BACHELARD SCIENCE, POÉSIE, UNE NOUVELLE ÉTHIQUE ?

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Evénément :
BACHELARD SCIENCE, POÉSIE, UNE NOUVELLE ÉTHIQUE ?
Début :
25 juillet 2012 8 h 00 min
Fin :
1 août 2012 17 h 00 min
Mise à jour :
27 juin 2012
Lieu :
Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle (50)
Adresse :
USA
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DU MERCREDI 25 JUILLET (19 H) AU MERCREDI 1er AOÛT (14 H) 2012

 


 

BACHELARD

SCIENCE, POÉSIE, UNE NOUVELLE ÉTHIQUE ?

 


DIRECTION : Jean-Jacques WUNENBURGER

Avec le concours de l’Association des Amis de Gaston BACHELARD


ARGUMENT :

Gaston Bachelard explore les deux versants de la culture moderne, la connaissance scientifique dans ses formes les plus innovantes, et l’expérience poétique, de la rêverie spontanée aux grandes créations artistiques. Il a tenu à les différencier comme des expressions antagonistes de l’esprit et à les unir comme complémentaires dans l’existence.

Au-delà de ces rapports entre science et poésie, entre théorème et poème, ne pourrait-on trouver aussi, en filigrane, les lignes profondes d’une philosophie pratique, d’un humanisme et d’une sagesse? Car Bachelard parle aussi du désir et de la volonté, de l’enfant et de l’adulte, du loisir et du travail, de l’amour et de l’affrontement, de l’autorité et de la révolte, de la solitude et de la communauté, de la liberté et de la nécessité, de la vie et de la mort; autant d’entrées, condensées en certains passages ou dispersées dans l’œuvre, dans une philosophie du bien vivre et du bien être ensemble.

Autant de positions et propositions qui créent peut-être des perspectives insoupçonnées pour nous orienter aujourd’hui encore dans un monde à la recherche de sources d’inspiration éthiques, éducatives, sociales et politiques, au delà des valeurs et des normes trop bien instituées.


CALENDRIER PROVISOIRE :

Mercredi 25 juillet
Après-midi:
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée:
Présentation du Centre, des colloques et des participants

Jeudi 26 juillet
Matin:
Jean-Philippe PIERRON: Gaston Bachelard et les forces imaginantes de la morale
Fréderic WORMS: Le foyer moral de la philosophie de Bachelard

Après-midi:
Michel-Elie MARTIN: Nouménologie du sujet scientifique et du sujet éthique
Lutz BAUMANN:
La pensée de Gaston Bachelard: conscience transcendantale et conscience morale
Valeria CHIORE:
Gaston Bachelard: un héritage sous le signe de la matière

Soirée:
Jean-Claude FILLOUX: Témoignages sur la vie de Gaston Bachelard. Lecture de lettres

Vendredi 27 juillet
Matin:
Kuan-Min HUANG: La correspondance et la sympathie chez Gaston Bachelard et Tang Jun-yi

Après-midi:
Francesca BONICALZI: Gaston Bachelard: rationalisme ouvert et éthique de la connaissance
Carlo VINTI: « A la millième personne du singulier ». Bachelard et l’intersubjectivité de la science

Table ronde: Ethique et esthétique (Viviana REDA)

Soirée:
Cinéma (Marly BULCÃO)

Samedi 28 juillet
Matin:
Chris YOUNÈS: La métaphore de la maison dans La poétique de l’espace
Jean LIBIS: Pour une éthique de la séparation. Critique des herméneutiques confusionnistes

Après-midi:
DÉTENTE

Dimanche 29 juillet
Matin:
Vincent BONTEMS: Ethique de l’ouverture chez Gaston Bachelard et Ferdinand Gonseth
Jean-Hugues BARTHÉLÉMY: Philosophie, science et opinion. D’un rôle possible de l’épistémologie historique pour une réinvention du penser par soi-même philosophique

Après-midi:
Marly BULCÃO: Gaston Bachelard: pour une éthique de la désobéissance
Constança MARCONDES CESAR: La psychanalyse chez Bachelard et chez Ricœur: une étude

Table ronde: L’Ethique et la main (Renato BOCCALI)

Soirée:
Poésie, avec Anne BIHOREAU

Lundi 30 juillet
Matin:
Rodolphe CALIN: Feinte et subjectivité selon Bachelard
Délia POPA: La portée pratique de l’imagination: dialectique et matérialité

Après-midi:
Ionel BUSE: Affinités poétiques chez Gaston Bachelard et Lucian Blaga
Marie-Pierre LASSUS: Ethique et art: pour une doctrine de la spontanéité

Soirée:
Atelier du geste rythmé (« Les rythmes premiers comme expérience de discontinuité-continuité », France SCHOTT-BILLMANN)

Mardi 31 juillet
Matin:
Paolo MOTTANA: Déphilosophie et dépsychanalyse, la restitution d’âme au savoir dans l’œuvre et la vie de Gaston Bachelard
Catarina SANT’ANNA: « Regret souriant » (la « saudade » bachelardienne): pour une éthique et une esthétique du manque

Après-midi:
Christian THIBOUTOT: Ethique et poétique chez Bachelard
Matei STIRCEA-CRACIUN: Brancusi et Bachelard: une approche herméneutique de la sculpture abstraite

Table ronde doctorale

Soirée:
Musique (Marie-Pierre LASSUS)

Mercredi 1er août
Matin:
Julien LAMY: Bachelard et la tradition des « exercices spirituels »
Gilles HIERONIMUS: La verticalité axiologique chez Gaston Bachelard
Synthèse

Après-midi:
DÉPARTS


RÉSUMÉS :

Jean-Hugues BARTHÉLÉMY: Philosophie, science et opinion. D’un rôle possible de l’épistémologie historique pour une réinvention du penser par soi-même philosophique
C’est une opinion assez répandue, chez les philosophes eux-mêmes, qu’en philosophie il n’y a pas de vérité partagée. A cet égard, ce n’est sans doute pas un hasard si l’unique point d’accord qui soit éventuellement envisageable a fait l’objet d’un discours relevant d’une discipline se voulant nouvelle et tout à la fois non étrangère au devenir de la philosophie: l' »épistémologie historique » de Gaston Bachelard. Car l’unique point d’accord envisageable dont nous parlons est cette vérité historiquement attestable de la naissance des sciences comme affranchissement à l’égard du sens commun, et du même coup vérification — inattendue parce qu’extérieure à la philosophie — de la condamnation platonicienne et plus généralement philosophique de ce même sens commun en tant qu’ »opinion » (doxa). C’est en quoi une Relativité philosophique pour notre temps procèdera d’une compréhension préalable de ce qu’est en son fond l’approximation croissante propre aux sciences de la nature: la Relativité philosophique est le Système global mais ouvert du non-savoir, tel qu’il procède du choc introduit en philosophie par cette nouvelle discipline, encore extérieure à la philosophie, qu’est l’épistémologie historique comme discours de savoir et discours du savoir — la physique mathématique n’étant pas par elle-même discours. Dans cette invention même de la Relativité philosophique comme non-savoir articulé à la discipline nouvelle ayant révélé l’opposition du savoir scientifique à la doxa, on trouverait l’agencement qui réalise la philosophie dans sa capacité la plus radicale au para-doxe, c’est-à-dire dans sa capacité à distinguer systématiquement le paradoxe de la contradiction avec laquelle la doxa le confond.

