Le rôle de l’information au cœur de la numérisation de la société

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Source : Stock.Xchng

L’information, tant dans ses contenus que dans ses modes de transmission domine la société numérique/en cours de numérisation, car elle est le modèle selon lequel chaque individu se détermine. Suivant notre positionnement et nos moyens de l’atteindre et de l’utiliser, on appartient à une certaine classe, ou à un certain échelon professionnel.

Ceci a un impact fort sur le travail et l’éducation comme expliqué dans les exemples qui suivent.

a. Une société de service

Plongée au sein de la numérisation de la société, la radio académique de l’Institut de France, Canal Académie, nous offre deux émissions consacrées à la Révolution numérique. Il s’agit de la première radio académique accessible en ligne à cette adresse : www.canalacademie.com.

- La première émission (2008) nous  propose une analyse de la Révolution numérique par Pierre Laffitte, Sénateur des Alpes-Maritimes et fondateur de Sophia Antipolis, un pôle versé dans le Hich tech : « La Révolution numérique nous fait-elle changer de société ? »[1].

Pierre Laffitte associe la Révolution numérique à l’émergence d’une nouvelle économie qui repose sur la matière grise. La numérisation se définit comme « l’art de communiquer mondialement ».

A cette occasion, le sénateur évoque la possibilité de travailler via le télétravail afin de limiter les trajets en voiture et ainsi, de protéger la Terre des émissions de CO2. La numérisation de la société serait ainsi l’occasion de revoir l’organisation du travail : les salariés pourraient se retrouver dans des espaces, appelés des télésites, proches de chez eux, et regroupés avec des salariés d’autres entreprises tout en communiquant avec leur entreprise respective par Internet. Les types de métiers susceptibles d’adhérer à cette organisation relèvent majoritairement des services. Il est certain que dans le cas d’un travail manuel qui repose sur la production d’objets manufacturés, ce cas de figure n’est pas adapté au fonctionnement des télésites.

- La deuxième émission (2008) fait le point sur l’impact de la Révolution numérique dans l’enseignement avec le mathématicien Jacques Vauthier : « Sommes-nous au rendez-vous de la Révolution numérique ? »[2].

L’outil formate une nouvelle forme d’intelligence. Jacques Vauthier explique que le rapport au temps, au lieu, à l’action, les trois unités du théâtre classique, s’en trouve profondément modifié. Désormais, ce sont tous les outils pédagogiques qui doivent s’adapter à ces transformations, sans oublier le professeur, court-circuité par tous les réseaux et dont le rôle ne peut plus se limiter au tableau noir. « Si l’Éducation nationale incarne un système traditionnel, peu enclin à l’innovation, l’enseignement numérique, doté d’une grande souplesse, ouvre la voie à une démocratisation de la connaissance et à une vraie transversalité des savoirs » ajoute-t-il.

Ces deux émissions ont pour point commun d’identifier la Révolution numérique à l’émergence d’une société de service : ainsi, le travail et l’éducation s’expérimentent désormais du point de vue de la société de service.

Aujourd’hui de plus en plus de salariés travaillent dans les services : c’est le premier secteur de recrutement. Que ce soit dans les médias, le commerce, le tourisme, l’éducation etc, pouvoir échanger des informations est capital.

Lorsque Pierre Laffitte évoque la possibilité du travail dans des télésites, c’est que les outils numériques sont devenus suffisamment performants pour pouvoir échanger l’information à distance. Dans la société numérique, les distances sont en effet abolies.

De la même manière, sur le plan de l’éducation, Jacques Vauthier explique que la façon dont le professeur dispense l’information à ses étudiants est amenée à prendre d’autres formes. En effet, il n’est plus le seul à posséder le savoir. Cette pensée rejoint celle de Jean-Paul Pinte, le spécialiste en Science de l’Information et de la Communication qui écrit sur son blog :

« La nécessaire prise en compte de l’information pour construire des connaissances doit non seulement concerner les étudiants mais aussi tout le corps enseignant et les documentalistes pour une collaboration autour de l’un des sept piliers du socle commun de connaissances et de compétences que j’appellerais ici la culture informationnelle. Dans ce décor, l’enseignant n’est-il pas en train de devenir un documentaliste et le documentaliste un “architécaire”, pilote documentaire d’un système d’information pertinent. Il y a fort à parier pour cette dernière catégorie une intégration des tâches quotidienne plus proche de celles de l’enseignant et une ouverture très diversifiée de ses lieux d’activité qu’avant le déluge informationnel »[3].

Autour de l’information et de son partage gravitent différentes compétences, qui relèvent aussi bien de l’éducation, que de la protection sociale ou du journalisme, et qui subissent des transformations majeures pour s’accorder aux nouveaux enjeux du numérique.

b. Le Web de l’information

L’auteur de De la Démocratie numérique[4], Nicolas Vanbremeersch, identifie trois types de Web :

- le Web documentaire ;

- le Web de l’information ;

- le Web social.

