Vision du social

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Présentation du dossier

« Je crois que sans formes gestuelles, symboliques et corporelles de l’interaction sociale, notre société ne serait pas à même de se reproduire et de se forger une identité – ces aspects sont au moins autant porteurs de signification que les processus de l’entente langagière[1]. »

Source : Pixabay

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Comme en attestent les travaux sur la communication non verbale , en deçà des mots, c’est à travers des gestes et des attitudes que nous identifions l’origine sociale ou communautaire des uns et des autres. Bien plus, c’est à travers eux que nous nous construisons nous-mêmes. La vue est donc un sens éminemment social.

Mais il faut d’emblée lever l’ambiguïté qui surgit autour de ces notions de sens et d’identification. Leur signification n’est pas seulement symbolique ou sociale, elle prend au contraire racine dans une tendance biologique. Nombreuses sont les études qui montrent l’influence importante de notre tendance naturelle, presqu’infra consciente, à l’entre soi dans la constitution de groupes clos sur eux-mêmes et dans différentes formes de discrimination. La vue peut donc aussi être le sens qui fixe et fige le social.

« D’un point de vue phylogénétique, la société, loin d’être uniquement l’organisation lointaine et artificielle que les esprits humains se seraient mis à inventer une fois libérés des exigences immédiates de la survie, est donc aussi un produit naturel de l’évolution[2]. »

Bien sûr il ne s’agit pas de retomber dans l’opposition stérile entre le naturel et le social et de rabattre entièrement cette tendance sur l’un ou l’autre versant de la réalité, mais de privilégier une approche intégrée et pluridisciplinaire de l’humain qui tienne les deux pôles ensemble et qui nous indique la véritable ampleur du champ à considérer.

Dans ce nouveau dossier d’Implications Philosophiques, les origines de ce comportement « classificatoire » seront interrogées de différents points de vue, complémentaires. Du point de vue de la psychologie cognitive d’abord, du point de vue anthropologique et culturel ensuite.

Laurent Cordonier reviendra sur « les pentes cognitives naturelles de la catégorisation sociale » sur la base des recherches qu’il mène au sein de l’Institut des Sciences Sociales de l’Université de Lausanne. Il retracera la genèse de ces comportements « qui permettent à la dangereuse inclination à l’essentialisme social » de se développer.

Benjamin Tremblay, doctorant en sociologie au sein du centre Max Weber de l’Université Lumière Lyon-II, présentera les enjeux politiques qui habitent cette question de la vision, notamment en ce qui concerne la fabrique de ce que l’on nomme la « mémoire ». Il proposera une réflexion sur la manière dont le perçu et le compris peuvent être (dé-)liés afin de refonder la vision et d’autoriser des descriptions alternatives du monde

Enfin, Maria Elena Buslacchi, doctorante en Sciences sociales à l’Université de Gênes et au Centre Norbert Elias de l’EHESS Marseille, s’interrogera sur l’impact des grands projets culturels urbains, destinés à devenir de véritables emblèmes locaux, à rajeunir l’image des villes concernées, à les dynamiser, sur les populations locales ayant leur propre culture et qui se voient imposer ce lissage symbolique. Il s’agira de mesurer, via les réactions des différents groupes culturels, l’attachement de l’homme à ce territoire qu’est pour lui, la ville, le quartier…

À travers la présentation de ces différentes expérimentations et enquêtes, le dossier « Vision du social » a pour but de donner un aperçu des différentes recherches en cours, dans différents champs scientifiques sur la question de  la constitution des identités sociales et culturelles. En s’efforçant de mettre au jour les racines, aussi bien symboliques que biologiques de nos tendances classificatoires, chacun des contributeurs invite le lecteur à prolonger les thèses présentées à son environnement et à porter un regard nouveau sur nos conduites en société.



[1] Axel Honneth, « La Théorie critique de l’École de Francfort et la théorie de la reconnaissance », in La société du mépris. Vers une nouvelle théorie critique, Paris, La Découverte, 2012, p. 162.

[2] Laurence Kaufmann et Laurent Cordonier, « Vers un naturalisme social », SociologieS [En ligne], Débats, Le naturalisme social, mis en ligne le 18 octobre 2011. URL : http://sociologies.revues.org/3595

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