Jean-Hugues Barthélémy, docteur en épistémologie de l’Université Paris VII, enseigne à la fois la philosophie et l’histoire des techniques. Directeur des Cahiers Simondon, il est l’auteur de Simondon ou l’Encyclopédisme génétique (P.U.F., 2008), des deux volets de Penser l’individuation (L’Harmattan, 2005) et d’une trentaine d’articles parus en France ou à l’étranger sur Husserl, Heidegger, Simondon, Stiegler. Directeur de séminaire à la MSH Paris-Nord, il a coordonné en 2006 le numéro « Gilbert Simondon » de la Revue philosophique.

Anne BIHOREAU
Poète, enseignante.
A crée Un cercle de réflexion poétique à St-Malo sur l’espace entre « Géographie et Poésie » en mars 2010 entre poètes, géographes, philosophes… pour réfléchir aux liens et lieux d’une poétique du littoral en s’appuyant entre autres sur la démarche géopoétique fondée par Kenneth White, sur des écrits de Bachelard, de Bashô, de Bernard Noël et des articles de Wunenburger.
Publications
« Tournesols », 1992.
« Eaux-Fortes », 2006, Ed. H. des Abbayes, Fougères (35).
« Boreales », à paraître.
– Dans la Revue « AVEL IX » (Revue poétique culturelle artistique du Pays de St-Malo, éditée par « Les Amis de la Tour du Vent):
N°spécial consacré au « Goéland », 1991 ; N°5 consacré au « Voyage », 1992 ; N°10 consacré au « Regard », 1997 ; N°11 consacré à « la Femme », 1998 ; N°12 consacré à « la Mouvance et métamorphose », 1999 ; N°14 consacré au « Désert », 2001 ; N°17 consacré à « l’Ombre et la Lumière », 2003 ; N°18 consacré au « Végétal », 2004 ; N°19 consacré à « l’Air », 2005 ; N°20 consacré à « la Mer, les phares », 2006 ; N°21 consacré aux « Animaux réels ou fabuleux », 2007 ; N°22 consacré au « Temps », 2008 ; N°23 consacré aux « Lieux et à la mémoire », 2009 ; N°24 consacré au « Visible et Invisible », 2010 ; N°25 consacré aux « Voyageurs / Nomades / Itinérants », 2011 ; N°26 consacré aux « Cinq sens », 2002.
– Dans la Revue « BULLES » (Editée par le « Cercle poétique du Ternois »):
Poèmes publiés de 1993 à 2009.
– Dans la Chronique poétique « EN MUSARDANT » (Chronique publiée dans un hebdomadaire d’information régionales et locales à St-Pol-Sur-Ternoise (62)):
Poèmes publiés de 1997 à 2011.
– Dans « SUR LA LIGNE D’OMBRE DE L’EAU » (Anthologie de poésie en Bretagne parue en 2001 par Alain Le Roux, Ed. An Amzer, Brest (29)).
– Dans le « Bulletin des Amis de Gaston Bachelard »:
Extraits de poèmes du recueil « EAUX-FORTES » dans le Bulletin N°8, 2006.
Rétrospective sur Anne Bihoreau dans le Bulletin N°9, 2007.

Renato BOCCALI: L’éthique et la main. Pour une phénoménologie de la rencontre
Au chapitre XCIV de Moby Dick, qui s’intitule « L’étreinte de la main », Melville nous montre le capitan Achab en train de travailler de ses mains les spermacetis, cette pâte moelleuse qui lui procure une félicité inouïe. Le pétrissage heureux de la matière molle, nous dit alors Bachelard, est le modèle de la rencontre. En fait, la main qui saisit et serre dans le travail effectif de la matière est aussi la main qui caresse et qui rencontre l’autre dans l’étreinte. Grace au rêve digital de Melville, dit Bachelard, « la pâte nous a serré la main, elle nous a appris comment on doit serrer une main, sans mollesse, sans rudesse, franchement ». Cette pédagogie de la relation permet de porter le cogito de la pâte au niveau d’une « métaphysique du je-tu ». Il se dessine alors une phénoménologie de la rencontre qui se présenterait comme condition nécessaire pour la création d’un espace de l’entre-deux (Zwischenheit) ou du contact, éthiquement fondé.

Renato Boccali est maître de conférence à l’Université IULM de Milan où il enseigne l’Esthétique. Il est le coordinateur de la Chaire UNESCO-IULM « Cultural and Comparative Studies on Imaginary ». Ses recherches portent essentiellement sur  la phénoménologie et l’herméneutique, les théories et les pratiques de l’image, le rapport entre littérature et philosophie.
Il est l’auteur de plusieurs études sur Merleau-Ponty, Lévinas, Ricœur, Blanchot, Derrida. Parmi ses publications: L’éco-logie du visible. Merleau-Ponty théoricien de l’immanence transcendantale (en italien, Mimesis : Milan 2011), Les frontières de l’altérité. Imaginaires du proche, de l’étranger et de l’exotique (en italien, avec P. Proietti, Sellerio : Palerme 2009), La narration comme trace. Parcours et formes du récit au XXème siècle (en italien, avec A. Fioravanti, G. Saccoccio, EDUP: Rome 2002).

Francesca BONICALZI: Gaston Bachelard: rationalisme ouvert et éthique de la connaissance
Cette communication vise à vérifier en quel sens on peut, aujourd’hui, accueillir et relancer l’assertion, dans l’œuvre de Bachelard, de la valeur morale de la culture scientifique. Elle se propose de reconsidérer l’affirmation bachelardienne selon laquelle il n’y a pas de formation morale sans une formation intellectuelle objective, en envisageant la valeur morale de la culture scientifique, plutôt que dans les contenus ou les buts, dans la structure ouverte de la rationalité – et partant engagée, appliquée, au travail –, une rationalité qui empêche tout réductionnisme et toute idéologie et produit des effets de restructuration de l’humain, grâce à son aspect de promotion des valeurs de la connaissance et de l’activité objective et sociale. Le sur-rationalisme, la philosophie du non, la philosophie des ré-, ont tour à tour désigné cet effort de vigilance critique et de rigueur et, à divers titres, ont montré le chemin d’une éthique de la connaissance capable de rendre raison de la réalité dans toute sa complexité, sans aucune simplification ni réduction. L’éthique de la connaissance, tout en produisant une rationalisation, conduit à l’aventure de l’approfondissement de la réalité et de la verticalité de l’humain.

