Méthode descriptive

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3/ Révélation de l’homme

a/l’homme civil est-il humain ?

L’homme civil défigurerait l’homme, emporté dans le chaos de changements il effleure la monstruosité. L’homme n’est pas ce monstre « c’est là l’homme de nos fantaisies : celui de la nature est fait autrement »[5]. Il sert de contre-modèle pour Emile qui désire devenir homme, ou d’erreur utile comme dans une dialectique hégélienne, il serait une négation de l’homme destinée à être niée et dépassée pour dévoiler l’homme.

b/ L’homme civil prouve la bonté de l’homme

Ce n’est pas exact. L’homme civil a aussi un rôle positif. Il prouve la bonté de l’homme. La démarche scientifique posait une bonté « a priori » abstraite, rivée à un homme originel hypothétique. La question de bonté humaine prend une autre envergure (et tout son sens) dans le cadre de la société du XVIIIème siècle où des hommes réels, méchants « de facto » remettent en cause l’idée d’une bonté originelle. Pourtant l’inverse se produit car le récit de l’humanité manifeste la progression du mal et son lien avec la volonté et la liberté humaine. Souvent, on passe sous silence ce rôle de l’homme civil en raison de la liaison (en apparence!) analytique chez Rousseau entre société et mal, raison et misère, science et malheurs en l’homme. L’homme civil, social, raisonnable et cultivé serait forcément méchant. Notre étude a montré que les deux premiers et le jeu entre être et paraître conduisent au mal s’ils ne sont pas maîtrisés. Les sciences et les arts posent un vrai problème car Rousseau peine à distinguer en eux les bons et les mauvais usages. Les lieux communs tranchent pour lui : Rousseau serait un anti-humaniste, culture et civilisation rimeraient avec corruption de l’homme. En un sens cela est vrai, Rousseau écrit que les arts amollissent, divertissent les hommes. Il s’opposera à Hume qui pense que les arts raffinent l’esprit humain et l’adoucissent (Of the delicacy of the taste). En parallèle, les longs passages des Confessions consacrés à la musique ou encore l’esthétique rousseauiste à l’œuvre dans les Rêveries du promeneur solitaire montrent que l’art en soi n’est pas un mal. De même, Rousseau n’exclut pas la culture du devoir être de l’homme. Cette culture est ambivalente pour lui, en témoigne une note du Discours sur les sciences et les arts[6] qui évoque Prométhée s’avançant vers la statue humaine doté d’un flambeau pour lui donner la vie et un satyre attiré par la lumière du feu s’en approche à ses risques et périls. Le flambeau symbolise les lumières et la chaleur, Rousseau y voit aussi le feu éclairant et destructeur. Les connaissances, la raison, brûlent l’homme s’il y goûte sans mesure, en témoigne l’expérience du luxe. Finalement, société, être/paraître, raison, sciences et arts sont mauvais pour l’homme dans leur seule démesure qui accentue le décalage besoin/force en lui (faiblesse) et crée la méchanceté. Le récit de l’humanité exhibe les conditions du malheur humain, forgé par les hommes qui renvoie à une idée de responsabilité, et à une liberté de l’homme.

c/ Liberté de l ’ « hybris » et indétermination de l’homme

Les hommes sont responsables de la plupart de leurs maux et de leur méchanceté. En outre, ce constat ne vise pas à provoquer un sentiment de culpabilité masochiste ou anti-humaniste. Au contraire, le récit de l’humanité a une ambition humaniste : éclairer les hommes « je montrerais aux hommes comment ils faisaient leurs malheurs eux-mêmes et par conséquent comment ils peuvent les éviter »[7]. Les hommes sont responsables de leurs maux, cette responsabilité implique la liberté comme pouvoir d’agir bien ou mal (en creux la perfectibilité comme capacité à progresser ou régresser). La présence de cette liberté en l’homme sert à réfuter l’idée d’un péché originel qui pourrait servir de refuge confortable à un homme qui n’assume pas sa liberté. Celle-ci enrichit son contenu à l’occasion de la description des hommes : elle peut être une liberté de faire le mal ou une liberté infinie (puisque l’homme civil se transforme sans fin et à volonté). Cette liberté ressemble à la liberté négative hégélienne qui nie toute détermination, s’exerce sans cadre et détruit la liberté elle-même. De manière identique, l’homme civil agit selon ses volontés sans guides et perd sa liberté. Ce type de liberté n’est pas digne d’éloge pour Rousseau, elle produit une perfectibilité sauvage en acte mais sans bornes, avide de déterminations bonnes ou mauvaises, elle produit un homme totalement indéterminé.

