Sécurité et politique : sur qui et quoi porte la sécurité ?

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Remarques sur la sécurité dans les Principes de la philosophie du droit de Hegel

Entreprendre un examen du concept de sécurité à partir de la philosophie politique de Hegel peut passer pour une entreprise incongrue, voire inopportune, si elle n’apparaît pas d’emblée comme purement et simplement dépourvue de pertinence. En effet, si la notion de sécurité, par-delà les différences profondes qui séparent à l’évidence ces conceptions, se présente, de Hobbes à Pascal[1] en passant par Spinoza et Locke, comme un concept fondamental de la philosophie politique moderne hantée par les guerres et les guerres civiles, elle n’est pas un concept central de l’analyse hégélienne de l’esprit objectif, de l’esprit en tant qu’il se fait monde — de la philosophie pratique et politique de Hegel. De fait, il est relativement peu question de sécurité dans les Principes de la philosophie du droit, texte qui offre à la doctrine hégélienne de l’esprit objectif son lieu d’analyse privilégié et “indépendant”[2] : par-delà le constat de la rareté des occurrences du terme dans cet ouvrage[3], la sécurité ne semble pas jouer un rôle que l’on pourrait qualifier de déterminant dans la conceptualisation hégélienne de la politique, des institutions, de l’émergence et de la détermination de ce qu’il désigne comme « État rationnel »[4]. Plus encore : dans la partie consacrée à l’exposition de l’État, lorsqu’il est question de sécurité, c’est le plus souvent pour la disqualifier comme but et fin ultime de l’État et souligner la nécessité de distinguer entre société civile et État, entre la sphère du social et la sphère politique à proprement parler.

Dès lors, on le voit, si la sécurité n’apparaît pas d’abord comme un enjeu central de la philosophie politique de Hegel, elle n’est nullement absente de sa réflexion. Mieux : la sécurité, les enjeux qu’elle soulève, les sujets de son exigence et les objets de son attention, offrent un axe d’analyse privilégié pour tenter de saisir les rapports entre l’individu comme sujet social – membre de la société civile – et comme sujet politique – citoyen et membre de l’État, ainsi que la relation entre société civile et État. Comprendre ces rapports à travers le prisme de la sécurité, tout autant que ceux-là doivent pouvoir, en retour, nous permettre d’éclairer celle-ci, tel est ce que nous nous proposons de faire ici en nous livrant à quelques remarques sur la détermination et la position de la question de la sécurité dans les Principes de la philosophie du droit.

I – L’assignation sociale de la problématique sécuritaire

Le sujet de la sécurité comme sujet social

Assigner pour fin dernière à l’État la sécurité des personnes et des biens, voilà qui procède, pour Hegel, d’une confusion entre la société civile et l’État. Rien en effet de plus éloigné de la conception hégélienne du politique et de l’État que l’idée, pour le dire dans les termes de Nozick, d’un « État veilleur de nuit »[5] qui n’aurait pour tâche et pour fin, pour raison d’être enfin, que la sauvegarde de la propriété privée, la jouissance par les individus de leurs droits dans la mesure de la coexistence des libertés ainsi entendues, ou encore

la représentation de l’État d’après laquelle il a pour seule destination la protection et la sécurité de la vie, de la propriété et de l’arbitre de chacun, pour autant qu’il n’attente pas à la vie, à la propriété et à l’arbitre d’autrui[6].

