Le cerveau nègre de Joseph-Antenor Firmin. Subjectivation politique et violence épistémique.

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Le cerveau nègre de Joseph-Antenor Firmin. Subjectivation politique et violence épistémique

 Écho volontaire à De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive) de Joseph Antenor Firmin

 

Stéphane Douailler, Professeur de philosophie à l’Université Paris 8. Venu à la recherche en 1975 dans le sillage de la revue Les révoltes logiques, il est membre fondateur du Laboratoire d’études et de recherches sur les logiques contemporaines de la philosophie (EA 4008).

 

Résumé

L’ouvrage célèbre publié à Paris en 1885 sur L’égalité des races humaines (Anthropologie positive) eut pour auteur, en la personne de Joseph Antenor Firmin, à la fois un lettré natif du Cap Haïtien qui engagea avec des fortunes diverses une importante carrière politique dans son pays, et un savant invisible qui fut membre à partir de 1884 de la Société d’anthropologie de Paris fondée par Paul Broca en 1859, laquelle, avant de l’oublier définitivement, l’avait, parce que noir, frappé par deux fois d’invisibilité : en embrassant le programme d’une science de l’homme qui « réduisait sa raison à un os » (Hegel, 1807) ;  en  se laissant détourner des paradigmes naturalisés du progrès et de la perfectibilité par la promesse polygéniste qu’une science collectionneuse de crânes et de squelettes établirait la suprématie de la race blanche et l’extinction annoncée des autres. Rendant silencieusement visible sur 662 pages de quoi le cerveau nègre et le sujet noir sont en réalité capables, Joseph Antenor Firmin aura pour toujours inversé les apparences, nous transmettant d’un côté l’image d’une société suspecte d’adorateurs irrationnels de la brachycéphalie s’adonnant passionnément à des collections de crânes, montrant d’un autre côté un des meilleurs épistémologues de l’émergence en son temps des sciences de l’homme et de leur sombre ambigüité.

Abstract

Joseph Antenor Firmin, the author of the famous book published in Paris in 1885, L’égalité des races humaines (Anthropologie positive) [The Equality of the Human Races (Positive Anthropology)], was both an intellectual born in the Cap Haitien who rather successfully engaged in a political career in his country, and an invisible scholar who was member, from 1884, of the Société d’anthropologie de Paris founded by Paul Broca in 1859. This society, before forgetting him completely, had invisibilized him twice due to his skin color: first, by embracing the program of a science of man who “reduced his reason to a bone” (Hegel, 1807); second, by diverting from the naturalized paradigms of progress and perfectibility by the promise that a science collecting cranes and skeletons would establish the supremacy of the white race and herald the extinction of the others. By silently demonstrating through 662 pages that of which the Negro brain and the Black subject is capable of, Joseph Antenor Firmin have forever inversed the appearances, showing on the hand the image of a society of irrational worshipers of brachycephaly passionately committed to crane collecting, and on the other one of the finest epistemologists in this time of the sciences of man and their shady ambiguity.

L’idée politique n’est pas sensible par nécessité. Parmi les discours qui lui prêtent voix il en est par exemple qui se spécialisent surtout dans la remémoration chronologique ou raffinée de principes aptes à la commander. D’autres qui en font le foyer ou le résultat d’actions et de passions calculables. Mais quand elle s’ouvre à ses déterminations sensibles elle se met entre autres en état de se laisser affecter par des éléments non représentés. De laisser des murmures de toutes sortes inquiéter son écoute, et des silhouettes fugitives brouiller son regard. Un cheminement s’effectue qui enseigne alors à la réflexion de se tourner de manière à percevoir les invisibles, les silencieux, les discrets, les lisses, les insipides, les oubliés. La façon qu’un objet politique de cette nature a de se tenir au bord du perceptible se laisse d’abord construire, et radicaliser.

