« Ce qu’est le sujet, c’est la série de ses actions » (Partie 1)

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Remarques sur la détermination et les raisons des limites du point de vue moral dans la conception hégélienne de l’évaluation de l’action

Élodie Djordjevic

Parce qu’il exige en quelque façon de poser que le monde n’est pas comme il doit être, parce qu’il présuppose une distinction entre ce qui est et ce qui doit être, entre le Sein et le Sollen, le point de vue de l’action se présente d’abord, chez Hegel, comme point de vue de la volonté finie, qu’il désigne encore comme point de vue de la moralité. C’est ainsi, tout “naturellement”, que l’action trouve, dans les Principes de la philosophie du droit, son lieu d’analyse privilégié dans la section « Moralité ». La condition de l’action, en effet, est que la différence entre subjectivité (du but, contenu de la volonté) et objectivité (du monde, de l’être-là) n’est jamais comblée — différence d’où naît précisément l’intérêt à agir, intérêt sans lequel aucune action n’est concevable — et cette différence, qui se laisse en même temps saisir comme différence entre l’« intérieur » et l’ « extérieur », est caractéristique du point de vue de la moralité.

Pourtant, si c’est bien dans la moralité qu’est analysé le rapport du sujet aux normes de son agir, ce n’est pourtant pas le point de vue moral qui permet de livrer, en dernière instance, les normes véritables de l’action, c’est-à-dire le critère permettant de juger véritablement de la valeur de celles-ci : la moralité ne saurait, pour Hegel, être le dernier mot de l’évaluation. Ce n’est pas à dire que la philosophie hégélienne implique la réfutation, comme irrationnelle ou illégitime, de tout jugement de valeur : il y a des évaluations chez Hegel qui ne se confondent pas avec de purs jugements de fait ou encore ne sont pas réductibles à l’approbation de ce qui, dans les faits, l’emportent, faisant par là de la réussite la seule sanction de ce qui est juste et bon. Ces évaluations, cependant, ne sauraient non plus s’identifier à des jugements de valeur effectués à l’aune d’un devoir-être « abstrait », tels que se déterminent pour lui, en dernière instance, les jugements moraux. Toutes les actions ne se valent certes pas, ou plutôt, certaines ont de la valeur et d’autres n’en ont pas. Plus encore, parce que le sujet n’est rien d’autre que « la série de ses actions »1, l’évaluation de l’un et de l’autre sont strictement corrélatives : « [les actions du sujet] sont-elles une série de productions sans valeur, la subjectivité du vouloir est elle aussi sans valeur ; la série [des] actes [du sujet] est-elle au contraire de nature substantielle, la volonté interne de l’individu l’est aussi ». Cependant, comment déterminer une « série d’actions » comme étant de « nature substantielle » ? Si c’est bien une telle « nature » qui confère de la valeur aux actions (et par-là même au sujet qui les porte et qui ne fait qu’un avec la « série » qu’elles constituent), une telle détermination ne peut être tenue du strict point de vue « moral », ni même, peut-être, dans le seul cadre de l’analyse de l’esprit objectif tel qu’il se détermine, dans sa concrétude, comme éthicité.

Or, nous visons ici précisément à l’exposition de certains aspects de la conception hégélienne de l’action et de la manière dont, à partir d’elle, se pose la question de l’évaluation de l’action. Plus avant, nous voudrions expliciter l’identification, posée par Hegel au paragraphe 124 des Principes de la philosophie du droit, entre le sujet et « la série de ses actions » et, par là même, mettre en lumière les limites et les raisons des limites du point de vue moral s’agissant du jugement et de l’évaluation de l’action. Il ne saurait bien entendu être question ici de donner le fin mot de la question de l’évaluation de l’action chez Hegel, mais, en limitant notre propos à sa conception de l’appréhension morale de l’action, d’exposer brièvement en quoi et pourquoi le jugement strictement moral porté sur l’action ne saurait passer pour le jugement évaluateur le plus légitime et, à plus fortes raisons, pour le point de vue ultime d’après lequel les actions trouveraient à être jugées pleinement et véritablement. Ou encore, nous voudrions montrer pourquoi, ce point de vue est, relativement au sujet fini en tant que fini et à la structure de l’action elle-même, nécessaire, dans le même temps qu’il se manifeste comme insuffisant : pourquoi, tout à la fois, le jugement moral porté sur l’action est, d’une certaine manière, inévitable (en ce sens aussi que nous ne cessons de porter des jugements « moraux », tant sur les actions que sur ce que Hegel désigne comme le « monde éthique »), dans le même temps que cette évaluation morale ne peut et ne saurait passer pour le dernier mot de l’évaluation2.

