Politique de l’identité

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Par Claire Abrieux

L’égalité entre les hommes et les femmes sur le marché du travail

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Il s’agit là d’un sujet récurrent dans le paysage social français. Ce questionnement de notre société sur l’égalité des genres au travail n’est qu’une des facettes de la question, bien plus profonde, de la teneur de l’identité féminine. Si la question identitaire traverse sans arrêt les différents domaines de la vie sociale ce n’est pas à cause d’une mode passagère mais bien parce qu’elle est au centre de notre vie morale contemporaine. Après la désagrégation du fondement extérieur des valeurs -selon Dieu ou selon la tradition- le sujet s’est retrouvé au centre de la fondation de la morale, portant l’humanité toute entière vers un relativisme aussi absolu que risqué.

L’aspect problématique de la parité apparaît de façon nette dans le fait qu’elle pose les individus des deux genres comme totalement égaux sur le marché du travail, et cependant les faits nous prouvent sans cesse qu’il existe des différences réelles -que ces différences soient socialement construites n’enlève rien à leur réalité- entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. Prenons un exemple parmi tant d’autres de cette différence : en 2002, plus d’un chômeur sur deux est une femme alors que les femmes représentent 46% de la population active[1].

Une question nous semble particulièrement apte à synthétiser tous les enjeux de notre recherche : l’identité féminine est-elle une notion pertinente dans l’éthique de l’entreprise ?

Le paradoxe de la question de la parité à l’heure actuelle est le suivant : promouvoir une complète égalité des statuts des hommes et des femmes sans se préoccuper pour autant des causes profondes des discriminations. L’enjeu de notre travail serait donc de chercher à savoir dans quelle mesure l’identité féminine interfère avec le monde du travail. En prenant en charge les causes des différences entre les hommes et les femmes, une diversité dans l’égalité pourrait finalement se révéler possible. Il est à présent urgent -si l’on souhaite vraiment rectifier les différences entre les hommes et les femmes sur le marché du travail- de ne plus se cantonner à la version hypocrite de la parité. L’égalité absolue et originelle n’est clairement pas possible (à moins de faire des femmes des androgynes) et l’égalité dans les faits ne pourra être atteinte qu’en choisissant de rectifier ces différences de fait.

Les différents aspects de la construction de l’identité féminine nous apparaissent à première vue, et de façon traditionnelle, comme relevant du pur domaine privé, intime : maternité, perception de soi. Cependant, dès que l’on se penche sur les stratégies féminines sur le marché du travail, on s’aperçoit très rapidement que ces aspects sont centraux dans la carrière des femmes. Voilà donc le but de notre entreprise : quelle place faire aux femmes, en tant que telles, sur le marché du travail pour que de tels écarts ne perdurent pas et qu’une égalité réelle se mette en place ?

Nous souhaitons mettre en évidence la pertinence de la différenciation sur le marché du travail pour pouvoir ensuite la discuter et souligner l’absurdité d’un pur égalitarisme dans la promotion de l’équité.

Il s’agira d’abord de comprendre pourquoi aborder le monde du travail en termes de genre est pertinent. Cela passera par une étude du poids de la perception du groupe féminin, traversant  la question de la reconnaissance du genre. Cette analyse, pour être complète doit aussi aborder la question de la maternité, source essentielle de la différence des genres sur le marché du travail.

Pistes et hypothèses

L’identité liée au genre joue encore un rôle trop central dans les stratégies professionnelles pour que l’on puisse nier sa pertinence. Le maintien de la différenciation selon le genre au travail est discutable et doit être remise en cause par le biais de plusieurs procédés : organisation du travail, organisation de la sphère privée, prise de sanction par la voie légale et par le soutien de structures supplétives.

Une négation basée sur un pur égalitarisme est ainsi à la base de la continuité des inégalités liées au genre dans le monde du travail. La prise en compte de représentations sociales erronées est aussi urgente que nécessaire si l’on souhaite vraiment mettre un point final aux discriminations diffuses qui ont cours dans l’éthique de l’entreprise.

L’illusion hypocrite de l’effectivité de l’égalité dans un système de représentations sociales différentialistes est incontestablement à la source de la stagnation des inégalités injustes du monde du travail français et la promotion de sept femmes aux postes ministériels n’est qu’une devanture dans un système encore profondément patriarcal. Ce sont des mesures de fonds qui doivent à présent entrer en vigueur.


[1] Femmes, Hommes : différences inégalités, INSEE.

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