I. Le silence de Joseph Antenor Firmin

Joseph-Antenor Firmin, auteur en 1885 d’un ouvrage paru à Paris à la librairie Cotillon sous le titre De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive), semble en son temps avoir appartenu, par un certain volet de son activité qui lui vaut aujourd’hui un regain particulier de notoriété à savoir par ce livre, à la cohorte de ceux qui ne comptent pas beaucoup. Originaire du Cap Haïtien, professeur de français, latin, grec et fonctionnaire de l’administration publique qui fait rapidement carrière en Haïti comme acteur politique jusqu’à devenir plusieurs fois ministre et se présenter à l’élection présidentielle, il se trouve aussi avoir été admis le 17 juillet 1884 à la Société d’anthropologie de Paris. En ce lieu sa participation, qui semble avoir été assidue pendant deux années puis de nouveau en 1892 après sa première expérience ministérielle, passe globalement inaperçue. Ghislaine Géloin, professeur à Rhode Island College qui est partie à sa recherche dans le Bulletin et dans les Mémoires de la Société, ainsi que dans la Revue d’anthropologie, trouve assez peu mention d’éventuelles interventions. Il sera même, malgré l’usage, privé à sa mort de notice nécrologique[1]. Son livre de 662 pages semble généralement n’avoir pas été ouvert par les autres membres de la Société. Il ne fera l’objet d’un très bref compte-rendu que sept ans plus tard à la suite d’un incident particulier. La configuration générale de cette situation est cependant tellement loin d’être originale qu’elle se laisse au contraire très facilement comparer au moment présent où les universités, pour ne pas parler des sociétés savantes et des académies, accueillent sans souci véritable et au fond dans un silence assez prégnant des étudiants venus d’autres mondes. Le compte-rendu qui paraît sur son livre en 1892 en ignore entièrement le contenu qui aurait dû révéler en réalité une œuvre majeure surgissant sans prévenir en quelques mois, avec une sorte de vitesse vertigineuse, pour prendre d’un coup et en totalité la mesure d’une science existante, de ses questions, débats, méthodes, enjeux, publications et résultats, et pour en dessiner la complète et inévitable réorganisation. Rédigé dans une intention élogieuse, le compte-rendu salue en marge du déploiement d’une éloquence mise au service de la cause de l’égalité de « patientes et minutieuses investigations », mais sans s’arrêter à en indiquer l’objet, et des « arguments en abondance », mais sans citer aucun d’entre eux. Pour la question dont le livre s’empare d’une manière centrale et qu’on peut au regard des théories développées par la Société d’anthropologie de Paris appeler celle des « cerveaux nègres », elle est pour sa part présente dans la conclusion du compte-rendu d’une façon abrupte et particulièrement significative : « Firmin fait preuve en ce volume d’une érudition vraiment extraordinaire ; il ne faudrait pas beaucoup d’exemples d’une pareille puissance de travail pour réduire au néant la prétendue infériorité originelle du cerveau nègre »[2]. D’un côté, cette conclusion s’ingénie, mimant une hypothèse et des vérifications, à s’ajuster aux méthodes en cours d’installation dans la science de l’homme. D’un autre côté elle désigne l’objet qu’elle prend en vue à savoir « la puissance de travail du cerveau nègre »[3]. Il est de règle générale que les éloges puissent être aisément doubles. Témoignant par le fait de sa puissance, le livre de J.-A. Firmin porterait simultanément témoignage pour l’objet de la science anthropologique : le travail du cerveau nègre. La réification qui opère ici sur l’ouvrage de J.-A. Firmin s’était en fait déjà manifestée sur sa personne trois mois auparavant, le 21 avril 1892, dans une séance de la Société d’anthropologie de Paris qui motiva justement ce compte-rendu tardif de son livre. Dans la discussion qui avait suivi ce jour-là un exposé sur l’hypothèse d’une race Ibère à partir d’observations sur des crânes en provenance des Canaries et des Açores, et qui conformément à une préoccupation constante de la Société d’anthropologie de Paris en était venue à débattre de la relation entre les types humains et les manifestations de l’intelligence, J.-A. Firmin était venu appuyer dans cette question les partisans de l’hypothèse d’une influence du milieu et proposer d’étendre cette influence au milieu non seulement naturel mais aussi social et historique. « Les nègres d’Afrique – développa-t-il – sont dans des conditions inférieures pour le développement intellectuel et il leur est difficile de montrer ainsi les grandes qualités qu’ils possèdent[4] ». L’anatomiste Bordier, qui préside la séance et qui avait précédemment exprimé l’opinion que « si on admettait (l’influence du milieu) toute l’ethnologie serait bouleversée », réagit en lui demandant « si, parmi ses ascendants, il n’y a pas eu des blancs ». J.-A. Firmin se refusant à exclure formellement la présence en sa famille au cours des générations précédentes d’une parcelle de sang blanc, la discussion se déplace alors vers la forme présentée par son crâne et s’achève sur une invitation que la Société d’anthropologie de Paris lui fait de se « prêter à des mensurations (…), et de prier ses amis de race noire habitant Paris à venir se soumettre aux mêmes investigations »[5]. En son fond, la participation attendue de J.-A. Firmin aux travaux de la Société d’anthropologie de Paris semble ne pas avoir été invitée à se révéler réellement différente de ce que cette même séance, et beaucoup d’autres à son exemple, avait exprimé en débutant par une question au sujet de natifs des Caraïbes présents à Paris, dont on apprenait que des visites et de nombreux photographes les avaient fatigués au point qu’ils refusaient de se laisser examiner, que deux étaient morts à l’hôpital Beaujon de Paris, que le Muséum national d’Histoire naturelle avait demandé la tête de l’un d’entre eux et se l’était vu refuser, mais que « peut-être on pourrait en avoir d’autres »[6]. La scène illustre de façon glaçante la façon dont le livre de J.-A. Firmin est placé hors champ. L’esprit qui suscite à ce moment l’attention des anthropologues de Paris est tout autre. Il est, pour reprendre les mots utilisés par Hegel dans La phénoménologie de l’esprit pour désigner l’objet de la phrénologie et plus généralement celui de la raison observante, un esprit réduit à un os[7]. Il convient néanmoins, après des débats comme celui par exemple que Gayatri Chakravorty Spivak a suscités en demandant « Les subalternes peuvent-elles parler ? »[8], d’être précis sur cette parole empêchée.

