Le problème de la limite chez Kant au prisme du sublime (1/2)

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Jeanne Etelain, doctorante à la New York University.

Résumé

Le problème de la limite chez Kant est à la fois le problème que s’est posé Kant, à savoir déterminer les limites de la raison humaine, et en même temps le problème que Kant pose à sa suite, celui d’un accès limité au monde. Après avoir rappelé les termes de ce problème dans la philosophie critique, nous proposons de le mettre en perspective avec l’analytique du sublime. L’examen de l’objet à l’origine du sentiment du sublime, à savoir le sans-forme, pourrait conduire (ce que ne fait pas Kant) à envisager la possibilité d’une expérience brute fournie par les sens en dehors des formes de l’esprit.

Mots-clés : Kant, limite, sublime, transcendantal

Le sentir pur ou la pointe du transcendantal

Comme le souligne Geoffrey Bennington, la limite est un concept fondateur de la philosophie de Kant, qui vient hanter l’ensemble de son œuvre[1]. La limite est un problème chez Kant au moins en deux sens : d’une part, elle est le problème que Kant s’est posé et, d’autre part, le problème que Kant pose à sa suite. Kant se demande effectivement quelles sont les limites de la connaissance et répond qu’elle est limitée par les conditions de possibilité de l’expérience. Dans son article consacré au problème de la limite chez Kant, Robert Theis précise alors que « la notion centrale autour de laquelle ce problème prend forme est celle d’Erscheinung[2] » c’est-à-dire de phénomène – le noumène étant « l’autre bord de la limite sans lequel le thème de la limite n’aurait pas de sens[3] ». Or, comme le fait remarquer l’auteur, « l’Erscheinung est le nom d’un reste, d’une altérité à jamais inconnaissable pour nous. Elle est comme l’aveu de ce que quelque chose reste inaccessible à l’esprit et que ce fait relève du sujet connaissant et non de l’objet connu[4]. » En d’autres termes, le problème que pose Kant à sa suite est celui de la finitude de l’homme qui se présente comme un être limité et pour qui l’accès au monde est restreint ; problème qui occupera toute la philosophie du xxe siècle jusqu’aux métaphysiques les plus récentes dites spéculatives qui veulent « rompre avec le transcendantal[5] ».

illegal-2211566_1280Notre hypothèse de travail est que l’analyse kantienne du sublime laisserait entrevoir, en creux, un vacillement voire un dédoublement de la limite au sein même de la phénoménalité – et non plus seulement entre les phénomènes et les noumènes. Notre objectif n’est pas de produire un commentaire qui servirait à expliquer la philosophie kantienne, ni de proposer une interprétation qui viendrait en expliciter un sens caché. Il s’agirait plutôt d’une expérimentation qui, au contact du texte kantien, mais tout en s’en séparant (la limite étant justement un espace de contact comme de séparation), chercherait d’autres termes pour penser le problème et ouvrir des pistes de réflexion nouvelles.

Nous commencerons donc par un rappel du problème de la limite chez Kant à travers un résumé de l’exposition des conditions de possibilité de l’expérience, qui limitent la connaissance humaine, à savoir les formes transcendantales de l’esprit que sont les intuitions pures de la sensibilité et les concepts de l’entendement. Nous verrons ensuite dans quelle mesure la limite reste pour Kant un problème au sens fort du terme : la raison possède une tendance à se porter à ses limites et à penser des objets inconnaissables dont elle prétend illégitimement donner un savoir. A ce titre, nous reprendrons l’analyse de Geoffrey Bennington sur la distinction conceptuelle que fait Kant entre borne et limite : alors que les formes transcendantales de l’esprit bornent la connaissance, les idées de la raison la portent à ses limites dans un espace de contact entre les phénomènes et les noumènes. Finalement, nous proposerons un niveau d’examen supplémentaire en mettant en rapport le problème de la limite qui structure la première Critique avec l’analytique du sublime de la troisième Critique. En effet, dans le sentiment de sublime, l’exposition transcendantale des limites vacillerait : il semblerait que la pensée soit conduite au-delà de ses limites par la rencontre avec un objet qui présente une dimension d’illimité et excède sa capacité de mise en forme. Selon nous, se dessinerait alors ici une distinction au sein même de la phénoménalité entre les objets formés et les objets sans forme, ouvrant alors la possibilité de penser un phénomène qui relèverait d’un sentir pur c’est-à-dire d’une expérience brute fournie par les sens.