Que la sécurité, entendue comme la protection de la personnes et de ses biens, assurance de la jouissance tranquille de ceux-ci par celle-là, ne puisse, pour Hegel, passer pour fin ultime et suprême de la politique et de l’État, ni même, d’ailleurs, pour une tâche qui leur revient en propre, voilà qui se manifeste pleinement à travers la détermination et l’appréciation hégéliennes de la guerre, lesquelles, cela a été souligné[7], sont remarquablement stables tout au long de l’œuvre publiée de Hegel, des premiers Écrits politiques jusqu’à la dernière version des Principes de la philosophie du droit. Bien, en effet, qu’elle soit mise en péril de ce que Locke désigne, pour chacun, comme ses « biens propres », à savoir « sa vie, sa liberté, ses richesses »[8], la guerre ne bénéficie pas moins, de la part de Hegel, d’une évaluation véritablement positive – évaluation qui tient d’ailleurs en partie de cette mise en péril même –, par laquelle elle n’est pas seulement défendue à titre de mal nécessaire et sur laquelle nous reviendrons. Retenons pour l’instant la thèse énoncée avec force dans la remarque du  paragraphe 324 où est affirmée la vertu propre de la guerre, thèse selon laquelle assigner pour fin ultime de l’État « la sauvegarde de la vie et de la propriété des individus » revient tout simplement à confondre société civile et État : avec une telle position en effet, « l’État n’est considéré qu’en tant que société civile »[9]. Ainsi, la préoccupation sécuritaire se présente-t-elle ici comme étant le fait du membre de la société civile, de l’individu particulier en tant qu’il poursuit ses fins et ses intérêts particuliers, bien plus que comme celui du citoyen, ou encore : la sécurité apparaît comme ayant pour corrélat l’individu en tant que sujet social, membre de la société civile, bien plutôt que le sujet politique à proprement parler, le citoyen. De la sorte également, c’est à juste titre que le Marx de la Question juive commentant l’article 8 de la Constitution de 1793 qui définit la « sûreté », en appelle à la conception hégélienne de la société civile et à sa détermination comme « État de la détresse et de l’entendement »[10]. Le sujet de la sécurité est d’abord et avant tout l’individu particulier, le membre de la société civile et son objet se détermine d’abord corrélativement au procès propre de celle-ci. Comment comprendre cela et comment, dès lors, la sécurité se laisse-t-elle penser et déterminer ?

Société civile, contingence et sécurité

Que la société civile puisse se présenter comme le “moment” de l’éthicité où se pose de manière privilégiée la question de la sécurité entendue comme « sécurité des biens et des personnes », cela doit se comprendre à partir de sa détermination comme « État extérieur » et de « système de dépendance multilatérale »[11], détermination qui implique la caractérisation du membre de la société civile lui-même. Le sujet de la société civile est en effet sujet de besoins, qui poursuit son bien-être et sa satisfaction particulière : si Hegel affirme avec insistance que « le droit de la particularité du sujet », la satisfaction individuelle subjective, est un droit dont la reconnaissance est fondamentale et caractéristique du monde moderne[12], la société civile est précisément le lieu de son plein épanouissement. Or, le caractère d’extériorité que prend, dans la société civile, la substance éthique tient précisément à cela qu’en elle la particularité est principe et que l’universalité aussi bien que la nécessité apparaît à celle-ci comme quelque chose d’objectif qui lui fait face : dans ce « moment de l’éthicité perdue dans les extrêmes » qu’est la société civile, l’universalité se présente comme op-posée au particulier, sous la forme d’une nécessité extérieure (que l’idée de « main invisible », s’agissant du système des besoins, représente bien). Ici, l’universel « apparaît » aux individus en tant que personnes privées poursuivant leurs intérêts particuliers « comme moyen »[13]. Il faut pourtant souligner que cela n’est pas le fait d’une illusion ou d’une appréhension biaisée des individus[14] : la société civile se laisse bien comprendre selon la dialectique de la nécessité et de la contingence, « loi de la finité » en vertu de laquelle chacune se renverse dans l’autre. Le procès de la société civile répond d’une rationalité d’entendement[15] et il y a en elle une part irréductible de naturalité et (donc) de contingence particulièrement manifeste à propos de la satisfaction des besoins — satisfaction qui demeure tout aussi contingente que peut se présenter comme arbitraire le vouloir de l’individu particulier lui-même orienté vers celle-ci. Si l’éthicité est bien l’esprit objectif dans sa concrétude[16] et que la famille, comme son premier moment, présente l’unité immédiate de la particularité subjective et de l’universalité objective, la société civile est, quant à elle, moment de l’unité médiatisée de ces deux aspects. En elle, l’idée éthique connaît son moment le plus périlleux, le plus dur : la société civile est moment de la réflexion de l’éthicité où « l’idée [se perd] dans la particularité et [se disloque] dans la séparation de l’interne et de l’externe »[17]. L’esprit objectif affronte ici la contingence de l’être-là dans ce qu’elle a aussi d’irréductible, ainsi que les contradictions qu’il contient et produit. Or, c’est précisément en raison de ces caractéristiques que la question de la sécurité trouve ici à se jouer de manière privilégiée et même essentielle.

