Séminaire Histoire transnationale des pensées raciales XVIII-XXe siècles
Séminaire organisé par Beth Epstein (NYU) et Carole Reynaud Paligot – NYU, Centre d’histoire du XIXe Paris1-Paris4 – en collaboration avec Ann Thomson (Université de Paris
Le discours scientifique autour de la notion de race qui émerge dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, s’est développé au siècle suivant et a donné lieu, au XXe siècle, aux dramatiques usages politiques que l’on connaît. A l’ère contemporain de la globalisation ces discours s’avèrent résilients, occupant des brèches ouvertes par les brassages, déplacements, et transformations radicales du monde actuel. C’est donc dans une perspective de longue durée mais aussi dans un cadre transnational que son étude nous semble devoir être entreprise. Car dès les origines, et plus encore au siècle de son institutionnalisation scientifique, la construction de ces pensées s’est déroulée dans un cadre international, même si leurs usages politiques ont bien souvent eu un cadre national et une dimension nationaliste.
Loin de concevoir cette histoire comme linéaire, ce séminaire entend étudier toute la complexité des pensées raciales tant au moment de leur élaboration, de leur diffusion, de leur réception qu’au niveau des usages politiques auxquelles elles ont donné lieu. Il s’agira de rendre tout son historicité à la notion de race, une notion éminemment flexible et polysémique, de cerner sa plasticité, la variété des usages auxquels elle a donné lieu en fonction des différents contextes historiques, ainsi que ses nouvelles apparitions. Car même si d’une certaine façon les catastrophes du XXème siècle ont rendu la notion de race impensable, elle continue à structurer les pensées et la politique dans un monde où les frontières d’antan deviennent de plus en plus fluides. Comment résoudre ces tendances apparemment contradictoires ? Et comment cerner la permanence de ces structures idéologiques qui ont si fortement façonné le monde moderne ?
Cela nous semble devoir passer par des études socio-historiques précises du passé comme du monde contemporain, afin de produire une réflexion qui se nourrit des expériences diachroniques, du va et vient continuel entre histoire et mémoire, sujet également au sein des recherches sur les identités contemporaines. Notre regard porte sur les producteurs de ces représentations, leurs réceptions au sein des différents espaces intellectuels et sociaux et leurs usages politiques dans des régimes spécifiques avec en filigrane une interrogation sur l’utilité de ces représentations dans les différents contextes.
L’étude de la construction des identités collectives en terme raciaux dans l’espace occidental des années 1850-1940 seront au centre de cette histoire. Cependant, l’histoire des pensées raciales ne peut se réduire à la seule étude du champ scientifique, les autres champs (littéraires, artistiques…) ont contribué eux-aussi à faire de ces représentations raciales des paradigmes dominants au sein des sociétés occidentales. Le terme de « pensées raciales » rend ainsi compte de la pluralité des espaces intellectuels concernés mais aussi de la dimension idéologique du phénomène et donc des usages politiques auxquelles elles ont donné lieu (usages coloniaux, patriotiques, nationalistes, impérialistes…) ainsi que leur contribution à la construction des identités nationales et des mythes nationaux.
Ce séminaire entend créer un réseau de chercheurs qui de près ou de loin s’intéressent à cette thématique et laissera une grande place aux études de chercheurs étrangers afin d’inventorier les études existantes au sein d’espaces nationaux particuliers, de pointer les lacunes historiographiques mais aussi d’engager une véritable perspective comparatiste à travers l’espace et le temps.
PROGRAMME :
Lundi 26 septembre 2011 : Yerri Urban, Université Antilles-Guyane, « L’indigène et la race dans le droit colonial. XIXe-XXe siècle. »
Lundi 17 octobre : présentation du livre de Beth Epstein, NYU in France, « Collective Terms : Race, Culture, and Community in a State-Planned City in France », Berghahn Books, 2011. (horaires à préciser)
Lundi 14 Novembre : présentation du livre de Carole Reynaud-Paligot, (Centre histoire du XIXe Paris1-Paris4), « De l’Identité nationale. Science, race et politique en Europe et aux Etats-Unis, XIXe-XXe siècles », PUF, 2011.
Lundi 5 Décembre : Eric Michaud, EHESS, « Les invasions barbares et la racialisation de l’histoire de l’art, 1800-1940″
Lundi 16 Janvier 2012 : Alice Conklin, Université d’Ohio, 16 janvier, « Race as Social Myth: The Emergence of Scientific Anti-Racism in post-Vichy France »
Lundi 6 Février : Loïc Wacquant, Université de Berkley, « Pratiques et politiques de racialisation sur les deux rives de l’Atlantique »
Lundi 5 mars : Andrew Curran, Université de Weysland, « Buffon et l’histoire naturelle des Africains »
Lundi 2 avril : Camille Hamidi, « Catégorisations ethniques ordinaires et rapport au politique dans les quartiers populaires ».
Lundi 21 Mai : Richard Fogarty, University d’Albany, SUNY, « Race et Guerre, 1914-1918: visions comparatives des sujets coloniaux dans l’armée française »
Lundi 4 Juin : Vincent Vilmain, (EPHE-GSRL et Université de Lyon III), « Penser le judaïsme comme race ? Les Juifs face au défi du racialisme (1860-1920) »
De 17h à 19h à New York University 56 rue de Passy, 75016 Paris
Métro : La Muette ou Passy http://nyufresearch.wordpress.com/