Penser la limite

Tout d’abord, Kant précise dans la préface à la première édition que son point de départ est l’interrogation sur la possibilité et la légitimité d’une science comme la métaphysique qui se réclame de la connaissance du suprasensible[6]. Pour répondre à cette question, il faut d’abord savoir sur quoi se fonde la connaissance en général et faire une critique de la raison humaine, c’est-à-dire déterminer la puissance et les limites de la faculté de connaître.

A la suite des empiristes, il ne fait pas de doute pour Kant que « toute notre connaissance commence avec l’expérience sensible[7] », et il faut donc revenir à sa description. Sa thèse principale est que, si « toute notre connaissance s’amorce avec l’expérience, il n’en résulte pas pour autant qu’elle dérive dans sa totalité de l’expérience[8]. » Autrement dit, il existe quelque chose d’indépendant de l’expérience qui participe à la connaissance et nous assure de sa validité à savoir ses conditions de possibilité qui résident dans l’entendement. « L’expérience elle-même est un mode de connaissance qui requiert l’entendement, duquel il me faut présupposer la règle en moi-même, avant même que les objets me soient donnés, par conséquent a priori [9]». Finalement, l’expérience possède un certain nombre de principes qui ne dépendent pas des objets, mais de nous de telle sorte que ce sont les objets de l’expérience qui s’accordent avec les règles de notre entendement.

Résumons en quelques lignes la théorie de la connaissance de Kant à partir de son exposé dans les sections « esthétique transcendantale » et « analytique transcendantale ». Selon Kant, l’esprit possède en lui-même des facultés transcendantales, c’est-à-dire des facultés antérieures et indépendantes à l’expérience, a priori, qui mettent en forme les données sensibles et rendent possible l’expérience. L’esprit a d’abord la faculté de recevoir des représentations grâce à la sensibilité qui met en forme le divers sensible à travers deux intuitions pures que sont l’espace et le temps. Ensuite l’imagination fait la liaison entre la sensibilité et l’entendement en synthétisant les représentations sensibles, c’est-à-dire en les assemblant et les reliant conformément aux concepts purs a priori de l’entendement (comme la causalité), afin d’en préparer la recognition et la connaissance par celui-ci.

Ainsi, la connaissance n’est possible que si les conditions nécessaires de l’expérience sont remplies. Il s’ensuit que le champ de l’expérience et le champ de la connaissance se recouvrent. Il ne peut y avoir de connaissance sans expérience, car affranchis des objets empiriquement donnés les concepts sont dépourvus de toute signification. Inversement, il ne peut y avoir d’expérience sans connaissance non plus, car affranchis des synthèses intuitives et conceptuelles les sensations sont des rhapsodies de perceptions. « Des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles[10] » résume Kant. Connaissance et expérience possèdent donc les mêmes conditions de possibilité : le sujet transcendantal muni d’intuitions pures et de schèmes conceptuels.

Si le problème de départ de Kant se formule en termes de limites, il s’avère que sa réponse aussi : la connaissance humaine est limitée par le champ de l’expérience qui est lui-même limité par les formes transcendantales de l’esprit que sont les intuitions et concepts purs. Il s’ensuit que la métaphysique, comme science de ce qui est au-delà des limites de l’expérience possible, devient illusoire. Je ne peux ni connaître ni même faire l’expérience d’une chose en dehors d’un Je-pense qui met en forme, synthétise et conçoit la matière sensible. Pour reprendre une métaphore fameuse que l’on doit à Heinrich von Kleist, nous voyons le monde à travers des lunettes, que sont les intuitions pures et les concepts purs, qui transforment les sensations floues et désordonnées en expériences nettes et cohérentes, sources de connaissance.

