrits sont en anglais), et que l’écart concerne sans doute plus les préalables à l’expression que la formulation elle-même.

 Une incontestable référence à Moore

 À la fin de l’année 1929, Wittgenstein rédige, en anglais, un texte qu’il destine à l’oral, intitulé « A Lecture on Ethics ». Le style en est très « parlé » (« speak » est le cinquième mot de ce texte) et la référence à Moore est quasi-immédiate (« J’adopterai  pour ce terme [éthique] l’explication qu’en a donnée le Professeur Moore dans son livre Principia Ethica […] : “L’éthique est l’examen général de ce qui est bon.”»)[21]. Mais il va presque immédiatement contrer ce dernier sur l’extension qu’il donne au terme :

Je vais maintenant utiliser ce terme d’éthique en […] un sens […] qui inclut ce que je crois être la partie la plus essentielle de ce qu’on appelle généralement l’Esthétique[22].

Il annonce ensuite la troisième étape, méthodologiquement caractéristique de la manière wittgensteinienne : la présentation (« Je vais disposer devant vous un certain nombre d’expressions plus ou moins synonymes dont chacune pourrait être substituée à la définition donnée ci-dessus. »[23]) à laquelle il assigne un dessein particulier : recourir à l’effet obtenu par Galton « lorsqu’il faisait un certain nombre de clichés de différents visages sur les mêmes plaques photographiques afin d’obtenir l’image des traits typiques que tous ces visages avaient en commun »[24].

Nous verrons ailleurs que la métaphore photographique est caractéristique de la littérature post-mooréenne, celle du Bloomsbury Circle en particulier (ce soir-là, ne l’oublions pas, Wittgenstein prend la parole juste après Virginia Woolf)[25]. Mais tant dans l’expression que dans la stratégie, l’entrée en matière de cette conférence ne cherche pas à masquer la poursuite du dialogue avec Moore : son nom, son œuvre maîtresse, le rappel de la fonction première de la philosophie (expliquer, exposer, clarifier) sont là dès l’ouverture. Quant à l’élargissement du référent de l’éthique jusqu’à inclure une bonne part de l’(expérience) esthétique, elle correspond à l’évolution de la pensée de Moore lui-même, et l’on peut citer deux faits à l’appui de cette thèse. D’abord, dès la rédaction de Principia Ethica, le philosophe de Cambridge suggérait que le domaine esthétique serait proche, et second, par rapport à l’éthique, en d’autres termes il y entrevoyait, peut-être sur une base plus platonicienne que Wittgenstein, la continuité définitionnelle du beau et du bien. En outre, et Baldwin lui-même y fait allusion, les avancées artistiques et intellectuelles attribuées aux disciples de Moore ont fini par convaincre ce dernier qu’il n’y a pas de différence spécifique ni même axiologique entre l’état d’âme éprouvé en présence du Beau et celui éprouvé en présence du Bien[26]. Wittgenstein ici n’est pas plus éloigné du maître que ne l’est le reste des disciples.

L’interlocuteur comme fiction nécessaire ?

À propos du libre arbitre, sur l’existence duquel il ne veut pas prendre parti (« Il se pourrait que tous ces arguments donnent l’impression que je voulais parler en faveur du libre arbitre  ou contre celui-ci. Mais je ne veux rien de tel. »)[27], Wittgenstein écrit:

Suppose que quelqu’un dise : “Mais il était libre de son choix. Il aurait également pu choisir de faire le contraire. […] Quel est le critère pour qu’il soit vrai de dire que j’aurais pu faire autre chose ou que j’aurais pu faire un autre choix [28] ?

Moore n’est pas nommé, mais il est clairement l’interlocuteur imaginé, tant l’expression se charge localement de réminiscences de son « Free Will »[29] — et le passage brutal à la première personne renforce le retour à la forme dialogique. L’auteur de Principia Ethica réapparaît lors de la discussion finale du libre arbitre et de l’ignorance :

Si Moore et moi jouons aux échecs ou à la roulette et que quelqu’un puisse prédire ce qui va se passer (en nous le disant) nous arrêterions de jouer à la roulette. […]

Nous ne pouvons même pas dire que si la prédiction était possible Moore et moi ne jouerions pas la partie. Vous diriez peut-être: la partie n’aurait plus le même intérêt. Et l’intérêt de choisir serait transformé si nous disposions d’une prédiction en ce qui la concerne[30].

La présence finale de Moore n’est pas purement ludique. Il est remarquable, par exemple, que, tandis que les positions des deux philosophes diffèrent sur la question du libre arbitre, tous deux arrêtent la partie dès lors qu’un tiers peut en prédire l’issue. Un savoir suffisamment développé pour équivaloir à un déterminisme d’un type nouveau rendrait vain l’exercice de la liberté — lequel échapperait encore à toute prédiction  (certes, il se pourrait que l’on joue cette partie, mais ce serait un autre jeu, et la notion de choix elle-même en serait modifiée). Cette fois, il est remarquable que le dialogue, qui s’éteint provisoirement entre les deux philosophes (« Nous ne pouvons même pas dire / We can’t say »), renaît avec le lecteur (« Vous diriez peut-être / You might say », [nous soulignons].)

