Neuroscepticisme

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Denis Forest, Neuroscepticisme, Les sciences du cerveau sous le scalpel de l’épistémologue, Paris, Ithaque, 2014.

L’œuvre

Que croire de ce que les neurosciences prétendent avoir découvert, touchant non seulement l’esprit (la question ultime), mais même le cerveau (la question préalable) ? Denis Forest répond ici en suivant la voie la plus ardue. Il ne réfute pas l’idéologie neuroscientiste et ses usages intéressés. Il ne se moque pas non plus de la prolifération des sciences ou des pseudo-sciences en neuro- (neuro-économie, neuro-esthétique, etc.). Il examine argument par argument, protocole expérimental par protocole expérimental, les méthodes et les résultats des neurosciences se faisant. Avons-nous donc de bonnes raisons d’être neurosceptiques et, si oui, lesquelles ?Car si neuroscepticisme il y a, il se décline en quatre questions. La première est technique : quelle confiance accorder à l’imagerie cérébrale ? La seconde est conceptuelle : les neurosciences contribuent-elles réellement à la connaissance de l’esprit ou, à l’inverse, reposent-elles sur un contresens sur sa véritable nature ? Les deux autres soulèvent des enjeux de principe. Peut-on traiter du cerveau en le détachant du reste du corps ? Enfin, peut-on concevoir « l’homme cérébral » sans le subordonner en définitive à l’homme social ?Alliant l’érudition scientifique la plus actuelle à une conscience aiguë des perspectives raisonnables d’un programme de recherches aussi complexe que celui des neurosciences, Denis Forest nous fait pénétrer dans la cuisine du savant : du réglage des instruments au choix calculé des hypothèses, de ses antécédents historiques oubliés à sa philosophie spontanée. Il en ressort un tableau riche et contrasté de l’esprit-cerveau, où les généralisations abusives ne diminuent en rien l’importance de faits profondément troublants. Ce naturalisme éclairé enrichit substantiellement nos conceptions de l’homme et de la science.
Denis Forest accomplit là un geste fondateur pour l’épistémologie des neurosciences et c’est là, sans conteste, le premier travail à se saisir de la problématique dans son entièreté.

SOMMAIRE
IntroductionI. Incertaines neurosciences ?
1. De l’importance des sources de la connaissance
2. L’imagerie fonctionnelle, généalogie, principes et situation
3. Le neuroscepticisme du premier type, ou le couplage neurovasculaire en question
4. Le neuroscepticisme du second type : comment savoir qui fait quoi ?
5. La réponse au sceptique : une proposition cohérentiste, la congruence qualifiée
6. Des preuves aux instruments : avatars et problèmes de la circulation sociale des images du cerveau
7. Conclusion sur l’imagerie fonctionnelle

II. Inutiles neurosciences ?
1. Les raisons d’un rejet de principe
2. Conditions, circonstances, véhicules
3. L’erreur méréologique en est-elle bien une ?
4. L’esprit des gestes, ou  comment la main peut-elle être anarchique ?
5. La plasticité neuronale ou les neurosciences contre elles-mêmes
6. Fonder les distinctions, réunir les parties

III. Jamais le cerveau seul ?
1. Cinq raisons de regarder au-delà du cerveau
2. Trois critiques dirigées contre l’intérêt exclusif pour le cerveau
3. Dewey et le cerveau en contexte
4. « Ne pas être son cerveau » : le jugement naturel et l’extension corporelle du soi
5. « Déborder le cerveau » : jusqu’où, quand, et en quel sens

IV. Le cerveau social à l’épreuve du neuroscepticisme
1. Émergence et contexte des « neurosciences sociales »
2. Comte, le social et le cerveau
3. Les deux sources du cerveau social
4. Un débat interne décisif et persistant : la théorie de l’esprit est-elle vraiment spécifique, ou est-elle un cas particulier d’une aptitude plus générale ?
5. Interrogations sociologiques et perspectives d’avenir

Conclusion

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