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Compte-rendu critique – La sensibilisation du sens

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Davide Pilotto est doctorant en philosophie contemporaine à Sorbonne Université et à l’Université du Salento. Il s’intéresse à la phénoménologie husserlienne et à sa réception française, notamment dans le cadre du post-structuralisme ou de la « nouvelle phénoménologie française ». Il rédige actuellement une thèse sur la relation entre Edmund Husserl et Gilles Deleuze sous la direction de Dominique Pradelle et Giorgio Rizzo.

Paula Lorelle, La sensibilisation du sens. De Husserl à la phénoménologie française, Paris, Hermann, coll. « Le Bel Aujourd’hui », 2021

L’ouvrage est disponible ici


Il n’y a rien de nouveau à écrire que la pensée d’Edmund Husserl a connu un succès extraordinaire en France au cours des soixante-dix dernières années, jetant les bases d’une Wirkungsgeschichte qui, comme le propose Jocelyn Benoist, pourrait même nous permettre d’affirmer que la phénoménologie « a fini peu ou prou par s’identifier à ce qu’on a nommé “philosophie continentale” »[1]. À partir du remarquable Phänomenologie in Frankreich de Bernhard Waldenfels, et en lisant également les ouvrages d’Éliane Escoubas, Hans-Dieter Gondek, László Tengelyi et Christian Sommer[2], les dernières décennies ont vu se multiplier les tentatives de détecter la spécificité de la réception de Husserl en France, une réception qui s’est éloignée d’une interprétation plus « orthodoxe » de Husserl pour donner lieu – pour reprendre la célèbre expression de Paul Ricœur[3] – à une constellation d’« hérésies » phénoménologiques qui, d’une manière ou d’une autre, comptent Husserl comme leur « divinité tutélaire ».

L’ouvrage de Paula Lorelle intitulé La sensibilisation du sens. De Husserl à la phénoménologie française, paru chez Hermann en 2021, peut légitimement figurer parmi les travaux capables de reconstituer la trajectoire de la phénoménologie française autour d’un fil conducteur qui trouve ses racines directement dans la pensée d’Edmund Husserl, un fil dont l’importance pour la phénoménologie, déjà pressentie par des travaux académiques tels que ceux de Jean-Michel Salanskis et Tamás Ullmann[4], reçoit enfin l’attention qu’elle mérite. Le thème abordé, déjà suggéré par le titre, est celui du statut phénoménologique de la notion de sens. Comme l’écrit Renaud Barbaras dans la préface, la thèse fondamentale proposée par Lorelle est l’« affirmation de la dépendance constitutive du sens à la sensibilité », question qui est « sans cesse contrecarrée par une tendance, de sens opposé, à l’autonomisation de ce sens »[5], définissant cette autonomie comme « ce qui possède en soi-même sa propre loi », à savoir, dans ce cas, « l’indépendance [du sens] par rapport au domaine sensible qui en serait fondateur et déterminant » (p. 13). Lorelle identifie ainsi un mouvement « de flux et de reflux »[6] qui, en s’appuyant sur les propos de Husserl et de représentants de la tradition phénoménologique française tels que Maurice Merleau-Ponty, Claude Romano et Emmanuel Levinas, illustre la manière dont la tentative phénoménologique de cadrer la portée et le fondement du sens reste ancrée dans l’oscillation entre ces deux dynamiques – l’autonomisation et la sensibilisation – dans un « mouvement en “zig-zag” » (p. 20) qui relève explicitement de l’héritage husserlien[7]. Il s’agit d’une thèse qui, « de l’extérieur », peut ne pas sembler particulièrement surprenante, mais qui l’est si, au contraire, on demeure dans la perspective phénoménologique, car elle contribue à définir une ligne d’interprétation précise et rigoureuse de la pensée husserlienne et post-husserlienne. Toute l’articulation du travail de Lorelle vise donc à justifier et à soutenir cette ligne d’interprétation, en montrant comment Husserl et ses héritiers offrent des ressources philologiques et conceptuelles pour en rendre compte.