En résumé, si le fait de prononcer en public le texte d’une conférence renvoie immédiatement à Moore, l’interlocuteur masqué dans le déroulement d’une réflexion est aussi ce même Moore. La parole passe par Moore, pourrait-on dire. Et dans leur commune disputatio sur l’éthique, le mouvement part d’un contra definitionem pour aboutir à un contra fines. Paradoxalement, sur ces deux points les deux philosophes sont à la fois opposés et très proches. Ainsi, dans Principia Ethica, G.E. Moore tente-t-il de définir (le Bien, en l’occurrence) pour achopper sur l’indéfinissable ; à la fois opposé et semblable, Wittgenstein opte pour la position en réalité inverse : il faut se garder de définir ce qui est indéfinissable puisque c’est indéfinissable. Ainsi, il dépasse l’aporie mooréenne de la façon la plus féconde, en proposant de chercher dans les nouveaux modes — en fait dans les nouvelles technologies[31] de la perception — un percept adéquat, substituable au concept introuvable[32]. Quelques lignes plus loin (p. 38), comme Moore, Wittgenstein abolit la frontière de l’éthique et de l’esthétique — souhaitant, un peu à la manière d’un pragmatiste qui était leur contemporain, Dewey, que l’on en finisse avec des divisions qui n’ont d’existence que dans l’esprit[33]. Sur le libre arbitre aussi, il y a divergence (essentiellement sur le statut de vérité qu’il faut, ou non, accorder à la substitution du pouvoir au devoir dans l’hypothèse rétrospective : « aurait pu agir autrement ») mais cette divergence renforce leur proximité : pour G.E. Moore, même s’il est vrai que la personne aurait pu agir autrement, c’est l’option choisie (et non le choix lui-même) qui en dernière analyse est l’expression de sa liberté.

Caractéristiques dialogiques dans l’énonciation wittgensteinienne

En confrontant certaines pages des Recherches Philosophiques, de « The Language of Sense-Data and Private Experience» (R. Rees) et de « Wittgenstein’s Lectures in 1930-33 », il apparaît que chaque personnage du dialogue — y compris Wittgenstein — mobilise diverses attitudes devant l’oralisation d’une pensée — philosophique en l’occurrence. Manifestement l’intérêt des deux philosophes n’est pas pour le simple langage, il se tourne vers la parole, en raison probablement d’un lien pressenti entre l’oral et le privé.

Attitudes langagières devant le « paradoxe de Moore » 

On peut lire dans les Recherches Philosophiques[34] un texte qui commence par un questionnement sur l’emploi de l’expression « je crois… ». Le problème est celui du statut des verbes psychologiques en première personne (dans une phrase au présent), que  Wittgenstein reformule en ces termes : le fait que le verbe croire se conjugue à toutes les personnes et à tous les temps ne va pas de soi. Il y a constat, certes, mais un constat qui informe non sur l’objet du constat, mais sur l’auteur ; d’où la comparaison avec le maître quand il se fait examinateur de son disciple. Car « je crois que » ne fonctionne pas comme « il se peut que » — il s’agit de deux « jeux de langage » différents. Wittgenstein en vient très rapidement à traiter, dans ce cadre, du « paradoxe de Moore » — pour lequel il souligne l’analogie entre l’emploi de l’expression « je crois qu’il en est ainsi » et celui de l’affirmation « il en est ainsi », alors qu’il n’y a pas d’analogie entre supposer croire qu’il en est ainsi, et supposer qu’il en est ainsi. En fait, « je crois » décrit un état d’esprit, et, comme tel, décrit indirectement l’état de choses qui lui correspond. D’où la métaphore de la photographie — en la décrivant je crois décrire son contenu, alors que je ne décris que la photographie. Je fais de ma croyance une impression sensible. Ce type de « questions grammaticales » était, rappelons-le, la véritable philosophie pour Wittgenstein.

L’expression est ici caractérisée par un habitus wittgensteinien dans le dialogue : reformuler, pour s’approprier, l’opinion d’autrui, lier cette opinion ou thèse à un questionnement (« d’où vient que… ? »), condenser en métaphore ou en image, recourir à l’impératif comme préservation du « Toi » du dialogue (« Ne considère pas … »[35]). Peut-être est-ce là que Moore entre en scène, non plus comme auteur de paradoxe (dont le nom est cité expressément) mais comme un interlocuteur qui n’existerait qu’à l’état de présence présumée — sans garantie sur son identité présumée puisqu’il pourrait aussi s’agir d’un étudiant, ou d’un collègue, ou de soi-même. Wittgenstein explique plus loin que croire est de l’ordre, non de l’intonation, mais de l’état d’âme, et comme tel, durable ; une « disposition de l’esprit de celui qui croit ». Rupture d’avec Moore ? État d’âme, en tout cas, la périphrase surprend, semble presque un retour au vocabulaire de la philosophie romantique (Geisteszustand, Seelenszustand). C’est que, même si le fonctionnement dialogique est très différent de ce qu’il est chez Moore, la démarche analytique de Wittgenstein intègre dans ses involutions les premières pousses de l’analyse mooréenne — par exemple son usage de l’« état d’esprit » (« state of mind ») dès 1903 (Principia Ethica).

