Internet et l’édition scientifique

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Patrice Flichy, auteur de L’imaginaire d’Internet (La découverte) est professeur de sociologie à l’Université Paris Est et chercheur au Laboratoire «Techniques, territoires et sociétés» (LATTS). Il dirige également la revue Réseaux – Communication, Technologie et Société.

Dès la fin des années 1970, Internet (ou plus exactement Arpanet) a été utilisé par les scientifiques, non seulement comme un moyen d’échange, mais aussi de coopération, pour produire des textes collectifs. Ces premières expériences prendront évidemment avec le web, une tout autre dimension. Mais ce point de départ est intéressant à rappeler. Pour les premiers usagers du monde académique, la publication en ligne n’est pas avant tout une dématérialisation de l’écriture et de l’édition, mais un dispositif qui permet de faciliter la coopération et l’échange scientifique. Trente ans plus tard, alors que la mise en ligne des revues est devenue la règle, y compris dans les sciences sociales, il est intéressant de se demander comment internet a transformé l’édition scientifique.

Aujourd’hui, l’électronique est devenue la norme dans les relations entre les auteurs et les revues. Non seulement le texte est envoyé par internet, mais les avis et demandes de modifications transitent également de la même façon. La plupart des « revues papier » sont accessibles en ligne et certaines nouvelles revues naissent uniquement sous cette forme. Les chercheurs utilisent de plus en plus la forme électronique pour lire les textes de leurs collègues. La dématérialisation semble ainsi très largement acquise.

L’édition électronique s’inscrit aussi dans une autre tradition, celle de l’évaluation des universitaires à travers l’impact de leurs publications.

Source : Stock.Xchng

Cette mesure du taux de citations des textes académiques, qui a été dans un premier temps limité aux publications des sciences dures observées par le Web of Science est de plus en plus utilisé dans toutes les disciplines, grâce à Harzing qui s’appuie sur les données recueillies par Google Scholar. Mais les plates-formes de mise en ligne des revues fournissent également des données précises sur le lectorat de chaque article. Ses données auxquelles les directeurs des revues peuvent accéder semblent peu utilisées pour l’instant, mais on peut imaginer qu’elles le soient.

Par contre, l’électronique est peu mobilisée pour faciliter l’échange et le débat : mettre en ligne les textes reçus, les évaluations des articles, organiser un débat sur les papiers retenus. Les tentatives faites par certaines revues de proposer de tels dispositifs semblent peu utilisées [1]. En définitive, les avantages économiques de la dématérialisation semblent l’avoir emporté sur ceux de l’échange et de la collaboration en ligne.

Patrice Flichy



[1] Sur cette question, on lira avec intérêt : Muriel Lefebvre « Rendre public le processus d’évaluation de la recherche. L’exemple d’une revue scientifique du Web 2.0 » à paraître dans Réseaux

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