L’objet de la sécurité et son remède social : les institutions de la société civile

Si, dans la société civile, la garantie de la satisfaction des besoins se présente bien comme but, sous le rapport de la richesse et de la production, l’inégalité naturelle des talents, les circonstances contingentes, etc., de même que le mouvement même de développement de la sphère des besoins, rendent, nous l’avons dit, contingente cette satisfaction elle-même. Cependant, la société civile n’est pas seulement déploiement du système des besoins, du procès de la production des richesses et des contradictions produites par lui. Elle intègre également les institutions de l’administration du droit (Rechtspflege), de la police et de la corporation qui apparaissent comme autant d’instances de régulation de ce procès et de ses effets. Or, si la première a pour fin l’élimination  de la « violation de la propriété et de la personnalité »[18], c’est plus particulièrement aux institutions de la police et de la corporation que revient la tâche de prévenir, corriger, “gérer” cette contingence propre de la société civile, laquelle, encore une fois, est reconduite par son procès même[19]. De la sorte – et la chose est sans doute remarquable –, la question de la sécurité, y compris dans la société civile, ne se borne pas, pour Hegel, à celle de la seule « protection de la propriété »[20], tâche exclusive de l’administration du droit. Elle concerne encore la prévoyance à l’égard des conditions d’effectuation du « droit de la particularité » et de la satisfaction des besoins, la levée des obstacles à leur réalisation qui tiennent à la part de contingence irréductible présente dans la société civile, la régulation et la gestion enfin des obstacles opposés à ce droit par le procès de la production des richesses lui-même. Là se tient plus particulièrement la fin de la « police »[21].  Nous ne pouvons ici nous livrer à une exposition détaillée de cette institution et des objets précis sur lesquels doit porter son attention. Notons que, de manière générale, la « prévoyance » assurée par la police a tout d’abord pour fin d’effectuer et de préserver « l’universel qui est contenu dans la particularité de la société civile, en tant qu’ordre et arrangement externe en vue de la protection et de la sécurité des masses de fins et d’intérêts particuliers, en tant que ceux-ci ont leur subsistance dans cet universel »[22]. Cela comprend aussi bien la règlementation des prix de certains articles relevant de la satisfaction de besoins courants et des établissements chargés de leur approvisionnement et de leur échange, que le contrôle et l’attention portée aux possibles nuisances produites par les individus dans l’usage de leur propriété privée, en passant par l’instruction publique. Mais c’est à la prévention et à la correction des contingences et contradictions produites par le procès du système des besoins, c’est-à-dire à la prévention et la correction de la pauvreté nécessairement engendrée par le mouvement même de la production des richesses, qu’est consacrée la plus grande partie de l’exposition de l’institution de la police. Or, s’il s’agit là de choses pouvant légitiment faire l’objet d’une attention sécuritaire ainsi comprise, si même elles doivent justement l’être, c’est précisément parce que – et cela est en contexte remarquable –, pour Hegel, être pauvre ou misérable ne relève pas, pour reprendre la distinction que J. Shklar se propose d’analyser dans Visages de l’injustice[23], de l’infortune, mais proprement de l’injustice. Parce que la production de la pauvreté est un effet nécessaire du procès de la société civile elle-même, il est juste – et c’est même là un devoir – que celle-ci ait à charge d’y remédier ou, du moins, de tenter d’en corriger les effets afin, précisément, de répondre au « droit de la particularité ».  Qu’elle n’y parvienne pourtant pas pleinement, c’est ce que montre l’engendrement, présenté comme inévitable, de la « populace » au sein de la société civile. Celle-ci naît en effet de la production et de l’accumulation en surplus de richesse elles-mêmes, par quoi il apparaît que « malgré l’excès de fortune, la société civile n’est pas assez fortunée, c’est-à-dire qu’elle ne possède pas suffisamment, en la richesse qu’elle a en propre, pour remédier à l’excès de pauvreté et à l’engendrement de la populace »[24]. Or, la mise en œuvre de la colonisation comme “solution” de cette contradiction produite par la société civile elle-même – solution qui n’en est pas véritablement une puisqu’elle consiste en une extension spatiale et donc en une infinité d’entendement – revient également à la police qui doit, à cet égard, « en tant qu’instance supérieure de direction, [assurer] la prévoyance relative aux intérêts qui conduisent au-delà de cette société-ci ».