L’ouvrage de Lorelle est divisé en trois chapitres, précédés d’une introduction et suivis d’une conclusion. Dans l’introduction, après avoir défini les axes possibles autour desquels peut s’articuler la dépendance du sens à la sensibilité, Lorelle avance déjà la thèse générale que le livre prendra soin de défendre : « le sens dépendrait, en son fondement comme en sa détermination, de la sensibilité », c’est-à-dire « le sens ne serait pas d’abord un phénomène de connaissance, ni un phénomène de langage, mais un phénomène sensible », à savoir « un contenu de perception propre au rapport que le corps sentant entretient au monde senti » (p. 18). Cependant, comme nous l’avons déjà remarqué, il existe aussi une tendance inverse, qui empêche de saisir le lien entre sens et sensibilité en faveur des propositions théoriques qui considèrent le sens comme idéal, c’est-à-dire détaché et même antithétique à l’élément sensible : il s’agit de l’autonomisation du sens par rapport à la sensibilité. L’articulation des différents chapitres est donc affectée par ce double mouvement : d’une part, Lorelle met en évidence les éléments de l’élaboration conceptuelle husserlienne qui témoignent de la tendance à détacher le sens de la sensibilité, et d’autre part – et c’est précisément la thèse fondamentale du livre – ceux qui semblent plutôt suggérer leur union. Pour mieux éclairer la structure expositive rapidement présentée ici, on peut d’ores et déjà se référer à la conclusion du livre, qui récapitule ce qui vient d’être mis en évidence à la lumière du parcours théorique proposé par l’autrice : si l’objectif principal de La sensibilisation du sens est de « repérer les différentes formes phénoménologiques d’autonomisation du sens, afin de pouvoir les déjouer et asseoir philosophiquement la dépendance radicale du sens à la sensibilité », Lorelle – comme on le montrera dans la suite de ce compte-rendu – en vient à « assumer sa dépendance intégrale à la sensibilité » (p. 145), ce qui constitue donc la thèse pivot de son travail. Il va donc de soi qu’il s’agit d’un ouvrage destiné aux spécialistes du domaine, car l’originalité de la thèse avancée ne se révèle que si on la contextualise dans le cadre – comme on le verra dans la suite de ce compte-rendu – de la « nouvelle phénoménologie française », ou plus exactement de ces débats spécifiques qui la traversent – en premier lieu la controverse entre réalisme et idéalisme phénoménologique, sur laquelle nous reviendrons.

 

Le premier chapitre, intitulé Des significations idéales aux significations empiriques, prend surtout en considération les passages des Recherches logiques qui soutiennent la thèse de l’idéalité de la signification suite à l’« irrelativité de la signification aux circonstances sensibles et spatio-temporelles de son acte ou de son énonciation » (p. 26). Il s’agit d’une proposition théorique à laquelle le volume entier des Prolégomènes à la logique pure était arrivé après une critique approfondie du psychologisme à travers l’examen des positions d’auteurs tels que Stuart Mill, Spencer, Lange et Sigwart[8], proposant plutôt d’aller « au-delà du contenu mental d’un sujet empirique et des lois de sa pensée » et « au-delà de structures subjectives a priori qui, en dernière instance, appartiennent à l’espèce empirique “homme” » (p. 32). Husserl affirme que « l’idéalité de la signification est donc ce qui se maintient indépendamment des éléments psychiques et des circonstances particulières de son vécu » (p. 32) : le sens d’une proposition ne dépend ni des conditions concrètes de son énonciation, ni des phénomènes psychiques qui lui sont liés – comme l’écrit Husserl, « la vérité est identiquement une, que ce soient des hommes ou des êtres d’une autre espèce, des anges ou des dieux qui l’appréhendent en jugeant »[9] –, une thèse qui se confirme même en considérant ces « expressions que Husserl nomme “occasionnelles”, “subjectives”, “vagues” ou “fluctuantes” » (p. 26-27) comme par exemple les déictiques[10]. Lorelle identifie une « double irrelativité » du sens, « aux vécus psychiques subjectifs et aux circonstances sensibles de son expression » (p. 30). Dans ce cadre, il apparaît évident que l’idéalisation est déjà une première forme d’autonomisation du sens, qui semble se libérer du matériel expérientiel et se configurer comme une détermination conférée a parte subiecti.

