Vers une éthique des biohackers

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Salomé Bour et Guillaume Bagnolini, doctorants en philosophie, Laboratoire Epsylon, Centre d’Éthique Contemporaine, Université Paul-Valéry.

Résumé/Abstract

L’utilisation des biotechnologies en dehors des laboratoires institutionnels est peu étudiée. Cependant, avec l’essor de certains outils d’édition du génome comme CRISPR/cas9, nous pouvons nous poser la question de la diffusion de ces techniques dans certaines communautés comme celles des biohackers. Nous nous intéresserons à l’émergence du biohacking et interrogerons l’utilisation de ces nouvelles technologies notamment au sein du mouvement transhumaniste.

The use of biotechnologies outside institutional laboratories isn’t really studied. However, with the development of some genome editing tools like CRISPR/cas9, we can ask ourselves the question of spreading these techniques in some communities such as biohackers. We will describe this movement and especially, an important and controversial current, transhumanism.

Introduction

man-2125123_1280Le progrès – que l’on pourrait qualifier d’exponentiel – dans le domaine des sciences, de la technique et des nouvelles technologies ouvre de nombreuses possibilités en matière de manipulation du vivant, plus particulièrement à l’aide des biotechnologies. Les enjeux éthiques soulevés par leur utilisation sont souvent étudiés dans le cadre des laboratoires institutionnels, au sein desquels il existe tout un ensemble de mesures de sécurité à respecter. Celles-ci régissent l’utilisation des biotechnologies et permettent de conserver un équilibre entre recherche et éthique. Mais dès que nous franchissons la porte de ces laboratoires pour entrer dans ce qu’on appelle des « biohackerspaces » les études sur ces conséquences éthiques se font plus rares. Pourtant, avec la baisse du coût de ces techniques de modification du vivant, se pose la question de leur démocratisation en dehors des laboratoires institutionnels. Le mouvement des biohackers et le  Do-It-Yourself   biology  (DIYbio) se sont développés récemment. Leurs pratiques peuvent être décrites comme la réalisation d’études scientifiques en biologie en dehors des institutions officielles. Les termes de biologie de garage, de biohacking ou le Do-it-yourself biology peuvent être utilisés comme des synonymes (Meyer, 2015). Au sein de la communauté, certains biohackers sont contre l’utilisation irréfléchie de ces techniques et souhaitent développer une éthique du mouvement. Cependant, d’autres biohackers, comme les grinders (biohackers transhumanistes), préfèrent modifier directement leurs corps et s’en servir comme un terrain d’expérimentation. Selon ces derniers, les nouvelles technologies ont le pouvoir d’augmenter les capacités des êtres humains comme par exemple devenir nyctalope, être connecté au Cloud en permanence, contrôler un troisième bras bionique. Ils soutiennent aussi qu’elles portent en elles le potentiel de créer un être humain plus que parfait. Que veulent-ils dire par là ? Il s’agit de promouvoir l’usage des techniques de modification du vivant afin de décupler ses forces, sa mémoire, son niveau de bien-être ou encore son intelligence tout en réprimant ses instincts comme l’agressivité ou la jalousie. Derrière ces projets se cache une idéologie, le transhumanisme, qui consiste à penser que l’être humain n’est pas encore arrivé au terme de son évolution, et que le développement complexe de son entendement est la clef de son avenir. Autrement dit, les transhumanistes considèrent que l’homme doit prendre en charge l’évolution de son espèce, afin de se débarrasser des « tares » héritées de la nature : les maladies, le vieillissement et surtout, la mort. C’est là que les nouvelles technologies entrent en jeu : elles permettraient de créer sur mesure l’humain du futur, produit de l’alliage avec la machine.

Ces mouvements soulèvent donc de nombreux enjeux éthiques. En dehors des institutions officielles, existe-t-il une réflexion éthique guidant les pratiques de modification du vivant à l’aide des biotechnologies ? Comment les biohackers se positionnent-ils face aux risques ? Quelles pourraient être les conséquences des expérimentations des biohackers transhumanistes ? Pour répondre à cette problématique, nous proposons dans cet article de présenter le mouvement biohacker et ses rapports avec le mouvement transhumaniste. Nous finirons notre propos en abordant la manière dont se posent les réflexions éthiques au sein du mouvement biohacker.