Nous reviendrons d’abord sur la détermination générale de l’action telle que celle-ci est analysée dans la deuxième section des Principes de la philosophie du droit et que lui est essentiellement et nécessairement corrélée, s’agissant du jugement, la position de l’alternative entre conséquentialisme et intentionnalisme. Ce sont ensuite les limites et apories du point de vue moral relativement à la problématique détermination de sa norme, ainsi que les dérives auxquelles donnent nécessairement lieu le point de vue moral lorsqu’il est absolutisé, qui seront examinées. Il s’agira finalement de donner quelques éléments permettant de pointer la distinction entre évaluation morale et évaluation proprement rationnelle (et véritable) de l’action – et plus particulièrement de l’action en tant qu’action “historique” – en revenant sur l’affirmation hégélienne de l’identité du sujet à la « série de ses actions ».

***

1ère partie : Détermination générale de l’action et position de l’alternative (morale)

entre conséquentialisme et intentionnalisme

La corrélation essentielle entre la détermination de l’action et du sujet

L’action, affirme Hegel, est « expression-extérieure de la volonté en tant que subjective ou morale », et « c’est seulement l’expression-extérieure de la volonté morale qui est action »3. La compréhension de l’action renvoie ainsi à l’intelligence de ce qu’est la volonté subjective, volonté dont l’action n’est jamais que l’extériorisation. Or, ce qui caractérise le sujet est l’acte de se poser et de se déterminer par lui-même4. L’action est ainsi l’activité d’un sujet en tant qu’il s’autodétermine, et seule l’activité d’un sujet qui s’autodétermine peut à bon droit être considérée comme action. Le sujet est la personne5 en tant qu’elle s’intériorise à partir de l’extériorité de la Chose immédiate dans laquelle la volonté trouve son être-là dans le moment du droit abstrait : il est la personne qui se sait en tant que personne et volonté qui trouve son être-là en elle-même, est pure détermination de soi par soi, « l’extériorité [étant] posée comme indifférente »6.

Et si la volonté dont l’action est l’extériorisation peut indifféremment être désignée comme « subjective » ou comme « morale », c’est parce que « moral » doit être entendu en un sens large : il désigne d’abord et avant tout cette déterminité de la volonté par laquelle elle est réflexion infinie au-dedans de soi et trouve son être-là dans le sujet particulier en tant qu’il est « acte-d’autodétermination infini »7. Le point de vue moral « comprend par suite le propos et l’intention [qui ne sont pas directement caractérisés “moralement” selon l’acception courante du terme, c'est-à-dire en terme de Bien et de Mal], ainsi que ce qui est moralement mauvais »8.

Cependant, dans le même temps qu’elle est autodétermination infinie, la subjectivité en cause dans la moralité est “encore” « autodétermination abstraite et pure certitude d’elle-même seulement »9 : elle se pose comme distincte de l’objectivité qui est tout à la fois pour elle l’objectivité de la volonté en soi et pour soi, du concept, que l’objectivité comme être-là immédiat du monde en tant qu’ils sont tous posés par elle comme différents d’elle et lui faisant face. Si elle est détermination infinie, par le sujet, du contenu de son vouloir et des normes de son agir, la volonté subjective est dans le même temps volonté finie dans la mesure où elle se rapporte à un autre, et à un autre qui « est double : d’une part, le substantiel du concept et d’autre part l’être-là extérieur »10. Ainsi, la volonté subjective, en tant que distincte du concept est volonté particulière et bornée, et, en tant qu’elle se rapporte au monde comme à un donné extérieur, elle est dans la forme de la conscience, elle contient en elle l’opposition première de la subjectivité et de l’objectivité, de l’intérieur et de l’extérieur. De la sorte, le point de vue moral est « de manière générale le point de vue de la différence, de la finité et du phénomène de la volonté »11.

