La plasticité de l’esprit

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Etat des Lieux de la Plasticité (2)

Marc-Williams DEBONO – Groupe de Recherche Plasticités Sciences Arts

 

Quoi de plus plastique que l’esprit humain et en même temps quoi de plus indéfinissable que cette plasticité ? Pic de la Mirandole consacre dès la fin du 15e siècle l’infinie plasticité humaine, dans un esprit quelque peu anthropocentrique, mais exaltant avec justesse les capacités d’autodéfinition et de dépassement des limites  de l’homme[1]. Cette définition visionnaire réévaluée par Hegel reste vraie, mais nécessite d’être recadrée en regard des connaissances acquises au 21e siècle. L’expérience humaine, tantôt décriée, tantôt adulée, parfois aux confins de sa propre conscience, révèle en effet un degré zéro de l’intériorité : celui de la simple résistance au réel ou des perceptions primitives du vivant. Ce degré indique une poussée de complexité, mais pas seulement. Il souligne la richesse perceptive insoupçonnée du percept brut, des entités non cognitives, et le lent travail protoneural qui a progressivement gagné le statut d’être ou « d’esprit »[2] chez l’homme. Cela signifie que notre conscience réfléchie n’est pas le fruit d’une simple exponentielle, mais qu’elle est née de plusieurs ruptures. Rupture avec le néant. Rupture avec le monde de la perception non consciente[3]. Rupture avec la conscience immédiate des sociétés animales. Rupture avec la conscience phénoménale des primates[4]. Rupture enfin avec tout ce qui ne relève pas d’une approche épistémique et transversale de la plasticité humaine.

 

 

L’interface realité-conscience

Réintroduire le sujet dans la plasticité du monde

Ces strates successives ont vu l’éclosion d’une apologétique humaine déplacée ou décentrée. Je veux dire par là qu’elle possède incontestablement le langage et l’abstraction pour elle, mais qu’elle a tendance à tout drainer vers le haut, autrement dit à son image, sans considérer avec assez d’attention les processus primitifs comme les différentes formes d’information ou d’intelligence sensorielle que présente le monde qui nous entoure. De fait, si la conceptualisation et les processus mentaux qualitatifs génèrent une considérable valeur ajoutée au monde du vivant, ils n’en sont pas moins sujets à caution dès qu’on tente d’échafauder une échelle de valeurs un tant soit peu réaliste. Echelle de sensorialité et d’esthétique, échelle de socialisation et de barbarie, échelle d’information ou de temporalité. Ces échelles sont galvaudées, voire traînées dans la boue de l’a-culture au détriment de la transculture[5]. On banalise et marchande l’émerveillement ; on pense que la perception humaine a valeur universelle, est le centre du monde ; on oublie tout du passé évolutif de l’homme, de la valeur intrinsèque du tiers, de l’altérité. Il ne s’agit là nullement d’un procès contre l’anthropocentrisme, mais d’une tentative de réveiller nos mémoires. Percevoir la réalité sensible n’est pas l’apanage de l’homme. Percevoir n’est pas un acte passif. Percevoir relève d’une attitude foncièrement plastique qui établit des contours, parcours, qui échange avec la forme. Point fondamental : cette attitude, singulière en dépit de son ubiquité naturelle, n’est pas forcément alléguée à une conscience. Elle peut relever de processus antérieurs à elle, voire antérieurs à toute perception. Ce sont respectivement le donné cosmique des origines, la sensibilité des premiers êtres vivants[6], la lente ascension de la conscience de soi. Or, quel est le point commun à tous ces phénomènes ? C’est la cohérence de la forme qui donne ou est donnée, autrement dit sa plasticité.

 

La naissance de l’univers n’a pu se faire sans mouvances. La naissance de la vie n’a pu se faire sans percept. La naissance de la conscience enfin n’a pu se faire sans affect. Ces trois seuils de réalité perçue sont négligés par l’homme moderne au profit de métareprésentations[7] qui lui sont imposées par la société. Il oublie la pertinence de l’émotion, de la spontanéité, de la simplexité[8]. Il ne pense plus à ce qui précédait ou ce qui pourrait succéder à la conscience. Tout est appendices, subjectivé en lui. Les autres peuplent l’univers, mais sa conscience a raison des autres. Il centralise tous les flux d’informations, de mouvements, cerne le réel. De fait, l’humanité n’a de cesse de centraliser les pouvoirs. Or, il s’agit de regarder vers l’oblique et le bas. D’avoir un regard transverse sur l’échelle phylogénétique et en particulier sur les entités non cognitives. De reconsidérer les percepts élémentaires, les niveaux de réalité et la théorie de l’information. En bref,  d’ajuster notre tir, d’adopter une politique moins anthropocentrique, plus éco-humaniste, de devenir de véritables plasticiens[9].