I. Émergence du biohacking

Depuis quelques décennies, de nombreux mouvements (science citoyenne, open science, etc.) postulent que les technologies et les sciences sont des biens communs loin d’être réservés à une population d’experts : « le commun est un bien trop important pour le laisser aux seules mains des experts et du système de recherche tel qu’il est structuré actuellement »[1]. Dans cette optique, il fleurit des laboratoires non conventionnels renouvelant les rapports à la production technique  comme les fablabs par exemple[2], qui valorisent la libre circulation des connaissances scientifiques et technologiques. De nouvelles formes d’engagement citoyens voient le jour avec une volonté de bâtir une démocratie du faire. Les origines de cette émergence se trouvent dans une critique vive contre les institutions officielles et dans la volonté d’appeler à plus de liberté. C’est principalement la politique de commercialisation du savoir des institutions scientifiques qui est remise en question. Un travail coopératif autour de ces biotechnologies est mis en œuvre, différent du travail encadré et normé des institutions conventionnelles. L’essor de la recherche participative ou des sciences citoyennes, intégrant spécialistes et non spécialistes dans des projets de recherche scientifique, a bouleversé la circulation des connaissances et des techniques, ainsi que le monopole de leur production par le scientifique spécialiste professionnel. Cependant, la participation des citoyens  reste controversée. En effet, cela amène le citoyen à utiliser des techniques qui étaient jusqu’alors cantonnées au sein des laboratoires officiels. C’est le cas des biohackers, qui n’hésitent pas à utiliser des outils permettant de modifier le vivant au sein de laboratoires non conventionnels.

Apparu en 2008 à Boston, le biohacking s’est très rapidement développé. La première réunion du groupe DIYbio comportait 25 personnes et aujourd’hui, l’association compte plus de   2600 membres (Landrain et al., 2012). Des laboratoires communautaires et collaboratifs sont aussi apparus comme par exemple, Genspace à New York, Biocurious en Californie et Madlab à Manchester. Ces espaces permettent de travailler en commun, de s’échanger des informations, de communiquer autour du biohacking et de demander plus facilement des financements et du matériel. Dans un premier temps, l’émergence de ces laboratoires communautaires a été étudiée sous l’angle de la sécurité sanitaire et du problème terroriste (Schmidt, 2008 ; Bennet et al. 2009; Anderson et al. 2010). Les institutions se positionnaient défavorablement concernant le biohacking. A l’heure actuelle, le FBI a changé sa position pour passer à une attitude plus conciliante. Les biohackers sont reconnus comme des interlocuteurs légitimes puisqu’ils sont invités dans des conférences ou dans des sessions de formation (Aguiton, 2014). En 2010, Meredith Patterson, une journaliste et fervente adepte du mouvement, rédige le Biopunk Manifesto. Ce dernier donne les grands principes du mouvement de biohacking. Ainsi, elle indique « nous les biopunks nous luttons pour mettre les outils de la recherche scientifique dans les mains de tous ceux qui désirent les obtenir»[3]. En France, en 2011, le laboratoire communautaire La paillasse a été créé. L’objectif de cette association est d’explorer différentes approches en biologie. Ainsi, dans cette structure, il y a la production de kits pour détecter des OGM dans la nourriture, ou par exemple, la création d’énergie renouvelable à partir de déchets, d’algues ou de bactéries. Il est défendu par la majorité des biohackers que le biohacking est une étape importante dans la participation des citoyens à l’activité scientifique. Ainsi, ils déclarent que ce mouvement est une réappropriation de la science par le citoyen, comme le font les biohackers du laboratoire la Myne à Lyon, qui se définissent comme :

Une famille de jeunes, passionnée d’innovation et profondément frustrée de la manière dont l’innovation et la recherche sont menées aujourd’hui ! Multidisciplinaire, ouverte, nomade et motivée, nous réunissons des savoirs, savoirs-faire et savoirs-être dans les domaines de l’innovation durable[4].

Cependant, que veut dire participer à un mouvement tel que le biohacking ? Il est très compliqué de donner une définition à un courant aussi récent qui est loin d’être homogène et cohérent. La plupart des membres travaillent sur des projets à l’intérieur de laboratoires communautaires mais il existe certains biohackers qui travaillent chez eux et installent un laboratoire dans leurs demeures[5]. Selon Grushkin, la moitié des répondants à cette étude disent qu’ils expérimentent au sein d’un laboratoire communautaire alors que les biohackers travaillant chez eux sont de l’ordre de 27% (2013). Être biohacker n’est donc pas simple à définir. Comme indiqué en introduction, l’émergence du mouvement du biohacking est due notamment à la baisse du coût des techniques. Aujourd’hui il est, en effet, beaucoup plus facile de réaliser des expériences sur le vivant à l’échelle cellulaire et moléculaire. Par exemple, le séquençage d’un génome, au début des années 2000, coûtait une centaine de millions de dollars alors que maintenant certaines entreprises le réalisent pour 1000 dollars (Landrain et al., 2012). D’autre part, le mouvement de DIYbio partage des protocoles de fabrication de plus en plus simples à réaliser. Ainsi, Josiah Zayner, docteur en biophysique moléculaire de l’Université de Chicago, se propose de diffuser des kits payants pour mettre en place une expérimentation avec CRISPR/cas9 sur des bactéries, les Do-It-yourself CRISPR kits[6]. Il a posté son projet sur Indiegogo, une plateforme de financements participatifs, et recueille la somme de 71 751 dollars pour le réaliser, soit plus de 333 % de ce qu’il avait demandé au départ. Mais tous les biohackers ne soutiennent pas forcément ce type de projets.

