La destruction de la nature

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Nolwenn Picoche

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La destruction de la nature comme propre de l’homme :

Pour comprendre pourquoi nous affirmons que le propre de l’homme est de détruire la nature, il faut nous intéresser à la définition de l’homme. Cette question pourrait être l’œuvre d’une vie. Toutes les philosophies qui existent reposent à un moment ou un autre sur la définition de l’homme en tant que c’est le propre de la philosophie de s’intéresser à l’être et le premier des êtres est l’homme. Ici nous allons nous intéresser à l’homme en tant qu’espèce. Pourquoi l’homme est-il amené à détruire la nature ?

1)     La définition de l’Homme

a) Les défauts de l’humanité

Yves Paccalet, dans son pamphlet L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, critique ouvertement l’humanité dans son ensemble et prévoit son extinction dans un avenir plus ou moins proche. Depuis toujours, en même temps que l’homme cherche qui il est, nombreux sont ceux qui font la liste de ses défauts. Après les atrocités de la seconde guerre mondiale, de nombreux philosophes ont pensé le propre de l’homme en terme de capacité à une barbarie ou à une atrocité qui n’existent chez aucune autre espèce.

Avec l’émergence des problèmes écologiques, de nouvelles définitions de l’homme apparaissent comme celle de Yves Paccalet pour qui l’homme est : « un ravageur imprévoyant ; (…) un saccageur qui n’a d’autre préoccupation que son intérêt immédiat ; une espèce violente envers les autres comme envers elle-même ; un danger »[1]. Le premier grand défaut de l’homme est son égoïsme : « nous ne lâcherons aucun de nos avantages personnels pour sauver notre mère la Terre… Nous préférons la voir crever que de renoncer à nos privilèges »[2]. Le monde occidental est habitué à un niveau de vie élevé vers lequel tendent les autres populations. Personne n’est prêt à renoncer à son bien-être matériel.

Yves Paccalet explique que l’homme obéit à trois pulsions : le sexe, le territoire et la hiérarchie. Ces pulsions sont à la base des problèmes écologiques. En effet, l’homme est le premier reproducteur parmi toutes les espèces existantes. Des études ont montré que la population mondiale allait atteindre les neuf milliards d’individus avant de se stabiliser. Tous les individus ne pourront pas vivre de la même façon qu’un occidental. La Terre ne comportera pas suffisamment de surface pour tous. C’est pourquoi « L’Homo sapiens est capable du pis pour défendre son territoire »[3]. Michel Serres explique que « aimer son sol propre entraîne à d’inexpiables guerres »[4]. Il définit l’homme en ces termes :

Non plus englouti comme un point sans dimension, il existe comme ensemble, dépasse le local pour s’étendre sur d’immenses plaques (…). Non seulement il peut s’armer pour écraser l’univers, par les sciences et les techniques, (…) mais il pèse sur lui par la masse de sa seule présence assemblée.[5]

L’homme seul n’est pas une menace pour son environnement mais la population mondiale est trop importante numériquement pour la capacité de la Terre. L’empreinte écologique, outil de mesure créé par le WWF, est un indice qui mesure l’impact des activités humaines sur les écosystèmes. Il évalue la surface biologique nécessaire pour produire la nourriture et le bois consommés par l’homme, pour accueillir les infrastructures humaines et aussi, pour absorber le CO2 émis par toutes les activités de l’homme. En 30 ans, cet indice a augmenté de 50%. Parallèlement à cela, sur la même durée, la Terre aurait perdu un tiers de ses ressources naturelles.