Francesca Bonicalzi, professeur de Philosophie morale à l’Université de Bergame (Italie), a consacré de nombreuses études à la réflexion sur le rapport entre le sujet, le langage et la structure de la rationalité. Elle est membre du Comité International de Lecture des Cahiers Gaston Bachelard.
Elle est l’auteur, notamment, du livre Leggere Bachelard. Le ragioni del sapere (Milan, Jaca Book, 2007), a établi l’édition italienne de deux textes de Bachelard (L’activité rationaliste de la physique contemporaine et L’engagement rationaliste) et est l’éditeur de volumes collectifs qui ont contribué à la connaissance de la pensée bachelardienne en Italie, parmi lesquels, avec Carlo Vinti, Ri-cominciare, Percorsi e attualità dell’opera di Gaston Bachelard, Jaca Book 2003.

Vincent BONTEMS: Ethique de l’ouverture chez Bachelard et Gonseth
Gaston Bachelard et Ferdinand Gonseth ont promu ensemble un rationalisme « ouvert », c’est-à-dire capable de renouveler ses propres bases pour se reconstruire en intégrant de nouvelles expériences. Leur épistémologie insiste sur le caractère dynamique de la science et confère même une valeur morale à ses progrès: l’esprit scientifique ne se satisfait jamais de l’ordre établi, il ne se contente pas de conserver le passé, il demeure tendu vers l’avenir et ouvert à la nouveauté, selon une attitude que Bachelard qualifie de « surrationaliste ». De telle sorte qu’on peut affirmer que le principe d’ouverture (ou de révisibilité) qui caractérise la connaissance scientifique constitue en soi un principe éthique. Mais ce principe d’ouverture peut être étendu à l’éthique elle-même, comme le montre Gonseth, puisqu’un référentiel éthique doit être capable aussi de réviser ses propres normes selon l’expérience. Une morale fermée, aux normes fixes, est fatalement déficiente. Le « moment éthique », où une morale révise ses normes au nom même des valeurs qui en ont justifié l’institution en premier lieu, est donc analogue aux révolutions scientifiques, durant lesquelles une rupture épistémologique s’accomplit avant qu’une nouvelle théorie récurrente ne refonde la science.

Ancien élève de l’ENS-LSH, agrégé de philosophie, docteur en philosophie et histoire des sciences, Vincent Bontems est ingénieur au laboratoire de recherche sur les sciences de la matières (LARSIM) du commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Il est aussi membre de l’équipe rédactionnelle de la Revue de Synthèse et dirige « l’Atelier Simondon » à l’ENS. Il a publié de nombreuses études sur Bachelard et son dernier ouvrage est: Bachelard, les Belles Lettres, collection « Figures du Savoir », Paris, 2010.

Marly BULCÃO: Gaston Bachelard: pour une éthique de la désobéissance
L’intention de Bachelard dans son livre Fragments d’une poétique du feu est de revivre la séduction que le mythe provoque sur les poètes pour y retrouver ses racines esthétiques. En se tournant vers la figure paradoxale de Prométhée, Bachelard montre qu’elle a une valeur emblématique et qu’on peut trouver dans le mythe du héros une activité esthétisante. Pour lui, le Prométhée poétique nous invite à une esthétique de l’humain (1). Il s’agit de montrer dans cette communication, qu’il y a sous-entendue et en filigrane chez Bachelard, l’idée d’une éthique de la désobéissance. Comme affirme le philosophe, il n’y a pas d’images gratuites. Ainsi, l’image de Prométhée est, pour lui, psychologiquement active dans la mesure où elle est le symbole de la désobéissance constructrice. L’éthique bachelardienne préconise alors que désobéir doiy être la devise du créateur et que, dans le tissu d’une vie, l’autonomie conquise soit toujours faite d’actes prométhéens. Il faut donc remplacer l’instinct conservateur qui mène à l’obéissance aveugle par l’élan créateur qui permet à l’homme s’élever au dessus de la vie commune et d’atteindre la plénitude de son être.
(1) BACHELARD, G., Fragments d’une poétique du feu, Paris, PUF, 1988, p. 107.

Marly Bulcão est née à Rio de Janeiro. Professeur à l’Université de l’Etat de Rio de Janeiro, elle a fait son post-doctorat au Centre de Recherches Gaston Bachelard de l’Université de Bourgogne. Auteur de plusieurs livres sur Gaston Bachelard, publiés au Brésil, en France et en Italie, elle conduit dans sa trajectoire philosophique une réflexion sur les penseurs d’expression française qui militent pour une philosophie ouverte.
Livres: O gozo do conhecimento e da imaginação – François Dagognet diante da ciência e da arte contemporânea, Rio de Janeiro, Editora Mauad, 2010 ; Proménade brésilienne dans la poétique de Gaston Bachelard, Paris, l’Harmattan, 2010 ; O racionalismo da ciência contemporânea – Introdução ao pensamento de Gaston Bachelard, São Paulo, Idéias e Letras, 2009 ; Bachelard: um regard brésilien, Paris, l’Harmattan, 2006.
Chapitre de livre: « Bachelard, Lautréamon e Caillois dinanzi alle linee di forza dell imaginazione », in Bachelardiana – Immaginazione materiale, Genova, Il Nuovo Melagamo, 2007.

Ionel BUSE: Affinités poétiques chez Gaston Bachelard et Lucian Blaga
Tout comme Gaston Bachelard, Lucian Blaga soutient l’existence des deux voies de l’esprit: la voie diurne et la voie nocturne, la rationalité et l’imaginaire, c’est-à-dire l’esprit analytique et l’esprit intuitif ou poétique. Sa double vocation de philosophe et de poète exprime une tradition importante dans la culture roumaine. Mircea Eliade, lui aussi, est historien des religions et écrivain de littérature fantastique. Dans notre conférence nous essayons, d’un côté, de montrer la philosophie de la double voie de l’esprit chez Lucian Blaga et Gaston Bachelard et, d’un autre côté, de mettre en valeur les affinités entre « les métaphores révélatrices » du penseur roumain et « l’imaginaire poétique de la rêverie » du philosophe français. Notre but est d’esquisser une nouvelle éthique dans le monde postmoderne, qui exprime la nécessité d’une po-éthique.

Ionel Buse est professeur de philosophie à l’Université de Craiova, Roumanie.
Ouvrages publiés: La logique du pharmakon (Bucarest, 2003), Métamorphoses du symbole (Cluj, 2000), Philosophie et méthodologie de l’imaginaire (Craiova, 2005), Du logos au mythos (Paris, 2008).
Coordinateur d’ouvrages collectifs: « Aspects du mythe », Symbolon, 2001; « Imaginaire et Rationalité », Symbolon, 2007; Symbolon 4, Mircea Eliade et la pensée mythique, 2008; Symbolon 5, L’Imaginaire des Orients, 2009.