L’attention à la parole comme issue à la problématisation philosophique. Limites de la procédure définitionnelle

Une autre caractéristique dialogique propre à l’énonciation wittgensteinienne mériterait de s’intituler : une poétique entomologique ; en d’autres termes, il s’agit de convertir un interlocuteur, réel ou fictif, en objet d’étude, tel un papillon sur l’étaloir[36]. Moore, par exemple, est rarement nommé, mais on devine souvent sa présence, car Wittgenstein l’observe non comme personne mais comme philosophe-type, il observe en lui la manière dont une interrogation sur un mot est philosophiquement problématisée. Remarquons comment, lorsqu’il s’intéresse à la naissance de problème(s) philosophique(s), Wittgenstein se tourne d’abord vers le rapport à l’acte de parole, plus précisément vers le sentiment lié à la parole active ; faudrait-il plutôt dire « un sentiment », « un sentiment que génère l’acte de parole » ? C’est un territoire entièrement nouveau, non encore cartographié, situé probablement très au-delà du dialogue que le philosophe entretenait avec Moore, et dont il ne semble pas que les générations successives aient traité.

Ce dont nous venons de parler […], ce sont des problèmes qui commencent avec la façon dont nous sentons que les “impressions”, les “états mentaux” sont quelque chose d’assez étrange. Peut-être même craindrons-nous d’en parler. […]

[139] Telle est l’essence d’un problème philosophique. La question elle-même est le résultat d’une grande confusion. Et quand on écarte la question, ce n’est pas en y répondant.

Si vous posez le problème métaphysique et que vous vous en tenez à la forme sous laquelle il survient au début — “Quelle est la nature des impressions ?” — vous avez le sentiment que c’est un problème insoluble”[37].

Wittgenstein envisage une première « attitude », qu’il appelle l’analyse, d’origine scientifique. Il prend l’exemple d’un philosophe pour qui « il y a quelque chose de troublant dans le fait que nous appelons certaines choses des “biens”. […] [L’]erreur provient de ce que l’on demande “quelle est la nature du Bien ?” Et l’énigme n’est en rien écartée lorsqu’on dit qu’il est indéfinissable »[38]. Le philosophe ici en question, qui n’est pas nommé, est bien sûr le jeune Moore et son Principia Ethica dont le second chapitre repose sur une assimilation de « good » à « yellow » ; ces adjectifs renvoient à des expériences privées, celle des couleurs, que Wittgenstein vient d’envisager (pp. 346-359), avant celle du mal de dents (pp. 360-366). La question est alors : « Pourquoi “indéfinissable” plutôt que “non défini” ? »[39] Pourquoi souligner par le “in … able” un échec de l’esprit, alors que « good » comme « green » ou « la douleur que je ressens » sont sans définition ? Pourtant, aux dires de Moore, Wittgenstein était lui-même coutumier des tournures en {in / un + ible / able}[40].

Là aussi peut-être, le dialogue marque une pause, et l’on regrette que Wittgenstein n’ait pas tenté de répondre à sa propre question. En effet, lorsque Moore choisit « indéfinissable » (indefinable), c’est parce que cet adjectif comporte une dimension de désir insatisfait (« vous pourrez essayer autant que vous voudrez, vous n’y parviendrez pas ») qu’il n’y a pas dans « non défini » (undefined), plus négatif encore que le « indéfini » de la langue française. Ce que l’on entend dans « indefinable », c’est un reflet presque sisyphéen de la condition humaine — probable écho de la connexion toujours vive, selon Daval[41], de l’analyse et de la métaphysique chez Moore, à l’inverse de ce qu’elle était pour Wittgenstein. Il est donc évident que sur la notion de définition, les deux positions semblent difficilement conciliables. Fr. Waismann prête cette remarque à Wittgenstein :

il y a toujours malentendu à croire que ce que l’on a effectivement désigné en esprit reste conforme à soi-même une fois formulé (Moore). Mais […] l’affrontement indique quelque chose[42] !