En même temps, l’autrice identifie déjà dans les Recherches logiques une première élaboration de « la thèse adverse d’une sensibilisation du sens » (p. 33) : la signification semble déjà appartenir aux expériences individuelles de perception – une thèse qui sera ensuite reprise dans De la synthèse passive[11], et, pourrait-on ajouter, dans Logique formelle et logique transcendantale et Expérience et jugement[12] –, mais il ne s’agit pourtant pas d’un contenu « réel », concret, mais, au contraire, d’une « fonction » (p. 33) que Husserl semble ne pas parvenir à gérer pleinement. Selon Lorelle, la solution qui permet d’« identifier [la signification] à l’objet qui est en elle visé » est la thèse selon laquelle « l’individualité à laquelle la signification se trouve dès lors rattachée est identifiée à l’objet même dont elle détermine la visée » (p. 37), à savoir ce que Lorelle nomme « signification empirique » : pour être plus clair, cela signifie que l’idéalité cesse d’être exclusivement associée à une transcendance, mais qu’elle est pour ainsi dire déjà « incarnée » dans l’objet individuel de la perception, même si cela implique précisément une « contamination » de l’idéal par l’empirique, Pour reprendre le lexique husserlien des Ideen, nous pouvons affirmer que tout cela veut dire que le versant noématique de la signification s’ajoute ainsi au versant noétique. En reconnaissant dans le noème le point d’appui de la Sinngebung, à savoir la donation de sens, capable de mettre les véçus intentionnels dans la condition d’« abriter […] quelque chose comme un “sens” »[13], avec toute l’immense problématique à laquelle cela a donné lieu dans la tradition phénoménologique[14], Husserl, selon Lorelle, en vient à soutenir que « la signification, en ce sens noématique, n’est autre que l’objet pris selon la manière dont il est signifié » (p. 39). À côté des significations idéales de la première Recherche logique, Lorelle, après avoir identifié des significations empiriques, c’est-à-dire des « idéalités impures » (p. 37), propose la thèse des « deux régimes de significations » (p. 40), à savoir idéales et empiriques, mais ce qui est remarquable est qu’il y a ici une « dépendance à leur environnement commun ou au monde lui-même » (p. 41). Le champ d’application de la raison en sort redimensionné : reprenant des éléments déjà centraux dans le premier livre de Lorelle, intitulé Le sensible ou l’épreuve de la raison[15], l’autrice propose la thèse selon laquelle « la raison objective trouve bien, avec les significations empiriques, une limite », car elles « opèrent […] cet autre mouvement adverse d’une sensibilisation du sens, déterminées comme elles le sont, en leur contenu même, par le monde dont elles sont les significations » (p. 43). Il est évident que cette position, qui établit une primauté du contenu au niveau gnoséologique, en donnant en fait à l’élément empirique un rôle prédominant dans la théorie de la signification, constitue une thèse qui peut nous permettre de rapprocher Lorelle moins de la phénoménologie « idéaliste » que de la phénoménologie « réaliste », en se référant aux deux grands courants phénoménologiques contemporains dans lesquels s’inscrivent grosso modo les héritiers husserliens d’aujourd’hui, notamment dans le domaine francophone[16]. Cependant, Lorelle souligne comment, pour Husserl, cela ne signifie pas la mise de côté d’une imposition d’unité a parte subjecti, au sens où « l’identité des significations empiriques se voit […] rabattue sur la synthèse identificatrice d’une conscience d’unité » (p. 44-45) : elle implique ainsi une intervention de l’activité synthétique de la conscience, en cohérence avec la proposition théorique avancée dans le paragraphe 55 des Ideen, où on peut lire que « des unités de sens présupposent […] une conscience donatrice de sens, qui pour sa part est absolument, et non elle-même à son tour par donation de sens »[17].

