Le parler de soi

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Recension du livre de Vincent Descombes, Le parler de soi, Paris, Gallimard, 2014, 432 p., 9€.

Par Pierre Fasula, chercheur associé au Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne, Paris 1.

Couverture

Dans son dernier livre, Le parler de soi, Vincent Descombes revient une fois de plus sur la question du moi. Ses livres antérieurs portaient en effet déjà sur cette question et celles qui lui sont apparentées : l’individu, l’identité ou encore le sujet. On pense évidemment à Complément de sujet (Paris, Gallimard, 2004), à Dernières nouvelles du moi (Paris, PUF, 2009), ou encore au récent Embarras de l’identité (Paris, Gallimard, 2013). Ces titres sont récents mais l’intérêt de Vincent Descombes pour ces questions est très ancien. On en trouve une trace et peut-être le programme dans la « Remarque finale » qui clôt le Même et l’autre (Paris, Minuit, 1979), ouvrage qui retrace 45 ans de philosophie française, de 1933 à 1978 :

Mon sujet ne porte aucune conclusion. Il serait outrecuidant de « tirer les leçons » de ces années si proches, déjà passées puisque nous les commentons, mais qui n’ont pas encore pour nous figure du passé. Quant au futur, il n’y a pas grand sens à le prédire : chacun sait bien qu’en promettant un avenir brillant à telle ou telle école, on fait surtout état de ses propres préférences. Pourtant j’aurais le sentiment de me dérober devant l’obstacle que me réservait, ici même, au terme de ce parcours, mon sujet si je ne répondais pas à la question posée au début du chapitre iii : l’ « hémorragie de la subjectivité » que signalait Jean Baufret en 1947 a-t-elle été interrompue, et particulièrement au cours de ces années récentes, pendant lesquelles l’ « anti-humanisme », la « liquidation de l’identité » ou la « disparition du sujet » ont joué les premiers rôles ? Nous voyons que le mal s’est plutôt aggravé[1].

            Suit alors une description de cette hémorragie du sujet : « il n’y avait, en 1945, qu’un seul sujet, qu’un seul souverain, dont la souveraineté était d’ailleurs déjà vacillante[2] », puisque tiraillée entre une souveraineté absolue mais valable seulement dans le domaine du pour-soi et une parenté avec l’en soi qui l’assimile au « on » et à l’ « impersonnel ». Mais, « après 1960, le sujet souverain est non pas “surmonté” […] mais multiplié[3] », au sens où l’ego aurait perdu sa souveraineté et cédé sa place à la multiplicité des perspectives.

            Cette « remarque finale » est la matrice des développements ultérieurs de la philosophie de Vincent Descombes, y compris des recherches menées dans Grammaire d’objets et surtout dans Proust. Philosophie du roman. Dans ce dernier cas, en effet, l’auteur s’attaquait entre autres à une certaine compréhension de Proust qui reliait de manière confuse perspective et subjectivité. Ces deux derniers concepts mais aussi ceux d’être humain (ou de personne), d’identité, d’ego forment un champ que Descombes percevait déjà comme problématique en philosophie, sans avoir encore développé les outils analytiques pour démêler les difficultés que ces concepts présentent[4].

            L’ouvrage qui vient de paraître, organisé en trois grandes parties (« L’alchimie du moi », « La première personne et les autres », « Le sujet de la croyance »), parcourt à nouveau ce champ. Il n’est qu’en partie inédit : la plupart des chapitres qui composent les parties ont déjà été publiés ou donné lieu à des conférences, et les seuls chapitres véritablement nouveaux sont le premier, « Philosophie de l’égotisme », et le dernier, « Effacer la subjectivité ? ». L’intérêt premier de l’ouvrage est donc de rassembler les différents traitements de ces concepts, de sorte que pour un lecteur qui ne connaîtrait aucune des thèses de Descombes, ce livre permet d’entrer d’une excellente manière dans son œuvre. L’intérêt n’est pas moindre pour le lecteur qui a déjà connaissance des livres antérieurs et notamment de Complément de sujet et de Dernières nouvelles du moi. Il réside dans le rapprochement des différentes analyses menées par Vincent Descombes et surtout dans les deux chapitres inédits.

