L’utérus artificiel

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Par Claire Abrieux.

Mise en place de la problématique :

Il est essentiel, pour comprendre toute la portée de notre propos, de situer l’utérus artificiel sur la grille de lecture de la bioéthique. L’amalgame récurrent entre l’ectogenèse et les problématiques du clonage nous pousse à clarifier les différences fondamentales et les objectifs de ces deux techniques. Le clonage porte sur la duplication d’un être vivant alors que l’utérus artificiel porte sur la conception d’un être humain. On peut à partir de là comprendre d’où vient l’ambiguïté et les conclusions aberrantes qui sont tirées à propos de l’utérus artificiel : l’utérus artificiel serait un outil au service du clonage. L’amalgame au clonage est donc hypothétique et relatif aux dérives de l’utilisation de notre technique. Mais notons bien que d’un point de vue épistémologique, nous ne pouvons en aucun cas confondre les deux. À la crainte des dérives nous répondrons selon deux modalités : est-il envisageable qu’une société accepte de cultiver des êtres humains ? Quel est le cadre que nous pouvons poser pour que l’ectogenèse se développe de façon pertinente ?

Quant à la première question, il nous semble que la perception actuelle de la technologie ne peut  que nous rendre sceptiques à l’égard de l’argument de la culture des êtres vivants. La technophobie ou du moins la frilosité technologique de l’opinion publique semble particulièrement révélatrice de l’impossibilité à pousser l’utérus artificiel jusque dans ses utilisations extrêmes. Reste à pouvoir poser un cadre officiel qui prendrait en compte cette crainte des dérives de façon à pouvoir encore développer cette technique.

Ce cadre officiel, par le droit, nous amène à l’inscription de l’utérus artificiel dans la lignée des techniques de procréation médicalement assistée. Cette inscription permet de donner une pertinence nouvelle à l’ectogenèse mais relève aussi d’un autre argument. Il est très peu probable qu’une femme fertile ait la volonté de recourir à l’ectogenèse. Pour la majorité des femmes, la grossesse reste une expérience unique et épanouissante pour laquelle elles mettent de côté leur vie professionnelle[1]. La priorité du développement de la technique porte donc sur l’utilisation médicale qui pourrait en être faite.

Il est essentiel de comprendre la contradiction dans laquelle s’engage un détracteur de l’utérus artificiel lorsqu’il ne prend pas en compte l’argument de l’aide à la naissance. Celui-ci brandit le caractère sacré de la grossesse, et par là le confort, la sécurité, l’humanité du processus de la naissance, mais il nie alors ces mêmes choses en rejetant un outil à leur service. L’utérus artificiel n’est pas un luxe technologique à classer du côté des gadgets tels que les téléphones portables et autres consoles de jeux. Cette technique a un rôle central pour les patients que l’on peut regrouper en trois catégories : les mères stériles, les mères dangereuses et en danger, et les fœtus.

Plusieurs facteurs d’infertilité maternelle pourraient être traités grâce à l’utérus artificiel : dans chacun de ces cas la mère produit des ovules mais soit il y a obstruction des trompes de Fallope, soit l’utérus est inadapté (déformation/malformation congénitale, endométriose, ou obstruction), soit il est inexistant (absence congénitale, ou suite à une ablation du fait d’un cancer). Nous souhaitons souligner aussi que tous ces cas d’infertilité sont malheureusement le fait de jeunes femmes. Il est donc particulièrement inopportun de rapporter l’infertilité maternelle à l’âge de plus en plus avancé auquel les femmes font des enfants et il faut reconnaître combien serait précieuse cette technologie pour les jeunes femmes stériles.

Par ailleurs la notion de dangerosité de la grossesse est une notion qui mérite de ne pas être passée sous silence : la grossesse peut être dangereuse pour la mère (selon l’âge de la mère, selon la fréquence et le nombre de grossesses, et à cause de pathologies) et pour le fœtus (mères toxicomanes). Cependant pour ces grossesses particulières, l’utérus artificiel ne peut toujours être une solution : une femme de quarante ans qui porte son premier enfant n’envisagera certainement en aucun cas de déléguer cette fonction à la technique, leur santé fût-elle en danger.

Reste le sujet le plus important. À qui bénéficierait l’utérus artificiel : le futur enfant ou fœtus. Nous allons ici nous en tenir à l’analyse des bénéfices médicaux du développement de l’U.A. Il s’agit de comprendre pourquoi nous avons besoin de l’utérus artificiel pour les futurs enfants, et nous verrons comment sur ce point cette technique est apparentée aux recherches en néonatologie. Il existe un seuil en dessous duquel les fœtus victimes d’avortements spontanés ne peuvent être sauvés[2]. De plus, les grands prématurés, même s’ils peuvent être sauvés, courent encore de nombreux risques de santé pouvant aller jusqu’à de lourdes pathologies. L’utérus artificiel offrirait la possibilité de donner un milieu de maturation homogène et non hostile. Ce milieu supplétif les mettrait alors à l’abri de la mort et de risques de pathologies définitives.

Plan de la démarche :

Présentation

La liberté de choix

Responsabilité parentale

Conclusion et bibliographie


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