 

Le deuxième chapitre, intitulé De la donation de sens aux implications de sens, commence précisément par le constat de la nécessité d’admettre l’activité synthétique d’une conscience constituante, ce qui, étant donné l’héritage kantien qui y est impliqué, conduit Lorelle à formuler la question dans des termes selon lesquels la deuxième forme d’autonomisation du sens est la forme transcendantale, c’est-à-dire le double mouvement de « détachement du sens du monde sensible existant » et « sa reconduction à l’activité synthétique d’une conscience constituante » (p. 47).

Lorelle souligne tout d’abord que « la dépendance de la signification à l’existence d’un monde effectif se trouve être largement relativisée » (p. 49), c’est-à-dire que l’existence de l’objet signifié n’est pas nécessaire pour qu’il ait une signification – une position qui est d’ailleurs cohérente avec les résultats d’un débat au tournant des XIXe et XXe siècles dont l’acteur le plus célèbre était probablement Alexius Meinong –, considérant en effet que « le monde […] ne se donne jamais d’un seul coup en personne, comme existant », mais « par esquisses successives » (p. 49), comme d’ailleurs le montre clairement Husserl dans De la synthèse passive et Expérience et jugement[18]. Par conséquent, « s’il est tout à fait pensable qu’il n’y ait pas de monde, il n’est pas absolument certain qu’il y en ait un », ce qui implique donc « la nécessité de suspendre sa thèse ou d’opérer la réduction phénoménologique » afin d’atteindre « un premier domaine d’apodicticité dont il n’est absolument plus possible de douter » (p. 51). Grâce à la « mise entre parenthèses » du monde, c’est-à-dire à l’épochè, Husserl – comme le reconstruit Lorelle – en vient ainsi à remplacer le monde lui-même par le « corrélat noématique de mon vécu » (p. 51), à savoir le noème, déjà rapidement évoqué. Une nouvelle conception de la notion de sens est esquissée : « Husserl, dans les Ideen I, emploie donc d’abord le concept de “sens” pour désigner le “noème” complet, à savoir, le corrélat noématique de la visée ou son objet » (p. 51), avec le constat que, à la lumière de ce qui a été dit au sujet de l’épochè, « le “sens” n’est autre que ce qui reste du monde, une fois la thèse de son existence suspendue » (p. 52). Le « sens phénoménologique », résultat d’une nouvelle autonomisation du sens par rapport à la sensibilité, est donc « détaché […] du monde réel existant » et « rattaché à l’activité d’une conscience constituante, donatrice de sens » (p. 52-53), comme on peut le lire clairement dans le passage du paragraphe 55 des Ideen précédemment évoqué. On trouve ici la principale formulation de l’idéalisme transcendantal husserlien : « le “sens” de la perception commence dans la conscience » (p. 53) – il est la « “quintessence” de la conscience » (p. 53) –, en se posant donc comme fundamentum inconcussum auquel l’épochè nous conduit. Il s’agit de la question de la constitution, qui « est un acte de Sinngebung, ou de donation de sens », avec ce dernier qui « est conféré au monde par la conscience constituante, “donatrice de sens” » (p. 53)[19]. La Sinngebung est ainsi un acte synthétique appartenant à la conscience transcendantale constitutive : selon Lorelle – et c’est l’une des thèses centrales de son livre –, « le sens est donc l’unité conférée par l’acte synthétique de la conscience pure au divers des sensations et au divers des esquisses » (p. 57), délimitant – au moins pour cette phase du trajet intellectuel husserlien – un cadre de pleine autonomie du sens par rapport à la sensibilité, puisqu’il n’y aurait pas de « contamination » entre les deux, pour utiliser un terme derridien.