En effet, tout change lorsqu’on introduit ou réintroduit le sujet dans la plasticité du monde. Là, une distance se crée. Une distance que d’aucuns privilégient et d’autres combattent. Une différence que crée l’hominisation[10], qui appelle affects et intériorités à s’ébattre avec la réalité. Certes, il aura fallu considérablement étendre les premiers pas de la vie avant de franchir ce cap. Certes, l’émergence de la conscience aura été le fruit d’un long processus non linéaire impliquant des fonctions perceptives communes aux espèces et des bifurcations nettes de l’arbre évolutif. Cependant, au bout du tunnel, l’unique soi né de ces travers et asymétries, d’une infinité de traces[11], de percepts et singularités, est. Nous l’arpentons sans cesse, le dessinons comme il nous dessine. C’est la plasticité de l’esprit[12].

De quoi s’agit-il ? De l’infinie plasticité de l’esprit humain dans son versant noétique, dans sa relation avec un corps et un cerveau ancrés dans la matière[13], dans son statut de sujet – la plasticité du soi -, son irréductibilité et son rapport étroit avec le monde qui l’entoure. Chez l’homme, une fois cette conscience et les représentations mentales qui l’accompagnent mises en place, la subjectivité s’installe et caractérise le versant implicite et irréductible de toute pensée[14]. L’action (explicite) suit le projet, sauf si il est étouffé dans l’œuf, c’est à dire refoulé selon Freud et énacté selon Varela[15]. L’action motrice est ainsi la traduction littérale de la volonté consciente, tandis que la méditation ou la création artistique peuvent relever d’un acte cognitif incarné et faire intervenir des états de conscience différents. La représentation est ainsi à la fois le projet et décours lu en temps réel. Sachant toute la relativité et du temps et de cette réalité, on ne peut que dresser une vue tronquée du monde perçu. Il faut donc impérativement chercher à l’interface réalité-conscience pour avoir la moindre chance de percevoir l’échelle dans l’échelle [16] et la véritable plasticité de la nature.

L’interface cerveau-esprit

Un nouvel espace de pensée

Cette plasticité s’exprime dans un cerveau sans repos[17], qui, contrairement à un passé récent, est à présent largement admis en neurosciences comme étant un haut lieu de réorganisation permanente directement lié à l’expérience du sujet, son vécu passé et immédiat. Elle se traduit par la modulation de l’expression génique durant l’embryogenèse, une neuroplasticité accrue jusqu’à l’adolescence et une neurogenèse adulte dans certaines structures cérébrales[18], de ses percepts et de son histoire (systèmes cognitifs mis en jeu dans les processus de mémorisation, l’émotion, l’affect) et de son ou ses inconscient(s)[19]. Ce cerveau-monde[20] assume le paradoxe d’être à la fois l’organe le plus structuré ou ordonné du système vivant et celui qui est le plus sensible à l’environnement, à l’acquis, à l’expérience du vécu singulier. Exit donc tout cerveau-computer au profit d’un cerveau créatif, qui configure en permanence l’expérience singulière du sujet tout en induisant une réalité propre à tous les individus. Notre marge de manœuvre est donc réduite en aval et se situe essentiellement au début d’un processus de perception. D’où l’importance de la plasticité native du berceau de l’humanité dont chaque structure ou forme accomplie[21] est un indice des plus précieux pour la compréhension des processus qui nous ont engendré comme des seuils de perception du réel perçu.

Ces seuils sont cruciaux dans la détermination du produit à venir. Complexes dès l’observation de la matière (auto-organisation, régularités, intelligibilité de la nature) et nettement sous-estimés chez les organismes « inférieurs » comme les végétaux ou les champignons qui sont situés au niveau zéro de l’échelle cognitive tout en ayant des seuils de perception élevés et des capacités d’intégration, de coordination et de communication dont on découvre chaque jour l’étendue[22]. C’est l’inverse pour les automates utilisés en intelligence artificielle qui présentent un niveau de détection cognitive élevé tout en ayant des seuils de perception bas. Concernant les primates et l’homme, l’homéostasie est maintenue et les réglages sont beaucoup plus fins. La plasticité native du cerveau et de la conscience font corps au monde et s’y développent de concert. Autrement dit, bien qu’il y ait une corrélation évidente entre complexité et conscience, certains seuils d’information ou de perception sont élevés sans conscience ni systèmes de représentation. Ils font appel à une zone d’expression plastique peu interrogée. Celle qui, de l’arbre à  l’homme[23] conduit à une unité d’action comme d’expression des systèmes vivants dans l’écosystème. Identification latente mais occultée dans les esprits car elle est constituante. Elle pourrait représenter l’équivalent de ce que Bitbol appelle « l’aveuglante proximité du réel » en physique des quanta[24].

Ces positions illustrent bien le rôle particulier que joue la plasticité dans la théorie de l’information et en particulier à l’interface cerveau-esprit[25]. En effet, de nombreux auteurs dénoncent les limites phénotypiques des atteintes psychiatriques comme l’autisme ou la schizophrénie. Or, nous avons vu que la plasticité est par définition liée à l’expérience – consciente ou non consciente, excluant tout impérialisme anthropocentrique ou du génétiquement déterminé, n’entravant en aucune manière la construction de l’individu. Aussi, à l’échelle humaine, un des rôles-clefs du concept unitaire de plasticité est-il sans aucun doute d’articuler la rigidité de l’axe génomique au libre-arbitre de l’homme. D’où une véritable plasticité phénotypique qui n’est pas le produit unique d’un déterminisme ou d’une interaction avec le milieu, mais le fruit d’un processus de liage actif  que l’on retrouvera au niveau des cultures comme des sociétés animales et humaines: la plasticité lie, la plasticité unifie.