Une seconde attitude consiste à suspendre la recherche d’une propriété commune, en se limitant au constat d’une parenté (« kinship »), ce qui somme toute est l’ossature de sens dans la langue parlée. Il n’y a pas d’universel cognitif ou conceptuel qui ferait fond à tous les emplois de good, mais ceux-là sont assurément d’une même famille. Bien que ce ne soit pas notre sujet, on se doit de signaler que, sur ce point, il y a plus qu’une nuance entre cette méthode et celle du « cliché galtonien » que recommande Wittgenstein dans sa leçon sur l’éthique[43]. Quelle est alors l’attitude du non-philosophe, de l’homme ordinaire, de celui qui se livre aux jeux de langage sans connaître l’inclination des philosophes à comprendre de travers le (principe des jeux de) langage (« temptations to misunderstand language »[44]), et qui, pour cette raison en sait paradoxalement plus que le philosophe ? Wittgenstein a cette remarque qui de nouveau s’enracine dans l’étrange sentiment né d’une mitoyenneté[45] avec l’oralité d’autrui :

Nous avons le sentiment que l’homme ordinaire, s’il parle de “bien”, de  “nombre” etc., ne comprend pas réellement ce dont il parle. Je vois quelque chose d’étrange touchant à la perception et lui, il en parle comme si ce n’était pas du tout  étrange[46].

Cette séparation par l’étrangeté, ou aliénation, devant les manifestations de normalité de la parole ordinaire aboutit au dernier mot du texte, à la qualification de la conscience (telle que la comprend le philosophe) comme « gazeuse (gaseous) » — possible allusion à ce gaz qui, à l’aurore de la philosophie occidentale, s’appelait « chaos » et que toute cosmogonie se devait d’organiser. Trois mille ans d’investigation philosophique, du cosmos au sujet conscient, s’achèvent sur le retour au chaos initial. À cela il y a un seul corollaire : le discours philosophique ne peut survivre qu’au prix d’une réorientation radicale de sa compréhension de la parole[47].

Énoncer et prononcer

René Daval lui-même ne peut s’empêcher d’évoquer l’oralité lorsqu’il rend compte de la continuité des deux philosophes de Cambridge sur la question du paradoxe mooréen. Il fait remarquer qu’en apparence, cette question semblerait importer davantage à Wittgenstein qu’à G.E. Moore, le premier lui ayant consacré un texte quand le second ne le traite qu’au détour d’une autre thématique. R. Daval signale que le seul manuscrit, certes inédit et incomplet, écrit sur ce point[48] répondait à une conférence de l’auteur du Tractatus. Ledit paradoxe concerne « une situation où, bien que ce que je dis soit parfaitement vrai, je ne puis l’asserter sans absurdité »[49]. Or il n’y a aucun non-sens à dire : « il est tout à fait possible que, bien que je ne croie pas qu’il pleuve, cependant, en réalité il pleut » — Moore et Wittgenstein s’accordent sur ce point. La raison en est, selon la lecture de Daval, que

ce qui est absurde […] ce n’est pas de prononcer les mots, mais de les dire de la manière dont les gens prononcent des phrases, quand ils les utilisent pour asserter la proposition que ces phrases expriment[50].

Donner à ces mots une existence linguistique n’est pas source d’absurdité, au contraire de leur énonciation sur un mode qui ne laisse aucun doute quant à la réalité de leur référent. L’effectuation d’une chaîne sonore peut ouvrir sur un contenu (sémantique) univoque ou équivoque, il revient à autre chose (contexte ?, indicateurs suprasegmentaux ?) d’établir la référentialité totale de l’énoncé (« la phrase »). D’où la remarque de Daval : « Prononcer des phrases assertivement […] n’est pas la même chose que faire une assertion engageant la vérité ». S’appuyant sur la démonstration de Wittgenstein, il conclut  qu’« une personne peut dire à haute voix à quelqu’un  “je ne crois pas qu’il pleuve”, et immédiatement après, dans un murmure à une autre personne “en réalité il pleut”, et cela sans le moindre non-sens. »[51]

Et plus loin :

Quelqu’un peut aussi dire “je ne crois pas qu’il soit marié ; non : en fait il est marié” […]. On peut […] croire une chose un moment et ne plus la croire le moment suivant[52].

L’analyse de R. Daval est d’une clarté remarquable, et il est compréhensible qu’elle aboutisse à problématiser la croyance. Il semble cependant, qu’elle le fait par un détour que le commentateur lui-même signale explicitement : « prononcer … dire à haute voix … dans un murmure … non : en fait… » sont bel et bien du registre de la prononciation, et non de la simple énonciation. Wittgenstein en vient même à faire l’hypothèse d’un « ton » catégorisant l’expression de la réalité :

Soit un langage dans lequel “je crois qu’il en est ainsi” n’est exprimé que par le ton sur lequel est prononcée l’assertion “Il en est ainsi”. […] Le paradoxe de Moore n’existerait pas dans ce langage[53].