Parallèlement à cette reconstruction de la pensée de Husserl, Lorelle, dans la partie plus « critique » du deuxième chapitre, en vient à soutenir que « la conscience transcendantale témoigne […] de l’échec d’une fondation du sens » (p. 57), puisque deux thèses différentes s’opposent ici : la « thèse idéaliste », selon laquelle « le sens serait conféré au monde par le sujet » (p. 58), et la « thèse atomiste », d’après laquelle « le sens total du monde résulterait de la synthèse d’un divers de sensations ou d’unités partielles de sens » (p. 58). À la lumière de cette distinction, l’autrice propose une partition des héritiers husserliens en fonction de leur adhésion à une position « herméneutique », qui, « contre la thèse idéaliste, assume l’impossibilité d’une donation de sens par la conscience, première sur toute compréhension » (p. 58), et une position « structurale », qui, « contre la thèse atomiste, assume la priorité d’un sens total du monde sur le sens partiel de ses silhouettes » (p. 58). La position herméneutique démarre du constat de la téléologie impliquée par la Sinngebung, puisqu’il existerait une unité de sens déjà avant la constitution : « avant d’en être produit, le sens total du monde » est « présupposé par l’activité constituante comme son telos même » (p. 58). Cela implique, argumente Lorelle en se référant au « présupposé herméneutique de la phénoménologie » (p. 61-62) relevé par Paul Ricœur[20], que « le monde objectif règle téléologiquement le processus de sa constitution » (p. 61, citation légèrement modifiée), une position que l’on pourrait rapprocher du « réalisme phénoménologique » notamment avancé par Claude Romano[21]. Néanmoins, Lorelle n’hésite pas à entrevoir ici une « ambiguïté du concept de constitution », c’est-à-dire que, d’un côté, l’ego serait « le tribunal suprême de sens », mais, de l’autre, il y aurait la présupposition d’« une unité de sens qui ne saurait résulter tout entière de son activité synthétique » (p. 63) ; il s’agit d’une ambiguïté qui, selon Ricœur, est symptomatique d’une « contradiction entre la théorie de la constitution et son “exercice effectif” » (p. 64). Au lieu d’une « dépendance unilatérale du sens à la conscience », c’est une « relation de dépendance mutuelle de la conscience et du sens » (p. 67) qui se configure ici.

La thèse atomiste est à son tour subdivisée par Lorelle en « atomisme des sensations » et « atomisme des esquisses ». Cette dernière expression dénote la question des Abschattungen, à savoir les « esquisses en perspective » : pour le dire avec les mots de Husserl, il s’agit de « l’aspect, l’esquisse en perspective dans laquelle chaque objet spatial apparaît inévitablement, conduit celui-ci à l’apparition d’une manière qui n’est toujours qu’unilatérale », avec la conséquence que « chaque aspect, chaque continuité d’esquisses singulières, aussi loin qu’on la poursuive, ne donne que des côtés [de l’objet] »[22]. D’où la possibilité de distinguer entre « le sens, contenu de chaque étendue partielle de perception, […] et la signification totale de la perception » (p. 70), avec cette unité de sens qui ne résulte que « de la synthèse concordante de ses parties » (p. 72). Bien que les Abschattungen nous permettent de distinguer un sens d’un sens total, on peut néanmoins noter ici une ambiguïté, puisqu’émerge une « précarité du sens de l’expérience » dans la mesure où « l’unité du monde, n’étant jamais que présumée, dépend perpétuellement du caractère convergent de la synthèse [d’esquisses] opérée » (p. 73). Lorelle identifie deux ordres d’ambiguïté : d’une part « le “sens du tout” précède le sens de la partie » (p. 76), de l’autre « le sens du tout résulte seulement de la synthèse ou de la somme de ses parties » (p. 76). En bref, selon Lorelle la limite de la conception husserlienne du sens consiste « à présupposer systématiquement le sens supposé en résulter » (p. 81).