Si à la place des yeux tous les hommes portaient des verres de couleur verte, ils seraient obligés de juger que les objets qu’ils perçoivent sont verts – et jamais ils ne pourraient distinguer si leur œil leur montre les choses telles qu’elles sont, ou s’il ne s’y ajoute pas quelque chose qui n’appartient pas aux choses, mais à l’œil. Il en est de même avec la raison[11].

De cette théorie des conditions de possibilité transcendantales de l’expérience, il s’ensuit que nous n’avons pas accès aux choses telles qu’elles sont, mais telles qu’elles nous apparaissent configurées par la sensibilité et l’entendement humains. Nous ne pouvons faire l’expérience de la réalité que dans l’espace et le temps ainsi que selon les concepts de l’entendement. La « réalité »[12] seule ou les choses en elles-mêmes nous sont inconnues, nous ne connaissons que notre mode de les percevoir. C’est la fameuse thèse de l’idéalisme transcendantal. Il s’ensuit une rupture irréconciliable de l’homme et du monde marquée par la séparation métaphysique entre les phénomènes, les objets tels que nous nous les représentons, et les choses en soi ou noumènes, les choses indépendantes de toute relation à un sujet et donc inconnaissables. La limite de la raison est une ligne de séparation entre le monde des phénomènes et le monde des noumènes : la raison est enfermée à l’intérieur de son pays phénoménal et ne peut sortir d’elle-même pour visiter l’espace nouménal.

Penser (à) la limite 

Toutefois, dans Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourrait se présenter comme une science, Kant prend soin de distinguer au paragraphe 57 les bornes (Schranken) des limites (Grenze)[13].

Les limites (dans le cas des êtres étendus) supposent toujours un espace qui se trouve à l’extérieur d’un endroit déterminé, et qui enclot cet endroit ; les bornes n’exigent rien de tel : ce sont des négations affectant une grandeur pour autant qu’elle n’a pas une intégralité absolue. Or notre raison voit, si l’on peut dire, autour d’elle un espace pour la connaissance des choses en elles-mêmes, bien qu’elle ne puisse jamais en avoir de concepts déterminés et qu’elle soit restreinte aux phénomènes[14].

Ainsi les « bornes » sont de simples négations, alors que les limites sont « quelque chose de positif, qui appartient aussi bien à ce qui enclot qu’à l’espace situé à l’extérieur d’un ensemble donné[15] ». La limite, elle, marque la fin de quelque chose et le début d’autre chose. Il existe donc bien une limite qui sépare « l’espace vide » des noumènes, dont nous ne pouvons rien savoir, qui constitue le dehors absolu, et « l’espace plein » des phénomènes, réservé au sujet transcendantal. Mais bien que cette limite qui s’étend entre ces deux espaces soit absolue parce qu’invariable d’un sujet à l’autre, elle n’en reste pas moins relative au sens où elle appartient tout autant aux deux espaces hétérogènes qu’elle sépare et met en contact. Par conséquent, la borne serait une simple séparation fixe alors que la limite serait un espace relationnel.

La distinction conceptuelle entre borne et limite permet à Kant de répondre aux tendances sceptiques des « idéalistes empiriques » qui consisteraient à prendre les limites de la connaissance pour les bornes de la réalité. Selon Kant, l’idéaliste peut tomber dans ce qu’on pourrait appeler une illusion empirique qui conduit à douter de l’existence des choses en soi du fait que nous ne pouvons en avoir une perception immédiate[16]. Autrement dit, l’illusion empirique idéaliste consiste à considérer qu’au-delà des formes de l’esprit, au-delà de la subjectivité, rien n’existerait ; que tout ne serait que pure phénoménalité, monde de représentations de l’esprit du sujet transcendantal. Or, avec le concept de limite comme point de contact entre deux choses, Kant légitime l’existence d’un dehors absolu et rend sa dignité à la métaphysique en tant que rapport de la raison avec le suprasensible. Ainsi il existe un usage de la raison avec les choses en soi qu’il faut déterminer.