Se déterminant, se particularisant elle-même au-dedans d’elle-même et par distinction d’avec l’extériorité, la volonté subjective est par là même position de sa limite. Elle se donne un contenu qui est être-nié de son autre, “circonscrit” ce qu’elle est, et se détermine elle-même d’abord comme négation de cet être-autre — telle est la première négation de la volonté en tant qu’elle se “définit” elle-même par distinction de ce qu’elle n’est pas12. Mais, parce que la volonté est réflexion infinie au-dedans de soi, la limite est pour la volonté elle-même : elle se rapporte elle-même au contenu qu’elle se donne et qui la limite. Ainsi, de la volonté subjective, il ne faut pas dire qu’elle est limitée, mais proprement bornée. Or, la borne appelle immédiatement sa propre transgression, elle est immédiatement injonction à son propre outrepassement, devoir-être13, et l’action n’est rien d’autre que l’activité par laquelle la volonté subjective cherche à abroger cette borne, « activité de transposer ce contenu de la subjectivité dans l’objectivité en général, dans l’être-là immédiat »14. En ce sens, l’action n’est donc pas rattachée au sujet comme à sa cause, elle n’est pas non comme un attribut relié au sujet comme à sa substance, mais elle est proprement ce qui exprime la volonté subjective, l’extériorisation du sujet en tant qu’individu particulier conscient de soi et qui détermine le contenu de son vouloir en étant tout à la fois aux prises avec un monde et en relation avec les actions d’autres sujets.

Dans la moralité, ce sera moins le “résultat” de cette transposition, ce qui est “fait”, que la reconnaissance par la subjectivité de ses actions comme siennes et l’orientation de son agir selon des fins15 qu’elle se prescrit elle-même. Ainsi, « le point de vue moral est, dans sa figure, le droit de la volonté subjective. D’après ce droit la volonté ne reconnaît et n’est quelque chose que dans la mesure où il est sien, où elle y est pour elle-même comme terme-subjectif »16. Dans cette détermination se manifeste aussi bien la force et l’importance du point de vue moral comme moment de « la pure autodétermination inconditionnée de la volonté »17 que ses limites propres.

Ainsi se laissent saisir maintenant plus avant les déterminations de l’action telles qu’elles sont énoncées par Hegel dans le § 113 :

) elle est, dans son extériorité, sue par moi comme mienne, ) elle est la relation essentielle au concept en tant que devoir-être, et ) elle est la relation essentielle à la volonté d’autrui.18

Les conséquences et l’intention : la question du jugement moral de l’action

De la détermination de l’action comme expression-extérieure de la volonté subjective découlent la nature et la modalité du jugement moral, ainsi que les conditions d’imputation de l’action au point de vue moral. Je suis responsable, dans mon fait, de tout ce que j’ai voulu, de tout ce qui est manifestation de mon vouloir dans la transformation de l’être-là immédiat. Ou plutôt, seul ce qui est une telle manifestation, ce que je peux reconnaître comme ma fin dans la transformation de l’être-là immédiat peut m’être imputé.

Or, je ne peux d’abord vouloir que ce que je sais : si mon action vise bien à une certaine transformation de l’être-là immédiat et que cette transformation (même la plus superficielle) s’accompagne des conséquences les plus imprévisibles, je ne peux être tenu pour responsable de ces conséquences auxquelles je ne pouvais absolument pas m’attendre et qui ne sont en rien contenues dans ce que je visais, dans mon propos (quand bien même elles résultent effectivement de l’acte). De la même manière, « la représentation des circonstances », la connaissance des circonstances particulières dans lesquelles prend place mon agir, est de toute importance pour déterminer ce qui est de mon fait et peut donc m’être imputé, ce dont je suis moralement responsable : pour déterminer, ce qui, dans l’acte, est mon action. C’est là le « droit du savoir » qui est « droit de la volonté de ne reconnaître dans son acte comme étant son action que ce qu’elle sait, dans la fin qui est sienne, des présuppositions de l’acte, et de n’avoir de responsabilité-morale qu’à cet égard, c’est son droit de ne reconnaître comme sien que ce qui, dans cet acte, résidait dans son propos »19.