L’identité de ce mouvement n’est donc pas unique et homogène. Comme l’indique Meyer, le mouvement est récent et difficile à catégoriser, à ranger dans une case (2015). Certains biohackerspaces vont d’ailleurs s’éloigner du  mouvement du biohacking et vont s’identifier plutôt à l’écohacking par exemple. Cela montre ainsi que le laboratoire n’est pas qu’un espace d’expérimentation destiné à l’utilisation des biotechnologies. C’est précisément cette catégorisation floue et compliquée qui a entraîné une réaction des institutions et des médias méfiantes voire agressives par rapport au mouvement en les traitant notamment de bioterroristes. En utilisant ce terme de hacker, ils mobilisent des représentations négatives du pirate informatique volant des données et se développant dans l’illégalité. Les biohackers ont dû réagir rapidement à ces critiques en se justifiant et en adoptant des discours de communication positifs. Certains groupes refusent la dénomination de biohackers pour éviter cette incompréhension. Par exemple, à la Paillasse, dans un article de l’Agence France Presse (AFP), Thomas Landrain indique qu’ils ne veulent pas “être hors la loi, on n’est pas des pirates”, pour bien ancrer dans la communication l’idée d’une communauté   sûre et sérieuse[7].

Le but du discours de communication est donc de présenter le biohacking comme ayant des risques mais minimes comparativement aux bénéfices de ces laboratoires. C’est ce que défend Ellen Jorgensen, co-fondatrice du laboratoire communautaire Genspace et biohackeuse, qui insiste sur les intérêts du mouvement de biohacking par opposition aux institutions scientifiques conventionnelles. Dans une conférence TEDx donnée en janvier 2013, elle indique :

Comme pour le biohacking, les résultats et le potentiel d’une recherche pareille l’emporte de loin sur les risques […] Il y a quelque chose de sacré dans un espace où vous pouvez travailler sur un projet sans avoir besoin de convaincre personne que ça va rapporter beaucoup d’argent, que ça va sauver l’humanité, ou encore que c’est faisable […] Ce sont des espaces comme ceux-là qui ont engendré l’informatique personnelle. Pourquoi pas la biotechnologie personnelle ?

Cependant, le danger de la biotechnologie personnelle est que l’on touche dans son intégrité à l’homme que l’on considère alors comme une machine. Le livre Biology is technology de Robert Carlson est un exemple significatif de l’idéologie prônant une conception mécaniste du vivant. Il indique que dans les années à venir, il y aura une chute importante du coût des technologies de séquençage. S’inspirant de la loi de Moore pour l’électronique, il modélise cette courbe sur 15 ans. Selon lui, le matériel va donc obligatoirement se propager chez les professionnels mais aussi chez les amateurs. Mais n’y a-t-il pas une nécessité d’ordre éthique à distinguer l’homme de la machine ?

II. Hacker l’être humain

medicine-163707_1280La démocratisation des outils de manipulation du vivant à l’intérieur et à l’extérieur des laboratoires institutionnels donne la possibilité d’hacker le corps humain. Dans un premier temps, ces pratiques sont assez sommaires et sont réalisées par des biohackers sur leurs propres corps[8]. Cependant il se peut qu’à plus long terme l’usage des nanotechnologies, biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC), et des outils du génie génétique, pourrait aussi aboutir à la création d’humains génétiquement modifiés et/ou « édités ». C’est en 2012 qu’une équipe de chercheurs dirigée par les scientifiques Jennifer Doudna et Emmanuelle Charpentier de l’Université de Californie ont annoncé le détournement du système CRISPR/cas9 bactérien pour créer un nouvel outil d’édition du génome (Doudna et al., 2014). La découverte du mécanisme de modification génétique CRISPR/cas9 a transformé d’une manière importante l’ingénierie du vivant. Cet outil génétique donne au biologiste le pouvoir de couper-coller des données du génome[9], soit d’enlever des gènes et d’en introduire de nouveaux, et ce sur l’ensemble des êtres vivants. Si CRISPR/cas9 laisse entrevoir un usage thérapeutique non négligeable, sur la myopathie de Duchenne par exemple, le cancer ou encore le VIH, il peut aussi permettre un usage dont le but est l’amélioration – et l’augmentation – de l’être humain (Liang P. et al., 2015). Autrement dit, il rend possible un ensemble de fantasmes : rendre l’être humain plus fort, plus intelligent ou encore plus beau (Bostrom et Schulman, 2014).

