Journée d’études
RYTHMANALYSE(S) – II
Sous la direction de Julien LAMY et de Jean-Jacques WUNENBURGER
Jeudi 9 février 2012
Amphithéâtre Huvelin
Université Jean Moulin Lyon 3
15 quai Claude Bernard – 69007 Lyon
Programme :
09h : Accueil.
9h15 : Ouverture de la journée
09h30 : Claudine OLIVIER (Université Lyon III), Rythme et balancement : proposition de partition terminologique
10h : Denis CERCLET (Université Lyon II), Rythme et Société
10h30 : Discussion et pause
11h : Joël CLERGET (Psychanalyste, Lyon), La polyphonie du rythme à l’épreuve spatio-temporelle de la clinique, en corps
11h30 : Julien LAMY (Université Lyon III), La rythmanalyse bachelardienne entre chronobiologie et psychanalyse
12h : Discussion et pause
14h30 : Chris YOUNES (École d’architecture de Paris-La-Villette), L’architecture comme rythme
15h : Bénédicte DAUDE (Université Lyon III), Pôles de compétitivité et écosystèmes de croissance : pour une rythmanalyse des processus territorialisés d’innovation
15h30 : Discussion et pause
16h : François PICARD (Université Paris Sorbonne), Le pas, la trace, le sillon, le groove – Au rythme du laboureur, de son chant et de ses bêtes
16h30 : Vincent BONTEMS (CEA, Saclay), Rythmanalyse et rythmologie : l’approfondissement temporel
17h : Discussion et conclusions de la journée.
Argumentaire:
La notion de rythme a occupé une place de plus en plus importante au sein des sciences de la nature et des sciences de l’homme tout au long du 20e siècle, au point de constituer un cadre de référence pour penser le devenir et les transformations des phénomènes les plus divers. De la physique des phénomènes vibratoires à la dynamique des systèmes non linéaires, de la chronobiologie et à la chronopharmacologie, en passant par la psychologie, la sociologie, l’architecture, la géographie ou encore l’esthétique, tout particulièrement la musique et la danse, le paradigme rythmologique semble une figure incontournable de la réflexion contemporaine, dont témoignent encore les préoccupations les plus récentes sur les phénomènes de désynchronisation, l’« anarchie » temporelle et la vitesse débridée des sociétés contemporaines. Cependant, la dissémination de la notion de rythme et son inscription dans divers champs de recherches ne signifient pas pour autant l’intelligibilité de la spatio-temporalité et des phénomènes rythmiques. C’est pourquoi il semble nécessaire de reprendre la question du rythme en convoquant données de terrain et spéculation philosophique, théories et pratiques, en entrecroisant disciplines et méthodes, afin de s’affronter à l’élucidation de la complexité de sa nature et de ses fonctions – malgré son caractère mobile, plastique voire insaisissable – et sans succomber à la tentation de la réduire par une définition abstraite ou une explication monovalente.
Or nous pouvons trouver chez Bachelard, notamment dans La dialectique de la durée (1936), l’intuition d’une rythmique généralisée dont on peut repartir et s’inspirer – tout en allant au-delà – pour retravailler la question rythmologique. Car Bachelard nous propose en effet une métaphysique du temps censée nous permettre de repenser les oppositions classiques être/devenir, ordre/désordre, forme/métamorphose, ainsi que l’alternative repos/action et la dualité évènements/durées. Cette orientation métaphysique se fonde sur l’idée de la pluralité et de la multiplicité temporelles. En lieu et place d’un temps unique qui ferait durer les phénomènes de la même façon, il faudrait s’attacher selon Bachelard à ressaisir les divers plans des phénomènes temporels et envisager toute chose en tant qu’énergie d’existence, dans la perspective d’une temporalisation rythmique. Du point de vue de cette « nouvelle intuition métaphysique », les permanences de l’être seraient le fruit d’une œuvre de consolidation, plus précisément de la construction de durées rythmées. Mais en insistant sur la multiplicité des durées, on engage par ailleurs un changement de perspective pour l’étude même des phénomènes, dans la mesure où il importe alors de tenir compte non seulement des rythmes propres à chaque phénomène, mais aussi de la corrélation, de l’harmonisation ou de l’orchestration réciproque des différents rythmes. Dans une perspective isomorphe, La philosophie du non (1940) affirmera que la réalité est « feuilletée » et L’activité rationaliste de la physique contemporaine (1951) proposera – à titre de « révolution ontologique » – de substituer une « dynamologie » à l’ontologie en affirmant que « l’essence du réel est dynamique » (primat du mouvement sur l’être). La notion de rythme semble acquérir ainsi une importance fondamentale comme base de l’efficacité temporelle, de l’action réelle du temps dans toute sa polymorphie, en permettant de concilier dynamisme et régularité, mouvement et organisation, devenir de transformation et permanence des formes. C’est dans ce contexte – au sein d’un réseau sémantique où se ramifient les notions de synchronisation, d’alternative, d’harmonie, de dialectique réglée, de syntonie, d’oscillation, de vibration ou encore de vie ondulée – que Bachelard convoque la rythmanalyse, dont le concept emprunté au philosophe brésilien Pinheiro dos Santos lui suggère non seulement une pratique du rythme – voire une thérapeutique et une sagesse – consistant à harmoniser le tissu temporel et à régler les diversités temporelles de la vie ou de la pensée, mais aussi le paradigme plus général du rythme comme base de la de la dynamique matérielle, de la dynamique vitale et de la dynamique psychique.
Dans ce cadre nous allons organiser une série de journées d’études destinées à évaluer la pertinence et les enjeux de cette philosophie du rythme dans différents champs disciplinaires, en interrogeant et en prolongeant les intuitions rythmologiques de Bachelard par une confrontation avec les recherches, les résultats et les problèmes les plus récents auxquels s’affrontent les différentes disciplines qui se trouvent concernées par le rythme.