Cette distinction entre acte et action (Tat et Handlung) est révélatrice de la nature de l’action dans le même temps qu’elle suppose la reconnaissance, caractéristique de la modernité, de la volonté subjective et de ses droits : l’action à proprement parler, c’est-à-dire en tant qu’elle se distingue de l’acte, ne trouve sa place et ses droits que dans le monde moderne où est reconnu ce moment d’autodétermination infinie de la volonté qui détermine essentiellement l’action, en quoi elle consiste et qu’elle manifeste. En effet, « la conscience de soi héroïque […] n’a pas progressé, à partir de sa massivité, jusqu’à la réflexion de la différence entre acte et action, entre le donné extérieur et le propos et le savoir des circonstances, de même qu’elle n’a pas encore progressé jusqu’à l’émiettement des circonstances, mais prend en charge la responsabilité-morale dans toute l’étendue de l’acte »20. Ainsi Œdipe se reconnaît-il immédiatement coupable d’inceste et de parricide et n’argue-t-il pas de son ignorance des circonstances particulières : il s’attribue comme sien ce qui, dans l’objectivité de la fin, n’appartient pourtant pas à son vouloir à titre de propos21. Pourtant, le partage entre conséquences nécessaires et conséquences contingentes de l’action est, à même la finité de l’être-là dans laquelle l’action prend place, toujours difficile à faire. Non pas en raison de quelque limite de la connaissance, mais parce que l’action, comme activité d’un sujet fini auquel fait face un monde présupposé, fait fond sur une contingence irréductible et produit elle-même de la contingence.

De la sorte, les conséquences, du point de vue moral, ne peuvent servir à juger ou à évaluer l’action, puisque les “effets” de l’action dans l’objectivité sont pris dans un réseau de causalité qui échappe nécessairement en partie à l’agent, ou, du moins, est toujours susceptible de lui échapper22. Parce que l’action est toujours prise dans un réseau de causalité qui échappe en partie à l’agent, elle ne peut, du point de vue moral, être identifiée à ses conséquences, de telle sorte que celles-ci ne peuvent être ce sur quoi la volonté subjective dont l’action est l’expression peut être jugée. Cependant, là ne se manifeste aussi que la finitude dans laquelle est pris ce point de vue et en quoi il consiste puisque :

Le principe : dans les actions, mépriser les conséquences, et l’autre principe : porter un jugement sur les actions à partir de leurs conséquences et faire de celles-ci l’étalon de ce qui est droit et bon, — l’un et l’autre sont également de l’entendement abstrait23.

En effet, des conséquences, il faut dire qu’elles sont « la configuration immanente propre de l’action, manifestent seulement sa nature et ne sont rien d’autre qu’elle-même », mais, dans le même temps, il est vrai qu’il tient au développement même de la contradiction du fini que, dans l’être-là, la nécessité se renverse en contingence et la contingence en nécessité, de telle sorte que les conséquences les plus inattendues puissent suivre de l’action, en dehors de toute prévision possible de l’agent. De la sorte aussi, « agir veut dire, selon cet aspect, se livrer à cette loi » et il n’est pas d’action qui puisse y échapper.

Aussi l’évaluation morale ne peut-elle être faite à l’aune du pôle strictement objectif de l’action (c’est-à-dire sur ces conséquences, son “résultat” en tant que ce qui est “produit” dans le monde du fait de cette action). Pour autant, elle ne peut non plus légitimement s’identifier à son pôle purement subjectif. La précarité du point de vue moral se manifeste ainsi d’abord en cela que l’on ne peut, de ce point de vue et ce de manière constitutive, juger l’action ni véritablement sur ses conséquences, ni non plus sur les intentions qui en sont subjectivement à l’origine, tout autant que, en retour, on ne peut complètement éluder tout à fait ni l’une ni l’autre face pour juger de l’action. De la sorte, il semble qu’aucun jugement, aucune évaluation véritablement satisfaisants sur l’action ne puissent être faits de ce point de vue. Cela tient encore à la précarité de la norme à laquelle le point de vue moral, comme point de vue de la différence, peut seulement parvenir. Quelle est-elle ?