On comprend mieux pourquoi l’événement a pu être comparé à l’ouverture de la boîte de Pandore. En effet, ceci n’est pas sans rappeler les projets eugénistes qui ont émergés au début du XXe siècle aux États-Unis[10] et en Europe[11], dont le principe consistait à orchestrer la procréation, en la limitant aux sujets sains, dans le but d’améliorer la race humaine. Mais la source du désir d’améliorer l’être humain se trouve surtout  dans le mouvement eugéniste « humaniste » s’appuyant sur la métaphysique de l’évolution qui découle de la théorie darwinienne, dont l’approche spiritualiste se propose de penser le futur de l’espèce humaine. Dans une conception chrétienne, Pierre Teilhard de Chardin ira jusqu’à développer l’idée que l’évolution du vivant tend vers le progrès et l’épanouissement de ce qu’il appelle « le phénomène humain » (Chardin, 1956, 1959). D’après lui, l’évolution suit un cours allant du surgissement de la vie – la biosphère – vers le développement d’êtres conscients et pensants – la « noosphère » :

Zoologiquement et psychologiquement parlant, l’Homme, enfin aperçu dans l’intégrité cosmique de sa trajectoire, n’en est encore qu’à un stade embryonnaire, – au-delà duquel se profile déjà une large frange d’ULTRA-HUMAIN[12].

Au terme du processus de progrès spirituel, que Teilhard de Chardin appelle le « point Oméga », l’humanité ne formera plus qu’un tout mystique, qui n’est autre que l’expression du projet même de la Création. Cette conception de l’évolution a inspiré les biologistes du  XXe siècle. Julian Huxley[13], premier directeur de l’UNESCO et biologiste humaniste progressiste, a contribué à la rédaction du Manifeste des généticiens – Biologie sociale et amélioration de la population (1939)[14], aux côtés de J.B.S. Haldane[15], biologiste néo-darwiniste, et de H.J. Müller, généticien, tous deux progressistes également, dont l’objectif était d’identifier les moyens dont les progrès de la biologie allaient pouvoir être mis au service de l’amélioration de l’humain. Ce n’est donc pas un hasard si Julian Huxley a été le premier à employer le terme « transhumanisme »[16] pour désigner ce projet d’amélioration. C’est sur la base de ces projets que se déploie l’idéologie transhumaniste, telle qu’elle s’est institutionnalisée à la fin des années 80, sous l’impulsion du philosophe britannique Max More. Outre le désir d’abord humaniste d’utiliser la génétique pour améliorer l’espèce humaine sur le plan physique, intellectuel et moral, les transhumanistes sont animés par le désir de transgresser l’ensemble des limites biologiques (Bostrom, 2005). C’est ce qui a encouragé les chercheurs, principalement dans le monde anglo-saxon, à mettre au point de nouvelles techniques afin de lutter contre le processus de vieillissement et de rendre l’être humain immortel. L’un des points d’ancrage de ces recherches est la fondation de cryogénisation Alcor (Alcor Life Extension Foundation) créée par Fred et Linda Chamberlain en 1972, dans la continuité des travaux du physicien Robert Ettinger (1962, 1972), qui a relayé les recherches. Mais il faut également prendre en compte les travaux de F.M. Esfandiary (1973) et de Natasha Vita-More (1982, 1983), qui portent notamment sur le design du posthumain, le nouvel être qui résultera de la fusion entre l’humain et la technologie[17].

Aussi, les transhumanistes bénéficient des progrès scientifiques et technologiques, qu’ils ont eux-mêmes contribué à développer, que l’on connaît sous l’acronyme des NBIC : nanotechnologies[18], biotechnologies[19], nouvelles technologies de l’information et de la communication[20], sciences cognitives[21], et du complexe BANG[22] : bits, atomes, neurones, gènes, tous deux en pleine « convergence »[23]. L’usage de ces nouvelles technologies en lien avec l’idéologie transhumaniste, soit dans un but d’expérimentation visant à augmenter les capacités physiques et cognitives, se retrouve principalement dans les pratiques de biohackers transhumanistes, qui se reconnaissent sous le nom de la communauté des grinders. D’après ces derniers, le corps est  un lieu d’expérimentation dédié aux nouvelles technologies.  Ils se présentent sur leur plateforme wiki.biohack.me comme des « individus passionnés qui croient que les outils et les savoirs de la science appartiennent à tout le monde» et ils y exposent les objectifs de leurs pratiques :

Les grinders pratiquent des modifications (parfois extrêmes) du fonctionnement de leur corps dans le but d’améliorer la condition humaine. Nous nous hackons nous-mêmes avec les nouvelles technologies pour étendre et augmenter nos capacités. Les grinders croient en l’action, au corps comme lieu d’expérimentations[24].