Rodolphe CALIN:
Feinte et subjectivité selon Bachelard
Dès lors que la pensée scientifique a affaire à une objectivité qui n’a rien d’immédiat, une objectivité dont la constitution prend l’allure « d’approximations de plus en plus fines », il lui faut sans cesse intensifier sa visée intentionnelle, ce qui n’est possible qu’en la rectifiant sans cesse. D’où l’importance de la feinte, à plusieurs reprises soulignée dans l’œuvre de Bachelard, de cette attitude proprement intellectuelle par laquelle la pensée apprend à se cacher, à se tenir en réserve, à se dissocier de chacune de ses positions, à ne pas penser ce qu’elle pose. C’est elle que nous étudierons ici (même si la feinte ne suffit pas à elle seule à rendre compte de ce processus de rectification de l’esprit): il s’agira d’en tirer les enseignements, tant en ce qui concerne l’intentionnalité chez Bachelard, son non-remplissement en quelque manière constitutif, que la subjectivation du sujet qui s’opère dans et par la connaissance scientifique. C’est à partir de la feinte, de « cette fiction que le sujet dans sa tâche d’instruction avance contre soi », au point d’altérer en soi tout noyau de sincérité et d’identité, que l’on comprendra le paradoxe de cette constitution de soi qui s’accomplit sous la forme d’un renoncement à soi-même dans lequel je me vide de moi-même pour ne vivre plus que d’une vie objective.

Rodolphe Calin est maître de conférences à l’Université Paul Valéry-Montpellier III.
Il est notamment l’auteur de Levinas et l’exception du soi, Paris, PUF, « Épiméthée », 2005, et le co-éditeur scientifique (avec C. Chalier) des deux premiers volumes des Œuvres d’Emmanuel Levinas: Carnets de captivité et autres inédits, Paris, Grasset/Imec, 2009, et Parole et Silence et autres conférences inédites au Collège Philosophique, Paris, Grasset/Imec, 2011.
Il mène actuellement un travail sur Gaston Bachelard, sur lequel il a écrit: « Bachelard et le règne du langage », Alter, revue de phénoménologie, n°19/2011, p. 25-41; « Bachelard: Le dualisme et l’hypothèse de la subjectivation », à paraître en 2012 dans le collectif consacré à G. Bachelard, sous la direction de J.-L. Vieillard-Baron, aux éditions du Cerf.

Valeria CHIORE: Gaston Bachelard: un héritage sous le signe de la matière
Cinquante années après sa disparition, quels sont les héritages que Bachelard nous a livrés? Plusieurs, évidemment. Mais, parmi eux, il y en a un, en particulier, qui se révèle irréductible/irremplaçable: la matière. Pivot de la doctrine de l’Imagination Matérielle, la matière fait irruption sur la scène philosophique à partir des années Trente, pour inspirer la réflexion de la deuxième moitié du XXe siècle, jusqu’à nos jours. Une matière qui, sous le signe de la provocation, force et promotion, en se déclinant selon la triple modulation de torsion ontologique, instauration transcendantale, promotion imaginale, nous a livré une ontologie matérielle, véritable ontologie de la matière, qui, de Bachelard à Merleau-Ponty et à Dufrenne, a fait de la matière (respectivement éléments bachelardiens, corps-chair merleau-pontyenne, Nature dufrénienne) une racine de sens et de réalité, un foyer fondateur, constitutif et orientatif d’être. Ainsi, des éléments bachelardiens a fleuri toute une poétologie; de la Nature dufrénienne une Philosophie de la Nature utopique, aux issues poétiques, politiques, éco-éthiques; du corps-chair merleau-pontyien, enfin, au-delà d’une esthétique révélatrice du surgissement du poiein (visible/invisible), est née la possibilité d’une réflexion scientifique, confiée au développement des neurosciences, capable de nous révéler l’enracinement de notre âme dans le tissu moléculaire. Esthétique, éco-éthique, neurosciences, donc, telles sont les issues d’une ontologie de la matière, d’une matière vive et active, vibrante et tensionnelle qui, loin de se résoudre dans un fruste matérialisme empirique, est plutôt capable de nous provoquer, promouvoir, commander, et qui se configure comme axe d’une philosophie nouvelle qu’on pourrait définir en tant qu’Imaginale, comme Ontologie de l’Imagination Matérielle.

Fondatrice de « bachelardiana », revue internationale de Philosophie de l’Imagination qu’elle dirige depuis 2006, membre de l’Equipe de Recherche sur les Formes Symboliques et sur l’Imaginaire de l’Université des Etudes de Naples – L’Oriental, membre de l’Association des Amis de Gaston Bachelard, Valeria Chiore (Naples, 1959) propose une redéfinition de l’Imagination matérielle en tant que Imaginal, ontologie de l’Imagination matérielle. Dans ce cadre se situent — à l’entrecroisement de la phénoménologie, du transcendantalisme et de l’ontologie — ses recherches sur Gaston Bachelard, Roger Caillois, Henry Corbin, ainsi que sur Merleau-Ponty et Mikel Dufrenne, auxquels elle a dédié plusieurs colloques et journées d’études.
A Bachelard, en particulier, elle a consacré la monographie Il Poeta, l’Alchimista, il Demone. Sulla Dottrina Tetravalente dei Temperamenti Poetici di Gaston Bachelard (Il Melangolo, Genova, 2004), l’édition franco-italienne des Causeries 1952-54 (Il Melangolo, Genova, 2005), l’Introduction à l’édition bulgare de L’Air et les songes (Riva, Sofia, 2007).

Gilles HIERONIMUS: La verticalité axiologique chez Gaston Bachelard
La dialectique bachelardienne permet d’approcher le monde comme une réalité dynamique ou un champ énergétique polarisé selon les exigences antagonistes du Jour et de la Nuit, autrement dit selon des directions élémentaires investies d’une puissante charge axiologique. Le Jour, de l’aurore au zénith, polarise en effet le mouvement de l’existence dans le sens de la hauteur, du dehors, de l’avant et de la gauche, symbolisant avec les valeurs héroïques de l’Animus rationalisant; la Nuit, du crépuscule à l’aube, polarise ce même mouvement dans le sens de la profondeur, du dedans, de l’arrière et de la droite, symbolisant avec les valeurs mystiques de l’Anima poétisante. Ces directions s’articulent de façon privilégiée autour d’un axe vertical, tendu entre Ciel et Terre: haut et bas constituent non seulement des directions spatiales, mais aussi des directions axiologiques primordiales, invitant le sujet à « vivre droit dans un univers redressé ». La verticalité, à la fois physique et morale, apparaît ainsi comme la condition et comme l’expression d’une heureuse intégration — au cœur du sujet — des mouvements antagonistes du monde.

Gilles Hieronimus est diplômé de l’IEP Paris, professeur certifié de philosophie, et membre du bureau de l’Association des Amis de Gaston Bachelard. Ses recherches actuelles portent sur l’imagination du mouvement et, plus généralement, sur les enjeux anthropologiques, éthiques et politiques de la question du mouvement. Il a publié plusieurs études dans les Cahiers Gaston Bachelard (Université de Bourgogne) et co-dirigé avec Julien Lamy la publication du collectif Imagination et mouvement, autour de Bachelard et Merleau-Ponty (Eme, 2011).