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Élodie Djordjevic est doctorante et Allocataire de recherche à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. Elle rédige actuellement une thèse intitulée « Rationalité et normativité / Hegel et la question du jugement politique » sous la direction de Jean-François Kervégan. Elle est également, depuis 2009, organisatrice du « Séminaire Doctorants et jeunes chercheurs de NoSoPhi » au sein de l’Équipe de Recherche « Philosophies contemporaines » (EA 3562) et co-organisatrice des premières Doctorales de Philosophie de l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne qui se tiendront au Printemps 2011.


1 Principes de la philosophie du droit, § 124, p. 221 (toutes les références des Principes de la philosophie du droit sont ici données dans la traduction de Jean-François Kervégan, Paris, PUF, 2003).

2 Parce qu’elle est centrée sur la question de l’évaluation, l’appréhension que nous tentons ici du problème de l’intérieur et de l’extérieur appelé par la détermination de l’action se distingue de la démarche de Robert P. Pippin dans son article « La Théorie hégélienne de l’agentivité – Le problème de l’intérieur et de l’extérieur » in Hegel pragmatiste ?, Philosophie n° 99, Éditions de Minuit, Automne 2008, numéro coordonné par J.-M. Buée, E. Renault, O. Tinland et D. Wittmann, pp. 96-120. Quand, en effet, Pippin cherche plus particulièrement à expliciter le rapport de ce qu’il désigne comme la « théorie hégélienne de l’agentivité » à la « socialité » (c’est-à-dire lien existant, chez Hegel, entre, d’une part l’affirmation d’une relation essentielle de l’action à la relation à soi et, d’autre part, le rôle joué par les autres, par le « monde social » jusque dans la description adéquate de l’action elle-même – question à l’aune de laquelle est ainsi interrogé le statut de l’intention et du rapport intérieur/extérieur), c’est plus thématiquement et directement les conséquences de ce problème intérieur/extérieur relativement à la question de l’évaluation de l’action qui nous intéresse ici : il s’agit ici plus proprement de comprendre et de donner quelques éléments permettant de mettre au jour comment, chez Hegel, le problème de l’évaluation de l’action peut être posé de manière idoine et légitime et pourquoi, à cet égard, le point de vue moral doit être considéré comme insuffisant, dans le même temps qu’il ne peut pas ne pas se poser.

3 Principes de la philosophie du droit, § 113 et Remarque, p. 212.

4 Une telle caractérisation du sujet fait manifestement écho à la philosophie pratique kantienne, et plus précisément, au concept “positif” de la liberté en tant qu’il désigne la capacité de la raison pure à être par elle-même pratique, autonomie. Dans son usage pratique, la raison pure est tout entière spontanéité (ce pourquoi, d’ailleurs, parler de raison pure pratique tient en quelque sorte du pléonasme : le pouvoir pratique de la raison ne suppose pas de réceptivité et la raison n’est pratique que lorsqu’elle est pure — Kant explique les raisons de cette dissymétrie entre les deux premières Critiques dès la Préface de la Critique de la raison pratique, trad. J.-P. Fussler, Paris, GF, 2003, p. 89 sq.).

5 La personne est la volonté dans la déterminité de l’universalité immédiate et abstraite, l’universalité “abstraction faite” des différences. Au contraire, dans la moralité, « la subjectivité constitue désormais la déterminité du concept », mais la subjectivité en tant qu’elle est “encore” distincte du concept (Principes de la philosophie du droit, § 106, p. 208).

6 Principes de la philosophie du droit, § 33 Zusatz.

7 Principes de la philosophie du droit, § 108, p. 209.

8 Encyclopédie des sciences philosophiques III, Remarque du § 503, p. 294.

9 Principes de la philosophie du droit, § 138, p. 233.

10 Principes de la philosophie du droit, § 108, Zusatz.

11 Principes de la philosophie du droit, § 108, p. 209. Le phénomène ressortit à la Logique de l’essence dont il est le second moment : si l’essence est intériorisation à partir de l’extériorité de l’être, le phénomène est l’immédiat de l’essence, son extériorisation à partir de l’immédiat qu’elle est. De plus, les catégories d’intérieur et d’extérieur sont d’une extrême importance dans le procès et dans l’intelligence de ce qu’est le concept puisque le “dépassement” de leur opposition (dernier moment du phénomène, « La Relation essentielle ») est ce qui détermine le phénomène comme effectivité, dernier moment de la Logique objective.