II. Les colorations de la science de l’Homme

Léonce Manouvrier, celui-là même qui renchérit sur l’influence du milieu pendant la séance du 21 avril 1892, qui invite J.-A. Firmin à présenter son crâne au céphalomètre, et qui rédigera le compte-rendu de De l’égalité des races humaines[9], insiste dans sa brève notice sur « l’érudition vraiment extraordinaire » de ce dernier. De fait, en accord avec son sous-titre qui annonce une « anthropologie positive » ambitionnant de prendre le relais des anthropologies existantes de son temps, la lecture du livre transmet l’impression qu’on se trouve en présence d’une œuvre charnière capable d’établir un bilan critique et exhaustif des travaux connus en anthropologie, d’en révéler les apories, d’en mettre au jour le paradigme, et de tracer des perspectives nouvelles pour l’ensemble du domaine[10]. Au milieu du silence réificateur avec lequel la Société d’anthropologie de Paris écoute et étouffe des approches du fait humain du type de celles dont J.-A. Firmin témoigne dans ses quelques interventions et auxquelles son livre de plus de 400 pages donne l’extension d’un paradigme alternatif pour la science anthropologique, J.-A. Firmin paraît se dresser comme un individu faisant face, à lui tout seul, à toute une science en même temps qu’à tout l’appareil de son existence instituée. Ce qu’une telle image a de vrai, en dépit des corrections qu’il y faudrait apporter[11], est qu’elle situe De l’égalité des races humaines au regard non pas seulement de certaines vérités scientifiques mais encore du projet même des sciences de l’homme ainsi que de celui du monde qui développe des sciences de l’homme en son sein. Elle dramatise en profondeur à la fois la question et la scène de l’affrontement. Ces dernières semblent pouvoir se laisser décrire de la façon suivante. La question de l’homme, entendue comme question portant sur le genre humain, reçoit entre le XVIIe et le XVIIIe siècles un développement particulier de la part de l’hypothèse « polygéniste »[12]. C’est elle particulièrement qui effectue pour le savoir concernant le genre humain le passage du « monde clos » d’hommes interrogeant le fait d’avoir été créés à l’image de Dieu vers « l’univers infini » des puissances formatrices de la matière et de la vie, en même temps qu’elle accompagne dans l’imaginaire, dans le savoir et dans l’action historique tout un déplacement des cadres représentatifs hors de l’Europe et de la Méditerranée vers les nouveaux espaces coloniaux et esclavagistes. Ainsi un polygénisme théologique, réclamant du texte biblique un récit cohérent de l’histoire de l’humanité, se met-il à explorer l’idée d’une création multiple de l’homme et à l’entraîner dans des variations diverses avec les ressources de vieux mythes et motifs au sujet des races préadamites, du déluge ou de la tour de Babel. Parallèlement un polygénisme philosophique se consacre à retrouver dans Démocrite, Épicure ou Lucrèce une pensée de la matière, qui, lui attribuant une puissance infinie de formation et de transformation, la fait pencher invinciblement du côté de la pluralité des formes de vie. S’invitant quelque temps après dans la grande tâche de classer le vivant l’hypothèse polygéniste se fait également savante. Elle inspire les observateurs et les voyageurs qui se tournent vers la multiplicité des espèces avec le secours de principes énoncés par l’Histoire naturelle de Buffon, et qui commencent à dresser des tableaux d’une humanité composée de plusieurs races fixes et inégales. Au nom de la science de l’homme commencent à s’accomplir des gestes et des théories d’une toute autre extravagance que celle des spéculations et rêveries polygénistes des premiers temps. Le médecin Johann-Friedrich Meckel prétend contre toute évidence constater sur la base d’une dissection répétée d’un Nègre une noirceur interne présente dans la substance médullaire de son cerveau ainsi que dans son sang[13]. Un autre médecin établi en Jamaïque, Edward Long, croit pouvoir établir que les mulâtres ne peuvent tout comme les mulets se reproduire entre eux, et que les orangs-outangs montre une nette attirance envers les Négresses[14]. Un entomologiste élève de Linné, Johann-Christian Fabricius, développe de son côté une théorie qui fait remonter la race noire à un croisement fructueux entre des hommes blancs et des singes[15]. Peu à peu la volonté de fixer et de classer le vivant déplace le regard que le cadre polygéniste avait ouvert à la diversité du monde et de ses formes de vie vers l’observation et la démonstration d’une insurmontable faille dans la continuité du genre humain par laquelle la race blanche se voit en dernier ressort conférer un statut d’exception[16]. Au moment alors de prendre la configuration d’une science de l’homme, de se doter d’un imposant programme de rassemblement de données, de mesures et d’analyses comparatives, enfin de nouer (diversement) son expansion à celles de la colonisation et de l’esclavage, la science anthropologique naissante se tient tout entière sous cette détermination.

