Introduction

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Par Olivier Sarre.

Mots-clés : Augustin, la Cité de Dieu, étude, philosophie, anthropologie, individu.

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Au premier siècle, l’essor de l’empire romain permet au christianisme naissant de se répandre. Mais très vite les chrétiens, qui refusaient de se soumettre au culte de l’empereur, sont persécutés. En 312, lors de sa campagne contre Maxence, Constantin se convertit à la foi chrétienne alors que celle-ci ne représente encore qu’un culte minoritaire.  Il fait publier en 313 l’édit de Milan qui permet la liberté de culte. Mais la loi romaine ne se borne pas à tolérer la jeune religion chrétienne : peu à peu le paganisme se voit condamné et interdit. En 391, les temples sont fermés et les sacrifices païens interdits, les cultes païens sont donc devenus illégaux. Pourtant ces derniers sont encore pratiqués par une majorité de romains qui voient le christianisme comme une impiété et une injure faite aux dieux. Et cette condamnation est aussi une crainte. Comment les dieux protégeraient-ils et béniraient-ils Rome si celle-ci se détourne d’eux ? Comment les chrétiens pourraient-ils participer à la défense civile s’ils se désintéressent de ce siècle ? En 410 la glorieuse cité est mise à sac par le roi Wisigoth Alaric et son armée ; les richesses sont pillés, et, malgré les recommandations du roi, de nombreux résistants sont tués et de nombreuses femmes violées. La ville est, de plus, en partie incendiée. Au milieu de ce chaos le seul espoir de paix et de sécurité se trouvait dans les sanctuaires chrétiens, respectés par les envahisseurs. Quiconque s’y réfugierait se verrait protégé ; en ce lieu, chrétiens comme païens n’avaient pas à craindre la violence des conquérants.

Les survivants païens accusent les chrétiens d’être responsables de la chute de la cité en interdisant le culte aux dieux ancestraux. Augustin répond par la rédaction de son œuvre majeure, La Cité de Dieu. Il y dénonce les pratiques païennes des romains et y invite tout homme à se convertir au vrai Dieu, qui seul sauve les hommes dans cette vie – comme l’attitude des wisigoths l’a démontré – et dans l’éternité. Il oppose la cité terrestre, pathétique, à la cité céleste, la glorieuse cité dont Christ est le roi et dont les membres vivent dans la paix véritable et la félicité.

Pour celui qui observe l’histoire et ce débat qui en découle, le problème est double. Il s’agit d’une part de déterminer la spécificité de ces deux cités, et ensuite d’en comprendre le rapport. S’agit-il de cités matérielles ? Si c’est le cas, comment peuvent-elles coexister ? Si elles sont symboliques ou spirituelles, comment le christianisme peut-il évoluer avec un paganisme qu’il considère comme mensonger ? Il s’agit au fond de comprendre le problème classique mais épineux du rapport entre une foi universaliste – une conception du monde – et tout ce qui ne s’y intègre pas. Si le débat théologique et philosophique est ancré dans une époque précise, le problème est bien d’actualité et surgit par exemple au travers des exigences de reconnaissances si souvent formulées dans l’espace public.

On pourrait proposer la définition suivante, très large : une cité est un groupe d’hommes associés en son sein en vue de la réalisation d’une fin particulière. Il y a donc une raison d’en faire partie, raison qui sera commune à tous, mais particulière à chacun. Aussi pour comprendre la pensée politique d’Augustin faut-il commencer en rappelant son anthropologie. Nous verrons que l’homme est essentiellement un être en mouvement, et qu’il a infiniment besoin de Christ son sauveur. Il faudra donc, dans un deuxième temps, présenter la conception qu’Augustin se fait de l’histoire. Enfin, nous pourrons comprendre les deux cités dans ce qu’elles ont de propre et de commun.

Lire la suite :

Anthropologie

Les deux Cités

Le Christ comme centre de l’Histoire

Conclusion


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