Ainsi les hommes sont plus nombreux, disposent de moins de territoire et de ressources, ne sont pas prêt à partager ce qu’ils possèdent et ne souhaitent pas diminuer leur consommation générale. C’est pour ces raisons que les questions écologiques sont si problématiques. Soit les gouvernements ne prennent pas ces problèmes au sérieux, soit ils sont conscients des enjeux de territoire et de ressources et c’est pourquoi ils ne souhaitent pas agir pour ne pas mettre en péril ce qu’ils estiment être leurs biens.

b) Le rôle de la technique

Pour comprendre la destruction de la nature, il faut étudier un élément qui fait partie des définitions de l’homme : la technique. Pour certains, l’homme se définit avant tout par sa capacité à développer une technique que ne possèdent pas les autres espèces. Il nous faut être clair sur la définition de la technique. Nous n’allons nous intéresser qu’à la technique moderne, c’est-à-dire celle qui est apparue avec la révolution industrielle et qui s’est développée depuis. Pourtant certaines des caractéristiques modernes trouvent leur racine dans l’époque de Galilée. Ainsi Michel Henry explique au sujet de la science :

L’illusion de Galilée comme de tous ceux qui, à sa suite, considèrent la science comme un savoir absolu, ce fut justement d’avoir pris le monde mathématique et géométrique, destiné à fournir une connaissance univoque du monde réel, pour ce monde réel lui-même.[6]

Alors que la technique ancienne visait la survie de l’humanité, la technique moderne est « l’affirmation progressive de la maîtrise de l’homme sur l’univers des choses. Elle ne désigne rien d’autre qu’un ensemble de moyens de plus en plus nombreux (…) renvoie à des intérêts supérieurs qui sont ceux de l’humanité »[7]. Comme l’explique Michel Henry, le problème de la technique est de s’être coupée du vivant, du réel. La science est devenue abstraite, elle est séparée des personnes qui la mettent en œuvre et des objets qu’elle est censée étudier. Cette séparation se répercute sur la technique. Michel Serres ajoute : « La nature gît hors le collectif : ce pour quoi l’état de nature reste incompréhensible au langage inventé dans et par la société ou inventant l’homme social. La science édicte des lois sans sujet dans ce monde sans hommes »[8].

Ce phénomène a pris une plus grande ampleur avec l’apparition des machines qui sont plus perfectionnées. Michel Henry explique également le développement de la technique par l’économie : « L’accélération frénétique de la production (…) suscite pour des raisons économiques (…) un extraordinaire développement technique »[9]. Yves Paccalet dénonce cette production économique à travers la société de consommation qui « constitue non pas notre avenir ou notre fierté, mais notre plus gros problème »[10]. Tout comme Michel Henry, il affirme que les seuls progrès auxquels les hommes peuvent désormais aspirer sont techniques : « L’humanité n’a aucun avenir. Elle fera encore quelques ‘progrès’ scientifiques et techniques. Mais aucun en morale »[11]. La technique a pris la place de tous les autres savoirs.

Les problèmes écologiques auxquels nous faisons face de nos jours résultent de cette conception de la technique. En faisant de la nature un objet abstrait, mathématique, la technique a perdu le lien qui les unissait et s’est élevée en savoir unique. Ce statut de supériorité a fait que la technique ne s’est pas remise en question. Seul le progrès de la technique, en tant que progrès du savoir, est valable. Du coup, rien ne va pouvoir arrêter ce progrès même si celui-ci est une des causes d’une destruction de la nature étant donné que son développement est à l’origine de la raréfaction des matières premières ainsi que de d’autres conséquences sur la nature et l’environnement dont nous allons voir plusieurs exemples.

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Conclusions


[1] Paccalet Yves, L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, Paris, Arthaud, 2006, p.17.

[2] Idem, p.81.

[3] Idem, p.124.

[4] Serres Michel, Le contrat naturel, Paris, Flammarion, 1992, p.83.

[5] Idem, p.37.

[6] Henry Michel, La barbarie, Paris, Grasset, 1987, p.19.

[7] Idem, p.78.

[8] Serres Michel, Le contrat naturel, Paris, Flammarion, 1992, p.134.

[9] Henry Michel, La barbarie, Paris, Grasset, 1987, p.88.

[10] Paccalet Yves, Sortie de secours, Paris, Arthaud, 2007, p.70.

[11] Paccalet Yves, L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, Paris, Arthaud, 2006, p.45.


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