Kuan-Min HUANG: La correspondance et la sympathie chez Gaston Bachelard et Tang Jun-yi
Peut-on vivre ensemble sur cette même Terre? Parler de la Terre, c’est évoquer une image d’une demeure humaine. Pour Bachelard, l’image ne dépend pas de la représentation des objets au monde et a en elle-même une puissance cosmique faisant appel à l’âme poétique. Cet appel exige un engagement imaginaire dans la formation du monde originel sans la médiation conceptuelle. Une puissance éthique est ainsi impliquée pour renouveler la situation de l’être-au-monde en signalant le rapport entre l’homme et la nature. Pourtant l’autrui situé aussi au monde n’est pas exclu de cette participation commune et imaginaire. Cet aspect de la correspondance cosmique fait écho à l’idée chinoise de la sympathie élaborée surtout par Tang Jun-yi pour expliquer l’humain de l’homme dans une triple relation: relation à soi, relation à l’autrui et relation au ciel (dimension verticale). Une approche pour faire communiquer les pensées différentes dans la postérité de deux philosophes contemporains essaie d’ouvrir un horizon où il est possible de déployer la puissance éthique pour la communauté humaine.

Huang Kuan-Min est philosophe, chercheur à l’Institut de littérature et philosophie chinoise de l’Academia Sinica et maître de conférence au département de la philosophie de l’Université Nationale Chengchi (Taïwan). Ses recherches portent sur la subjectivité, l’imagination, le lieu et le paysage.
Publication
En marge de l’imagination – débordement de la poétique de Bachelard (en chinois, à paraître), avec divers articles sur la philosophie moderne et contemporaine (Schelling, Bachelard, Merleau-Ponty, Levinas, Foucault, Lacoue-Labarthe et Henry) et sur la philosophie chinoise (Zhuangzi, Tang Jun-yi et Mou Zong-san).

Julien LAMY: Bachelard et la tradition des « exercices spirituels »
Le modèle des « exercices spirituels », proposé par Pierre Hadot pour rendre compte de l’esprit commun aux sagesses antiques, semble opératoire pour discerner une intention éthico-pratique chez Bachelard, disséminée dans l’œuvre sous forme de préceptes, de conseils, d’exhortations, de procédés ou de règles, visant à provoquer un effet sur l’individu, dans le sens d’une (trans)formation de soi. Il s’agirait alors de mettre au jour les formes fondamentales du travail sur soi réinvesties par Bachelard, mais aussi de montrer les liens d’homologie qui reconduisent sa pensée à certaines attitudes existentielles prônées dès l’Antiquité, comme la vigilance intellectuelle continuelle du stoïcien (tension de l’âme) ou les valeurs de sérénité de l’épicurien invitant l’individu à jouir de sa présence au monde (détente de l’âme) – attitudes dont on peut, semble-t-il, trouver écho dans le tonus rationaliste et la philosophie du repos. Or si épicurisme et stoïcisme correspondent bien, comme le rappelle Hadot, « à deux pôles opposés mais inséparables de la vie intérieure, l’exigence de conscience morale et l’épanouissement dans la joie d’exister », alors l’œuvre bachelardienne, bipolarisée autour des valeurs rationnelles et poétiques, devrait constituer un terrain privilégié pour (re)penser leur articulation féconde au sein de l’individu. Il s’agirait ainsi de montrer que la pensée de Bachelard nous invite à une manière de vivre et de voir le monde, à une attitude concrète face à l’existence, renvoyant à l’antique tradition de la philosophie comme exercice de la sagesse et manifestant un authentique souci existentiel.

Julien Lamy, ATER à l’Université de Lyon en 2006-2008, est professeur certifié de philosophie, membre du bureau de l’Association des Amis de Gaston Bachelard et rédacteur en chef de Cogitamus, lettre biannuelle d’information bachelardienne. Ses recherches actuelles proposent, à partir d’une interrogation renouvelée sur les rapports problématiques et complexes qui se tissent entre rationalité et imaginaire dans l’œuvre bachelardienne, d’expliciter la philosophie disséminée / dispersée de Bachelard. Il s’agit notamment d’analyser les modèles du pluralisme cohérent et de la bipolarité rythmique afin de mettre au jour les conditions d’une rationalité ouverte et plurielle ; mais aussi de (re)penser les conditions d’une double culture, conciliant et articulant les deux dimensions irréductibles – rationnelle et poétique – de l’expérience humaine.
Il a publié une quinzaine d’articles dans des revues en France et à l’étranger, et a codirigé avec Gilles Hieronimus la publication du volume collectif Imagination et mouvement. Autour de Bachelard et Merleau-Ponty (EME, 2011).


Marie-Pierre LASSUS: Ethique et art: pour une doctrine de la spontanéité
« Mais pourquoi ma rêverie connaîtrait mon histoire? » demande Bachelard (La poétique de la rêverie). La rêverie est un état où l’être n’est pas « tourmenté par les censures » comme dans l’art, conçu par lui comme « une leçon de vie » (Lautréamont). Il entend par là ce qui pousse l’individu à se débarrasser de  sa mémoire historienne pour aller à la rencontre d’une autre mémoire, immobile mais toujours vivante, qui est le lieu de son être propre: c’est vers ce pur foyer de vie, « vie première » qui reste en nous comme un noyau d’enfance anonyme, que nous devons nous acheminer selon lui, si nous voulons porter sur les êtres et les choses un regard neuf et ne pas nous laisser annihiler par soumission au monde. A l’ère du post-humain et de l’individu abstrait, neuro-biologique, Bachelard nous invite à faire de l’art un ethos, c’est-à-dire un « séjour », un espace et un temps où nous avons lieu d’être, en étant présents à nous-mêmes pour pouvoir communiquer avec un milieu. Autrement dit, l’art ne passe pas chez lui par une esthétique mais s’identifie à une éthique, à un travail sur soi, absolument individuel mais en même temps capable de nous restituer « au doux rythme du monde », dans un amour et une sympathie universelle qui confirme sa définition de l’art comme « le sens de l’harmonie » (L’intuition de l’instant). En donnant « l’idée immédiate de la vie », la musique, incarnée chez Bachelard par l’alouette, symbole du pur élan, du vol dans son jaillissement même, accroît les possibilités de vie. Elle permet de renforcer la subjectivité comprise ici comme le fait d’être sujet à la vie (de s’éprouver soi-même vivant). Quels sont les enjeux éthiques et politiques de ce « sens de la vie » qui se déploie à la fois en l’homme (par la rêverie que l’art entretient) et entre les hommes, pour créer du commun dans la solidarité? Si l’art est le produit de la spontanéité et de la puissance de l’élan personnel, aux effets imprévus, comment développer aujourd’hui une « doctrine de la spontanéité » (Fragments d’une poétique du feu) et saisir ces élans où la poésie et la musique créent de l’humain? Nous donnerons des éléments de réponse à ces questions que pose Bachelard dans son dernier livre en nous appuyant sur une expérience musicale développée aujourd’hui dans les milieux de privation de liberté (prisons).

Jean LIBIS: Pour une éthique de la séparation. Critique des herméneutiques confusionnistes
Il est de notoriété quasi-publique que l’œuvre de Gaston Bachelard comporte deux volets: l’un consacré à la philosophie des sciences (physique et chimie), l’autre à l’exploration de l’imaginaire poétique. A partir de là, certains commentateurs croient pouvoir déclarer que ces deux volets reposent en fait sur une unité latente — voire cachée ! Or ce point de vue nous apparaît comme un contresens qui entraîne de nombreuses erreurs sur les intentions mêmes de Bachelard. Le philosophe s’est pourtant clairement expliqué à multiples reprises: ce sont ses arguments et ses affirmations que nous entendrons reprendre et développer ici. L’œuvre de Bachelard est duelle et habitée par une césure qu’on pourrait à la limite qualifier de dramatique.