L’atomisme de la sensation, c’est-à-dire l’autre type d’atomisme annoncé précédemment, permet à Husserl, d’autre part, de dépasser l’opposition kantienne entre matière et forme. Au-delà des distinctions spécifiques formulées par Husserl – Stoff et Materie, hylé sensuelle et morphé intentionnelle –, sur lesquelles il est inutile de revenir ici, le point est que, selon Lorelle, « la sensation incarne la signification, lui conférant sa “chair” ou son “intensité” » (p. 83). Cependant, la thèse d’une sensation pure à la base de toute perception présente évidemment des difficultés internes : la plus grande, en particulier, est due au fait qu’elle n’est « ni pensable, ni expérimentable » (p. 90), puisqu’« il n’est pas d’expérience possible qui serait parfaitement dénuée de sens » (p. 91). Lorelle fait ici référence à la pensée de Claude Romano, Maurice Merleau-Ponty et Renaud Barbaras, selon lesquels le concept traditionnel de sensation est un « postulat théorique » (Romano, p. 91), un « reliquat objectiviste » lié au « préjugé du monde » (Merleau-Ponty, p. 92) ou « le fruit d’une construction » (Barbaras, p. 92). Il n’y a pas de possibilité de penser une sensation complètement brute, encore dépourvue de sens : il en résulte donc la nécessité de redéfinir la sensation à la lumière du fait que « c’est dans la sensation que peut venir s’incarner la signification » (p. 94). En bref, « on doit penser une sensibilité de part en part signifiante, et un sens qui constitue moins une partie du sensible, ou un moment, que le sensible en son intégralité » (p. 95). Suivant le mouvement de flux et de reflux décrit précédemment, Lorelle, face à cette forme d’autonomisation du sens par rapport à la sensibilité qui incarne l’instance transcendantale, délimite donc, une fois de plus, une situation de co-implication de sens et sensibilité. Si « le sens du monde à la fois déborde et précède sa constitution » (p. 98), le résultat est l’idée d’une « sensibilisation radicalisée » : « le sens est d’abord ce qui se déploie, à même le sensible, dans l’ombre du philosophe » (p. 99), pour le dire avec la célèbre expression de Merleau-Ponty[23]. « C’est de l’existence du monde que dépend l’existence du sens » (p. 100), pour se servir d’une expression équivalente. Les réflexions de Merleau-Ponty, mais aussi d’Emmanuel Levinas et de Michel Henry, amènent cependant Lorelle à souligner ici, en ajout à ce que nous avons vu dans le premier chapitre, le rôle de la corporéité dans le cadre de la sensibilisation du sens : en effet, « radicaliser cette dépendance [du sens à la sensibilité] consiste donc à faire dépendre le sens de ce pôle subjectif du sensible qu’est le corps propre » (p. 101), qui se configure ainsi comme le « point zéro de l’orientation » (p. 102). L’implication réciproque de sens et sensibilité acquiert ainsi un élément qui appartient aux deux et agit comme une médiation nécessaire : « le sens dépend donc essentiellement, en son existence même, de l’expression mutuelle du corps et du monde » (p. 106), en définissant le terme « expression » comme ce qui, au contraire de l’indication, suppose l’homogénéité du signe et du sens, c’est-à-dire que le sens est exprimé par le signe qui le contient (p. 105)[24]. On peut donc, selon Lorelle, définir la phénoménologie, à la suite de tous ces éléments, comme « le fait de prolonger, d’agrandir ou d’enrichir ad infinitum le tissu sensible du sens » (p. 108), conformément à la centralité que la notion de sens semble ainsi assumer dans le contexte phénoménologique.