 

Cet exemple est édifiant quant au rôle de dépassement des contradictions binaires[26] ou du paradoxe exercé par la plasticité évoqué précédemment. Qu’il soit bien clair que notre position n’est ni vitaliste, ni solipsiste, ni anti-matérialiste au premier degré. Nous voulons seulement mettre à plat les conceptions classiques du penser brut. En d’autres termes, ne plus parler de perceptions sans tenir compte de leur totale relativité chez l’homme, ne plus penser le monde en tant qu’hôte mais partenaire, ne plus penser le réel comme absolu, en bref ne plus détacher la plasticité humaine de son socle naturel. Il est en effet grand temps de se libérer de nombre de postulats totalitaires sur la matérialité, la temporalité, la localité etc. et d’admettre enfin l’hypothèse d’un réalisme co-créatif dont la plasticité est le reflet apparent[27]. La réalité n’est donc ni une construction isolée de notre esprit, ni un modèle préconçu dans lequel nous évoluons en aveugle, mais un terreau plastique au sein duquel nous déroulons notre espace de pensée (Debono, 2008). Ce faisant, nous signifions le monde qui nous a signifié. Il y a reconnaissance par les deux bouts et interaction possible. Une continuité naturelle s’instaure : l’action devient possible. La jarre prend une forme de jarre qui est représentée dans notre cerveau comme une jarre. Elle allie d’emblée l’esthétique de la jarre à la symbolique implicite de l’eau définissant ainsi un monde d’art et de pensée.

 

 

L’interface percept-concept

Une vision bottom-up  de la perception de l’information 

Toutefois, ce dont nous voulons parler remonte plus loin dans l’échelle des percepts. Nous voulons retracer cet espace naturel qui a conduit toute eccéité ou schème informé à s’individuer en chose ou en être. Notre hypothèse de départ est que ce schème ou cette information sont de nature protoforme et que c’est leur collision avec une entité matérielle, énergétique ou cognitive – leur plasticité – qui va déterminer leur forme, leur potentiel et leur fonction. C’est pourquoi il devient urgent de reconsidérer la nature de l’information, du percept lui-même, ses liens avec la conscience et le processus de plasticité. Cette co-réalisation débusquerait tout un pan caché de la créativité naturelle – le percept s’identifie à la forme –, ou mentale – le percept crée la forme –. Là, il y a projet, concept et déroulement d’un espace de pensée plastique, c’est à dire qui ne relève pas d’une adaptation ou d’un simple épousé de la forme, mais d’une dynamique active et partagée. La plasticité n’est donc pas une simple propriété du couple percept-concept ou cerveau-conscience, mais bien un de leurs moteurs.

Cet aspect crucial peut rendre compte des parcours atypiques de certaines espèces et du trajet de l’hominisation. Il faut en effet absolument intégrer le contenu fondamental des plastes (ou unités plastiques) dans tout processus générique (Figure 1). Et cela demande un réexamen du concept de plasticité lui-même. Celui-ci est en effet galvaudé, masqué par son aspect mineur qu’est la malléabilité ou l’élasticité caractéristique des matières souples, corvéables à loisirs, non productives, n’obéissant aveuglément qu’à la volonté du donneur de forme. Or, comme on l’a dénoncé, une majorité écrasante de travaux présente la plasticité uniquement comme une propriété descriptive (esthétique au premier degré), fonctionnelle ou purement systémique (Debono, 1996). Certes, une propriété fondamentale à l’image de ces prodigieuses capacités sur le plan du développement biologique des organes vivants et en particulier du cerveau, de la cognition humaine, mais avec les limites d’une propriété. Cela signifie dans les esprits qu’elle n’intervient pas dans le processus lui-même, mais le décrit ou au mieux le module. Nous sommes quelques voix qui préconisons fermement la reconnaissance d’une plasticité constituante, dynamique, impliquée. Une plasticité qui participe de l’instant, de la réalité vécue, l’accompagne, la signifie, la matérialise en quelque sorte.