III. Je suis noir

Face à ce puissant courant théorique, c’est avec des armes significativement affaiblies (théories climatiques et théories des mouvements migratoires) que les partisans de l’influence du milieu s’efforcent de conserver intact le programme d’une perfectibilité commune à toute l’espèce humaine. La difficulté se fait accablante dans le cas de J.-A. Firmin et d’autres de ses compatriotes comme L. Joseph Janvier auteur lui aussi, un an avant, d’un ouvrage portant sur L’égalité des races[17]. Ces auteurs ne vivent pas en effet dans un monde où un immédiat sentiment d’horreur accueillerait les idées de faire de la race blanche la quintessence de l’humanité et du degré d’éloignement de la race blanche la mesure d’un niveau d’indignité des autres races justifiant leur mise en esclavage[18]. Ils sont contemporains, au contraire, d’un moment où les colorations de la science anthropologique mènent les esprits savants à envisager avec sérénité et logique leur extinction prochaine comme conséquence de leur infériorité. « Il n’y a rien de mystérieux dans cette extinction – écrit avec autorité Paul Topinard, premier élève de Broca, secrétaire général de la Société d’anthropologie de Paris et auteur d’un ouvrage sur les principes fondamentaux de la science anthropologique intitulé Éléments d’Anthropologie générale[19] – le mécanisme en est tout naturel. Le résultat, en somme, c’est la survivance des plus aptes au profit des races supérieures »[20]. Sous le regard de ce savoir J.-A. Firmin et d’autres savants noirs, parce que noirs, n’apparaissent pas tant comme des interlocuteurs appliqués à défendre l’égalité des races avec les arguments traditionnels de la perfectibilité que comme des représentants d’une espèce en voie de disparition condamnés par une science colorée de l’homme n’annonçant rien de moins – commente J-A. Firmin – que «  la disparition de toute la race mongolique, de toute la race éthiopique, des races malaises et américaines ! Voit-on d’ici presque toute la surface de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique et de l’Océanie se dépeupler pour élargir l’aire de développement de la seule et chétive race de l’Europe exsangue ! »[21]. La scène épistémique, sur laquelle la pensée de l’égalité des races cherche avec L.-J. Janvier et J.-A. Firmin à s’affirmer, possède en réalité tous les aspects d’une scène de cauchemar en prenant la figure d’un tribunal de la raison métamorphosé en un terrifiant aréopage de regards concentrés sur rien d’autre que certaines formes de crânes et couleurs de peaux et déchiffrant avec excitation des signes définitifs d’infériorités rédhibitoires et d’extinctions programmées. L’incapacité de parler qui saisit en un tel lieu, celle même qui sera généralisée dans la question de G. Ch. Spivak : Can the subalern speak ?, est exprimée par J.-.A Firmin dans la préface de son livre sous la forme d’un illogisme[22] : « est-il naturel de voir siéger dans une même société et au même titre des hommes que la science même qu’on est censé représenté semble déclarer inégaux ? ».

Contribution à la science anthropologique de son temps, De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive) de J.-A. Firmin affronte simultanément la question d’un sujet noir au sein des sciences de l’homme[23]. J.-A. Firmin entreprend de déployer, dans le contexte de ces sciences et de l’histoire de la raison qui les fonde, et au plus près de ces énoncés dont « La pensée du dehors » de Michel Foucault avait rappelé les effets complexes dans le “ je mens ” capable jadis de faire trembler la vérité grecque et dans le “ je parle ” capable peut-être de mettre à l’épreuve toute la fiction moderne[24], toutes les ressources et difficultés du “ je suis noir ”[25]. De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive) en introduit d’entrée le problème et la structure particulière. La réédition aux éditions L’Harmattan établie par G. Géloin a l’ingénieuse idée de reproduire en tête de l’ouvrage[26] la dédicace manuscrite de Firmin : « Hommage respectueux à la Société d’anthropologie de Paris » et une gravure représentant Toussaint Louverture en même temps que signée par Toussaint Louverture, qui l’accompagne.