[1] Pour lequel, on le sait, « Le plus grand des maux est les guerres civiles », Brunschvicg 313, Garnier-Flammarion, Paris, 1976, p. 139.

[2] “Indépendance” s’entend bien entendu ici relativement, ce que l’Introduction des Principes de la philosophie du droit s’attache d’ailleurs à rappeler (cf. §2 et remarque, tr. fr. p. 110-111). S’agissant des Principes de la philosophie du droit (désormais noté PPD), nous citons dans l’édition et traduction de Jean-François Kervégan, Paris, PUF, 2003. Concernant les quelques additions de ce texte dont nous usons ici et qui ne sont pas traduites dans l’édition désignée ci-dessus, les références sont données dans l’édition Suhrkamp (G. W. F. Hegel: Werke in 20 Bänden, Suhrkamp Verlag 1970, volume 7 pour les Grundlinien der Philosophie des Rechts, désormais noté RPh) et proposons une traduction.

[3] Bien que ce constat ne soit ni décisif, ni même nécessairement significatif, de fait, on compte seulement onze occurrences de « Sicherheit » dans l’ensemble des PPD, remarques comprises (cinq seulement dans la sous-partie « Esprit objectif » de l’Encyclopédie des sciences philosophiques, remarques et additions incluses).

[4] « État rationnel » dont les Principes de la philosophie du droit se présentent précisément comme la saisie et l’exposition. Il est l’État tel qu’il « doit être connu », PPD, Préface, p. 105.

[5] Cf. NOZICK, Robert, Anarchy, State and Utopia, Basic Books, Inc., Publishers, New York, 1974 / Anarchie, État et Utopie, tr. E. d’Auzac de Lamartine, PUF, Quadrige, Paris, 1988, p. 46.

[6] PPD, R§270, p. 359.

[7] Cf. Jean-François KERVÉGAN, Hegel, Carl Schmitt – Le politique entre spéculation et positivité, Paris, PUF, 1992, pp. 168 et suivantes.

[8] John LOCKE, Second Traité du gouvernement civil, § 87, tr. fr. de D. Mazel, Paris, Flammarion, 1992, p. 207.

[9] PPD, R§324, p. 420.

[10] Karl MARX, La Question juive in Philosophie, édition établie par M. Rubel, Paris, Gallimard, 1982, p. 73 sq. / Karl Marx & Friedrich Engels – Werke, K. Dietz Verlag, Berlin. Band 1. Berlin/DDR. 1976, p. 365-366 : « La sûreté est la plus haute notion sociale de la société civile, la notion de police d’après laquelle la société tout entière n’existe que pour garantir à chacun de ses membres la conservation de sa personne, de ses droits, de ses propriétés. C’est dans ce sens que Hegel nomme la société civile : « L’État de la détresse et de l’entendement ». » (traduction modifiée. La citation est extraite du §183 des PPD, p. 280). Ce qui sépare cependant plus avant et radicalement les positions de Hegel et de Marx sur ce point tient à la conception du rapport entre société civile et État. Nous reviendrons plus loin sur la conception hégélienne de ce rapport afin de comprendre ce qu’il en est du rapport de la sécurité à l’État et à la sphère politique à proprement parler.

(Rappelons que l’article de la Constitution de 1793 affirme que « La sûreté consiste dans la protection accordée par la société à chacun de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et de ses propriétés ». Précisons par ailleurs qu’il ne semble pas qu’il y ait ici lieu de distinguer entre « sûreté » et « sécurité ». D’une part, parce qu’aucune distinction conceptuelle ne le nécessite ici (rappelons que le français « sûreté » traduit le latin securitas) ; d’autre part parce que Marx, commentant l’article (qu’il cite en français), emploie bien le terme « Sicherheit »).

[11] PPD, R§157, p. 259 et §183, p. 280.

[12] Cf., notamment, PPD, R§124, p. 221. Cf. aussi R§206 où Hegel affirme que le « principe de la particularité et de l’arbitre subjectif » est la « différence entre la vie politique de l’Orient et celle de l’Occident, ainsi qu’entre le monde antique et le monde moderne » (p. 297). Rappelons que le concept hégélien de « droit » se comprend comme être-là de la liberté dans ses différentes configurations.