Cette plage naturelle où l’esprit s’ébat n’est dès lors possible que si des milliers d’années ont forgé des objets potentiellement observables, puis une biodiversité étonnante. Parmi ces enfants, les étoiles, de la matière en fusion, l’émergence de protoformes, puis de formes totalement aperceptives. Suivront l’élaboration d’une sensibilité élémentaire, de bactéries, de plancton, de réseaux multicellulaires, de flagellées : naissance du couple perception-action – donc du mouvement -, d’un florilège d’organes sensoriels  – de dialogues entre extériorité et intériorité – et enfin d’une matière à penser. On connaît le destin de cette matière synaptique qui ne cessera d’occuper du terrain pour conduire à la conscience de soi chez le primate et l’homme. Cependant, comme on l’a déjà signifié à propos du règne végétal, à l’échelle du temps universel, la prééminence de cette immense période où l’intelligibilité de la nature, l’intelligence perceptive, sensorielle ou immédiate étaient reines a été totalement minorée au profit de l’hominien en tant que conscience aboutie et égocentrée du monde[28]. Ceci explique pourquoi les éthologistes ont eu tant de mal à faire reconnaître le niveau de sensibilité de bien des espèces animales ou l’existence d’un langage élaboré chez les oiseaux ou certains mammifères marins. Ne parlons pas du monde végétal que je prends en exergue pour ma démonstration car l’ayant expérimenté[29], dont la dynamique protoneurale, bien qu’apparaissant clairement au niveau cellulaire, est rangée dans la catégorie des tropismes, des réactivités ou des sensibilités sans autre forme de procès. Il ne s’agit bien évidemment pas de mettre du cerveau où il n’y en pas, mais de reconnaître, que sans l’ombre d’une conscience, les seuils de perception des entités non cognitives, les niveaux d’information de toute expérience perceptuelle immédiate peuvent être étonnamment élevés, qu’avec une conscience minimale, puis réfléchie, ils grandissent en amplitude mais pas toujours en intensité, et qu’enfin le palier conscient n’est pas la panacée universelle dans ce domaine[30]. Recentrons donc le cadre naturel d’évolution de la pensée consciente en portant un regard du bas vers le haut (bottom-up) et nous verrons mieux où nous allons[31]. Notre propos se veut en effet éclectique : il a trait a ce que nous percevons et à la manière dont nous l’avons dérivé dans notre pensée archaïque, puis récente. Il s’agit en clair de prendre en compte la plasticité de la perception, le penser brut et la  trace indélébile du parcours perceptuel dans l’élaboration de notre champ de représentation, puis de resituer ce champ métaplastique ayant prévalu à la genèse de l’ensemble des systèmes conscients (Debono, 2004, 2008).

 

L’interface noétique

Ou l’essor d’une véritable « Plasticité de l’Esprit »

Cette métaplasticité est aujourd’hui une évidence pour les neurosciences et les sciences cognitives qui sont plongées dans la description passionnante du cerveau conscient, et depuis peu, de l’inconscient cognitif et neuronal. On conçoit qu’il s’agit là d’une tâche immense malgré les progrès considérables faits dans ce domaine. On conçoit de même tout l’enjeu du fonctionnalisme et du naturalisme cognitif quand ils commencent à appréhender comme un tout les émotions, le corps et l’esprit. Cependant, tandis que se tissent ces avancées majeures, tandis que de nombreux courants se dessinent qui cherchent d’autres voies d’exploration de la sphère noétique[32], une question demeure : c’est l’antériorité du terreau sensoriel et des seuils d’information qui se sont mis en place durant l’évolution. C’est non pas tant l’objet esprit que l’on veut à tout prix naturaliser, mais le sujet esprit qui exprime, fait corps avec sa plasticité.

Or, qu’est-ce qui a permis ce passage ? Qu’est-ce qui a autorisé la vie à fluctuer dans le sens d’une acquisition nette d’information ? Qu’est-ce qui a transité entre ces différents seuils de perception, sinon la plasticité en tant qu’actrice principale de la noogenèse, que pivot organique tourné vers la création imaginative – voire imaginale ? Une plasticité si préfiguratrice – des prémisses cosmiques aux protoformes vivantes -, faisant tellement partie de nous, qu’on a tout simplement oublié d’en mesurer la portée. Si on est donc bien à l’heure du siècle du cerveau, on est à l’ère zéro de la conscience[33]. C’est dans ce sens quasi-didactique que nous devons travailler. Que nous devons introduire une réflexion sur la notion de seuils d’information et sur la métaplasticité des systèmes conscients (Figure 2), mais également non conscients et préconscients. Ces deux dernières catégories étant importantes à mentionner car elles orientent toute l’échelle perceptive ou informative vers le bas et suggèrent des centres d’intégrations primaires autorisant des états de réceptivité élaborés et une riche sensorialité sans représentations (Debono, 1994, 2004). Elles sont supportées par le concept épistémologique de plasticité, seul à même de rendre compte du lien brisé entre les mondes conscients et a-conscients, comme il peut le faire à l’échelle génétique et épigénétique, seul à même de révéler la totalité de la palette d’expression des systèmes vivants.

 

De fait, tout aujourd’hui est centré sur la plasticité de perception et de représentation du cerveau dont on a précédemment montré toute la pertinence, mais aussi les lacunes (Debono, 1996). Sa pertinence, c’est l’extraordinaire plasticité de l’organe, sa capacité de réaction et de reconfiguration permanente, la dynamique de ces réseaux interconnectés dans l’espace et le temps. Ses lacunes, ce sont les limites de cette capacité de représentation en miroir du monde, sa contamination par l’extérieur, par le bruit synaptique et cosmique qui obscurcit et pollue constamment tous ses percepts, par cette non-reconnaissance explicite d’une plage sensible où l’à-construire est plus important que ce qu’on en fait. Cette plage dérive forcément du soubassement neural et cognitif, fut-il inconscient, mais est surtout le signe d’une nouvelle plasticité de l’esprit. Une plasticité qui a émergée d’un champ perceptif restreint, puis élargi, avant de devenir consciente, de se transformer en véritable expérience de pensée, qui s’est forgée dans le moule de l’univers sans discontinuité.