Ces trois types de Web n’évoluent pas en parallèle les uns des autres : ils interagissent entre eux. Simplement, le Web documentaire est identifié à ces pages statiques qui délivrent du contenu sans que l’internaute puisse réagir : il correspond à ce que nous appelons le Web 1.0. Autrement dit, il suit une logique encyclopédique qui met à disposition certaines connaissances/informations. Ensuite, vient le Web de l’information, qui correspond au Web à proprement parlé journalistique tant amateur que professionnel. « [...] l’internaute, qui a déjà du pouvoir sur l’information, puisqu’il se déplace librement entre les sources et effectue ses propres recoupements, de simple spectateur de celle-ci, devient pleinement acteur » (page 32). Les contenus publiés par les journalistes sont apposés à côté de nombreux autres articles d’internautes qui réagissent de leur côté. Les jeunes journalistes composent aujourd’hui avec cet arrière-plan prédominant du Web : c’est-à-dire, en travaillant en collaboration avec les bloggeurs. Le journalisme doit redéfinir son espace de travail : pour ma part, je ne pense pas que l’évolution du Web signe la fin du journalisme. Pour finir, l’auteur identifie une troisième sphère du Web, le Web social : il repose sur l’échange d’informations entre internautes. Cette sphère obéit à une pure logique relationnelle car elle est le lieu par excellence où les internautes se mettent en relation pour élaborer des contenus, les publier, créer des liens etc. C’est ce qu’on appelle le Web 2.0.

Fondamentalement, c’est l’échange d’information qui tisse la toile du net et qui se cesse de s’agrandir : l’information produite, lue, commentée, modifiée, complétée, diffusée. Cependant, le Web, c’est le Web de l’information : aussi bien le Web documentaire, que le Web de l’information, associé par Nicolas Vanbremeersch au Web de l’information journalistique, ou encore le Web social. La démocratie numérique est rendue possible justement parce que le Web c’est avant tout le Web de l’information. Il créé un espace public numérique qui permet l’émergence d’une telle démocratie : la délibération est le poumon de toute démocratie et nécessite un espace qui lui ait dédié. Si aujourd’hui notre système politique repose principalement sur des partis politiques, il n’est pas impossible que dans un avenir proche, ils s’inclinent devant la montée en puissance de cet espace public numérique (qui pour le moment est plus visible aux États-Unis qu’en France). Les valeurs qui définissent chaque parti et qui permettent de les identifier demeurent, mais le principe proprement partisan sur lequel se fonde leur fonctionnement hiérarchique ne correspond pas au principe sur lequel repose le Web de l’information : le réseau. Les partis sont fermés les uns aux autres, cloisonnés, là où le Web s’affranchit des barrières transcendées par l’information.

Le Web de l’information joue un rôle majeur dans la réalisation de la démocratie directe, puisque qu’il rend possible techniquement l’autogestion des citoyens. La démocratie directe repose pour beaucoup sur la transmission de l’information/du savoir : en effet, la capacité des citoyens à se former une opinion est fortement liée à leur degré de formation et notamment sur les NTIC puisqu’aujourd’hui ces outils favorisent comme jamais la diffusion et le partage des savoirs.

L’exemple[5] que l’on peut donner concerne Mons-en-Baroeul, petite ville du Nord-Pas-de-Calais dans laquelle les électeurs ont été sollicités par référendum sur les orientations du budget municipal. Or, en France, le référendum communal n’a pas de base légale, et les électeurs n’ont pas à se prononcer sur des questions budgétaires qui sont avant tout du ressort des élus. Néanmoins, lors du premier référendum de Mons-en-Baroeul, en 1977, les citoyens ont participé à hauteur de 36 %. Ce chiffre est passé à 46 % en 1980 et à 54 % en 1987. Cette augmentation de la participation correspond essentiellement à une meilleure préparation et présentation des alternatives soumises au vote, mais aussi à une certaine forme d’apprentissage de la part des électeurs pour s’emparer de ces informations.

La Révolution informationnelle fait de l’information la référence absolue par rapport à laquelle se dessine notre société numérique. Cette dernière remplit les conditions pour permettre une réappropriation de la sphère politique par le peuple : en permettant aux citoyens de devenir acteurs de l’information. Toutes les sphères de la société sont engagées dans ce mouvement : aussi bien le monde du travail, que le système éducatif ou encore l’économie.

Si la Révolution informationnelle redessine nos sociétés, l’évolution numérique s’applique aussi à l’individu même. Cette évolution s’incarne dans l’émergence d’une identité numérique. Cette dernière a néanmoins un impact collectif puisqu’elle intervient sur la fracture numérique en séparant ceux qui ont une identité numérique des autres. De plus, la question demeure, à savoir : l’identité numérique est-elle un facteur d’émancipation ou d’aliénation ?

Eve Suzanne


[1] www.canalacademie.com/La-revolution-numerique-nous-fait.html

[2] www.canalacademie.com/Sommes-nous-au-rendez-vous-de-la.html

[3] http://leWebpedagogique.com/cultureinformationnelle/category/le-concept-de-veille-informationnelle/

[4] Paru en mars 2009, aux éditions du Seuil.

[5] www.comunicon.ch/cp/discno12.PDF


  1. Je reste complètement perplexe par rapport à cet exposé qui positionne les neurosciences comme sciences qui déconsidèrent l’environnement de l’individu au profit de son organe cérébral. De toute évidence il s’agit là d’un point de vue exclusif de la psychanalyse qui se plait à mettre en avant les travers des neuroscience sans considérer ce qu’elle sont par essence: une image physique de la complexité de la nature humaine. Une connaissance plus approfondi du sujet (sans apriori) permettrait au contraire de montrer que l’homme et les relations qu’il développe avec le monde sont le résultat de multiples interactions (psychiques évidemment, sensorielles, physiologiques, neurologiques…) et que cette complexité ne permettra jamais un accès à la vérité. Il est selon moi impossible de savoir qui de la poule ou de l’oeuf est arrivé en premier: l’un ne peut pas exister sans l’autre. En revanche, toutes les querelles qui tendent à prendre la défense de sa chapelle par un refus obstiné de réajuster ses conceptions conduisent à de tel exposé où l’auteur se permet d’imposer son point de vue en affirmant de telles énormité.

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