Méthode scientifique

Pages : 1 2 3

Print Friendly

DEFINITION DE L’HOMME GENRE & DIFFERENCE SPECIFIQUE : révélation d’un homme concret

Par Alice Finateu

Source : Fromoldbook.org
Source : Fromoldbook.org

[Préface, première partie du Second Discours, lettre à M. Philopolis (vers le 15 octobre 1755)]

1/Introduction

a/Présentation de la méthode scientifique

La démarche scientifique est la plus connue sans doute parce que Rousseau la revendique. Elle s’oppose à une définition de l’homme par une extériorité : le passé, l’ordre du monde ; car l’humaniste est l’auteur « d’escris purement humains et philosophiques sans meslange ni théologie »[1]. En outre, elle intègre la définition aristotélicienne genre prochain plus différence, débarrassée de ses présupposés ontologiques et cosmologiques. Enfin, elle étudie le fonctionnement du corps et de l’esprit humain, des passions. Elle entend fixer les frontières de l’humain, identifier les facteurs communs entre l’homme et l’animal et cerner « à priori » ses caractères spécifiques. Ainsi deux enjeux se dégagent : éclairer les hommes du XVIIIème siècle et du coup réfuter l’esclavage par nature, l’inégalité pseudo naturelle et la méchanceté « à priori » de l’homme.

Si Rousseau rejette ces réflexions formées par certains théoriciens du droit naturel, il s’inspire de leurs procédures pour définir l’homme. Comme Hobbes (cf. Léviathan Partie I « De l’Homme ») il analyse l’homme par sa nature (cf. Emile étude du corps et des facultés de l’homme). Il circonscrit aussi un état de nature pour comprendre et d’homme de son temps. En même temps, son état de nature purement fictif n’offre pas de prises au droit, il inspire une critique des hommes actuels. Cet aspect fictif déborde même sur son habitant « l’homme originel »[2], difficile à cerner.

b/Comment trouver l’homme originel : difficultés

L’image de la statue de Glaucus illustre cette difficulté. Selon Starobinski[3], la métaphore reflète deux images : le portrait d’un homme défiguré, perdu (vision négative), la figure d’un homme voilé par les changements (vision positive). Cette distinction se double de la séparation entre essence (transparence) et accident (voilement). Alors un dilemme apparaît concernant l’accident. L’essence de l’homme est-elle masquée par les accidents ? L’essence de l’homme correspond-elle « in fine » à cet amas d’accidents ? Dans les deux cas, des liaisons analytiques se constituent entre accidents et changements, entre changement et mal ; essence et origine, origine et bien. Derathé précise que ces liaisons se réduisent à l’opposition entre origine et artifice, clef de voûte de la définition de l’homme chez Rousseau. Ainsi, la difficulté consiste à démêler l’origine et l’artifice en l’homme. Le sujet de la définition pose un problème plus important : l’homme définit l’homme, ou plutôt l’homme du XVIIIème siècle définit l’homme originel, à la lueur de ses vices et de ses préjugés, présages de méthodes erronées.

c/ Méthodes de définition : mauvaises méthodes, bonne méthode

En effet, les mauvaises méthodes peignent l’homme originel avec les couleurs de la société, elles s’appuient sur des faits. Elle se ramènent à une mauvaise compréhension des notions de nature, de société ou d’origine, et conduisent à des attitudes égocentriques ou ethnocentriques. Au contraire, les bonnes méthodes distinguent à priori la nature et l’artifice et cela par des opérations de soustraction qui évacuent les artifices et dévoilent le fond primitif de l’homme, l’homme tel qu’il « a du sortir des mains de la nature »[4] qui se prête à une description physique où les traits de l’homme se profilent.

***

[1] in AUROUX Sylvain, JACOB André, Les notions philosophiques, Paris, PUF, coll. Encyclopédie philosophique universelle, 1998, tome I, Art. « Homme » p1158

[2] Expression que Derathé utilise pour qualifier l’homme de l’état de nature, in DERATHE Robert, L’homme selon Rousseau in BENICHOU P., CASSIRER E., DERATHE R., EISENMANN Ch., GOLDSCHMIDT V., STRAUSS L., WEILL E., Pensée de Rousseau, Paris, Seuil, coll. Points, 1984

[3] cf. STAROBINSKI Jean, Jean Jacques Rousseau la transparence et l’obstacle suivi de Sept essais sur Rousseau, Paris, Gallimard, coll.Tel, 1971, chap. premier « Le Dieu Glaucus » p27 à 33

[4] in ROUSSEAU Jean Jacques, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes et Discours sur les sciences et les arts (1755 et 1750), Paris, Garnier Flammarion, 1992, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Première partie, p172

Pages : 1 2 3

Commenter

Suivez-nous :
ISSN 2105-0864 - Copyright © 2009-2015 Implications philosophiques CopyrightFrance.com