AAC – Culture et sentiment au XVIIIe siècle

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La réhabilitation du sentiment au XVIIIe s. par Marivaux, Hutcheson, Hume, Diderot, ou encore Rousseau semble participer d’un mouvement plus général de réévaluation de la nature (voir les études classiques d’Ehrard, Lafond, Mauzi). Le stoïcisme de la Renaissance régressant, les passions sont de moins en moins condamnées : l’amour, la pitié, l’amour de soi, mais aussi le mépris, la haine ou le dégoût désignent des tendances humaines naturelles, des principes même avec lesquels il faut compter et qu’il n’est plus seulement question de réprimer. Le terme « sentiment » tend alors à désigner, parmi les tendances humaines naturelles, celles qui sont positives : amour de soi, amour, pitié.

On ne saurait cependant se méprendre sur la naturalité du sentiment chez ces philosophes car ils furent tous peu ou prou des penseurs de l’éducation et de la formation : de la formation des sentiments, et de la formation par les sentiments, des rapports entre expérience et sentiment. L’éducation du goût en est l’aspect le plus connu, mais, outre la sphère esthétique qui est en train de se constituer,  la question concerne aussi la religion, la morale (doit-on éduquer la pitié, l’amour, l’amour de soi, et comment ?), la politique et plus largement la pensée de la société (le patriotisme est-il le produit d’un sentiment naturel modifié ? de la sociabilité, de l’amour de soi, ou le résultat d’une interaction des deux ?). Réfléchir sur les auteurs du XVIIIe s. permet ainsi de se demander ce que signifie éduquer un sentiment : lui donner d’autres objets, d’autres occasions d’exercice, moduler son intensité, ou sa lucidité ? D’autres facultés sont-elles sollicitées dans cette éducation ? Et cette éducation du sentiment fournit-elle un critère pour le distinguer des passions ?

Et qu’est-ce qu’éduquer par les sentiments ? Rendre plus doux, humain, charitable que dans une éducation qui serait fondée sur des principes rationnels ? Ou même développer en l’homme un mode de connaissance concurrent à la connaissance rationnelle privilégiée au XVIIe s.?

A l’heure où l’on cherche des causes physiques ou chimiques et des traductions cérébrales de nos émotions, où l’on repère leurs analogues chez les animaux, où on les conceptualise hors de tout contexte (voir le courant d’études de l’empathie, les travaux de Frans De Waal, Ronald De Sousa, de Nico Fridja, de Justin d’Arms, mais aussi, obéissant à une méthode plus éclectique, les travaux de Martha Nussbaum, inspirée autant de la psychologie contemporaine que des œuvres de Rousseau ou de Smith), l’éclairage d’auteurs qui ont su réfléchir sur la complication des sentiments par leur formation, et leur culture, peut être précieux et rouvrir quelques possibles pour le moment refermés (à l’exception des pistes ouvertes par André Charrak, Laurent Jaffro, Jessica Riskins, et plus récemment Philipp Stewart), à savoir la transformation des sentiments par le langage et par les œuvres, par les rapports à autrui, par l’histoire et le temps. Les sentiments ne sont pas de purs effets, ils font sens et s’insèrent dans le monde des significations.

Les études proposées pour le numéro pourront explorer les corpus francophones ou non francophones, se situer dans le dialogue entre études classiques et études contemporaines sur les sentiments, ou explorer les racines de ces questions dans les œuvres du XVIIe s. (on songe à Malebranche ou à Fénelon), ainsi que leurs prolongements ultérieurs au-delà du XVIIIe s. Des contributions des différentes disciplines des sciences humaines sont par ailleurs les bienvenues.

Coordination scientifique : 

Laetitia Simonetta et Gabrielle Radica

Contact :

redaction@implications-philosophiques.org

Calendrier :

Date limite de réception des propositions : 15 avril 2016

Notification de la première phase de sélection : 15 mai 2016

Soumission des articles complets : 15 juillet 2016

Acceptation définitive des articles : 15 octobre 2016

Publication : novembre 2016

 

Remise des fichiers : Les propositions ne devront pas dépasser une page et peuvent être accompagnées d’une bibliographie et d’une courte notice biographique.

Elles devront être soumises à la rédaction (redaction@implications-philosophiques.org).

Les articles devront compter entre 15 000 et 35 000 signes.

Implications philosophiques est une revue électronique de philosophie à comité de lecture. Cette revue, éditée par de jeunes chercheurs en sciences humaines, a pour vocation d’aider à promouvoir des regards innovants sur le monde d’aujourd’hui ainsi que de proposer un espace permettant aux jeunes chercheurs de présenter les résultats de leurs recherches. La revue propose ponctuellement des dossiers thématiques rassemblant des spécialistes du domaine questionné.

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