            Comme son titre l’indique : « L’alchimie du moi », la première partie interroge le devenir problématique du concept de moi : « Comment les philosophes tirent-ils un substantif (« le moi ») de notre usage d’un pronom (« moi ») ? » (p. 13). C’est au moyen de la grammaire philosophique que Vincent Descombes met à l’épreuve cette transformation : il s’agit en effet de retracer le chemin qui mène d’une formule à une autre, de « c’est moi » à « c’est le moi », « de la désignation de soi au soi de la désignation » (p. 27). En un sens, la perspective est ainsi celle de Wittgenstein, puisque, selon ce dernier, le but est de « reconduire les mots de leur usage métaphysique à leur usage quotidien »[5]. Mais en un autre sens, Descombes se démarque de l’approche wittgensteinienne puisqu’il ne s’agit pas nécessairement de disqualifier l’usage métaphysique des mots, en l’occurrence du terme « moi ». À supposer qu’il y ait une filiation de l’usage métaphysique à l’égard de l’usage quotidien, le premier en ressort éclairci et non disqualifié.

            De ce point de vue, le premier chapitre intitulé « Philosophie de l’égotisme », dont le titre renvoie au fait de parler à la première personne, est particulièrement intéressant, puisque Descombes y distingue entre une « rhétorique du style égotiste » et une « logique de la phrase égotiste ». Dans le premier cas, la question est de nature rhétorique et morale comme on peut le voir à partir des auteurs classiques : Arnauld et Nicole, et surtout Pascal. Le point important est que, dans cette perspective, parler « du moi » a un sens :

Ici, le substantif sert à désigner, de façon elliptique, tout à la fois l’attachement de chacun à soi et la manifestation de cet amour-propre dans l’usage à tout propos des mots « je » et « moi ». Ainsi, le retour du moi substantivé au moi pronominal est assuré, ce qui revient à fournir la filiation grammaticale nécessaire à sa compréhension. (p. 39)

En même temps, la nouveauté du propos de Descombes réside dans la référence au « problème littéraire d’une écriture à la première personne » (p. 41), tel qu’il peut se poser chez Montaigne et Stendhal. La question est alors : comment écrire sur soi en vue de se connaître ?

Dans le second cas, la question est celle de l’égologie, philosophie tirée du cogito cartésien, qui, dans un premier temps, s’énonce à la première personne, mais, dans un second temps, en vient à parler du moi à la troisième personne. La question est notamment celle de la formule latine de Descartes et de sa traduction : « ille ego ». Cela suppose que l’on identifie « un moi » comme étant « ce moi » ou « mon moi ». Mais cela est-il possible ? Cela a-t-il un sens ? Selon Descombes :

Dans la vie ordinaire, notre principe d’individuation pour un ego passe par la personne physique du locuteur. Autrement dit, nous n’avons pas d’autre critère pour la personne à laquelle rapporter ce qu’énonce une phrase égotiste que celui de l’être humain produisant cette phrase. Par conséquent, l’emploi du mot « moi » comme un substantif apparaît ici [dans les égologies] « métaphysique » au sens de Wittgenstein. (p. 69)

Tous les usages de « moi » au titre de substantif ne sont donc pas problématiques, seuls ceux de l’égologie le sont. La conclusion qu’en tire Descombes est qu’il y a bien une philosophie de l’égotisme. Cependant cet égotisme consiste en un « style de présentation de soi aux autres » (p. 78), une rhétorique et une morale, et non en une égologie qui distingue le sujet pensant de l’individu empirique.