Que, dans leurs dernières années, Wittgenstein et Moore se rejoignent sur cette présomption prouve, s’il en était besoin, que leur attention au langage naturel ou leur commun rejet des arcanes de la langue philosophique dissimulent à peine un étonnement devant les potentialités de véracité, de correction, et d’absurdité, de la langue orale[54]. Même si, en l’occurrence, il passe par des chemins de traverse (un inédit et un exposé oral sans trace écrite), le dialogue s’est poursuivi jusqu’aux dernières années de chaque penseur, revenant immanquablement sur la considération de la langue comme matière sonore, au risque d’un écrasement de son éventuelle universalité. L’hypothèse que l’on pourrait dès lors formuler, et qui mériterait une étude plus approfondie, serait celle d’un lien entre l’oral et le privé. En d’autres termes, l’intérêt pour la dimension orale n’est-il pas dû au fait que, comme le nom de couleur, elle est essentiellement d’ordre privé ? Si l’écrit tend à l’universel, le dialogique tient en une confrontation d’univers privés qui visent à rendre commensurables leurs modalités (leurs puissances ?) de « publication ».

Conclusion : écriture dialogique et philosophie

J’ai choisi de porter une attention toute particulière à ce temps du dialogue entre Moore et Wittgenstein portant sur leur compréhension de l’éthique, mais j’ai tenu à m’y intéresser dans les limites du langage parlé. L’écrit seul est en effet un appauvrissement. Confortés par le gain incontestable que représente le choix réfléchi des termes, l’usage de subordonnants qui consolident la réflexion, l’élimination des équivoques, nous ne mesurons plus le terrain perdu par rapport à la stricte oralité, les doutes qui s’y entendent sans se dire, les évidences glissées dans telle ou telle intonation… Il suffit de se remémorer la richesse de la philosophie qui s’entend, l’admirable sagesse qui ne passe que par la voix, pour comprendre que la philosophie aphone est sans doute un recul. En témoignent la variation inférieure de la valeur de l’interprétation, si prisée en musique, si infidèle en philosophie et l’effacement progressif du dialogue à tel point que la dialectique a des allures de ruse. Nous avons tous connu ce sentiment que la parole philosophique écoutée se trouvait brusquement traversée d’inconséquences, ou reçue comme telle : on remarquait telle inflexion, le chevrotement d’une émotion, rire retenu, longue pause. Cela nous paraissait si peu important… or qui sait si un jour, ces détails marginaux, « refusés à l’écrit », ne seront pas devenus la marque même du discours philosophique ? Il est déjà observable que les « conventions éditoriales » préalables à la publication de Philosophical Occasions, 1912-1951 (Hackett, 1993) intégraient sur le mode graphique les piani et les forti de la parole (« les mots imprimés en italiques indiquent que Wittgenstein les avait soulignés pour marquer une insistance […], ceux qu’il a soulignés d’un trait double pour les mettre davantage en relief […], l’auteur exprime souvent l’insatisfaction ou l’hésitation quant au choix d’un mot ou d’une expression […] en le soulignant d’une ondulation. »[55] Plus généralement, il apparaît, à l’instant de clore la présente étude, que les caractéristiques du style de Moore, d’une part, et de Wittgenstein, d’autre part résultent d’une intention de reproduire au plus près le message de leur interlocuteur, y compris dans sa vocalité. On a vu que la concurrence de l’écrit et de l’oral joue un rôle non négligeable dans la détermination d’un savoir mutuel, qui est une des conditions d’un dialogue fécond. Parmi les éléments communs aux deux philosophes, on rappellera les emprunts de vocabulaire, la prééminence de l’oralité, et la positivité de la « figure de sens ». Ajoutons le sentiment d’une parole active, mitoyenne, en lien avec l’oralité et le statut privé.

Les deux auteurs diffèrent au contraire par l’intention (une véritable anagogie chez Moore, un historique des problèmes chez Wittgenstein), par la méthodologie (procédure définitionnelle chez Moore, présentation galtonienne chez Wittgenstein), et par les limites (l’aporie du sens, inclus dans un système, selon Wittgenstein, de nature référentielle pour Moore).

Il convient cependant de relativiser les désaccords ; les deux « personnes en dialogue » mettent en commun une attention au langage, mais il faut entendre dans ce terme le langage parlé — la voix. Il semble bien, au terme de cette étude comparatiste, que le point d’accord, peut-être informulé, entre les deux philosophes est le désir de revenir aux sources du langage ordinaire — c’est-à-dire à la langue telle qu’elle se parle.

De Socrate à Platon, le poids fondamental du support oral s’est inversé ; la parole, peut-être victime des déviations de la sophistique, est devenue subalterne. On peut parier que dans le dialogue Moore-Wittgenstein, les positions auraient varié mais sans quitter ce même axe — en ce qui concerne Moore, le paradigme qu’il a suivi dans sa prise de notes est plus que tout autre la notation platonicienne. De Wittgenstein, chacun connaît la valeur qu’il prêtait au silence. Mais on regrettera que le dialogue de ces deux éminents « vocalistes » soit, par la force des choses, réduit à des textes.

 

Michel Gouverneur, agrégé et docteur en philosophie.