Jean Libis est agrégé et docteur en philosophie, ainsi qu’écrivain.
Publications sur ou autour de Bachelard
Du rêveur ironiste au pédagogue inspiré, dir., ouvrage collectif, CRDP de Dijon, 1984.
L’eau et la mort, Ed. Universitaires de Dijon, 1993.
Gaston Bachelard, un rationaliste romantique, Pascal Nouvel et Jean Libis, Ed. Universitaires de Dijon, 1995.
Bachelard et la mélancolie. L’ombre de Schopenhauer dans la philosophie de Gaston Bachelard, Atelier national de reproduction des thèses, Lille, 2000.
Gaston Bachelard et la solitude inspirée, Berg International Editeurs, 2007.


Constança MARCONDES CESAR: La psychanalyse chez Bachelard et chez Ricœur: une étude
Il s’agit, dans cette communication, d’étudier la psychanalyse en tant que source et en tant que perspective sur l’imaginaire et sur les rêves, dans les écrits de Bachelard et de Ricœur. On essayera de montrer comment l’œuvre de Freud est critiquée et surmontée par Bachelard et Ricoeur. L’emploi et le dépassement de la méthode psychanalytique freudienne, chez les deux auteurs, sont dûs à leur rapprochement de la phénoménologie et à la proposition d’une herméneutique du langage symbolique qui, du côté de Bachelard, est plus proche des études de Jung, Biswanger et Désoille et, du côté de Ricoeur, de Heidegger et de la phénoménologie de la religion. Il s’agirait, dans notre étude, de signaler quelques points de repère, chez les deux penseurs, autour d’une « herméneutique amplificatrice », dans le sens que ces mots ont été pris par Gilbert Durand. La nouvelle interprétation de l’imaginaire, des rêves et du langage symbolique que Bachelard et Ricœur proposent, est liée à une nouvelle compréhension de l’homme et du but de sa vie: la recherche du bonheur en tant que recherche de la vie créatrice, dans les domaines jumeaux de la science et de la poésie.

Professeur adjoint de l’Université Fédérale de Sergipe, Brésil, au Département de Philosophie; ùembre de l’Académie des Sciences de Toulouse et de l’Académie Brésilienne de Philosophie; éditeur de la révue DIKÉ du cours de Maîtrise en Droit de l’UFS; membre du conseil des revues Prometeus (UFS), Entre Culturas (Portugal), Nova Águia (Portugal), Utopia y Praxis Latinoamericana (Venezuela).
Publications: Bachelard: ciência e poesia, SP, Paulinas; A hermenêutica Francêsa: Bachelard, Campinas, Átomo e Alínea;
articles: Éthique et vérité dans la connaissance de la nature, Dijon, Cahiers Bachelard, n°4, 2001 ; Herméneutique, phénoménologie et langage chez Gaston Bachelard, Cahiers Bachelard, n° Bachelard et l’écriture, 2004 ; Bachelard et Gonseth: pour une éthique de la science in Bulcão, M. Bachelard Razão e imaginação, Feira de Santana: UEFS ; Razão hermenêutica e fenomenologa em Gaston Bachelard in Sant’Anna, C. Para ler Bachelard. Ciência e Arte, Salvador: UFBa.


Michel-Elie MARTIN: Nouménologie du sujet scientifique et du sujet éthique
Bachelard reconnaît que Kant est le premier à formuler l’axiomatique morale; soit le principe d’agir selon des règles universelles d’action. C’est dire que Bachelard accorde au sujet humain la capacité de poser le principe même de la morale; la capacité d’élaborer rationnellement des normes morales objectives; enfin, la capacité d’agir de manière autonome. Mais si Bachelard souscrit à cette axiomatique, ainsi qu’à l’autonomie comme norme de l’éducation morale, reste qu’il le fait sur une tout autre base ontologique et anthropologique que celle de Kant: il réfute le dualisme ontologique de Kant entre « noumènes » et « phénomènes », ce qui ruine la condition de possibilité ontologique de la liberté transcendantale, et donc la possibilité même de poser la liberté de l’homme nouménal comme ratio essendi de l’impératif moral. Cependant, par « la psychologie de dépsychologisation » du « sujet rationaliste » et par une « nouménologie » qui prend le relais de la « phénoménologie » de ce même sujet, il pose une autre figure du « sujet nouménal » qui pourrait servir à fonder ontologiquement l’impératif moral ainsi que la capacité d’autonomie du sujet moral.

Michel-Elie Martin est professeur agrégé de philosophie et docteur en philosophie. Il enseigne en CPGE au lycée Pierre Mendès-France à la Roche sur Yon, en Vendée. Sa thèse, intitulée « Les Réalismes épistémologiques de Gaston Bachelard », renouvelle l’interprétation de l’épistémologie de Gaston Bachelard en soulignant et en réactualisant ses dimensions réalistes. Ses recherches épistémologiques portent principalement sur la portée ontologique des sciences. Elles s’inscrivent délibérément dans le courant rationaliste de la pensée bachelardienne, qui dépasse l’épistémologie en reprenant les visées les plus classiques de la philosophie.
Il a publié: La nature est un livre écrit en langage mathématique, collection variations, Pleins-Feux, 2002 ; « Géométrie », dans Philosophie de l’image, M-Editer, 2010 ; Nouménotechnie, M-Editer, à paraître en 2012.

Paolo MOTTANA: Déphilosophie et dépsychanalyse, la restitution d’âme au savoir dans l’œuvre et la vie de Gaston Bachelard
Le philosophe de la science projeté à enlever les obstacles imaginatifs à la réalisation de la vérité objective, paradoxalement, devient le poète le plus désinhibé de la philosophie. Ses textes et le message de ses œuvres, aussi bien dans les doutes que dans les contradictions, deviennent une libération de plus en plus forte de chaque apparat formel, de chaque schéma, de chaque échafaudage doctrinal, à la redécouverte de la matérialité poétique indivisible de l’expérience humaine du monde. Un tel changement se montre dans le langage, dans le style, dans la transgression des frontières disciplinaires, dans le goût esthétique et dans la charge émotionnelle qui animent sa passion poétique, tous éléments qui promeuvent une philosophie et une éthique de l’intensité, de la délicatesse, de l’amour du monde dans ses manifestations multiples. Celle-là est l’héritage puissant d’un auteur intenable et subversif, un maître authentique de la différence.