Le livre est en réalité signé et dédié à la Société d’anthropologie de Paris deux fois. Il l’est, d’abord, par l’homme de science faisant confraternellement hommage de ses travaux aux autres membres de la Société qui l’a admis dans ses rangs. Il l’est, en « supplément », par la race noire représentée par celui qui en menant le peuple haïtien vers la victoire et l’indépendance politique avait gagné de pouvoir être appelé le « premier des noirs ». La deuxième signature – ainsi qu’une des thèses centrales du livre le développe en conférant à Haïti un statut d’experimentum crucis en faveur de la perfectibilité des hommes noirs – engage la race noire par le biais d’un sujet politique vainqueur de la race blanche manifesté sous les traits d’un général en grand uniforme posant et tenant à la main l’un des instruments de son succès : la longue vue par laquelle se dominent les champs de bataille. En ce point et sous cet aspect c’est un “ je suis noir ” produit par un mouvement d’émancipation de portée historique et politique, aussi difficile à contester qu’à affronter, qui défie la Société d’anthropologie de Paris. Un “ je suis noir ” qui exigerait, si les esprits savants de la Société se rendaient capables de regarder l’humanité en action dans ses œuvres réelles au lieu de demeurer dans la « raison observante » (beobachtende Vernunft) attachée à scruter dans la pigmentation et la morphologie l’être comme étant « à elle » (das Seine)[27], de prendre de tout autres mensurations. Mais il ne suffit pas d’imprimer sur un livre de science une gravure de Toussaint Louverture pour modifier en profondeur ce qui ne fait presque pas débat dans le savoir anthropologique au sujet de l’égalité et de l’inégalité des races. La longue vue du champ de bataille peut bien dériver imaginairement vers la lunette de Galilée. Il pourrait lui arriver de nouveau l’aventure d’être détournée des spectacles terrestres et bornés vers des spectacles immenses et rien ne s’oppose à ce que des membres de la Société d’anthropologie de Paris ouvrant le livre de J.-A. Firmin, s’ils l’avaient seulement ouvert, aient pu voir dans le portrait de Toussaint Louverture non pas un front à soumettre à leurs mensurations mais la lunette de la science moderne passée dans d’autres mains, des mains noires, capables elles-mêmes de la diriger vers l’être, et sur eux. Tout le discours virtuellement capable d’en développer la signification dans les travaux des sciences naissantes de l’homme et spécialement dans les controverses sur l’égalité et l’inégalité des races est cependant absent. Il l’est d’une absence éprouvée mais aussi supputée et vérifiée du point de vue de sa possibilité même. Il est un discours sans assise dans le discours. Le glissement imaginatif depuis la longue vue du champ de bataille vers la lunette de la science, depuis la signature par Toussaint Louverture de son portrait en général vainqueur vers celle de J.-A. Firmin faisant hommage de son livre à la Société d’anthropologie de Paris, depuis la démonstration historique de l’émancipation haïtienne vers l’affirmation théorique de l’égalité des races, n’effectue pas les synthèses discursives capables de soutenir le “ je suis noir ” de l’épaisseur sédimentée et organisée d’un discours. Dans la situation où J.-A. Firmin l’énonce et dont le moment de clôture selon ce que suggère l’argumentation développée par G. Ch. Spivak ne serait pas encore arrivé, le “ je suis noir ” se présente comme une affirmation d’égalité nue, souveraine, solitaire, dont la « minceur » ne paraît pas se distinguer de celle relevée par Michel Foucault du “ je parle ” là ou celui-là se réduit à la « pointe singulière et ténue (…) du moment où je dis “ je parle” »[28]. Tout entier contenu dans le livre, semble-t-il, le discours déployé par le “ je suis noir ” de J.-A. Firmin ressemble à s’y méprendre à celui qui « ne préexiste pas à la nudité énoncée au moment où je dis “ je parle ”, et qui disparaît dans l’instant même où je me tais ». « Un désert l’entoure »[29]. Michel Foucault, qui avait pour sa part rendu hommage à Maurice Blanchot d’avoir aperçu dans l’habitation neutre de ce désert la condition de la « fiction occidentale », en signale en même temps le mode singulier de productivité qui se caractériserait d’opérer à la fois comme « ouverture absolue par où le langage peut se répandre à l’infini », et comme agencement d’écart, d’éloignement, de morcellement, de dispersion, d’expérimentation « du dehors » par et pour des “ je suis ” susceptibles d’apparaître sur les espaces nus d’un “ je parle ”. Cette expérience extérieure aux formes construites de « notre intériorité », Michel Foucault la voyait flotter au-dessus de « notre culture », rôder dans ses textes, mettre sur la piste d’autres « formes et catégories fondamentales de la pensée »[30]. Le “ je suis noir ” de J.-A. Firmin la fait pour sa part obstinément se lever et paraître à partir des contradictions inextricables et des absurdités insérées dans la science anthropologique par le paradigme inégalitaire. Reprenant tous les travaux, il y fore « l’ouverture absolue » par où l’idée de perfectibilité noire qu’ils empêchent peut commencer à se répandre à l’infini, et les sujets humains qu’ils prennent pour objets d’étude se disperser jusqu’à l’indiscernable.

