Les animaux et l’éthique
Université Rennes1 – Ufr de Philosophie – vendredi 3 février 2012
Programme
Matin
Présidence : Angelo Giavatto
(Maître de conférences à l’Université de Nantes)
9h15 Présentation de la Journée
9h30 Jérôme Laurent (Professeur à l’Université de Caen)
« Ethique animale, éthique humaine chez Platon »
10h15 Pause
10h30 Pierre-Marie Morel (Professeur à l’Ecole Normale Supérieure)
« Action humaine, action animale : les ambiguïtés de la praxis aristotélicienne,
entre éthique et éthologie »
11h15 Suzanne Husson (Maître de conférences à l’Université de Paris IV)
« « Revêtir la vie des chiens » : l’animal comme modèle moral »
12h Interruption pour déjeuner
Après-midi
Présidence : François Calori
(Maître de conférences à l’Université de Rennes I)
14h Hugo Cousillas (Neuro-éthologue, Professeur à l’Université de Rennes I)
« Expérimentation animale et éthique »
14h45 Pause
15h Enrique Utria (Doctorant, Université de Haute-Normandie)
« Utilitarisme : agrandir les cages ou libérer les animaux »
15h45 Jean-Yves Goffi (Professeur émérite à l’Université de Grenoble
Pierre-Mendès-France)
« Francione critique de Singer »
17h Clôture des travaux
Coordination : René Lefebvre – sophie-rabaux@univ-rennes1.fr – 02 23 23 63 02
Les animaux et l’éthique
Université Rennes1 – Ufr de Philosophie – vendredi 3 février 2012
Présentation des communications
Hugo Cousillas
Neuro-éthologue, Professeur à l’Université de Rennes I
« Expérimentation animale et éthique »
Pourquoi recourir à l’expérimentation animale?
Nous faisons une différence nette entre l’homme et l’animal. Cependant,
l’expérimentation animale consiste à tester chez l’animal des questions que l’on
se pose chez l’homme. Cette démarche sous-entend qu’il existe des similitudes
entre l’homme et l’animal. Lorsqu’on ne s’intéresse qu’à des similitudes de type
organique cela ne pose pas de problème, on peut tester l’effet d’un médicament
sur une quelconque partie du corps sans se préoccuper de l’animal. Dès que l’on
s’intéresse à des similitudes comportementales et cognitives, les différences
entre l’homme et l’animal deviennent moins nettes et nous sommes amenés à
considérer l’animal comme un être vivant capable d’émotions et de souffrances.
Nous nous proposons de discuter de l’expérimentation animale, de son utilité,
ainsi que de la nécessité d’une éthique dans ce type d’investigation.
Jean-Yves Goffi
Professeur émérite à l’Université de Grenoble Pierre-Mendès-France
« Francione critique de Singer »
Lorsqu’on parle de droits des animaux, on peut le faire de façon rhétorique,
afin d’attirer l’attention du public sur des situations de maltraitance, de
violence ou d’exploitation insupportables. Mais on peut aussi le faire en
s’inscrivant consciemment dans une tradition philosophique précise, celle qui
considère qu’il existe des droits détenus par les individus, droits opposables
aux autres individus ou aux institutions. Le juriste américain G. Francione se
réclame précisément d’une telle tradition dont il considère qu’elle est
incompatible avec l’approche conséquentialiste d’un P. Singer. On se propose de
montrer les présupposés et les effets d’une telle posture.
Suzanne Husson
Maître de conférences à l’Université de Paris IV
« « Revêtir la vie des chiens » : l’animal comme modèle moral »
Si l’originalité du cynisme est de revendiquer l’animal comme modèle, cette
référence n’est pas dénuée d’ambiguïté, car il ne s’agit pas d’imiter l’animal
en tout point et certains animaux jouent parfois le rôle de contre-modèles. A
partir d’une lecture des témoignages nous chercherons à comprendre quels sont
les présupposés qui permettent au cynisme de constituer l’animal en une figure
exemplaire. En particulier, cela implique-t-il d’admettre que l’animal soit un
agent moral à part entière ?
Jérôme Laurent
Professeur à l’Université de Caen
« Ethique animale, éthique humaine chez Platon »
Dans les Lois parlant de la chasteté et de l’intempérance, l’Athénien explique :
« Nos citoyens ne doivent pas être pire que les oiseaux et nombre d’autres
bêtes, qui, nés par grands troupeaux, jusqu’à ce qu’ils soient en d’âge à
engendrer, vivent dans la continence, purs de tout accouplement, chastes, mais,
une fois en âge, s’apparient selon leurs goûts, mâle à femelle et femelle à
mâle, et le reste du temps vivent dans la sainteté et la justice, fermement
fidèles à leurs premiers accords d’amitié ; or il faut tout de même que nos
citoyens soient plus vertueux que les bêtes » (VIII, 840d3-e2, trad. A. Diès).
L’exposé présentera le modèle de la vertu des animaux chez Platon et ses
limites, ainsi que l’animalité en l’homme que les mythes de l’attelage ailé dans
le Phèdre (253c-254a) et de la bête polycéphale au livre IX la République,
notamment, mettent en avant. Un homme peut se réincarner en animal dans la
mesure où l’animal n’est pas, comme le soutiendra Husserl dans la Cinquième
Méditation cartésienne, le tout autre de l’homme : nous naissons animaux, et
l’humanité véritable se constitue par et dans « l’assimilation au divin »
(Théétète, 176b).
Pierre-Marie Morel
Professeur à l’Ecole Normale Supérieure
« Action humaine, action animale: les ambiguïtés de la praxis aristotélicienne,
entre éthique et éthologie »
On décèle une tension entre deux tendances dans la philosophie aristotélicienne
de la praxis : d’une part, une insistance claire sur la spécificité de l’action
humaine par rapport à la conduite animale ; d’autre part, la volonté, au moins
apparente, de définir un genre commun pour les différents types d’activités,
humaines et animales. Si cette tension peut être surmontée, c’est sans doute en
distinguant les différents registres (éthique et politique,
biologique-éthologique, ontologique) du discours aristotélicien. C’est aussi en
distinguant l’homme et l’animal du point de vue de leurs « puissances »
respectives.
Enrique Utria
Doctorant, Université de Haute-Normandie
« Utilitarisme : agrandir les cages ou libérer les animaux »
Nous analyserons les positions de Bentham et Peter Singer, depuis le projet de
code pénal réprimant les cruautés envers les animaux à la libération animale, et
évoquerons les différentes options utilitaristes (utilitarisme de l’acte ou de
la règle ; théorie hédoniste ou préférentielle de la valeur intrinsèque ; point
de vue de l’existence préalable ou de l’utilité totale, etc. ), dont chacune
aboutit à des conclusions différentes pour ce qui est de nos relations aux
animaux non humains (alimentation carnée, expérimentation animale…).

