La démocratie numérique

Print Friendly

Eve Suzanne

source : stock.Xchng

source : stock.Xchng

Faut-il « Réinventer la démocratie » ? titre le supplément du Monde du 29 avril 2009. Ce dernier est consacré à la crise que traverse actuellement notre démocratie et aux moyens qui ont pu être avancés pour tenter d’y remédier. Ce dossier, qui regroupe plusieurs articles de différents professeurs, est représentatif de la pensée globale qui anime les intellectuels de tendance plutôt de gauche. Il s’inscrit dans ce faux débat partant de l’idée qu’il faut faire un procès à ce capitalisme effréné qui conduit à un marché hors de contrôle, aboutissant lui-même à une crise : cette crise financière est ainsi l’occasion de repenser notre système économique et donc politique pour repartir sur de meilleures bases. Le Président de la République française a su résumer parfaitement ces aspirations en parlant de « moralisation du capitalisme ».

Ainsi, sur fond de crise sociale et économique, Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France et président de l’association La République des Idées, invite à repenser nos démocraties et aspire à une transformation radicale de leur fonctionnement. C’est, selon lui, le moment de franchir une nouvelle étape, digne de la conquête du suffrage universel dans la France du XIXème siècle. Il s’agit, entre autres propositions, de concevoir une « démocratie-monde » : elle reposerait sur une coopération plus active des Etats et nécessiterait une véritable appropriation de son fonctionnement de la part du citoyen. Ce serait l’occasion de pallier aux limites actuelles du système électoral majoritaire qui laisse de plus en plus de citoyens sur le côté, incapables de se reconnaitre en lui. Ceci participe effectivement, parmi d’autres raisons, au taux record d’abstention obtenu aux élections européennes de juin 2009. Et en effet, à la fin de l’article, Pierre Rosanvallon porte son regard sur l’Europe et défend l’idée que seul le rapprochement des grandes institutions internationales avec la société civile permettra de mettre en œuvre une véritable démocratie post-électorale et ainsi, de faire venir vers elle le citoyen.

Assurément, la désertion de la scène politique par le citoyen concoure à affaiblir l’exercice même de son pouvoir. Ainsi, si l’on considère le droit de grève, par exemple, celui-ci est aujourd’hui fortement remis en cause sans que cela ne provoque de véritables soulèvements populaires. Cette désertion est la cause et la conséquence d’un recul de la conscience politique : c’est la conscience de ses droits et de ses devoirs s’exerçant sous le sceau d’une connaissance minimale de l’Histoire, récente et éloignée, du peuple auquel on appartient.

Les éléments déclencheurs sont bien entendu multiples, complexes  et nécessiteraient de nombreux articles. On peut en relever certains, comme : une dégradation progressive des conditions de vie qui ne permettent plus au citoyen de se tourner vers d’autres horizons en s’impliquant dans la vie de son quartier, de sa ville, de son pays ; de grands médias qui imposent et entretiennent la mal/désinformation du peuple ; une lassitude grandissante des citoyens subissant cet incessant et stérile échange de pouvoir entre gauche et droite…

Alors, faut-il « Réinventer la démocratie »[1] ?

Les mouvements qui se jouent dans notre société sont autrement plus profonds et les analyses des professeurs, publiées dans le supplément du Monde, loin d’être fausses, demeurent dans une perspective réformiste et à court terme.

En effet, cette crise est une crise parmi d’autres que nous serons amenés à subir à nouveau dans le futur. Il est certain qu’elle est particulièrement profonde, car structurelle, et les retombées séviront encore deux ans au minimum. Mais elle n’aboutira pas à une stabilisation du capitalisme. Au mieux, elle n’apporte qu’un court répit : la nationalisation des banques est un leurre de courte durée.

Il faut donc se positionner à un autre niveau pour développer une réflexion plus profonde sur les transformations dans lesquelles est engagée notre démocratie, en se penchant sur l’évolution de la société et des individus à une échelle plus large.

Si la société se définit comme un agrégat d’individus, et le politique comme un outil leur permettant de vivre en société, alors une transformation de l’individu dans sa façon de se concevoir au monde et aux autres implique une transformation du politique lui-même.

Or, avec le développement des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication) ces mêmes individus ont généré de nouvelles pratiques citoyennes reposant sur un besoin d’expression, et qui ont permis d’ériger un concept original, celui de démocratie numérique. La démocratie numérique se conçoit, au premier abord, comme un renouvellement de l’exercice de la démocratie dans la société actuelle, rendu possible par le développement du numérique. Ces nouvelles technologies qui procèdent de la numérisation de la société sont, comme nous le verrons, le résultat et le moteur de la Révolution informationnelle.

Cependant, il ne s’agit pas seulement de « Réinventer la démocratie ». En effet, pourquoi se contenter de réinventer la démocratie s’il nous ait donné la possibilité de révolutionner nos pratiques démocratiques ?

Aussi, le problème que je soulève et que je tenterai d’examiner dans les prochains articles,  consiste à se demander si la démocratie numérique rend possible la pratique au quotidien d’une démocratie autogestionnaire. Nous tenterons notamment d’examiner la possibilité pour notre société d’évoluer vers de nouvelles pratiques politiques.

Cette réflexion cherchera à explorer notre capacité à réaffirmer notre souveraineté populaire.

Si la démocratie numérique est le thème central de mon investigation, il ne s’agira pas seulement de l’expliciter au regard de l’Histoire, de la Philosophie et du Politique, mais d’élaborer la réflexion la plus poussée possible concernant la démocratie autogestionnaire. C’est un terme sujet à de multiples difficultés mais qu’il s’agit de réintroduire dans le débat public.


[1] Titre du supplément du Monde du 29 avril 2009, précédemment cité.

  1. La crise actuelle montre clairement le peu de démocratie dans l’économie. Une oligarchie des décideurs détermine d’une manière sur les objectifs du système économique que l’on pourrait penser que cela serait indestructible.

    Pour moi, un système économique peu démocratique n’est pas acceptable pour l’avenir de l’humanité tout entière, parce que cela fait exactement ce qui se passe en ce moment:
    - La destruction des ressources naturelles mondiales
    - Marginalisation des institutions de l’Etat par la mondialisation et la constitution de sociétés multilaterales, qui sont au-delà de tout contrôle
    - La destruction des moyens de subsistance de la majorité de la population de la terre par le dumping salarial, l’exploitation, et la politique du principe: « diviser pour régner ».

    Nous n’avons pas besoin d’une réinvention de la démocratie, mais une extension de la démocratie à l’économie.

    (Excusez-moi mes fautes, mais je suis Allemand)

Commenter

Suivez-nous :
ISSN 2105-0864 - Copyright © 2009-2015 Implications philosophiques CopyrightFrance.com