Actuellement professeur au Lycée E. Livet de Nantes, je traduis Dewey et Moore, et poursuis ma recherche sur le lien éthique – littérarité. Etudiant auprès du Professeur Michel Malherbe (Université de Nantes), j’ai soutenu une thèse (IIIème cycle) sur J. Dewey, sous la direction de J.T. Desanti, avant de traduire Principia Ethica de G.E. Moore, sous la direction de M. Canto-Sperber et Ruwen Ogien. J’ai présenté une Thèse de Doctorat sur G.E. Moore. TRADUCTIONS DE L’ANGLAIS : PRINCIPIA ETHICA de G.-E. MOORE, Presses Universitaires de France, 1996, 450 p. (ouvrage publié avec le concours du Centre National des Lettres). L’EXPÉRIENCE ET LA NATURE de John DEWEY, traduction avec introduction, commentaires, et notes. Thèse de Doctorat du 3ème cycle, 631 p. (Université de Paris-I, Panthéon-Sorbonne, dir. Professeur J.-T. Desanti, 1985) Titre thèse : L’INFLUENCE DE G.E. MOORE ET LE DEVENIR DE LA QUESTION DU BIEN DANS L’ŒUVRE DU BLOOMSBURY CIRCLE. Thèse de Doctorat, 920 p. (Université de Picardie – Jules Verne, dir. Professeur Sandra Laugier, 2010).

Bibliographie

Daval, René, Moore et la philosophie analytique, Paris, P.U.F., 1997

Laugier, Sandra, Wittgenstein. Les Sens de l’Usage (Paris, Vrin, 2009).

S. Laugier, Chr. Chauviré, J.J. Rosat, Wittgenstein, les Mots de l’Esprit: Philosophie de la Psychologie, Vrin, Paris, 2001

Moore, G.E., Selected Writings, Ed. T. Baldwin, Routledge, Londres & New York, 1993.

Utaker, Arild, « Le problème philosophique du son chez Ferdinand de Saussure et son enjeu pour la philosophie du langage » in Les papiers du Collège international de philosophie, 1996, n° 23.

Wittgenstein, Ludwig, Leçons et Conversations, Paris, Gallimard, Idées, 1971.

Wittgenstein, Ludwig,  Recherches Philosophiques, éd. E. Rigal, Paris, Gallimard, 2004.

Ludwig Wittgenstein, Philosophical Occasions. 1912-1951, Ed. James Klagge & Alfred Nordmann. Hackett Publishing Company, Indianapolis & Cambridge, 1993.


[1] Wittgenstein : Recherches Philosophiques, éd. E. Rigal, Paris, Gallimard, 2004.

[2] Nous nous référons à cette édition dont nous proposons notre propre traduction. L’ouvrage est aussi disponible en français : Les Cours de Cambridge (1930-1933) (notes de G.E. Moore), trad. J.P. Cometti, Mauvezin, TER, 1997.

[3] G. E. Moore « Wittgenstein’s Lectures in 1930-33 », Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951. Hackett Publishing Company, Indianapolis & Cambridge, 1993, p. 56. (« he said … he pointed out … which he expressed by saying … what he called … he frequently used the words … »)

[4] « As to (a) although he had said that […] was […], he explained later that he didn’t mean that […]; and he said that although […] »

[5] Ibid, p. 52, § 2.

[6] «nor can I … », « … must essentially belong to ».

[7] Pour la seule p. 51 (Ibid.). « seemed most anxious to insist », « apparently », « I think he was not quite clear as to », « he seemed to suggest », « we can’t get any clearer », « what’s difficult is », « is bound to lead us wrong ».

[8] « Par la suite, il me parut utiliser très souvent l’expression “propositions expérientielles”. Je m’exprimerai en conséquence, en utilisant cette expression de sorte qu’elle puisse inclure les propositions des deux premiers genres. » (Ibid., p. 55; « He seemed later very often to use the expression “experiential propositions”. Accordingly, I will use this expression to include propositions of both the first two kinds. »; nous soulignons).

[9] Ibid., p. 50. (« I may sometimes have substituted words of my own which misrepresent his meaning : I certainly did not understand many of the things he said. »)

[10] Ibid., p. 51. (« [Wittgenstein], of course, never read his lectures : he had not in fact written them out, although he […] spent […] time in thinking out what he proposed to say. »)

[11] «  […I]l se réjouissait que je prisse des notes, puisque, s’il devait lui arriver quoi que ce soit, elles contiendraient quelques traces des résultats de sa réflexion. » (Ibid., p. 50 ; « [… H]e was glad I was taking notes, since, if anything were to happen to him, they would contain some record of the results of his thinking. »).

[12] L. Wittgenstein : Letter VI to Eccles, 7/5/1925, « Some Letters of Ludwig Wittgenstein and William Eccles », Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951. Op. cit., p. 8. (« All the things I should like to write about are […] much too complicated for my bad English »)

[13] G.E. Moore « Wittgenstein’s Lectures in 1930-33 », Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951,. p. 51. (« every single word must essentially belong to a « system », and (metaphorically) […] the meaning of a word is its « place » in a « grammatical system ».)