[13] PPD, §187, p. 282-283.

[14] Qu’il ne s’agisse absolument pas d’une illusion, cela se comprend clairement à partir de la détermination de la société civile comme « monde phénoménal de l’élément-éthique » (PPD, § 191, p.278), ce qui la fait clairement ressortir de la Logique de l’essence (comme d’ailleurs sa détermination comme « idée [éthique] dans le moment de la réflexion »). Or le phénomène, on le sait, n’est en rien une illusion.

[15] Ce pourquoi l’appréhension de son procès par des sciences positives d’entendement est tout à fait légitime. Cf. l’appréciation de Hegel sur l’économie politique naissante, en particulier la remarque du § 189 où il affirme que l’intérêt du développement de cette science « montre comment la pensée (voir Smith, Say, Ricardo) décèle, au sein de la multitude infinie de détails-singuliers qui gisent tout d’abord devant elles, les principes simples de la Chose, l’entendement qui est efficient en elle et qui la gouverne » (p. 285).

[16] Esprit objectif dans sa concrétude s’entend ici par distinction de ces deux moments abstraits – c’est-à-dire qui supposent justement la Sittlichkeit pour se développer pleinement : celle-ci est tout à la fois ce qui les relativise et leur donne le terrain de leur effectivité — que sont le « droit abstrait » (comme son “pôle” objectif) et la « moralité » (comme son “pôle” subjectif). Pour une définition de l’éthicité, cf. PPD, §142, p. 251 : elle est alors désignée comme « idée de la liberté en tant que Bien vivant », « concept de la liberté devenu monde présent-là et nature de la conscience de soi ».

[17] PPD, §229, p. 315.

[18] PPD, §230, p. 316.

[19] L’exposition de ces institutions sociales – au sens, tout à la fois, où ce sont des institutions de la société civile et où elles sont proprement ce qui doit permettre l’effectivité du “droit du social” et de la particularité – constitue le dernier “moment” de la société civile qui est moment de « la prévoyance à l’égard de la contingence qui subsiste dans ces systèmes-là [i.e. le système des besoins et l’administration du droit] et le souci de l’intérêt particulier en tant qu’élément-commun », PPD, § 188, p. 284.

[20] PPD, §208, p. 298.

[21] Le terme doit ici être entendu en son sens classique, tel que corrélé à cette science relativement jeune qu’est, au moment où écrit Hegel, la Polizeiwissenschaft. Sur la Polizei et la Polizeiwissenschaft dans la langue politique et juridique allemande, voir la note de Jean-François KERVÉGAN à sa traduction des PPD, p. 316, note 1 qui renvoie elle-même à Hans Maier, Die ältere deutsche Staats- und Verwaltungslehere, DTV, 1986, p. 92-104 et p. 236-237.

[22] PPD, §249, p. 327.

[23] Judith SHKLAR, Faces of Injustice, Yale University Press, New Haven and London, 1990 / Visages de l’infortune, tr. J. Mouchard, Circé, Belfort, 2002. Cf particulièrement le chapitre II où l’auteur s’efforce de montrer que la distinction entre injustice et infortune est à la fois indispensable et indécidable. L’abus du langage de l’infortune est illustré par le Hayek de La Route de la servitude, lequel s’efforce de montrer que les souffrances induites par l’ordre économique actuel ne sont pas des injustices mais seulement des infortunes en ce qu’elles relèvent des règles du marché pris comme ordre impersonnel, naturel (op. cit., p. 113-119). Il semble précisément que la conception hégélienne puisse, dans une certaine mesure, fournir une ligne de partage entre les deux, ligne qui doit en même temps permettre de déterminer ce qui peut légitimement être objet de sécurité et d’exigence de protection. Sur l’état de pauvreté comme injustice à proprement parler, cf. l’addition du §244 où Hegel affirme explicitement que si aucun droit ne peut être affirmé face à la nature, « dans l’état de société, la privation acquiert par là-même la forme d’une injustice faite à telle ou telle classe <Klasse> », RPh, p. 389 (nous traduisons).

[24] Principes de la philosophie du droit, § 245, p. 324. On sait à quel point de telles analyses ont pu se trouver fécondées par la pensée marxienne.


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