Infinie plasticité humaine que nous devons à la danse des étoiles, à la fécondité de la matière, à la naissance de l’art, à la mémorisation des strates, au sillon que les premiers hominidés creusèrent dans l’aridité du sol. Homme désormais en proie au néant qui déroule son espace naturel de pensée, mais aussi à ce puits vertigineux qui singularise son identité unique – la conscience humaine – au sein d’une aptitude multiple : la créativité. Là où la perfection du lys, du cristal, du nautile, du mouvement premier ne demandent qu’à être observés. Là où l’un se distinguera dans le déchiffrement de la divine proportion, tandis que l’autre accouchera de la relativité. Là où l’édifice entier, l’architecture du monde, de la réalité, leurs pendants imaginaux ne cessent de croître. Mais tous ont en commun cette plasticité noétique qui a drainé l’histoire de l’humanité jusqu’à son apogée. Tous ont en commun ce processus naturel qui s’est enrichi en s’incarnant dans le corps de l’humanité, qui a pris racine en l’esprit. Tous on en commun cette métadynamique capable de construire sans cesse un devenir possible[34].

De fait, plutôt que de parler d’esprit naturalisé selon un courant important des cognisciences[35], j’introduirai la notion antonymique d’espace naturel de pensée[36] ou de plasticité de l’esprit (PE). Une notion touchant à toute l’étendue de l’esprit, qui est à comprendre ici autant comme déroulement de la psyché que connaissance et conscience du monde. Ce qui embrasse l’art, l’échange transversal et en flux continu entre les peuples, les langages et les connaissances. La plasticité de l’esprit se différencie ainsi clairement de la philosophie de l’esprit (Proust, 2004)[37], de la naturalisation de l’esprit (Jeannerod, 2000), de la théorie de l’esprit (Reboul, 2006)[38] ou encore de la neurophilosophie (Churchland, 1999)[39]. Elle n’est ni analytique, ni naturalisante, ni purement cognitive, mais constitue une approche épistémique et transdisciplinaire de la plasticité humaine. Une approche qui met en relief la métadynamique des systèmes conscients[40], la plasticité infinie de l’esprit humain, non pas par une construction intellectuelle, mais en partant d’une observation : le caractère foncièrement universel de la plasticité, constaté à l’échelle de la matière élémentaire, de la forme et de la réalité qui nous entoure. C’est une distinction essentielle. En découle la légitimité de la plasticité à l’interface de l’espace-temps comme de l’esprit-temps[41], à l’instar de celle de la gravité dans l’équilibre du cosmos. En découle une déontologie visant à faire prendre conscience de la démarche globale qui sous-tend cette approche noétique. La plasticité de l’esprit vise à la reconnaissance et à la transformation du champ informé qui nous entoure. La plasticité de l’esprit vise à authentifier l’articulation unique entre une expérience du vécu et une matière à penser. La plasticité de l’esprit vise à l’émancipation du soi au travers de l’inconscient collectif de l’humanité. La plasticité de l’esprit ouvre enfin naturellement à la transversalité.

L’interface matière-psyché

Un des terreaux sur lequel elle peut s’épanouir et affirmer sa spécificité par rapport aux autres approches est celui de la plasticité du soi. En effet, notre approche plastique s’inscrit de facto dans la pluralité des mémoires, des consciences et possiblement des inconscients, montrant des points d’accroche avec le courant neuropsychanalytique développé par Solms[42], Damasio[43] et plus récemment Ansermet et Magistretti[44] qui reconnaissent le rôle-clef de la plasticité pour lier la trace synaptique à la trace psychique en se situant dans une approche biologique de l’inconscient freudien[45], mais s’en démarquant clairement sur le plan de l’interprétation qui converge avec le processus d’individuation et les archétypes jungiens[46]. En effet, à l’interface plastique matière-psyché, le ‘complexe de plasticité’, nommé ainsi par analogie en raison de la complexion qu’il opère et non d’une quelconque échelle de valeur, présente un statut unique chez l’homme : c’est le seul processus capable d’interfacer cerveau et esprit, sujet et objet, expérience et conscience, inné et acquis, processus conscients et inconscients sans perdre son identité.