Pour les grinders, les connaissances issues de la biologie sont donc mises au service d’une amélioration des capacités humaines. Si le phénomène des  implant party , événements dédiés au biohacking durant lesquels il est possible de se faire implanter une puce RFID, ont déjà lieu en Europe[25], il y a des scientifiques et artistes qui n’hésitent pas à aller plus loin. Le scientifique transhumaniste Kevin Warwick fait partie des figures les plus importantes de la communauté, et possède déjà plusieurs améliorations. Lors des projets Cyborg 1.0 et Cyborg 2.0, Kevin Warwick s’est fait introduire une puce RFID dans le bras pour contrôler à distance la domotique de son laboratoire et s’est ensuite fait implanter une interface lui permettant la maîtrise, à distance également, d’un troisième bras bionique. L’artiste australien Stelarc a lui aussi réalisé différentes expérimentations, dans le même objectif d’augmentation de ses capacités: le projet Ear on arm consistait en la greffe d’une structure d’oreille au niveau de l’avant-bras munie d’un micro et connectée à l’internet via bluetooth ; les projets Third hand et Exoskeleton étaient consacrés à l’introduction d’interfaces humain-machine pour contrôler des systèmes bioniques. Ce que ces différentes expérimentations laissent entrevoir, c’est un réel changement de rapport au corps humain et aux nouvelles technologies. Il ne s’agit plus seulement de réparer l’humain, mais d’orchestrer l’alliage entre l’humain et la technologie pour lui permettre de dépasser ses limites biologiques, sans restrictions, puisque pour les transhumanistes l’un des grands principes est la liberté morphologique. Ceci figure dans l’article 8 de la Déclaration Transhumaniste (2012)  :

Nous sommes en faveur de la liberté morphologique – le droit de modifier et d’augmenter son corps, ses capacités cognitives, et ses émotions. Cette liberté inclus le droit d’utiliser ou de ne pas utiliser les techniques et techniques pour prolonger son existence, pour se préserver via la cryogénie, pour télécharger sa conscience, et pour tout autre projet, et pour choisir davantage de modifications et d’augmentations[26].

Le philosophe Anders Sandberg, du Future of humanity Institute, explique ce qu’il entend par « liberté morphologique » : «  Je la décrirai comme une extension des droits de chacun sur son propre corps, par uniquement le fait de s’appartenir mais également le droit de se modifier selon ses propres désirs »[27]. Si un tel principe est accepté, à savoir le droit de modifier son corps en fonction de ses désirs, la crainte liée à l’utilisation des nouvelles technologies d’édition du génome est effectivement légitime.

III. Éthique et biohacking

En 2015, des scientifiques chinois ont entamé des essais de modifications génétiques d’embryons humains non viables à l’aide de la technique CRISPR/cas9[28]. Les réussites sont minces mais il a été démontré que le procédé fonctionne. C’est donc pour approfondir ces recherches que l‘Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA) a donné l’autorisation, le 1er février 2016[29], à des scientifiques du Francis Crick Institute de Londres, de tester CRISPR/cas9 sur des embryons humains viables. L’outil génétique CRISPR/cas9 ne pourrait-il pas être utilisé dans le but d’introduire de nouveaux gènes dans l’embryon humain, afin de le rendre plus performant, de l’améliorer voire de l’augmenter ? Autrement dit, ne voyons-nous pas déjà se profiler à l’horizon des “bébés sur mesure”[30] ?