Paolo Mottana est professeur de Philosophie de l’éducation près de l’université de Milan Bicocca. Il enseigne la Philosophie imaginale  et Didactique artistique à l’Académie de Brera de Milan et s’occupe des rapportsentre imaginaire, philosophie et éducation. Il a fondé le Groupe de recherche imaginale de l’Université de Milan Bicocca et il préside l’Association Institut de Recherches Imaginales et Symboliques (IRIS).
Parmi ses publications: L’opera dello sguardo (Bergamo, Moretti e Vitali 2002), La visione smeraldina. Introduzione alla pedagogia immaginale (Milan, Mimesis 2004), L’immaginario della scuola (dir., Milan, Mimesis 2009), L’arte che non muore. L’immaginale contemporaneo (Milan, Mimesis 2010), Eros, Dioniso e altri bambini. Scorribande pedagogiche (Milan, Angeli 2010).

Jean-Philippe PIERRON: Gaston Bachelard et les forces imaginantes de la morale
« L’imagination… donne une promotion à l’être. L’imagination la plus efficiente, l’imagination morale, ne se sépare pas de la novation des images fondamentales » écrivait Bachelard. Cette idée met en déroute nos réflexions sur la moralité, toujours rattrapées par le souci de la normativité et bientôt de la normalité. Elle situe la réflexion sur la moralité moins du côté du prescriptif que du côté du prospectif; moins sur le pôle contraignant du déontologique, que sur celui intensifiant de la créativité pratique. Elle trouve le cœur de la vitalité éthique dans le ressenti d’une unité intérieure réussie, d’une forme d’adéquation de soi à soi entre aspiration à être et présence effective au monde. La créativité poétique, en-deçà de l’obligation ou de l’interdiction n’invite-t-elle pas alors à un parcours intégral qui engage un rapport à soi (la rêverie), aux autres (le je et le Tu de Buber) et à la nature (la poétique des éléments)? La question de l’imagination morale ne donne-t-elle pas ainsi d’investir et de donner à habiter le nœud entre la position d’un principe et le maintien de ce principe en un genre de vie? Elle travaille ce qui inspire un désir de vie bonne, se concentre sur ce qui nourrit une motivation et dénonce, fait faillir et parfois choir les établissements de bonnes mœurs assurées comme des idoles, les valeurs statufiées et sédimentées, les maximes qui se croient avoir définitivement dit la forme du bien en son maintien. Dans cet esprit, la poétique n’est-elle pas propédeutique à l’éthique en tant qu’elle est prise de conscience de ce qui nous solidarise au tout (« comprendre toutes les puissances de liaisons instantanées ») qu’il faudra ensuite apprendre à épeler, à nommer?

Jean-Philippe Pierron est professeur agrégé, docteur en philosophie, maître de conférences/HDR en philosophie, Spécialité: philosophie morale et éthique appliquée. Doyen de la Faculté de Philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3. Membre de l’EMR 4128 SIS Santé Individu et Société. Membre du réseau international inter-université « Herméneutique, image et symboles ».
Publications
Le climat familial, Une poétique de la famille, Collection « La nuit surveillée », Cerf, 2009.
Le feu de l’action, Essai sur la fonction éthique de l’imagination, Cerf, collection « Recherches morales », 2012 (à paraître).
Les trois vies de Gaston Bachelard, Editions Les Petits Platons (à paraitre en 2012).


Délia POPA: La portée pratique de l’imagination: dialectique et matérialité
En mettant en évidence le renouveau de la problématique phénoménologique de l’imagination que l’œuvre bachelardienne a rendu possible, nous nous proposons d’interpréter ses enjeux dans la direction d’une philosophie pratique. Il est possible de montrer que les analyses bachelardiennes ne concernent pas seulement les conditions d’émergence des images, mais aussi leur pouvoir transformateur et communicationnel. Ainsi, la dimension dialectique et la dimension matérielle de l’imagination permettent-elles de relier cette manifestation spécifique de notre vie sensible à une vie plus ample du monde, où sommeillent les possibilités de nouvelles rencontres et de nouveaux apprentissages. Il y a lieu d’invoquer ainsi une portée pratique de l’imagination, à mettre au service d’une théorie de la subjectivité nourrie par son milieu et par les horizons multiples qu’il fait émerger.

Délia Popa, chargée de Recherches FNRS à l’Université Catholique de Louvain, est l’auteur d’un livre sur E. Lévinas, Les aventures de l’économie subjective et son ouverture à l’altérité (2007), ainsi que de plusieurs articles et études dans le domaine de la phénoménologie et de l’esthétique. Après un doctorat sur la question phénoménologique de l’imagination, ses recherches actuelles se développent dans la direction de la philosophie pratique.
Elle est co-éditeur du volume Person, community and identity (2003) et coordonnatrice de deux numéros de la revue Studia Phaenomenologica: « Phenomenology and Literature » (2008) et « Phenomenology and Psychology » (2010).

Catarina SANT’ANNA: « Regret souriant » (la « saudade » bachelardienne): pour une éthique et une esthétique du manque
L’expression baudelairienne « regret souriant », évoquée par Gaston Bachelard dans Le droit de rêver, travaille la dimension temporelle (le temps vertical) du phénomène de la nostalgie, ce qui permet de mettre en évidence les nuances baroques de la notion complexe de la « saudade ». Des différents enjeux sémantiques et culturels concernant ce sentiment font penser au « manque » en tant qu’un invariant significatif qui met en relation des sentiments analogues dans différentes langues-cultures. Nous proposons de discuter ces enjeux, aussi bien éthiques qu’esthétiques, en examinant des ouvrages de Gaston Bachelard.

Catarina Sant’Anna, professeur à l’UFBA-Université Fédérale de Bahia/Brésil, est docteur em Théorie Littéraire et Littérature Comparée par l’USP-Université de São Paulo et Post-docteur en Études Théâtrales par l’Université de la Sorbonne Paris 3. Ex-enseignante temporaire à l’Université Lumière Lyon 2, a des publications au Brésil, France, Italie et Roumanie sur Bachelard et sur l’imaginaire artistique et culturel. Livre plus récent: Para ler Gaston Bachelard ciência e arte (org.), Edufba, 2010. Dirige le GIPGAB-Grupo Interdisciplinar de Pesquisa Gaston Bachelard ciência e arte/UFBA-CNPQ depuis 2002.
Exposition: « Bachelard et Bar-sur-Aube – portraits et paysages » – huile et acrylique sur toile sans chassis – deux toiles de 0,60X2,10 et trois toiles de 0,50X60.

Christian THIBOUTOT: Ethique et poétique chez Bachelard
Il existe une tradition de commentaire du versant poétique de l’œuvre de Bachelard qui, en insistant surtout sur ses valeurs d’originalité, de créativité et d’anticonformisme, tend parfois à voiler le fait que c’est dans sa tradition et son héritage culturel que le philosophe a sans contredit trouvé sa plus grande et plus constante source d’inspiration. Cette remarque a son importance. Non seulement parce qu’elle invite à rencontrer Bachelard comme un héritier et un interprète de la culture, mais aussi parce qu’elle donne à penser que dans les images, la rêverie et la poésie, sont finalement bien plus donné à vivre qu’à concevoir ou à penser. Dans la Poétique de l’espace, par exemple, Bachelard a montré clairement son aversion à l’égard des philosophies, dit-il, qu’il n’arrive pas à vivre (1957, p. 150). Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la phénoménologie s’affirme précisément à partir de ses poétiques – celles-ci marquant en effet la mise entre parenthèses d’une approche plus méthodique de l’imagination. Il n’est pas non plus innocent que le lecteur fasse son apparition à ce même moment dans le texte de Bachelard. Nous soutiendrons donc que c’est la recherche de la rencontre, bien plus que celle de l’autorévélation subjective ou la connaissance, qui anime le philosophe dans ses poétiques. En l’occurrence, nous chercherons à faire valoir que les situations poétiques à l’intérieur desquelles Bachelard s’est engagé se présentent d’abord comme des situations éthiques d’interlocution et de transmission. À savoir comme des situations réelles d’expérience et de médiation à l’intérieur desquelles la liberté humaine, en engageant son historicité, peut s’élever à la possibilité d’être à la fois fidèle et féconde et, par là, entrer dans son pouvoir de recevoir et de donner, de transmettre la vie et la pensée.