Comme on l’a vu lors de la description de la plasticogenèse[47], cette interface naturelle répond à un principe dynamique de coexistence (PCE) ou de co-inhérence (PCI) qui peut entraîner un processus de co-signification (PCS) impliquant et individuant le sujet. Ce processus est matérialisé par la complexion[48] ou l’agrégation opérée lors du liage entre matière et psyché. Autrement dit, la formation de complexes de plasticité irréversibles et indissolublement liés à l’être ou la forme qui les porte implique l’individuation[49] à l’épicentre noétique (Figure 3). En outre, les interfaces plastiques, tout comme les archétypes, se présentent comme des processus autonomes, reliés et potentiellement émergents que l’on a précédemment définis comme reflétant les processus de connaissance (épistémè) et de reconnaissance du monde qui nous entoure[50]. Ils sont le lieu privilégié d’expression de la plasticité des mémoires[51].  Un lieu où l’être pensant ne peut plus s’exclure du moule de la pensée mais où il peut la plastir à volonté, où la complexion devient irréversible pour l’hôte qui co-évolue avec le corps du monde et l’habite, où la plasticité de l’esprit devient singulière et identitaire, où le sujet croît.

La plasticité noétique

Interfaces Plastiques

complexe de plasticité

epicentre noétique

processus

épistémiques

Matière-forme

Matière-énergie

Matière-esprit

Sujet-objet

Seuils d’Information

& de perception

Liage dynamique

Complexion

Cognition

individuation

plasticité des mémoires

Systèmes

métadynamiques

Plasticité humaine

Plasticité de l’esprit

PCE – PCI

CP

PCS

PE

Plasticité

Irréversibilité

Métaplasticité

transculturalité

Figure 3

En conclusion, la plasticité de l’esprit, outre son sens premier lié au déroulement plastique de la pensée, constitue une démarche salvatrice à adopter si l’on veut échapper au monde siliconé, abscons et désincarné qui nous guette. Elle suit trois axes majeurs : la plasticité du processus – de la forme générique au code plastique de la vie -, la plasticité de l’esprit – du langage articulé à la conscience « universelle » -, la plasticité du sujet – de l’altérité à l’inclusion du soi dans la plasticité du monde -. En suivant ce cheminement et en mettant en place de véritables interfaces entre les différents champs de perception et de connaissance vécus, on favorisera l’émergence de métalangages et de transcultures à même de nous sortir de l’impasse où se trouve la modernité : une plasticité de la nature bafouée et une plasticité humaine prise entre la rigidité extrême d’une part et l’incapacité de percevoir le sujet dans sa pleine réalité d’autre part.

 Marc-Williams DEBONO – Groupe de Recherche Plasticités Sciences Arts


[1] Discours de la dignité de l’homme (1486), in Œuvres philosophiques, Ed. et Trad. Olivier Boulnois, Giuseppe Tognon, Paris, PUF, coll. « Épiméthée », 1993 ; Ed. bilingue latin-français pour 2 des textes : Sur la dignité de l’homme ; L’Être et l’Un ; De la dignité de l’homme, Oratio de hominis dignitate, Trad. Yves Hersant, Paris, L’Éclat, Philosophie imaginaire, 1993.

[2] Le terme protoneural signifie le processus non cérébral qui a prévalu à l’émergence de la perception consciente de l’animal puis à la conscience réfléchie de l’homme. Il peut s’appliquer au règne végétal qui n’a pas développé de neurones, mais des systèmes de perception et d’adaptation très aboutis. Le terme esprit s’entend quant à lui au sens large du terme (être cognitif, être pensant, être communiquant. Par extension « la plasticité de l’esprit » ne se limite pas au sujet pensant mais embrasse l’ensemble des systèmes de connaissance et d’information (figure 2).

[3] Ce type de perception, essentiellement liée à la survie de l’espèce, a atteint une sorte d’apogée chez les organismes comme les végétaux qui présentent des mécanismes physiologiques voisins des animaux et sont capables de perceptions élaborées et de communiquer sans cerveau.

[4] Qui est capable de représentations internes et d’un certain libre-arbitre.

[5] L’a-culture indique ici ce formatage boulimique réalisé en temps réel par nombre de médias au détriment du fait ou de l’objet. C’est incontestablement d’une culture mutante proprement humaine qu’il s’agit, non dénuée d’intérêt immédiat, de prise sur le réel, mais souvent creuse ou constituée d’une chaîne d’évènements déculturés. La transculture appelle au contraire l’altérité, un croisement fécond des cultures et des identités, une traversée commune de l’évènementiel.

[6] Notamment du monde végétal dont les systèmes d’échange d’information et de perception sont encore sous-estimés aujourd’hui.

[7] Amplifiées par le gigantesque réseau de communication terrien, par autant de bruit, de parasites, de modus vivendi imposés, de courants perdant chaque jour un peu plus l’intégrité de la conscience humaine.

[8] Terme récemment introduit par le Professeur Alain Berthoz (Odile Jacob, 2009) afin d’exemplifier ces nombreux motifs (pattern) ou processus du vivant non pas « simples » mais débouchant sur des procédés simplifiants qui sont conservés et reproduits dans l’échelle évolutive. On retrouve ainsi les mêmes schèmes moléculaires que ceux ayant prévalu à l’origine du monde à l’échelle cérébrale et cognitive.

[9] Marc-Williams Debono, L’Ere des Plasticiens, Aubin Editeur, Coll. Sciences, Spiritualité, Epistémologie, 1996.

[10] La néo-corticalisation du cerveau humain ayant conduit aux représentations internes et aux projections dans l’avenir.