Ces inquiétudes ne relèvent plus de la spéculation. Le sujet a été abordé lors de la conférence d’Asilomar de 2015, ainsi que lors de l’International Summit on Human Gene Editing qui s’est tenu à Londres en 2015 (1-3 décembre) durant lesquels les bioéthiciens se sont emparés des questions éthiques[31] en les mettant en lien avec le projet à la fois d’introduire des modifications génétiques qui auraient une incidence sur la lignée germinale et à la fois de dessiner un bébé sur mesure qui n’est pas sans rapports avec les projets transhumanistes. Il faut dire que parallèlement à ces recherches sur les applications de CRISPR/cas9 sur l’embryon humain, il y a également de nombreux travaux qui portent sur les animaux qui ne sont pas soumis au vieillissement (Petralia et al. 2014)[32]. Identifier les gènes qui sont à l’origine de ces phénomènes pourrait servir à créer des humains génétiquement modifiés, non plus dans le but de les soigner, d’éradiquer des maladies, mais dans le but d’en faire des êtres plus performants, éternellement jeunes et immortels. Certes, ces projets ne sont pas encore d’actualité mais ils pourraient dans un avenir proche être alimentés par des expérimentations au sein de certains biohackerspaces privilégiés. Ainsi, nous pouvons nous poser la question de la diffusion de cette technique chez les biohackers transhumanistes. Comme on a pu le constater, ils n’ont pas forcément de comité d’éthique qui contrôlent leurs activités. Même si nous pouvons nous rassurer en se disant que les biohackers ont peu de budget, la baisse du coût des techniques va continuer et amènera inévitablement les biohackers à utiliser ces technologies avec un autre dessein que celui de modifier des bactéries.

Il convient de préciser que certains biohackers s’opposent à cette volonté d’augmentation. Refusant le changement radical de rapport entre l’homme et la nature souhaité par les transhumanistes, ils  proposent de réfléchir à une éthique du mouvement plus respectueuse du vivant. C’est le cas du laboratoire associatif français La Myne, formé par un couple d’ingénieurs, fin 2014, qui  prône l’innovation durable sans modification génétique du vivant. Les membres de ce laboratoire souhaitent réaliser des projets en connexion avec la nature et ont des groupes de réflexion qui se sont emparés des questions éthiques liées à leurs ambitions. D’autre part, même au niveau international et pour répondre aux critiques éthiques, les biohackers ont produit deux codes d’éthique, un européen et un américain (Eggleson, 2014). Le premier a été rédigé par les participants au congrès de DIYbio de 2011[33]. Le second a été formulé par les participants du congrès d’Amérique du nord sur le DIYbio la même année[34]. Les participants à ces congrès étaient des individus et des délégués des groupes régionaux de biohackers respectivement de toute l’Europe et d’Amérique du Nord. Par exemple, le code d’éthique américain comprend cinq valeurs morales : open access, transparence, respect de l’environnement, paix, innovation. On peut se poser la question de l’intégration de ces valeurs dans le mouvement des biohackers transhumanistes.

Conclusions

Les biohackers transhumanistes de par leur idéologie diffusent dans la communauté des fantasmes de maîtrise et de contrôle par la technique de la nature et du corps humain qui ne prennent pas en compte les nombreuses incertitudes sur les impacts réels de l’utilisation de ces biotechnologies. Heureusement, certains biohackers sont clairement opposés au transhumanisme et souhaitent développer une réflexion intégrative et réflexive sur le rapport entre l’homme, la technique et la nature. Les autorités gouvernementales et les laboratoires institutionnelles devraient travailler avec eux pour réfléchir sur les enjeux éthiques de la propagation de ces techniques. L’apparition d’outils simples et peu coûteux comme CRISPR/cas9 semble permettre d’atteindre ces fantasmes d’un être humain plus parfait. Ceci nous amène à nous positionner sur l’incertitude des risques encourus lors de la mise en place d’un tel programme. Nous devrions dans ce conflit éthique soutenir deux principes, celui de diversité et celui d’interdépendance. Cette reconnaissance permettrait de rejeter  l’uniformisation  valorisée par les biohackers transhumanistes et empêcherait d’oublier les liens nécessaires et fragiles que nous avons avec les autres êtres vivants.

Selon Simondon, « la faute contre le devenir », c’est-à-dire notre erreur sur le processus d’humanisation, prend deux aspects : l’homogénéisation en une idéologie, ou une religion et son contraire la différenciation ultime qui sépare les termes en les rendant incompatibles (1969). Les deux conduisent à un absolutisme risqué car fixé. L’un est trop riche en symbole et l’autre n’est plus qu’un symbole. Ce n’est pas une technique à disposition de l’homme qui réduirait celle-ci à un ensemble d’instruments au service de normes absolues avec comme sous-entendu une nature humaine accomplie et intemporelle. Ce n’est pas non plus l’homme qui serait réduit à être à disposition de la technique avec comme danger la limitation du devenir humain, soit la cristallisation du processus d’individuation sans prendre en compte le milieu associé[35]. En effet, l’homme est plus qu’un simple matériau que l’on peut à loisir manipuler et modifier. Il existe d’autres voies, d’autres chemins de réflexions éthiques qui obligent à un retour sur nos rapports avec la technique, la nature et les autres humains. De nos jours, la pensée réflexive doit particulièrement s’attacher à guider l’activité technique de l’homme par rapport à l’homme, car c’est en ce domaine qu’existe le plus grand danger d’aliénation (Simondon, 1969). Ainsi, c’est le cas de certains biohackers qui construisent une culture technique réflexive sans diabolisation et, sans le savoir, en accord avec la pensée simondonienne pour penser notre rapport avec les autres êtres humains et les autres êtres vivants. Ils construisent une autre voie de réflexion éthique, peut-être pas si « nouvelle », mais ils amènent des réflexions intéressantes qu’il est nécessaire à l’heure actuelle d’accompagner.