Christian Thiboutot (Ph.D.) est professeur au département de psychologie de l’université du Québec à Montréal (UQAM), au Canada. Il s’intéresse à la psychologie existentielle et à l’herméneutique – plus précisément à la rencontre et à l’interprétation d’œuvres culturelles (littérature, cinéma, mythologie…) dans la compréhension des situations limites de l’existence. Il codirige  le Cercle interdisciplinaire de recherches phénoménologiques (CIRP-UQAM), où il a édité depuis 2004 plusieurs ouvrages collectifs et numéros de périodiques scientifiques. Membre depuis 2011 de l’Editorial Board du Journal of Phenomenological Psychology (USA) et responsable de l’organisation de l’International Human Science Research Conference de 2012 (Montréal, 25-29 juin), il s’intéresse aux questions de l’altérité, de l’habitation concrète du monde et de la transmission de l’héritage culturel dans l’anthropologie de l’imaginaire et les poétiques de Bachelard.
Publications
Thiboutot, C. & Bertrand, S. « Psychothérapie, existence et événement de la compréhension. Quelques considérations herméneutiques ». Revue Québécoise de Psychologie, à paraître courant 2012.
Thiboutot, C. « The Challenges of Fidelity and Creativity: An Existential Exploration of Julie’s World and Mourning in the Film Blue, by Krzysztof Kieslowski ». Conférence présentée à Seattle, le 06 août 2010, dans le cadre de l’International Human Science Research Conference.
Thiboutot, C. « La référence prométhéenne et la question de l’altérité dans l’œuvre de Bachelard ». Dans: Thiboutot, C. & Wunenburger, J.-J. (Responsables de l’édition). L’altérité dans l’œuvre et la philosophie de Bachelard. Collection du Cercle Interdisciplinaire de Recherches Phénoménologiques, Vol. 4 (ouvrage collectif), 2010, 162 pages.
Thiboutot, C. « Een inspiratie voor de menswetenschap en haar taak van culturelle overdracht: Over « Rilkes Brieven aan een jonge dichter » ». Dans: Becker, M. J. & Van Tongeren, P. J. Sprekende Werken: Over de ethische zeggingskracht van literatuur. Damon, Bugel, 2009, pp. 61-71 (traduction néerlandaise du Français: « Les « Lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke: Une inspiration pour les sciences humaines et leur tâche de transmission culturelle »).
Thiboutot, C. « L’autre absent dans le « Fragment d’un journal de l’homme » de Bachelard ». Bulletin de l’Association Gaston Bachelard, N°5, 2005, pp. 37-45.
Thiboutot, C. « Esquisse d’un projet de lecture phénoménologique: Les rêveries vers l’enfance dans l’œuvre de Gaston Bachelard ». Recherches Qualitatives, Vol. 25, N°1, 2005, pp. 62-87.
Thiboutot, C. « Psychanalyse et poético analyse ». Cahiers Gaston Bachelard, N°6, 2004, pp. 36-52.


Carlo VINTI:
« A la millième personne du singulier ». Bachelard et l’intersubjectivité de la science
Cette communication traitera d’un des thèmes caractéristiques de la pensée épistémologique de Bachelard, celui du caractère nécessairement intersubjectif et communautaire de la recherche scientifique, en analysant la dimension éthique à deux niveaux:
– le premier met en évidence le caractère anthropologiquement formatif du travail scientifique, son pouvoir, à l’intérieur de la communauté, d’exalter le sujet comme personne, « à la millième personne du singulier », précisément, comme le dit Bachelard, en faisant recours à une énigmatique mais très efficace expression du poète Henri Pichette ;
– le second niveau, qui souligne la valeur paradigmatique des méditations épistémologiques bachelardiennes, en direction d’une possible élaboration d’une nouvelle « anthropologie philosophique » et d’une éthique renouvelée, à la fois normative et dialogique, une éthique capable d’ »universaliser l’activité de la personne morale’ (Bachelard).

Carlo Vinti, est professeur d’Histoire de la philosophie contemporaine près de l’Université de Pérouse (Italie), Directeur du Département de Philosophie, linguistique et littératures dans la même Université et responsable national d‘une recherche interuniversitaire PRIN sur: Epistémologie et subjectivité: au delà du relativisme.
Parmi ses publications, sur le sujet du colloque: Il soggetto qualunque. Bachelard fenomenologo della soggettività epistemica, Edizioni Scientifiche Italiane, Naples 1997 ; Epistemologia e persona. Dittico su Polanyi e Bachelard, Armando, Rome 2008.

Chris YOUNÈS:
La métaphore de la maison dans La poétique de l’espace
La maison bachelardienne représente une métaphore de l’articulation du recueil et du déploiement de l’existence. Bachelard en a fait l’archétype de l’habiter en ce qu’elle abrite l’intimité et la rêverie dans la tension du dedans et du dehors. Dans La poétique de l’espace est rappelé à quel point tout espace habité porte l’essence de la maison qui est « notre coin du monde ». Nous explorerons la puissance de cette métaphore et des figures qui la composent: particulièrement en quoi sa forte charge imaginaire et polyrythmique liant précarité et infini, microcosme et macrocosme, se révèle toujours d’une extrême acuité pour penser aujourd’hui l’éthique de l’habitation.

Chris Younès, philosophe, professeur des écoles d’architecture ENSA PLV et ESA (responsable du postmaster « Architecture des milieux. Villes en projet durable »), dirige le laboratoire gerphau (philosophie architecture urbain) UMR CNRS 7218 lavue, le Réseau international PhilAU, et participe au comité de rédaction de la revue Urbanisme.
Ses recherches développent la question des lieux d’habiter au point de rencontre entre éthique et esthétique, entre nature et artefact.
Dernières publications
Habiter, le propre de l’humain, avec. Th. Paquot, M. Lussault, La Découverte, 2007;
Contre-architecture. L’espace réenchanté, avec M. Sauzet, éditions Massin, 2008;
Le territoire des philosophes, avec Th. Paquot, La Découverte, 2009;
Philosophie de l’environnement et milieux urbains, avec Th. Paquot, La Découverte, 2010;
Architecture des Milieux, avec B. Goetz, Le Portique, 2010;
Lieux d’être, avec M. Mangematin, Archibooks, 2011.


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