IV. L’expérience « extérieur » de l’égalité 

Dans les années où J.-A. Firmin arrive à Paris et y publie De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive), les formes de vie inconnues que l’Europe découvre tout au long de ses expéditions et occupations coloniales y sont aussi acheminées en masse, thésaurisées, exhibées. La Société d’anthropologie de Paris, pour sa part, s’est tournée vers une acquisition obsessionnelle de crânes humains qui impulse une « véritable course aux crânes »[31]. Rapportés du monde entier par des voyageurs et médecins de marine équipés des scalpels, cuillers, lancettes et autres instruments contenus dans la trousse anthropométrique Mathieu[32], ils enrichissent fiévreusement une collection constituée à partir de cadavres et de fouilles archéologiques qui passe en vingt ans de 5000 à 24000 crânes tout en cherchant à s’adjoindre simultanément les crânes disponibles d’hommes illustres et les mensurations des savants encore vivants. Le refus de la famille de transmettre le cerveau de Victor Hugo au laboratoire Broca provoque en 1885 la déception et la protestation[33]. Il prive d’un élément de poids la collection des crânes, fragments de squelettes, organes baignant dans le formol, ainsi que leurs mesures, pesées, traductions géométriques et statistiques avec l’appui de tout un appareillage scientifique nouveau, qui revendiquent de produire en toute objectivité – les cerveaux de P. Broca et d’A. Bertillon ont été eux-mêmes mis à contribution – l’image vraie de l’humanité au sein d’un âge positif. Ce décor, que les musées d’aujourd’hui continuent d’abriter dans leurs réserves, jette une lumière particulière sur la discussion du 21 avril 1892 au terme de laquelle il fut demandé à J.-A. Firmin de bien vouloir soumettre son crâne à des mensurations. C’est ce dernier en effet – on peut le remarquer – qui met la séance et les anthropologues présents sur cette voie. Ayant évoqué les conditions de situation sociale parmi les facteurs à ne pas négliger, il « ajoute qu’il ne voit pas de vrais dolichocéphales parmi les membres de la Société, et que, parmi les hommes supérieurs, c’est la brachycéphalie qui domine »[34]. L’argument de l’égalité, qui se tient derrière cette indication transmise aux membres présents de la Société d’anthropologie de Paris, que J.-A. Firmin énonce avec l’appui du “ je suis noir ” aussitôt perçu par ces derniers, se présente indissolublement au sein et au dehors du discours qui a cours dans la science anthropologique. Il s’inscrit d’une part pleinement en lui en faisant appel à la différence entre crânes dolichocéphales (allongés) et crânes brachycéphales (courts) qui concentre spécialement l’attention des membres de la Société, ainsi qu’à la supériorité que ceux-là croient déceler et pouvoir démonstrativement rattacher aux crânes courts. Il se tient d’autre part excessivement éloigné du discours en vigueur pour autant que le raisonnement implicite de son intervention présuppose que les milieux et les conditions sociales agissent sur la voie de perfectibilité qui mène les crânes vers la brachycéphalie. Ce raisonnement non seulement n’a pas cours au sein de la science développée par la Société d’anthropologie de Paris mais le livre de J.-A. Firmin De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive) ne parviendra à l’énoncer que par de longues argumentations indirectes. En ce point où il surgit dans la discussion du 21 avril 1892, il continue de provenir, en même temps que des acquis pour lui de son livre, de l’extériorité au discours de la science anthropologique dans laquelle le “ je suis noir ” le fait persévérer. Sans représentation possible dans ce discours, l’égalité contenue dans le “ je suis noir ” insiste dans « la minceur sans contenu » de sa phrase nue ainsi que dans la « souveraineté logée dans l’absence de tout autre langage »[35] que cette même phrase défend. Hors d’état de frayer dans la science anthropologique des traductions des proclamations d’égalité qui flottaient sur les armées commandées par Toussaint Louverture, ni, près d’un siècle plus tard, de celles qui agitaient avec son concours la vie politique haïtienne[36], J.-A. Firmin invente pour son livre et pour la thèse qu’il y défend un entrelacs original par lequel son propos fait poindre l’idée égalitaire à l’horizon d’une relecture exhaustive des travaux anthropologiques, qui, à la fois se soumet absolument et presque avec excès au cadre qu’ils empruntent à l’idéal scientifique, et procède à la destruction complète du discours qui inscrit en ce cadre leurs résultats, méthodes, questionnements, motivations. Cette manière de faire produit un formidable effet de distance. Peu à peu, la relecture de J.-.A. Firmin jette sur les anthropologues de Paris mesureurs de crânes une étrange lumière qui les montre affairés à traquer et à collectionner des restes humains, à lire et à noter des sinuosités, à séparer scrupuleusement les crânes courts et les crânes longs, à projeter le savoir de cette différence  dans la forme cosmique d’un monde au centre duquel ils se tiendraient. Plus rien d’essentiel ne semble les distinguer, derrière le rideau de la science que J.-A. Firmin continuant de le célébrer fait insensiblement glisser vers d’autres scènes, d’esprits primitifs pratiquant un culte sauvage dédié à l’inégalité brachycéphalique. Comme J. Derrida enseignera plus tard à le faire[37], J.-A. Firmin révèle dans chaque énoncé de pure et lisse abstraction scientifique les aspérités qui le rattachent à une scène passionnelle occupée à s’effacer, et qui sous la volonté d’universalisation rendent visible en réalité sa volonté inégalitaire. C’est avec ironie, et, au prix de cette ironie, avec un réel amusement que J.-A. Firmin décrit les « courses » que son travail critique le conduit à effectuer à travers les colonnes de chiffres des tableaux anthropologiques qui alignent les mesures et descriptions des crânes, charpentes osseuses, indices céphaliques, cavités, cerveaux, tailles, forces musculaires, pigmentations, chevelures : « on sent combien il est intéressant de poursuivre la lecture  de ces tableaux qui sont l’expression de tout ce que les anthropologistes ex professo se donnent de mal au milieu de ces appareils sévères, de ces crânes dénudés et grimaçants où ils font froidement leur expérience in anima vili. Pour moi, à part la soif inextinguible que j’ai de la vérité, à part le devoir que j’ai de poser même une seule pierre dans l’œuvre de la réhabilitation scientifique de la race noire dont le sang coule pur et fortifiant dans mes veines, j’éprouve un plaisir inouï à me promener ainsi entre ces différentes colonnes de chiffres si soigneusement disposées »[38]. L’ironie qui ne cesse de la science à en appeler contre elle à l’idéal scientifique ravage de proche en proche tout le savoir accumulé. De destruction en destruction le “ je suis noir ” de J.-A. Firmin mène le combat de l’égalité et de l’inégalité vers sa scène finale où, deux résolutions restant en lice, la science anthropologique se révèle admettre, tout en requérant de choisir, deux compréhensions de l’égalité : l’égalité à laquelle on accède dans le moment de la mort et qui est celle que précipitent, comme s’ils voulaient eux-mêmes s’en préserver en oubliant qu’elle attend toute existence, les rêves d’extinction que la race blanche fait des autres races[39] ; l’égalité dans le mélange, celle qui, en réalité, adviendra des errances mêmes de l’histoire coloniale blanche[40].