[14] Wittgenstein a, lui aussi, métaphorisé la voix. Cf. Sandra Laugier « Psychologie, subjectivité et « voix intérieure », in S. Laugier, Chr. Chauviré, J.J. Rosat : Wittgenstein, les mots de l’esprit : philosophie de la psychologie, Vrin, Paris, 2001, pp. 48-60

[15] Ibid., p 51. (« a name for a process accompanying our use of a word and our hearing of a word. »)

[16] Ibid. (« he made the rather queer statement that « the idea of meaning is in a way obsolete […] having […] said that [by] the expression ‘the meaning’ of a word […] we are led to think that the rules are responsible to something not a rule. »)

[17] Ibid., p. 61. (« I think the most important thing he said about them was […] how they differed from experiential propositions […] maintaining […] that the sentences, which […] express them […] “are without sense”. But what precisely, was the relation to grammatical rules, which he held to be the reason why they had no sense? This question still puzzles me extremely ».)

[18] Utaker, Arild. « Le problème philosophique du son chez Ferdinand de Saussure et son enjeu pour la philosophie du langage », Les Papiers du Collège international de philosophie, 1996, n° 23, (pp. 41-58) puis : Texto ! mars 2005 [en ligne]. Disponible sur :

<http://www.revue-texto.net/Saussure/Sur_Saussure/Utaker_Probleme.html>.

[19] « […] Pour qu’un mot ou un autre signe ait un sens, il faut qu’il appartienne à un “système”» ( « [… I]n order that a word or other sign should have meaning, it must belong to a “system” »); thèse à propos de laquelle Moore regrettait: « I have not been able to arrive at any clear idea » (Ibid., p.52).

[20] « Est-il impossible d’imaginer une philosophie qui serait diamétralement opposée au solipsisme ? » (« Is it impossible to imagine a philosophy that would be the diametrical opposite of solipsism? »), « Notes for Lectures on “Private Experience” and “Sense Data”», Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951. Op. cit., p. 225 [“Notes sur l’expérience privée et les sense data”, trad. fr.. Elisabeth Rigal, Mauvezin, TER, 1982].

[21] L. Wittgenstein « A Lecture on Ethics » in Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951. Op. cit., p. 38. (« I will adopt the explanation of that term [ethics] which Professor Moore has given in his book Principia Ethica […] :  »Ethics is the general enquiry into what is good. »»)

[22] Ibid. (« Now I am going to use the term Ethics in […] a sense […] which includes what I believe to be the most essential part of what is generally called Aesthetics. »)

[23] Ibid. (« I will put before you a number of more or less synonymous expressions each of which could be substituted for the above definition »)

[24] Ibid. (« when he took a number of photos of different faces on the same photographic plates in order to get the picture of the typical features they all had in common ».)

[25] On rappellera, en outre, que dans Recherches Philosophiques (II-x) c’est la métaphore photographique qui sert à porter l’assimilation de la croyance à « une sorte d’impression sensible » (p. 270).

[26] J’ai modestement contribué à démontrer cette évolution in « L’influence de G.E. Moore et le Devenir de la Question du Bien dans l’œuvre du Bloomsbury Circle. » Thèse de Doctorat, 920 p. (Université de Picardie – Jules Verne, dir. Professeur Sandra Laugier, 2010)

[27] « Lectures on Freedom of the Will by Ludwig Wittgenstein. Notes by Yorick Smythies. » in Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951,.Op. cit., p. 436 (« All these arguments might look as if I wanted to argue for the freedom of the will or against it. But I don’t want to. »)

[28] Ibid., pp. 436-37 (« Suppose someone said: ‘But his choice was free. He could also have chosen to do the opposite. […] What is the criterion for it being true to say that I could have done something else or have chosen otherwise ? »).

[29] Ethics, ch. VI, Williams & Norgate, Londres, 1912, pp. 196-222. Traduction par Michel Gouverneur dans G.E. Moore, Principia Ethica, P.U.F., Paris, 1998, pp. 329-343.

[30] Ibid., pp. 443-44 (« If Moore and I play chess or roulette and someone else could predict what was going to happen (telling us) we would stop playing roulette. […] We can’t even say that if prediction was possible Moore and I would not play the game. You might say: the point of the game would then be different. And the point of choosing would be changed if we had a prediction of it »).

[31] Ce qu’il faudrait peut-être ajouter aux intéressants articles de Susan G. Sterrett, dont « Pictures of Sounds :

Wittgenstein on Gramophone Records and the Logic of Depiction ».(http://philsciarchive.pitt.edu/2019/1/Sterrett/PicturesofSoundsR1)

[32] À la manière de Kant quand ce dernier porte à son point ultime l’analogie avec la révolution copernicienne.