[11] Il s’agit de la trace historique du vivant, mais aussi de la trace écrite – prépondérante chez l’homme – qui reflète intégralement la plasticité de son esprit (aspect développé dans l’ouvrage à paraître).

[12] Titre d’un ouvrage à paraître, dont cet article aborde la partie conceptuelle (partie 1) et les aspects liés aux systèmes conscients (partie 2).

[13] Contrairement à la position dualiste cartésienne qui sépare corps et esprit.

[14] Cela correspond au « hard problem » (problème difficile) qui distingue en neurophilosophie percept ou connaissance objective de la réalité et affect ou sentiment qualitatif (qualia) rapporté à ce percept (Chalmers) et s’oppose au « soft problem » (problème facile), caractéristique du fonctionnement objectif du cerveau et des données immédiates de la conscience: Questions posées par le hard problem : la conscience est-elle un épiphénomène ou un déterminant actif du système cerveau-esprit ? Pourquoi l’expérience consciente est-elle de nature différente par rapport à l’expérience objective ? Est-elle un constituant fondamental de la nature, un dérivé ou une propriété émergente ?

[15] Francisco Varela, Eva Thomson & Eleanor Rosch, L’inscription corporelle de l’esprit, Editions du Seuil, 1993. La thèse de Varela s’appuie ici sur une vision particulière de non-action ou d’action possible sans intention. Il faut la comprendre comme l’incarnation de  processus mentaux non accessibles au niveau personnel de la conscience  lors d’une nouvelle configuration donnée. Lire l’article récent d’Olivier Pénelaud « Le paradigme de l’énaction aujourd’hui » paru dans la revue PLASTIR n°18 qui fait un point complet sur les perspectives énactives et leurs limites.

[16] Sans tabou, cette échelle devrait se décliner à un bout par une ou des formes de perception a-conscientes, de consciences du non-savoir et à l’autre bout par la conscience du soi et du non-soi.

[17] Des études récentes montrent non seulement que les remaniements synaptiques ou des réseaux interconnectés sont permanents dans le cerveau mais qu’il utilise la quasi-totalité de l’énergie métabolique sanguine provenant du pompage cardiaque pour ses activités automatiques inconscientes (Allocution du Pr. Jean Rossier, Institut de France, 2007).

[18] Comme l’hippocampe et le bulbe olfactif dont on peut observer des modifications anatomiques directes et durables lors apprentissages spécifiques. Modifications mesurables en électrophysiologie (phénomène de potentialisation) et en neuroimagerie, de même que les processus inconscients tels que les images subliminales ou le calcul mental (voir notamment les travaux de Stanislas Dehaene).

[19] On identifie aujourd’hui en sus de l’inconscient psychanalytique, un inconscient proprement neuronal qui est en charge de renforcer ou de modifier en permanence les réseaux synaptiques locaux et un inconscient proprement cognitif lié à l’affect.

[20] Marc-Williams Debono, « L’Histoire Fantastique  du Cerveau-Monde », Abstract Neuro & Psy 184, 1998. Comme cet article l’explicite: « La connaissance s’acquiert dans la dualité entre le risque de péricliter et la tendance à transcender» et le vécu singulier peut-être fortement perturbé en cas de déséquilibre de l’épicentre noétique, de confusion mentale ou de fantasmes schizoïdes.

[21] Molécule d’ADN, végétal, cerveau…

[22] De très nombreux travaux scientifiques impossibles à citer ici l’attestent.

[23] Marc-Williams Debono, « De l’arbre à l’homme », ETHIQUE n°2, Editions Universitaires, 1991. Essai philosophique relatif à des travaux sur la bioélectricité des plantes menés par l’auteur (voir références suivantes) qui incitent à plus d’humilité, à une pensée du bas vers le haut.

[24] Michel  Bitbol, L’aveuglante proximité du réel,  Odile Jacob  2002. Nous voulons dire par là que la notion de plasticité est d’une telle évidence depuis l’Antiquité que personne ne ressent le besoin de l’expliquer. Or, nous le voyons, il ne s’agit pas d’une banale propriété systémique, mais bien d’un principe universel sous-jacent à toute forme  de conscience ou de réalité.

[25] Lire l’article de Rachel Zahn paru dans PLASTIR n°20 montrant les perspectives d’avenir de cette interface en traitant une des approches contemporaines dans ce domaine : la perspective énactive évoquée dans le corps du texte de cet article.

[26] [0-1] ou [A-nonA] illustrées dans les approches quantiques et les concepts ternaires Piercens ou Lupasciens.

[27] Si évident qu’on l’oublie ou qu’on le néglige, comme l’interface plastique espace-temps-plasticité ou ETP.

[28] Nous faisons ici allusion aux champs bioélectriques présents chez les espèces végétales bien avant le développement des neurones.

[29] M-W Debono & F. Bouteau, « Spontaneous and evoked surface potentials in Kalanchoë tissues », Plant Physiology, Life Sciences Advances, 11, 1992, 107-117.

[30] Marc-Williams Debono, « Dynamic protoneural networks in plants », In prep., 2012.