La démonstration de J.-A. Firmin est d’une efficacité inouïe. Elle replace alors, du moins pour le cadre des propos tenus ici, devant l’étonnement. Pouvons-nous, devons-nous, ainsi que le formule la seule notice que son livre a motivée, penser que le « cerveau nègre » de J.-A. Firmin a possédé cette « puissance de travail » de rédiger en quelques mois une complète réfutation de tout le savoir accumulé par la Société d’anthropologie de Paris ? La « pointe singulière et ténue » d’un “ je parle ” capable d’abolir tout l’édifice de discours longuement construits, de le percer d’une ouverture absolue par où faire s’épancher la bande passante d’un autre réel, d’en faire jaillir des lignes de fuite vers des “ je suis ” lointains et indiscernables, cette pointe singulière a-t-elle été mise en œuvre à une vitesse vertigineuse par un seul lettré noir ? La mémoire plus ou moins malveillante en a douté : on « chuchota que l’auteur n’y avait rien apporté de personnel ». On parlera, parlant de J.-A. Firmin, de « l’auteur supposé d’un livre sur l’égalité des races humaines »[41] . Il y a ici peut-être une réponse simple. Moins une réponse de fait qu’une option théorique décisive. C’est par un ultime préjugé que le  “ je suis noir ” de J.-A. Firmin nous apparaît comme le défi formidable d’un homme seul face à toute une science. Toute la région du Cap Haïtien et tout Haïti résonnait en réalité de conversations, de débats, d’études scientifiques sur l’égalité des races. C’est dans un mouvement de l’anthropologie caribéenne déjà au travail que la subjectivation indissolublement scientifique et politique manifestée par J.-A. Firmin prit naissance. La puissance du cerveau nègre est en lui déjà un mouvement social et politique. C’est exactement cette thèse que défend, démontre et développe, tant pratiquement que théoriquement, De l’égalité des races humaines de J.-A. Firmin.


Bibliographie

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Topinard P., Éléments d’anthropologie générale, Paris, Delahaye et Lecrosnier, 1885.


[1] Géloin G., « Introduction », in Firmin J.-A., De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive), Paris, réédition L’Harmattan, 2003, p. XV.

[2] Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris, IVe série, tome 3, 1892, (http://persee.fr).

[3] Ibid.

[4] Ibid., p. 329. Se reporter aussi à Géloin G., Introduction, op. cit. p. xx-xxi.

[5] Ibid., p. 320-330.

[6] Ibid., p. 280.

[7] Hegel G.W.F., Phenomenologie des Geistes  Phénoménologie de l’esprit (trad. fr. de G. Jarczyk et P.-J. Labarrière), Paris, Gallimard, 1993, p. 335.

[8] Spivak G. Ch., Can the subaltern speak ? – Les subalternes peuvent-elles parler ? (trad. fr. de J. Vidal), Édition d’Amsterdam, 2009.

[9] Élève du fondateur de la Société d’anthropologie de Paris Paul Broca, Léonce Manouvrier a lui-même soutenu quelques années plus tôt une thèse de médecine sur des Recherches d’anatomie comparative et d’anatomie philosophique sur les caractères du crâne et du cerveau. G. Géloin (op.cit. p. xxi) lui attribue le compte-rendu. Une appréciation rédigée avec les mêmes mots est attribuée à Frédéric Passy dans une séance du 22 juillet 1892 de l’Académie des sciences morales et politiques (voir Pauléus Sannon Horace, Antenor Firmin [1938], réédition C3 éditions, 2013, p. 209 ; ou Papillon A., Le Nouvelliste, 24 juin 2009).

[10] Voir une impression similaire chez Fluehr-Lobban C., « Anténor Firmin and Haiti’s contribution to anthropology » – « Anténor Firmin et sa contribution à l’anthropologie haïtienne », Gradhiva. Revue d’anthropologie et d’histoire des arts, 1/2005, pp. 95-108.

[11] De manière significative l’article de C. Fluehr-Lobban (op.cit.) rend à l’œuvre de J.-A. Firmin des antécédents (L.H. Morgan, E. B. Taylor, H. Spencer, E. Kant) et des successeurs (J. Price-Mars). D’autres éléments sont à considérer qu’on évoquera plus loin.

[12] Se reporter notamment à Tombal D., « Le polygénisme aux XVIIe et XVIIIe siècles : de la critique biblique à l’idéologie raciste », Revue belge de philologie et d’histoire, tome 71, fasc. 4, 1993 (http://persee.fr).