Le deuxième chapitre reprend un certain nombre de conclusions tirées de Complément de sujet. Comme son titre l’indique : « Trois questions sur le sujet », il faut faire un pas en plus par rapport à Heidegger qui distinguait l’interrogation portant sur l’être de quelque chose (« quoi ? ») et celle qui porte sur l’être de quelqu’un (« qui ? »), dans la mesure où « cette question du sujet, que porte le mot “qui ?”, se prend elle-même en plusieurs sens » (p. 108). On peut notamment distinguer la question « qui ? » en tant qu’elle porte sur un sujet de prédication (« qui est en retard ? ») et cette question en tant qu’elle porte sur un sujet actif (« qui ouvre la porte ? »). Le point important apparaît quand on utilise ces questions à la première personne. On peut se poser des questions du premier type à son propre sujet : « Suis-je en retard ? », « Suis-je inscrit sur la liste ? », « Suis-je capable de franchir ce fossé ? », mais alors « ces questions ne portent pas sur qui je suis, elles portent sur ce que je suis » (p. 139), et, en ce sens, elles répondent en réalité à la question « quoi ? ». Mais, à supposer que l’on soit en train d’ouvrir une porte, sauf cas tout à fait particulier (pathologique), peut-on se demander qui ouvre la porte ? Cela ne semble pas possible. Cette question sert à identifier un agent. Or dans l’action et dans le fait de dire « j’ouvre la porte », nous ne nous identifions pas nous-mêmes comme des agents. Enfin, il y a une troisième question possible sur le sujet : « pour qui se prend-il ? », « pour qui me prenez-vous ? ». Dans ce cas, il est possible de se la poser à la première personne : « pour qui est-ce que je me prends ? ». Mais s’il y a erreur, elle ne porte pas sur « qui je suis », mais sur l’idée que je me fais de moi-même, qui implique la nécessité de s’examiner et de changer de conduite. La conclusion de Descombes est la suivante : « ce “qui ?” n’a plus un sens référentiel (de qui s’agit-il ?) ou actanciel (qui est l’agent de cette action ?), il est maintenant circonstanciel » (p. 143), au sens où il porte sur la manière dont on se conduit.

Le troisième chapitre porte sur « la question de l’individualité humaine » et reprend les interrogations relatives au rapport entre soi et la manière dont on se conduit. Le point de départ réside à nouveau dans Heidegger et sa distinction entre deux concepts d’ipséité et d’identité : un concept ontologique d’identité et un concept d’identité qui consiste en un choix, une attitude relativement à soi – être soi-même ou ne pas être soi-même. Le problème est alors celui du dualisme : n’a-t-on pas dès lors deux identités ? Mais il est une autre question plus intéressante : comment comprendre cette idée d’« être soi-même » ? Ici « soi-même » ne sert pas à identifier quelqu’un mais à qualifier un sujet, sur le modèle de « c’est ainsi que je suis » (p. 162). Autrement dit, la question « qui ? » est ici circonstancielle au sens précédemment mentionné. Descombes examine alors ensuite l’affirmation de Ricœur selon laquelle « L’histoire racontée dit le qui de l’action. L’identité du qui n’est donc elle-même qu’une identité narrative[6] ». C’est là une affirmation problématique selon Descombes puisque, en réalité, il faut faire une distinction entre « savoir quelle a été l’action faite (question sur le quid de l’action, sur ce qu’a fait l’agent) et qui a fait ce qui a été fait (question sur le quis de l’action) » (p. 169). Dans ce dernier cas, il s’agit de nommer quelqu’un, alors que, dans le premier, il s’agit de le décrire. L’identité narrative est alors à chercher du côté de ce qu’a fait l’agent, de sa vie et du caractère qui s’y exprime. Par conséquent, ni le « soi-même » d’Heidegger, ni celui de Ricœur ne servent à identifier un individu, mais ils concernent la manière d’être de l’individu et la vie qu’il a menée.

La deuxième partie du livre, intitulée « La première personne et les autres », répond à la question : « Peut-on tirer le sens des mots “toi”, “lui”, “elle”, de notre usage du mot “moi” ? » (p. 185).

