Méthode scientifique

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2/ Description de l’homme originel

L’ensemble de ces traits se déduisent des caractéristiques de l’état de nature. Cet état est stable, homogène et simple alors l’homme originel sera simple. L’environnement (terre fertile, isolement, règne de la nature) lui donne ses attributs. L’abondance de nourriture par exemple, dispense l’homme originel du travail, de la propriété et de l’agriculture. Donc « à priori » l’homme ne se destine pas au travail ou à la culture, il jouit d’une indolence délicieuse étrangère à la nécessité du travail. Parfois, l’environnement est plus hostile et l’homme, peu pourvu comme Prométhée, doit s’adapter et ruser pour survivre dans la nature. Ainsi, le thème de la nature émerge. Il s’agit d’une nature comme force, détentrice de finalités qui commande l’homme originel et lui offre un instinct. En ce sens, l’homme originel est un animal borné par l’amour de soi et l’instinct, moyens de préservation. Il tourne en circuit fermé dans une nature complexe : à la fois monde ambiant et force donatrice de moyens et de fins. L’homme originel, dans ce lien immédiat à la nature ne développe pas ses facultés et ses passions. Enfin, l’isolement de l’homme originel le rend indépendant, à l’abri des inégalités et des rapports de domination et de servitude. Donc, l’inégalité entre les hommes n’est pas naturelle, n’en déplaisent à Vauvenargues et à Pufendorf qui justifient l’esclavage par nature. Au final, la description physique inscrit l’homme dans le genre de l’animal. Elle pointe un argument essentiel : la solitude de l’homme conditionne sa non méchanceté à priori.

Elle pose la célèbre thèse de la « bonté originelle » que nous appelons « non méchanceté » car « bonté » connote un aspect moral, impossible dans l’état de nature. Rousseau identifie trois preuves de la « non méchanceté » « à priori » de l’homme : la solitude de l’homme originel compromet l’exercice d’une éventuelle cruauté, le régime frugivore de cet homme le rend peu féroce, la pitié comme épanchement de l’amour de soi annonce une bienveillance originelle, elle servira de base au devoir être de l’homme, de condition « à priori » de la morale. Enfin la symétrie posée par la nature en l’homme originel entre ses besoins et les moyens de les assouvir (c’est la définition rousseauiste de la force, d’inspiration stoïcienne) l’empêche de se montrer agressif ou égoïste (contre Hobbes qui pense que l’homme égoïste et l’homme animé par de mauvaises intentions peuvent agir de la même manière) car sa force le prive du secours d’autrui. Chez Hobbes, la force n’exclue pas l’agressivité et les pulsions de domination, en témoigne l’analogie entre l’enfant robuste cruel et l’homme originel. Rousseau rejette cette comparaison, l’enfant est faible et pour cette raison il peut être méchant. A la limite, l’enfant et l’homme originel se ressemblent par l’absence de raison, l’innocence et l’animalité. Pourtant, Rousseau refuse d’abandonner l’homme à son animalité. Dans la lettre à François Joseph de Conzié Comte des Charmettes, datée du 17 janvier 1742, il critique Pope qui prétend que la bête égale l’homme. Le recours à une différence spécifique sauvera l’homme de son animalité presque trop évidente.

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