[13] Tombal D., op.cit., p. 864. Ces affirmations garderont du crédit malgré des dissections publiques organisées à leur encontre par l’anatomiste hollandais Petrus Camper à Amsterdam en 1758, puis à Groningen en 1766 et en 1768.

[14] Ibid., p. 864-865.

[15] Ibid., p. 866.

[16] Ibid., pp. 867-868.

[17] Janvier L.-J., L’égalité des races, Paris, Rougier, 1884.

[18] Tombal D., op.cit. p. 867, 870.

[19] Topinard P., Éléments d’anthropologie générale, Paris, Delahaye et Lecrosnier, 1885.

[20] Cité par J.-A. Firmin, De l’égalité des races humaines (anthropologie positive), p. 395.

[21] Ibid.

[22] « Je n’ai pas à le dissimuler. Mon esprit a toujours été choqué en lisant divers ouvrages, de voir affirmer dogmatiquement l’inégalité des races humaines et l’infériorité native de la noire. Devenu membre de la Société d’anthropologie de Paris, la chose ne devait-elle pas me paraître encore plus incompréhensible et illogique ? Est-il naturel de voir siéger dans une même société et au même titre des hommes que la science même qu’on est censé représenter semble déclarer inégaux ? J’aurais pu, dès la fin de l’année dernière, à la reprise de nos travaux, provoquer au sein de la Société une discussion de nature à faire la lumière sur cette question, à m’édifier au moins sur les raisons scientifiques qui autorisent la plupart de mes savants collègues à diviser l’espèce humaine en races supérieures et races inférieures ; mais ne serais-je pas considéré comme un intrus ? Une prévention malheureuse ne ferait-elle pas tomber ma demande préalablement à tout examen ? (…) Aussi est-ce alors que je conçus l’idée d’écrire ce livre » (Op. cit, p. xxxiv).

[23] C. Fluehr-Lobban (op.cit.) signale avec justesse que le geste épistémologique que J.-A. Firmin accomplit à l’égard de la science anthropologique dominée par P. Broca est repris par J. Price-Mars (auteur par ailleurs d’un ouvrage sur Joseph Antenor Firmin, 1978, posthume) contre les lois psychologiques de l’évolution des peuples de Gustave le Bon (1894 et alia).

[24] Foucault M., « La pensée du dehors. Sur Maurice Blanchot », Critique, n°229, juin 1966 ; repris dans Dits et Écrits, I.

[25] J.-A. Firmin, op.cit. p. xxxv.

[26] Ibid.

[27] Hegel G.W.F, Phänomenologie des Geistes / Phénoménologie de l’esprit, in Werke, III, Frankfurt a. M. 1979, p. 185.

[28] Foucault M., op.cit.

[29] Foucault M., ibid.

[30] Ibid.

[31] Géloin G., op.cit. p. xviii.

[32] Voir Mathieu L., Catalogue des instruments anthropologiques, qui propose à l’époque des instruments « (divisés) en trois groupes selon qu’ils se rapportent à l’anthropométrie, à la craniométrie ou à l’ostéométrie, et qui signale «  entre parenthèses (…) les instruments encore inédits construits sous la direction de M. Broca pour le Laboratoire d’anthropologie de l’École des Hautes Études » en référence aux Instructions générales de la Société d’anthropologie de 1865.

[33] Géloin G., op.cit.

[34] Séance du 21 avril 1892, Bulletins de la Société d’anthropologie de Paris.

[35] Foucault M., op.cit.

[36] Se reporter entre autres à Pauléus Sannon Horace, op.cit. pp 198-234.

[37] Derrida J., « La métaphore blanche », in Marges de la philosophie, Paris, éditions de Minuit, 1972.

[38] Firmin J.-A., op.cit. p. 90.

[39] « Qu’on tourne ou retourne le crâne, il reste muet, avec son aspect sépulcral. Sombre sphinx, il semble nous dire plutôt qu’en parcourant tout le cycle de la vie, depuis le premier mouvement du protoplasma, qui prend des ébats savants dans la vésicule germinative, jusqu’à l’heure où, le front courbé vers la tombe le vieillard exsangue s’éteint et ferme les yeux à la lumière, l’homme vit, s’agite et progresse, mais rentre enfin au réservoir commun qui est la source des êtres et le grand niveau égalitaire. Assurément ce n’est pas cette égalité dans la mort qui fait objet de nos investigations actuelles ; mais les têtes de mort, quoiqu’on fasse, ne diront jamais autre chose » (Ibid, p.138)

[40] « L’Européen portera ses pas aux confins du monde habité ; par ses armes perfectionnées, par son éducation, et, surtout, par la conviction profonde qu’il a de sa supériorité ethnique, il obtiendra des victoires faciles : mais il ne s’établira dans certains milieux que pour s’éteindre ou se transformer et se confondre tellement avec la race indigène, physiologiquement et corporellement, qu’on ne pourra jamais dire lequel des deux éléments a disparu dans la confusion du sang et des croisements » (Ibid, p. 396).

[41] Pauléus Sannon Horace, op.cit. p. 208-209.

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