La méthode hypothético-déductive selon Popper

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La critique de l’induction

La méthode poppérienne se base sur une critique radicale de l’inductivisme. Imprégné, tout jeune, des théories du cercle de Vienne, Popper rompra radicalement et définitivement avec le positivisme logique[1] puis se lancera dans une œuvre épistémologique de taille qui influencera de nombreux scientifiques, issus des sciences « dures » comme des sciences « molles », bien que son œuvre ait spécifiquement pour objet les sciences de la nature, et ne s’applique qu’avec beaucoup de restrictions aux sciences sociales, qu’il considère, pour la plupart, comme non-scientifiques dans la mesure où ses principes de scientificité ne s’y appliquent pas.

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[2]

Ce schéma résume le modèle de base de la pensée inductive, partant des « faits bruts », de l’observation pure pour formuler des lois et théories : ce mode d’appréhension de la réalité peut se résumer par la formule : « Si un grand nombre de A ont été observés dans des circonstances très variées, et si l’on observe que tous les A, sans exception, possèdent la propriété B, alors tous les A ont la propriété B »[3]. Une fois des lois établies, elles serviront de prémisses à la formulation par déduction de prédictions sur des situations futures ou non encore connues.

Cette méthode est logiquement illégitime, car, comme Hume l’avait déjà formulé, aucune série finie d’observations ne peut permettre d’affirmer l’universalité d’un phénomène observé. B. Russell en avait également fourni un exemple parlant avec celui de sa dinde inductiviste, montrant qu’aucun résultat établi par la méthode inductive ne peut jamais être sûr, il ne peut jamais qu’être probable. De ce constat, Popper tire la conclusion que notre connaissance (scientifique) ne procède tout simplement pas par induction, et que la scientificité d’une méthode basée sur le primat de l’observation de « faits bruts » est tout simplement un mythe.

C’est donc, pour Popper, la construction de théorie qui prime sur l’observation empirique : en somme, comme beaucoup de critiques à l’inductivisme, il affirme que l’homme n’observe pas « dans le vide », car l’observation est toujours guidée par la théorie. Popper affirme que notre connaissance procède par conjectures et réfutations, c’est la fameuse méthode des « essais et erreurs » : l’esprit formule des hypothèses sur le réel et tout l’effort scientifique consiste à tenter de réfuter ces hypothèses par l’observation empirique. L’induction ne peut permettre d’aboutir à une connaissance de type scientifique, puisqu’elle procède par vérification et justification des théories par l’exemplification, effort voué à l’échec : en effet, on ne peut établir l’universalité logique d’un énoncé particulier à partir de la somme (toujours et obligatoirement finie) des observations effectuées, mais on peut, par contre, très bien établir sa fausseté à partir d’une seule observation contradictoire avec l’hypothèse formulée. C’est également pour cela que l’hypothèse théorique doit préexister à l’observation empirique, que seule l’observation a posteriori est susceptible de servir la construction scientifique. « On part de la théorie, et on ne se sert de l’observation que pour tenter de l’infirmer »[4]. La science se construit donc d’abord et avant tout sur la base de l’audace spéculative du chercheur, « loin de toute prudence empiriste naïve »[5] prônant le seul recours aux enquêtes, sans spéculation théorique préalable.

Claire Saillour


[1] Le positivisme logique, schématiquement, peut être considéré comme une forme extrême de l’empirisme, selon lequel la justification des théories n’est pas liée seulement à leur vérification sur des faits acquis par l’observation, mais au fait qu’elles n’ont de sens que si c’est de là qu’elles tient leur origine.

[2] Schéma illustrant le raisonnement inductif selon A. CHALMERS, Qu’est-ce que la science ?, Paris, La Découverte, 1987, p.28.

[3] Cf. Ibid.

[4] R. BOUVERESSE, Karl Popper, Paris, Vrin, 1986, p. 28.

[5] A. BOYER, article « Karl Popper », in : S. MESURE, P. SAVIDAN, Dir., Le dictionnaire des sciences humaines et sociales, Paris, PUF, 2006, pp. 863-865, p.863.

Cette brève  présentation de certains aspects de la pensée de K. Popper est tirée d’un précédent travail de recherche : « le naturalisme dans les sciences sociales ».

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