 

Le troisième chapitre, intitulé Structure et altérité, examine la troisième et dernière forme d’autonomisation du sens, à savoir la forme structurale, que Lorelle résume par la thèse selon laquelle « le sens devient […] relatif à une totalité de structure qui prime sur le sens de ses parties » (p. 111) ; cette thèse sera à son tour contrebalancée par la position selon laquelle la sensibilisation du sens correspondante « consistera donc finalement à faire dépendre le sens d’un sensible compris en son intégralité » (p. 112). Un exemple du troisième type de formulation de la thèse de l’autonomisation du sens se trouve dans la pensée de Martin Heidegger, qui, après avoir mis en relief, dans Sein und Zeit, la structure du renvoi qui se situe en avant-plan de la signification, soutient que « le sens est ce sur quoi ouvre la projection structurée par les préalables d’acquis, de visée et de saisie et en fonction de quoi quelque chose est susceptible d’être entendu comme quelque chose »[25] (p. 114). Bien que Heidegger formule quelques observations pertinentes pour les fins de Lorelle – avant tout sur la circularité du sens qui émerge et la présupposition nécessaire de l’In-der-Welt-sein –, l’autrice préfère épouser une perspective telle que celle de Claude Romano ou de Maurice Merleau-Ponty, qui sont tous deux capables de dépasser la perspective ontologique-transcendantale de Heidegger (p. 111). Romano avance la thèse explicite d’une « phénoménologie structurale » stricto sensu, en partant de la conviction que « la phénoménologie ne peut plus consister en une description de vécus isolés ou isolables, elle ne s’accomplit comme telle qu’en tant que phénoménologie structurale »[26] (p. 123). Or, le point essentiel ici est le fait que la perspective de Romano finit par « interdire bien “toute perspective transcendantale”, […] en débouchant donc sur un “holisme de l’expérience” » (p. 124, citation légèrement modifiée) : « le sens ne dépend certes plus d’une structure transcendantale d’un Dasein », puisque Heidegger arrive finalement, malgré ses intentions, à ne pas vraiment se détacher de la forme transcendantale d’autonomisation du sens déjà présentée par Lorelle comme la cible polémique du deuxième chapitre de son livre, « mais de la structure totale du monde lui-même » (p. 125). On peut reconnaître une proposition théorique similaire chez Merleau-Ponty, selon lequel « la structure du sens reste toujours […] la structure du monde lui-même » et, puisqu’il s’agit d’une structure sensible, il s’ensuit que « c’est de la structure du sensible que dépend le sens » (p. 126). S’appuyant sur des notions issues de la Gestaltpsychologie, l’auteur de Phénoménologie de la perception contribue à renforcer l’idée d’une sensibilisation du sens en opposition au modèle heideggérien : « le sens est […] la modulation d’un ensemble dont la conscience perceptive fait partie », et, pour cette raison, « c’est donc le concept même de sens qui se laisse redéfinir comme structure » (p. 127). Merleau-Ponty parle d’un « sens incarné », puisque « le sens de la perception, qui lui est immanent, est sa structure même » (p. 128), cette dernière étant identifiée à une forme ou une totalité (p. 129). Mais on trouve aussi chez Merleau-Ponty une seconde conception du sens, qui croise celle, structurelle, esquissée jusqu’ici : il s’agit de la « conception diacritique du sens comme écart », selon laquelle « le sens n’est pas seulement la structure déjà donnée du monde, mais l’écart qui la module ou qui l’altère » (p. 131), ouvrant ainsi la perspective selon laquelle le sens « n’est plus […] un phénomène d’identité ou d’adéquation, mais celui d’une différence » (p. 132). Le concept d’écart peut être mieux compris s’il est relié au statut particulier du corps mentionné dans le deuxième chapitre, puisque, en se référant à Levinas, Lorelle affirme qu’il y a « un lien direct entre l’écart qui sépare les signes et l’écart qui sépare le corps-senti du corps-sentant » (p. 133). Les deux lectures merleau-pontiennes de la notion de sens finissent par être réunies ensemble : comme l’écrit Lorelle, « le sens sensible […] ne signifie qu’en tant qu’il signifie autrement », c’est-à-dire « une altérité sensible, obsédante » (p. 135) – « si l’altérité se fait le contenu même du sens, elle reste, chez Merleau-Ponty, immanente à un système de renvois, fût-il essentiellement ouvert » (p. 136).