Le quatrième chapitre, « Héritez de vous-mêmes ! », aborde le principal problème, celui de la distinction entre l’intersubjectivité et le social, à partir d’une critique des tentatives phénoménologiques pour passer de « je » à « nous ». Plus précisément, ce sont deux traitements de la « question d’autrui » qui sont examinés et critiqués : celui qui fait d’autrui une seconde première personne et celui qui fait d’autrui deuxième seconde personne (sic). La première perspective est celle de l’alter ego puisque « toi » est conçu comme un « autre moi », et, partant, comme une deuxième première personne (après moi). Mais alors, quelle différence pourrait-on faire « entre une allocution (je m’adresse à toi) et un soliloque dans lequel je m’adresse à moi » (p. 202) ? Le fond de l’argument de Descombes est que, quand je me parle à moi-même, je suis déjà dans un rapport intersubjectif, dans un rapport de moi (par exemple posant une question) à moi (répondant à la question). L’intersubjectivité n’est donc pas nécessairement relation à quelqu’un d’autre. La seconde perspective consiste à se considérer comme étranger à soi-même, de sorte que « toi » n’est alors qu’une deuxième seconde personne (puisque je suis le premier à être étranger à moi). Mais là encore, comment distinguer le rapport de l’individu à lui-même de son rapport à autrui ? Les tentatives phénoménologiques pour penser autrui mènent donc à une impasse, elles n’arrivent pas à rendre compte de la différence des personnes, et plus encore, du social qui nécessite, outre cette différence, une certaine manière d’agir ensemble.

Cette question de la différence des personnes est reprise dans les cinquième et sixième chapitres. Dans le cinquième, Descombes se concentre, dans le sillage de Ricœur, sur la supposée opposition entre la première personne et la troisième personne. Selon Benveniste par exemple, « le statut personnel devrait être réservé aux seuls protagonistes capables d’intervenir dans un échange, donc à ceux qui sont présents dans une situation d’interlocution » (p. 241), de sorte que seuls « je » et « tu » seraient de véritables personnes, contrairement à « il » ou « elle » qui chosifient ce qu’ils désignent. La critique de Descombes passe par l’analyse d’une controverse littéraire qui a pour origine des pages de Sartre sur le roman de Mauriac, La Fin de la nuit : le narrateur doit-il se placer à l’extérieur de ses personnages ou dans l’intérieur de leur conscience, du point de vue de la troisième personne ou de la première ? Mais est-ce une alternative réelle ? Descombes rappelle à juste titre que l’on dispose de deux techniques pour placer la première personne dans la troisième : la technique de la citation et celle du discours au style indirect. Citer et rapporter un propos au style indirect ne signifie pas chosifier.

La troisième partie du livre, intitulée « Le sujet de la croyance », aborde la question suivante : « Dire ce que l’on croit, est-ce parler de soi ? » (p. 297), à partir d’une distinction entre pensée impersonnelle (« La terre tourne »), pensée personnelle ou « pensée en je » selon l’expression d’Elisabeth Anscombe (« Je suis en train de me rendre à pied à la gare »), et un troisième type de pensée (« Je crois que la terre tourne »). On peut justement se demander si ces dernières pensées sont personnelles ou impersonnelles : me concernent-elles ou concernent-elle la terre ? Introduisent-elles une dimension subjective ?

C’est là l’un des enjeux du paradoxe de Moore examiné dans le septième chapitre : « Wittgenstein et le paradoxe de Moore ». La manière dont Descombes présente cet enjeu est particulièrement intéressante. Pour une philosophie du sujet, il y a des pensées que moi seul peut penser, mais ce paradoxe montre qu’il y a aussi des pensées que moi seul ne peut pas penser. Par exemple, selon une des formules de Moore : « Je suis allé au cinéma mardi dernier, mais je ne crois pas y avoir été » (p. 299), ou encore « il pleut, mais je ne le crois pas » (p. 301).

Descombes envisage trois solutions qui ont été avancées face à ce paradoxe. La première est celle du logicien. Il n’y aurait pas de contradiction logique dans ce genre d’énoncés :

Au fond, pour notre Logicien, si je peux comprendre l’énoncé « Il va pleuvoir » associé par une conjonction avec « Il ne croit pas qu’il va pleuvoir », alors je dois comprendre ce même « Il va pleuvoir » lorsqu’il est employé en conjonction avec « Je ne crois pas qu’il va pleuvoir ». (p. 311)

Or tout le problème réside justement dans le fait d’aligner l’affirmation à la première personne sur l’affirmation à la troisième personne. Si l’on se place du point de vue de l’auditeur, il semble bien qu’une telle affirmation à la première personne ne dise rien, n’offre aucune réponse à la question : « Va-t-il pleuvoir ? », alors qu’elle en offre une à la troisième personne.