Kant distingue un usage immanent de la raison qui « se tient entièrement dans les bornes de l’expérience possible[17] » et un usage transcendant « qui repousse ces bornes et même ordonne de les transgresser[18] ». Le premier est légitime parce qu’il correspond à l’utilisation des concepts propres à l’entendement à l’intérieur des limites du champ de l’expérience. Le second est illégitime parce qu’il étend l’entendement au-delà des limites de l’expérience sensible. Toutefois, Geoffrey Bennington fait valoir dans son analyse de la distinction conceptuelle entre borne et limite chez Kant qu’il existe un troisième usage, également légitime, qui correspond à « un certain franchissement[19] » de la limite. Si la raison est restreinte à l’espace des phénomènes, les limites du phénomène font encore partie de la phénoménalité et donc de l’espace de la connaissance. Autrement dit, il existe une connaissance des limites qui permet ensuite de déterminer précisément le champ de l’usage immanent, et donc légitime, de la raison.

Or la limitation du champ de l’expérience par quelque chose qui lui est au demeurant inconnu est bien une connaissance qui de ce point de vue reste acquise pour la raison ; par cette connaissance, la raison, sans être bornée au monde sensible et sans non plus s’égarer au-delà, s’en tient strictement, comme le permet une connaissance des limites, au rapport entre ce qui se situe à l’extérieur de ces limites et ce qui est contenu à l’intérieur[20].

Ainsi les limites de la connaissance sont comme la connaissance des limites. Il s’agit de penser ce qui se tient à la limite, sans jamais la franchir, dans un jeu d’équilibriste, c’est-à-dire de penser (à) la limite. Effectivement, penser la limite au lieu même où elle se trouve signifie en même temps penser à la limite. Là est toute la difficulté : conduire la pensée à sa limite, au bord de l’illusion transcendante, au contact de son altérité radicale, à la pointe de sa disparition. Penser (à) la limite, donc, implique de se tenir sur ce qui met en relation l’espace vide des noumènes et l’espace plein des phénomènes, à savoir les intuitions et concepts purs.

La solution de Kant consiste à faire une différence entre connaître et penser : « se forger la pensée d’un objet et connaître un objet, ce n’est pas la même chose[21] ». Pour connaître, il est nécessaire que les concepts purs de l’entendement soient rapportés à des intuitions sensibles : « la pensée d’un objet en général ne peut en nous devenir connaissance, par l’intermédiaire d’un concept pur de l’entendement, que pour autant que ce concept est mis en rapport avec des objets des sens[22]. » Ainsi ce qui se tient à la limite de l’expérience est nécessairement ce qui se situe à la limite de la connaissance – à savoir des objets pensables bien que non connaissables : les « idées ». « J’entends par Idée, écrit Kant, un concept nécessaire de la raison auquel aucun objet qui lui corresponde ne peut être donné dans les sens[23]. » Il en existe de deux ordres : les idées rationnelles et les idées esthétiques.

Par une Idée esthétique, j’entends cette représentation de l’imagination qui donne beaucoup à penser, sans que toutefois aucune pensée déterminée, c’est-à-dire aucun concept, ne puisse lui être adéquate, et par conséquent aucun langage n’atteint complètement ni ne peut rendre compréhensible. On voit aisément qu’elle est l’opposé (le pendant) d’une Idée de la raison qui, à l’inverse, est un concept auquel aucune intuition (représentation de l’imagination) ne peut être adéquate. [...] On peut nommer Idées de telles représentations de l’imagination : d’une part, parce que, du moins, elles tendent vers quelque chose qui est au-delà des limites de l’expérience et cherchent ainsi à s’approcher d’une présentation des concepts de la raison (des Idées intellectuelles) [24].