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-      Simondon Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques, édition Aubier-Montaigne, 1969.

-      Vita-More Natasha, « Transhumanist Arts Statements », consultable sur : http://natasha.cc/transhumanistculture.htm [Consulté en février 2017]

-      Vita-More Natasha, Primo Posthuman, consultable sur : http://www.natasha.cc/paper.htm [Consulté en février 2017].



[1]   Voir https://lapaillassaone.wordpress.com/ [Consulté en février 2017].

[2]   Un fab lab, littéralement laboratoire de fabrication, est un espace de mises à disposition d’outils et de matériels permettant la réalisation d’objet technique. Il y a aussi un ensemble de logiciels et solutions libres et open-sources. Pour pouvoir s’intituler fab lab, il faut passer plusieurs étapes pour être validé par la FabFoundation.

[3]   Notre  traduction,  « We  the biopunks are dedicated to putting the tools of scientific investigation into the  hands of anyone who wants them ».

[4]   Voir https://lapaillassaone.wordpress.com/ [Consulté en février 2017].

[5]   Le biohacking a d’ailleurs commencé chez les particuliers avant la création de structures comme des laboratoires participatifs. C’est  pour cela que le biohacking se nomme aussi « biologie de garage ». Ce terme est pourtant, gênant à utiliser car le biohacking se réalise autant dans des garages, que des cuisines, que des laboratoires communautaires et dans d’autres types de structure.

[7]   AFP – « Bricoler le vivant : un nouveau jeu de construction pour amateurs ? », Laura Ciriani, In iGEM Paris, Bettencourt Press, 28 déc. 2011.

[8]   Par exemple, la biohackeuse se faisant appeler Lepht Anonym s’est injectée une puce RFID, avant de passer à un capteur thermique, puis à un aimant néodyme qui vibre en présence de courant alternatif. Plus que biohackeuse, elle se définit comme body hackeuse. Voir sa conférence https://www.youtube.com/watch?v=a-Dv6dDtdcs [Consulté en février 2017].

[9]   CRISPR/cas 9 présenté par le Journal du CNRS : https://lejournal.cnrs.fr/articles/crispr-cas9-des-ciseaux-genetiques-pour-le-cerveau  [Consulté en février 2017].

[10] On pensera notamment au film de Crane Wilburg, Tomorrow’s Children (1934), qui dénonce les pratiques eugénistes aux Etats-Unis, disponible sur https://archive.org/details/TomorrowsChildren1934-EugenicsInAmerica [Consulté en février 2017].

[11] Les pratiques eugénistes nazies ont été encouragées par le mouvement eugéniste étasunien. Lors d’un meeting de 1934, Rudolf Hess, bras droit d’Adolph Hitler, aurait déclaré que le « national socialisme n’est rien d’autre que de la biologie appliquée ». Sur ce point, voir Holocaust Encyclopedia https://www.ushmm.org/wlc/en/article.php?ModuleId=10007057 [Consulté en février 2017].

[12] Pierre Teilhard de Chardin, « L’avenir de l’humanité » , in Le cœur de la matière, Paris, Les Éditions du Seuil, 1976, p.47.

[13] Le lien entre les deux hommes de science est rappelé dans le discours de Mme F. Rivière, sous-directrice de l’UNESCO à l’occasion de la commémoration des cinquante ans de la disparition de Pierre Teilhard de Chardin, en 2005. Le discours est disponible au lien suivant :

http://www.teilhard.fr/sites/default/files/pdf/Unesco.Madame.Riviere.pdf  [Consulté en février 2017].

[14] Ce Manifeste a été rédigé suite à la question du Service Scientifique de Washington, D.C. : « Comment la population mondiale peut le plus efficacement être améliorée génétiquement ? », adressée aux scientifiques. Il avait pour objectif de présenter les différents problèmes à surmonter pour rendre possible un tel projet, soit « la possibilité de l’amélioration génétique ultime de l’homme, à un degré rarement rêvé jusqu’ici, mais en même temps, plus directement, pour la maîtrise humaine des maux plus immédiats qui menacent tellement notre civilisation moderne. » L’objectif reste donc humaniste en ce sens : il s’agit de rendre possible un progrès avant tout moral.