La deuxième solution envisagée est celle du pragmaticien qui voit dans ce genre d’énoncés une contradiction, mais pas une contradiction logique proprement dite. La contradiction ne serait pas présente au plan de ce qui est dit, du contenu, mais au niveau de l’énonciation : dire « Il va pleuvoir » implique de manière implicite que le sujet s’attribue cette croyance, qui rentre alors en contradiction avec la deuxième partie de l’énonciation. Mais faut-il- imputer au locuteur un tel acte d’auto-attribution de cette croyance ? Selon Descombes, ce n’est pas le cas.

La troisième solution est celle de Wittgenstein : « Il pleut, mais je ne le crois pas » ne dit tout simplement rien (en outre « Il pleut, et je le crois » ne dit qu’une seule chose, non pas deux !). À la racine des deux solutions précédentes, il y a l’idée erronée selon laquelle, le verbe « croire » à la troisième personne servant à attribuer des croyances à quelqu’un, l’utiliser à la première personne reviendrait à s’attribuer des croyances. Or, concernant ce genre de verbes psychologiques, cette assimilation ne fonctionne pas : à la première personne de l’indicatif du présent, « croire » ne fonctionne pas comme une description des croyances du locuteur. Ou bien il faut alors considérer des cas extrêmement particuliers, comme celui des croyances inconscientes qu’un individu peut s’attribuer. Ce genre de cas ne dit rien du fonctionnement général du verbe « croire », mais seulement de certaines formes de divisions du sujet.

Dans le huitième et dernier chapitre, Descombes répond à l’idée de Jocelyn Benoist selon laquelle « Je crois qu’il va pleuvoir » est un énoncé subjectif, contrairement à « Il va pleuvoir ». En réalité, dans ce dernier cas, la subjectivité de l’énoncé aurait même été effacée. Selon Descombes, cela montre au contraire « à quel point l’opposition traditionnelle du subjectif et de l’objectif est obscure » (p. 343-344). En effet, autant dans « Il croit qu’il pleut, mais il ne pleut pas », apparaît une différence entre ce qui est subjectif et ce qui est objectif, autant dans « je crois qu’il pleut », aucune subjectivité n’apparaît. Autrement dit, c’est dans une attribution à la troisième personne que le contraste entre subjectivité et objectivité prend sens, alors qu’à la première personne, un tel contraste n’apparaît pas : dire « je crois qu’il pleut » équivaut à dire « Il pleut ». Il ne suffit pas que « je (crois) » apparaisse pour que la subjectivité apparaisse elle aussi.

Le dernier ouvrage de Vincent Descombes est donc d’un grand intérêt puisqu’il permet à la fois de saisir en un tout ses nombreuses analyses et d’en voir l’approfondissement sur certains points. On retiendra notamment dans le premier chapitre cette analyse du style égotiste, qui rend justice au « parler de soi » des moralistes et des écrivains, tout en soulignant l’écart introduit par les égologies qui cherchent à « parler du soi ». Reste qu’au terme du livre, le lecteur peut se demander quelle est la conception générale du sujet, du moi ou de l’identité qui s’en dégage. Cependant, il s’agit pour l’auteur de refuser une telle conception générale : bien que connectés, le sujet, l’agent, le moi, l’identité, l’individu sont des concepts différents, de même que les questions que l’on peut poser à leur propos sont elles-mêmes différentes et connectées, comme le montrent les deuxième et troisième chapitres. De ce point de vue, si le livre est difficile, cela tient à ce qu’il est difficile de ne pas y chercher une conception générale et d’accepter la pluralité des concepts et des questions. Telle est la réponse de Vincent Descombes à l’hémorragie du sujet dont parlait Beaufret en 1947.


[1] Vincent Descombes, Le même et l’autre, Paris, Minuit, 1979, p. 217.

[2] Ibid.

[3] Id., p. 218.

[4] Sur ce point, on consultera ses entretiens avec Philippe De Lara intitulé Exercices d’humanité (Paris, Les petits Platons, 2013). Cf. la recension sur Implications philosophiques :

http://www.implications-philosophiques.org/recensions/recension-exercices-dhumanite/

[5] L. Wittgenstein, Recherches philosophiques, trad. fr. F. Dastur et alii, Paris, Gallimard, 2005, §116, p. 85 ; cité p. 30.

[6] Cité par Descombes p. 168.

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