Ainsi les idées esthétiques et les idées intellectuelles seraient comme deux aspects distincts des limites de la raison. En effet, les idées intellectuelles sont des concepts sans intuitions, la conception d’un objet imprésentable (comme Dieu), et les idées esthétiques des intuitions sans concepts, la présentation d’un objet inconcevable. Les idées dessinent donc bien une autre limite, plus relative, que celle dessinée par les bornes, que sont les intuitions et concepts purs, par leur franchissement partiel – partiel parce que la pensée ne franchit jamais les deux bornes à la fois. C’est-à-dire que, grâce aux idées intellectuelles, la pensée franchit la borne des intuitions pures et ne se tient plus que sur la seule limite des concepts purs. Et à l’inverse, grâce aux idées esthétiques, la pensée franchit la borne des concepts purs et ne se tient plus que sur la seule limite des intuitions pures. Pour reprendre la métaphore des lunettes de Kleist, on pourrait dire que, dans le cas des idées rationnelles, la raison ne verrait qu’à travers le verre des concepts tandis que, dans celui des idées esthétiques, elle ne verrait qu’à travers le verre des intuitions.

La limite n’est donc pas une simple borne. La borne, au fond, est une délimitation qui peut être franchie bien que sa transgression soit interdite. Lorsque je transgresse les bornes de la raison que sont les formes transcendantales, je tombe dans l’illusion transcendante. La limite, elle, est le seuil naturel de la raison qu’il n’est pas possible en fait, et non pas interdit en droit, de franchir et donc de transgresser. Je ne peux que me situer à la limite de la raison que sont les idées. Et c’est cette pensée à la limite qui est à l’origine de mon désir d’absolu car la pensée aperçoit l’absolu à l’horizon de l’espace qui lui est attribué. Geoffrey Bennington préfère alors parler à ce titre de « frontière[25] » puisque la limite kantienne comme la frontière est une limite infranchissable qui avance au fur et à mesure qu’on la franchit. En effet, une frontière est infranchissable au sens où franchir la frontière ne signifie pas l’abolir, mais simplement la repousser plus loin. La frontière ne se transgresse pas, c’est une transgression non transgressive : « repoussez la frontière pour savoir ce qui se trouve au-delà, et ce qui était au-delà n’y est plus, car vous y êtes déjà, l’au-delà est parti au-delà encore, vous n’y serez jamais[26]. »

 



[1] Geoffrey Bennington, Frontières kantiennes, Paris, Éditions Galilée, 2000, p.66, note 2 : « Il va de soi que la première Critique n’arrête pas de parler de limite et de frontières, d’un bout à l’autre, à toutes les pages, à tel point que l’on renonce à en donner les références : c’est d’ailleurs justement cette ubiquité de la frontière que nous essayons, peu à peu, de comprendre. »

[2] Robert Theis, « Aspects et perspectives du problème de la limite dans la philosophie théorique de Kant », Tijdschrift voor Filosofie, 1990, vol. 52, no 1, p. 62-89, p. 71.

[3] Ibid., p. 79.

[4] Ibid., p. 87.

[5] Quentin Meillassoux, Après la finitude. Essai sur la contingence, Paris, Seuil, 2006, p. 39.

[6] Kant, Critique de la raison pure, trad. Alain Renaut, Paris, GF Flammarion, 2006, (abrégé dorénavant en CRP), p. 65 : « Cela dit, je n’entends pas par [Critique de la raison pure] une critique des livres et des systèmes, mais celle du pouvoir de la raison en général vis-à-vis de toutes les connaissances auxquelles il lui est loisible d’aspirer indépendamment de toute expérience, par conséquent le fait de trancher quant à la possibilité ou l’impossibilité d’une métaphysique en général et la détermination tant de ses sources que de son étendue et de ses limites – tout cela à partir de principes. »

[7] CRP, p. 93.

[8] Idem.

[9] Ibid., p. 78.

[10] Ibid., p. 144.

[11] Heinrich von Kleist, Correspondances 1793-1811, trad. Jean-Claude Schneider, Paris, Gallimard, 2000, lettre du 22 mars 1801 à Wilhelmine von Zenge.

[12] J’utilise les guillemets pour souligner le fait que j’emploie le mot réalité, non pas dans son sens kantien, mais dans son sens courant.