[31] Marc-Williams Debono, « From Perception to Consciousness: An epistemic vision of evolutionary processes », Leonardo Journal, Theoritical perspectives, Vol. 37, Issue 3, MIT Press, USA, 2004, 243-248.

[32] Il y a de nombreuses écoles et courants. On en citera quelques uns, le dualisme corps (cerveau) & esprit, le monisme (cerveau & esprit : même réalité), le fonctionnalisme, le matérialisme (esprit = propriété du cerveau) ; l’idéalisme (cerveau = propriété de l’esprit), la modularité de Fodor, l’existentialisme  ou l’approche phénoménologique prenant en compte l’expérience subjective liée à un corps et une histoire, la neuropsychanalyse, etc…

[33] Présenté comme tel à juste titre par le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux lors d’une allocution au Collège de France.

[34]Marc-Williams Debono, «Transdisciplinarity: A new approach to metadynamics and consciousness», in Transdisciplinarity: Theory & Practice  edited by B. Nicolescu, Hampton Press Creskill NewJersey, 2008.

[35] Marc Jeannerod, La Nature de l’esprit, Odile Jacob, 2002. Les états psychiques y sont présentés comme objets naturels expressément liés à une causalité neurobiologique

[36] Marc-Williams Debono, « Un espace naturel de pensée », Chap. de livre dans Valery et la Méditerranée, P. Signorile Ed. , Edisud 2006.

[37] Joëlle Proust, Langage et cognition, PUF, « Psychologie et sciences de la pensée », 1998 ;

 « Les animaux pensent-ils ? », Bayard, 2003, Joëlle Proust et Elizabeth Pacherie, « La philosophie Cognitive », Ophrys et Editions de la MSH, 2004. Philosophie propositionnelle traitant de la nature psychologique, cognitive ou métaphysique de l’esprit, intentionnalité, unité du soi cognitif du sujet

[38]Anne Reboul, « Théorie de l’esprit ou simulation: l’apport des études développementales », in Confrontations Psychiatriques n°46, 2006.  Langage et cognition humaine, PUG, 2007.

[39] Patricia Smith Churchland,  Neurophilosophie : l’esprit-cerveau, PUF, 1999.

[40] Tels qu’ils ont été définis plus haut.

[41] Marc-Williams Debono, « Introduction à l’Esprit-Temps », Revue Phréatique, Ed. Arcam, 1989.

[42] Marck Solms ”The Neuropsychology of Dreams”, 1997, “Clinical Studies in Neuro-Psychoanalysis” (avec Karen Kaplan-Solms, London: Karnac Books 2001, “The Brain and the Inner World” (avec Oliver Turnbull 2002). Il établit notamment des liens étroits entre les localisations cérébrales et les symptômes psychanalytiques tels le refoulement, la libido, les névroses ou l’interprétation des rêves.

[43] Antonio Damasio, L’erreur de Descartes, Odile Jacob 1997 ; « Le sentiment même de soi »,  Odile Jacob 1999. Son approche met en avant la reconnaissance du rôle des émotions sur tous nos actes et pensées, ainsi que la présence de marqueurs somatiques identifiés.

[44] François Ansermet et Pierre Magisttreti, A chacun son cerveau : plasticité neuronale et inconscient, Odile Jacob, 2004.

[45] Ces auteurs, reprenant l’hypothèse du frayage de Freud et l’associant aux découvertes récentes du neurobiologiste Eric Kandel, sur la modification durable de l’activité neuronale, étendent pour la première fois le lien établi entre mental et neural à l’inconscient (pulsionnel) Intégrant des «  états internes » générés par le sujet et les rapports entre signifié et signifiant  (patterns neuronaux) qu’ils engendrent, d’où l’établissement de scénarios prépondérants (fantasmes) associés aux états somatiques de Damasio.

[46] Marc-Williams Debono, « La plasticité des Mémoires. – Convergences entre archétypes et complexe de plasticité », in Actes du Colloque International « Jung et les Sciences »,  Université libre de Bruxelles, Szafran, Baum & Decharneux Eds., Editions EME, 2009.

[47] Etat des lieux de la plasticité – Partie 1 Les Interfaces plastiques / Fig. 2, Implications Philosophiques, 02 Mars 2012.

[48] Pour rappel, ce terme est utilisé dans le sens de complexio emprunté au latin classique (« assemblage », « complexion ») composé du préfixe con- (« avec ») et de la racine plexus issue du participe passé du verbe plectere (« nouer », « tisser »). Paronyme: complexification.

[49] Équivalent à la matérialisation au niveau de l’interface matière-forme (Etats des lieux de la plasticité – Partie 1, Fig. 2).

[50] Les notions d’affect-temps, d’archétypes de prédation ainsi que différents modèles alogiques de la réalité ont été avancées par l’auteur dans les années quatre vingt et publiées dans « L’ère des Plasticiens » (réf. 9) tout à fait en amont du statut des réflexions poursuivies aujourd’hui sur le statut des interfaces plastiques et du complexe de plasticité et ses liens possibles avec les archétypes jungiens.

[51] Opus Cit. 46.

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