12 Cf. Science de la logiqueI, p. 99 : « Quelque chose est ce qu’il est seulement dans sa limite ». C’est le propre de l’être fini que de se rapporter à lui par le rapport négatif à ce qu’il n’est pas, et la limite est comme l’“enclos” à l’intérieur duquel quelque chose est seulement et essentiellement ce qu’il est.

13 Borne et devoir-être sont effet inséparables, il y a devoir-être dans la mesure où il y a borne, et la borne implique elle-même son propre outrepassement, devoir-être. Nous ne pouvons nous attarder ici sur ces catégories de l’être-là qui sont cependant fondamentales dans la compréhension de l’action en tant qu’activité d’un sujet fini.

14 Principes de la philosophie du droit, § 109, p. 210.

15 La fin n’est rien d’autre que le contenu comme contenu de la volonté auquel elle se rapporte. Cf. Principes de la philosophie du droit, § 9, p. 125 : elle est « pour part une fin intérieure ou subjective dans le vouloir représentant, pour part une fin exécutée, effectuée par la médiation de l’activité qui transpose le subjectif dans l’objectivité [i.e. l’action] ».

16 Principes de la philosophie du droit, § 107, p. 209.

17 Principes de la philosophie du droit, Remarque du § 135, p. 230.

18 Principes de la philosophie du droit, § 113, p. 212.

19 Principes de la philosophie du droit, § 117, p. 215. Le propos (der Vorsatz) est la visée de telle action singulière, ce que je me “propose” d’accomplir à travers telle action déterminée. Il diffère de l’intention (die Absicht) en ce que celle-ci, par distinction d’avec celui-là, contient une dimension d’universalité : l’intention désigne, non pas seulement ce que vise ici et maintenant telle action singulière, mais l’aspect universel que contient tout propos en tant qu’il procède d’un être pensant.

20 Principes de la philosophie du droit, Remarque du § 118, p. 216.

21 Cf. Grundlinien der Philosophie des Rechts, § 117, Zusatz : « Œdipe, qui a tué son père sans le savoir, ne peut être accusé de parricide ». Les Cours d’esthétique sont encore très explicites sur cette distinction entre le point de vue moderne, proprement moral, et le point de vue du « héros » qui se caractérise par l’assomption, par celui-ci, de toutes les conséquences, par la volonté de l’individu héroïque à « intégrer complètement en soi ce qui a été accompli ». Au contraire, « si le contenu des circonstances est d’une autre nature [que celles qu’il a connues], et si dans cette mesure l’objectivité comporte d’autres déterminations que celles qui sont entrées dans la conscience de celui qui a agi, alors l’homme d’aujourd’hui ne prend pas sous sa responsabilité toute l’étendue de son acte, mais rejette loin de lui cette partie de son action qui, par ignorance ou mécompréhension des circonstances, est devenue elle-même autre que ce qu’elle était dans la volonté, et il ne met à son propre compte que ce qu’il a fait en connaissance de cause et qu’il avait intentionnellement projeté de faire au vu de cette même connaissance. Or le personnage héroïque ne fait pas cette distinction, mais répond, avec toute son individualité, du tout de son action ». Ainsi, « notre manière de voir les choses est, sous ce rapport dans la mesure où le côté subjectif de la connaissance des circonstances et de l’intime certitude du bien, tout comme celui de l’intention intérieure accompagnant l’action, constitue un moment capital de la dimension morale » (Cours d’esthétique I, trad. J.-P. Lefebvre et V. von Schenck, Paris, Aubier, 1995, p. 251 et 252).

22 Sur cet aspect non conséquencialiste du jugement moral de l’action, Hegel rejoint encore une fois Kant. Cela ne signifie évidemment pourtant pas, pour l’un comme pour l’autre, qu’il faut se moquer de ce qui advient et que cela n’a rien à voir avec l’action elle-même. Mais, les conséquences, comme telles, ne peuvent déterminer la valeur proprement morale de l’action.

23 Principes de la philosophie du droit, remarque du § 117, p. 216.

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