[13] Geoffrey Bennington (« De la fiction transcendantale », Passions de la littérature : avec Jacques Derrida, dir. Michel Lisse, Paris, Galilée, 1996) a fait voir que le sens de ces deux termes, et leur distinction, évoluent sensiblement entre la première édition de la Critique et la publication des Prolégomènes. Dans la première édition de la Critique, les bornes sont présentées comme contingentes et synthétiques alors que les limites sont considérées comme nécessaires et analytiques, de sorte que seules les premières seraient franchissables. L’analyse de Bennington vise à montrer que les limites sont tout aussi franchissables, mais seulement dans une certaine mesure. Nous reprenons une partie de ses commentaires, mais pour nous concentrer sur ce qu’est cette limite et ce que signifie son franchissement.

[14] Kant, Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science (1783), trad.  Louis Guillermit, Paris, Vrin, 1993, p. 164, je souligne.

[15] Ibid., p. 177.

[16] CRP, p. 376.

[17] CRP, p. 331.

[18] Idem.

[19] Geoffrey Bennington, « De la fiction transcendantale », op. cit., p. 148.

[20] Kant, Prolégomènes, op.cit. p. 177

[21] CRP, p. 206.

[22] Idem.

[23] CRP, p. 350.

[24] Kant, Critique de la faculté de juger (1790), trad. Alain Renaut, Paris, GF-Flammarion, 1995, §49, (abrégé dorénavant en CJ), p. 300.

[25] Geoffrey Bennington, « De la fiction transcendantale », op. cit., p. 154.

[26] Bennington, Frontières kantiennes, op. cit., p. 13.

  1. DéfiTexte says:

    Il me semble qu’il y a confusion entre bornes et limites : c’est la limite qui est infranchissable, la borne n’est qu’une négation que l’on dépasse comme l’entrée d’un village. Sinon un « espace qui se trouve à l’extérieur d’un endroit déterminé » ne serait pas extérieur : une borne « affecte une grandeur pour autant qu’elle n’a pas une intégralité absolue ». La borne appartient au terrain tandis que la limite « appartient aussi bien à ce qui enclot qu’à l’espace situé à l’extérieur d’un ensemble donné » comme par exemple le rapport de division (et d’inhérence) / appartient autant au numérateur qu’au dénominateur. La limite est « quelque chose de positif » : elle est positive mais elle n’est pas positive sans être-avec, attachée à quelque chose ; de même 1/2 ce n’est pas 1 ou 2 sans / (car c’est 0.5), ou 1 ce n’est pas 1 sans +.

    Quand vous représentez le noumène x et son phénomène graphique F(x), par exemple x➙x² selon « l’espace et le temps », vous voyez une courbe qui tend vers une limite infinie, une progression sans bornes mais que vous ne dépasserez jamais, toujours-avec, une courbe dans laquelle les noumènes x ne nous sont pas accessibles dans les réels, les « choses telles qu’elles sont » bien que tout à fait présentes. Les symboles / ou ➙ représentent « La limite de la raison […,] une ligne de séparation entre le monde des phénomènes et le monde des noumènes ». Alors je ne crois pas que l’on puisse dire que « La limite, elle, marque la fin de quelque chose et le début d’autre chose » : elle accompagne mais ne sépare pas les choses, sans la transgression des bornes. Je ne pense pas qu’il y ait un pas, une négation, entre x, dont nous pouvons pourtant « savoir quelque chose », et F(x) que l’on voit : les pas, les enjambements sont différents ici et là ; disons, discrets ici, continus là : où les significations « l’espace vide » et « l’espace plein » prennent un sens. Alors, « l’illusion empirique » consiste à croire que le graphe ce sont des x alors que ce sont les images des x.

    La forme fonctionnelle (transcendantale) est la connaissance autour de la limite F, par exemple ➙, entre noumène x et phénomène F(x). Selon l’attachement, les limites du phénomène font ou non encore partie de la phénoménalité et donc de l’espace de la connaissance : on connaît ou non les fonctions ; par exemple, on ne connaît ni ses glucides x ni la fonction glycogénique mais on voit bien que l’on marche.

    Oui, le sublime ouvre la possibilité de penser un phénomène qui relèverait d’un sentir pur : le sublime donne accès aux sources nouménales x, à l’expérience de ce qu’est la sensation du pur style, pur de structures.

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