Implications de la perception
S’extasier
Si Straus, comme nous venons de le voir, (cf : sentir, s’extasier, danser (1) ) privilégie la modalité du ton, la pure écoute sans voir, protégée de tout rapport visuel inaugurant un découpage spatial entre sujet et objet, c’est dans la mesure où cette modalité rend possible la présentification du temps lui-même détaché de toute source et de toute détermination extérieures, d’un temps en tant qu’il se donne précisément à éprouver comme tel. Ce qu’il nommera plus loin « l’espace acoustique pathique » est donc le fond premier sans extériorité – est-ce …
L’implication chorégraphique selon Erwin Straus.
Si percevoir est impliqué au sens où nous y sommes proprement, danser porte peut-être à son comble, en tant qu’art mais aussi en tant qu’expérience humaine, cette implication. Dansant, je suis impliqué en tant que j’y suis, en tant que danser implique une époché sur l’outil et sur le produit, en tant que je suis à moi-même mon propre instrument. Il n’en ressort ri-en, autrement dit, aucune chose, aucun artefact extérieur. Qui danse ? Non pas « un » corps dansant, mais je, mon corps, indistinctement. Par quoi la …
« Tout honnête homme est un prophète. Il émet son opinion aussi bien en matière privée qu’en matière publique, disant : « si vous continuez ainsi, il vous arrivera ceci. » Il ne dit jamais : « ceci arrivera quoi que vous fassiez. » Le prophète est un voyant, pas un dictateur arbitraire ».1 Dans cette note marginale de 1798, William Blake nous donne les moyens de prendre à sa juste mesure ce qu’il appelait lui-même ses « prophéties », ses « visions », dont le simple titre, rebutant la tradition rationaliste, a entouré son nom d’une aura plutôt négative : celle d’un « enlumineur …
Du landscape au soundscape [1]
Parler de paysage sonore, de soundscape, ce n’est pas seulement appliquer à l’auditif les caractéristique du paysage visuel, c’est viser le paysage sonore dans sa spécificité perceptive. Une différence fondamentale : l’oreille n’a pas de paupière. Nous vivons de manière permanente dans un environnement sonore partiellement qualifié. Dès lors, la seule protection contre cette intrusion permanente d’informations est un mécanisme psychologique de sélection. Le paysage sonore est visé à l’intérieur, il s’impose comme une constitution perceptive, là où le paysage visuel semble toujours visé au dehors.
La notion …
La cire liquéfiée : Descartes et la critique du réalisme des scolastiques.
Le morceau de cire, tel qu’il était convoqué par Aristote, était envisagé comme prenant empreinte. La cire échauffée, presque liquide, recevait le sceau dont elle gardait la forme en se solidifiant. C’est précisément le processus inverse qui se produit dans le fameux exemple du morceau de cire. Mais avant d’étudier l’utilisation par Descartes de ce matériau, dans le texte de la deuxième méditation, revenons sur ce terme « d’exemple ». Chez Descartes, la cire cesse d’être une analogie et devient un …
La cire, une image qui donne à penser
Lors de l’introduction de cette rubrique, nous avons mentionné combien, dans le cas de la perception, l’image donne à penser. Cette affirmation n’était pas gratuite, quand bien même il est vrai que l’image peut se montrer fertile dans bien des champs de la philosophie. Mais cette particularité propre à la pensée de la perception, nous la mettions en avant pour une raison déjà exposée : le caractère toujours impliqué de cette dernière. Si la perception ne peut se penser sans être totalement coupée du …