[15] J.B.S. Haldane avait déjà abordé l’idée d’utiliser la génétique pour améliorer l’humain, c’est-à-dire le rendre plus intelligent, en meilleure santé, plus beau, dans son essai Daedalus : Science and The Future, Heretics Society, Cambridge University, 1924.

[16] Le terme apparaît pour la première fois dans son essai New bottles for a new wine, Chatto & Windus, Londres, 1957.

[17] La théorie cyborg a par ailleurs été développée par Donna Haraway dans Cyborg Manifesto, en 1985.

[18] L’ingénieur transhumaniste américain Eric Drexler est l’un des principaux acteurs de ce domaine.

[19] On s’intéresse ici au génie génétique, dont les techniques TALEN et CRISPR/cas9 font partie.

[20] L’ingénieur en chef transhumaniste de Google n’est autre que Ray Kurzweil, dont les travaux portent sur la Singularité Technologique que le progrès exponentiel (en vertu des lois de Moore sur lesquelles il s’appuie) devraient rendre possible d’ici 2050. Il en reprend les fondements dans The Singularity is near : when human transcend biology (2005).

[21] On peut penser ici au projet européen conduit depuis 2013 à l’université de Lausanne, the Human Brain Project, dont l’objectif est de créer une simulation informatique du fonctionnement d’un cerveau humain.

[22] Marc Nueva, «  Bits, atomes, neurones, gènes font BANG » in Le Monde Diplomatique, 2009/10, n°667.

[23] Un rapport sur les différentes applications des NBIC, ainsi que leurs avancées et ce qu’elles promettent a été publié en 2002, intitulé « Nanotechnology, biotechnology, information technology and cognitive science : converging technologies for improving human performance », sous l’impulsion de la National Science Foundation (NSF) et du Department of Commerce (DOF).

[24] Notre traduction de : « Grinders are passionate individuals who believe the tools and knowledge of science belong to everyone. Grinders practice functional (sometimes extreme) body modification in an effort to improve the human condition. We hack ourselves with electronic hardware to extend and improve human capacities. Grinders believe in action, our bodies the experiment » http://wiki.biohack.me/  [Consulté en février 2017].

[25] Lors de l’événement Futur en Seine (juin 2015), le biohacker suédois Bionyfiken a organisé la première Implant Party à Paris. https://gaite-lyrique.net/implant-party [Consulté en février 2017].

[26] «We favor morphological freedom – the right to modify and enhance one’s body, cognition, and emotions. This freedom includes the right to use or not to use techniques and technologies to extend life, preserve the self through cryonics, uploading, and other means, and to choose further modifications and enhancements. » « The Transhumanist Declaration », in Max More et Natasha Vita-More (éd), The Transhumanist reader.

[27] « I would view it as an extension of one’s right to one’s body, not just self-ownership but also the right to modify oneself according to one’s desires. », Anders Sandberg, « Morphological freedom – why we not just want it, but need it » in The Transhumanist Reader, op. cit., p.56.

[28]   L’article a été publié dans Nature, après avoir été initialement publié par la revue Protein & Cells http://www.nature.com/news/chinese-scientists-genetically-modify-human-embryos-1.17378 [Consulté en février 2017].

[29] Les expérimentations dépendent d’une décision d’un comité d’éthique, qui n’est pas nommé, selon l’article de Nature, http://www.nature.com/news/uk-scientists-gain-licence-to-edit-genes-in-human-embryos-1.19270 [Consulté en février 2017].

[31] « Even if scientists never try to design a baby, the worries those Asilomar attendees had four decades ago now seem even more prescient. The world has changed. “Genome editing started with just a few big labs putting in lots of effort, trying something 1,000 times for one or two successes,” says Hank Greely, a bioethicist at Stanford. » https://www.wired.com/2015/07/crispr-dna-editing-2/; Deux articles abordent ces questions :  Nature Volume: 528, p.173, 10 December 2015, DOI: doi:10.1038/528173a consultable sur : http://www.nature.com/news/global-summit-reveals-divergent-views-on-human-gene-editing-1.18971 et sur Motherboard (Vice) https://motherboard.vice.com/en_us/article/geneticists-are-concerned-transhumanists-will-use-crispr-on-themselves [Consultés en février 2017].

[32] Voir la classification proposée dans la base de donnée Human Ageing Genomic Ressources (HAGR) : The Animal Ageing and Longevity Database.  http://genomics.senescence.info/species/nonaging.php [Consulté en février 2017].

[35] L’individuation est un concept complexe repris notamment par Simondon pour désigner la construction des « termes » dans la relation. Ces « termes » ne préexistent pas. Ils se constituent grâce à une contradiction des forces en présence.

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