La perfectibilité chez l’homme civil forme un homme capable de cumuler des changements et des déterminations multiples (caractères, « paraîtres », etc.) à tel point que l’homme devient indéterminé, son essence disparaît. Rousseau n’admire pas ce penchant à l’indétermination. L’homme civil à force de changer de formes n’en a plus, il se crispe dans sa monstruosité. Au contraire, Sartre placera l’indétermination de l’homme au cœur de son essence (comme négation d’essence), l’homme sera ce néant dynamique, l’ennemi de toute détermination fixe, de toute essence et la source de liberté. Rousseau n’identifie pas cette liberté infinie à la vraie liberté, elle définit l’homme de fait mais n’appartient pas à son devoir être. Elle montre que l’homme est l’être qui « de facto » n’a pas de place, de situation fixe ou de déterminations définitives (en opposition à l’animal, être de la nature, de l’instinct, toujours identique à lui-même). Mais cette absence de cadres est dangereuse[8], l’homme civil par exemple n’a pas de place : il n’est pas totalement dans la société, dans la nature, dans l’être ou le paraître. Il est partout et nulle part, il se perd. En creux, le devoir être de l’homme apparaît : l’homme a besoin de se donner une place et des guides pour jouir d’une liberté véritable.

d/ L’homme comme jardin imparfait (cf. Todorov)

Ainsi, l’homme n’est pas parfait, il n’atteint pas d’emblée son humanité, comme Todorov l’écrit : l’homme est un jardin imparfait à soigner. L’homme civil est un jardin dévasté. Faut-il retrouver les friches de l’humanité pour le restaurer ? En effet, la nature offrait un  cadre à l’homme originel et une liberté sans excès : l’indépendance. Ce retour aux origines s’avère impossible. L’innocence n’est plus, l’imiter serait la détruire pour de bon, car par essence elle est immédiate, irréfléchie. La régression à l’état de nature n’est pas souhaitable car l’humanité fleurit sur la monstruosité même de l’homme civil. Les facultés, la morale, la perfectibilité nées de la société font presque oublier l’innocence perdue, qui condamnait l’homme à une vie inconsciente et vide. Rousseau rejette ainsi la rêverie inquiétante du retour à l’état de nature de Dom Deschamps (lettre à M. du Parc de Montmorency, 8 mai 1761). L’homme originel frôle l’inhumain, la bête. La solution consisterait-elle à freiner le progrès humain ? Ce processus est irréalisable et même, c’est dans le mal et le passage dans l’inhumain que l’homme trouve son humanité (cf. le rôle de contre-modèle de l’humain attribué à l’homme civil). Le seul moyen de restaurer le jardin de l’humanité est d’éduquer l’homme. Cette éducation préserve l’idée d’un retour de l’homme à une nature comme authenticité, non comme origine, elle prend en compte les apports de la société. Elle doit résoudre la contradiction entre société et nature en l’homme et achever la définition de l’homme, parfaire les concepts de liberté et de perfectibilité, donner le devoir être de l’homme.

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4/ Conclusion

Au final, la méthode descriptive en révélant le besoin d’éducation de l’homme, met en lumière l’humanisme lucide de Rousseau. Mais elle reste incomplète : elle ne précise pas le type d’éducation ni les cadres qui rendent l’homme humain. Elle pose les difficultés sans les résoudre, la méthode du récit de l’individu collectif et de soi apportera les réponses et les solutions aux problèmes de la démarche descriptive.


[5] ROUSSEAU Jean Jacques, L’Homme, textes choisis par Florence Khodoss, Paris, PUF, coll. Les Grands textes, 1971, p104

[6] ROUSSEAU Jean Jacques, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes et Discours sur les sciences et les arts (1755 et 1750), Paris, Garnier Flammarion, 1992, Discours sur les sciences et les arts, Seconde partie, p41

[7] ROUSSEAU Jean Jacques, Lettres philosophiques, Paris, Le livre de poche, coll. Classiques de poche, 1996, Lettre à Voltaire, l’Hermitage le 18 août 1756, p93

[8] Les auteurs de la Renaissance n’insistaient pas assez sur ce danger cf. AUROUX Sylvain, JACOB André, Les notions philosophiques, Paris, PUF, coll. Encyclopédie philosophique universelle, 1998, tome I, art. « Homme » p1158 cit. De Oratio dignitate « toi tu n’est limité par aucune barrière, c’est de ta propre volonté que tu détermineras ta nature », il s’agit d’un humanisme orgueilleux selon Todorov (TODOROV Tzvetan, Le Jardin imparfait : la pensée humaniste en France, Paris, Grasset, 1998, p 81). Il y a toutefois des exceptions, comme Pomponazzi qui comprend l’homme comme une terre de possible limitée (heureusement) par la nature cf. GROETHUYSEN Bernard, Anthropologie philosophique, Paris, Gallimard, coll. Tel, 1980, p157 à 172

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  1. la methode descriptive consiste a decrire l homme ou la chose dans son entierte

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