[33] Dans le même ordre d’idées, Wittgenstein cite Hamlet : « Nothing is either good or bad, but thinking makes it so. »

[34] Wittgenstein, Recherches Philosophiques, éd. E. Rigal, op. cit., II-x, pp. 269-273.

[35] Ibid., p. 270. Autre injonction : « Réfléchis au fait que l’on peut prédire sa propre action à venir en exprimant une intention. » (p. 271)

[36] Je me suis souvent demandé pourquoi Wittgenstein nomme facilement les auteurs avec lesquels il est en dialogue, et pourquoi Moore, rarement cité, est souvent deviné* ; la raison en est que celui-ci l’intéresse en tant qu’il voit émerger en lui les implications philosophiques de certains jeux de langage et que, par cela même, il lui sert à construire son modèle explicatif.

*Note : On voit nettement dans « Notes for Lectures on « Private Experience » and « Sense Data » » (1935-36, ed. Rush Rees) comment Wittgenstein confronte la progression de son enquête à l’objection d’un interlocuteur d’abord imaginé, puis nommé : Moore (p. 213).

[37] R. Rees « The Language of Sense-Data and Private Experience », Op. cit., p. 366. (« What we have talked about […] are problems which begin in the way in which we feel that “impressions”, “mental states” are something rather queer. We may feel shy of talking about them. […] ».

[139] This is the essence of a philosophical problem. The question itself is the result of a muddle. And when the question is removed, this is not by answering it.

If you put the metaphysical problem and stick to it in the form in which it first arises — “What is the nature of impressions?”— you feel it is insoluble. »)

[38] Ibid. (« there is something puzzling about our calling things “good”. […] [T]he mistake comes from asking “what is the nature of goodness ?” And it is no removal of the puzzle to say it is indefinable. »)

[39] Ibid. Le seul auteur nommément cité est Russell, pour son commentaire sur le caractère indéfinissable de la conjonction « or » (ou, en Français). (« Why « indefinable » rather than « undefined » ? »)

[40] Cf. G.E. Moore « Wittgenstein’s Lectures in 1930-33 », Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951. Op. cit., p. 60 [II/289].

[41] René Daval , Moore et la philosophie analytique, Paris, P.U.F., 1997, pp. 87-88.

[42] Friedrich Waismann « Notes sur des conversations avec Wittgenstein » in L. Wittgenstein : Leçons et Conversations, Paris, Gallimard, Idées, 1971, p. 156.

[43] Cf. ici-même, notre seconde partie.

[44] R. Rees. Ibid., p. 367

[45] Au sens où l’on dirait : ce qui nous rend voisins, c’est le mur qui nous sépare …

[46] Ibid. (« We have the feeling that the ordinary man, if he talks of “good”, of “number” etc., does not really understand what he is talking about. I see something queer about perception and he talks about it as if it were not queer at all. »)

[47] Wittgenstein ne remarque-t-il pas, toujours attentif à la parole vocale (“voiced speech”) que « le fait de baisser la voix signifie parfois que ce que l’on dit est moins important que le reste, alors qu’en d’autres cas, on baisse la voix pour montrer que l’on souhaite attirer une attention toute particulière à ce que l’on dit à ce moment-là » ?(« Notes sur l’expérience privée et les sense data », Op. cit., 1982.) [« lowering one’s voice sometimes means that what you say is less important than the rest, in other cases you lower your voice to show that you wish to draw special attention to what you now say ».] (« Notes for Lectures on « Private Experience » and « Sense Data » », Op. cit., pp. 213-214)

[48] G.E. Moore, Selected Writings, Ed. T. Baldwin, Routledge, Londres & New York, 1993, pp. 207-211.

[49] R. Daval , Moore et la philosophie analytique, Op. cit., p. 92.

[50] Ibid., pp. 92-93.

[51] Op. cit., p. 93. R. Daval suit la réflexion de Moore sur Wittgenstein, in Selected Writings, Op. cit., pp. 207-208

[52] Ibid.

[53] Recherches Philosophiques, Op. cit., p. 271.

[54] Lire à ce sujet, l’étude passionnante de Sandra Laugier, Wittgenstein. Les Sens de l’Usage (Paris, Vrin, 2009), par exemple, les pp. 251-297, puis 330-331. « Le sujet ainsi défini par la voix n’est pas une limite ou un point, […] mais […] un « espace troué (Ein löchriger Raum , un pur passage sans épaisseur entre l’intérieur et l’extérieur. » (p. 289)

[55] « [W]ords printed in italics represent the fact that Wittgenstein has underlined them for emphasis [… ,] those words he has double-underlined for added emphasis […] [,] Wittgenstein’s dissatisfaction or uncertainty with a word or phrase […] often expressed by wavy underlining. », Ludwig Wittgenstein. Philosophical Occasions. 1912-1951, Op. cit., p. xv.

  1. Deux idées essentielles: en grammaire ,la règle (place;répétition ) est plus importante que le sens

    les états d’âme ressentis entrer beau et bien ne sont pas différents

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