Préserver cette dimension d’altérité structurelle implique, selon Lorelle, la nécessité de faire un pas de plus sur les traces de cette sensibilisation du sens qui est la thèse principale de son ouvrage, c’est-à-dire de se concentrer sur « une conception intégrale du sensible, n’en niant plus la part de passivité et lui restituant, partant, sa propre dimension d’altérité » (p. 137). En accord avec certains textes désormais classiques qui ont exercé une influence considérable sur les études husserliennes, comme La généalogie de la logique de Bruce Bégout et Phänomenologie der Assoziation d’Elmar Holenstein[27], Lorelle finit par affirmer que « la passivité est sensée », puisqu’elle est « une affection par une signification » (p. 137). Lorelle insiste sur deux autres dimensions que le sens arrive à revendiquer : l’« indépendance à un système de renvoi » et la « contre-intentionnalité », deux expressions avec lesquelles elle vient renforcer la thèse selon laquelle « le sens ainsi produit ne dépend ni de la structure intentionnelle d’une conscience, ni de la structure intentionnelle du monde » (p. 138). Ce que l’autrice appelle « l’extériorité diachronique » du sens (p. 139) est essentielle pour délimiter une nouvelle forme d’autonomisation du sens, c’est-à-dire « l’extériorité radicale du sens à tout système de renvois », une extériorité qui, cependant, à la lumière de l’analyse de cette notion réalisée par Levinas, finit par « s’éprouver corporellement » (p. 141), délimitant, une fois de plus, la structure de flux et reflux mentionnée plus haut : à côté de cette troisième forme d’autonomisation du sens, nous voyons en même temps que « le sens se trouve donc bien attaché ici à une conception intégrale de la sensibilité », puisque « le sensible recouvre donc […] les caractères d’affection, d’accueil, de passivité ou de réceptivité, qui lui étaient traditionnellement attribués » (p. 142). Lorelle se sert de l’expression « dimension radicale d’événementialité » pour faire référence à la caractérisation du sens « qui se loge au cœur du corps » (pp. 142-143) : il s’ensuit que « le sens en vient donc à dépendre d’un sensible qui […] forme un système troué, traversé de l’intérieur d’une in-intégrable altérité, […] exposé à de l’altérité qui, à contre-sens, peut venir le bouleverser » (p. 147). La conclusion, qui témoigne d’une interprétation autonome et personnelle de la notion phénoménologique de sens selon Lorelle, est donc la thèse selon laquelle « le sens vient désigner l’affection même du monde comme système », et « c’est de cette sensibilité intégrale que le sens dépend » (p. 148) – en bref, la thèse de la sensibilisation du sens annoncée dès le titre du livre.

 

À la lumière du parcours théorique présenté ici, il nous semble que la thèse de Paula Lorelle, selon laquelle « le sens dépend essentiellement et intrinsèquement de la sensibilité », est donc philosophiquement confirmée. Pour conclure, quelques observations peuvent toutefois être adressées à La sensibilisation du sens. Tout d’abord, on ne peut que partager le même avis que Renaud Barbaras lorsque, dans sa Préface, il se demande, à propos du livre de Lorelle, s’« il s’agit d’une thèse historique, portant sur le courant phénoménologique, ou d’une thèse philosophique sur le sens, sur l’essence du sens »[28] : la réponse, à notre avis, ne peut être que la seconde option. Si l’on se réfère une fois de plus aux ouvrages de Salanskis et d’Ullmann mentionnés auparavant, il nous semble que Lorelle s’inscrit davantage dans le sillage du premier que du second : si Salanskis admet avoir l’intention, dans Sens et philosophie du sens, « d’apporter des éclaircissements directeurs, a priori – dans une certaine mesure à la manière d’une philosophie fondationnelle – sur le sens, et de dégager le programme et le projet général d’une philosophie en charge des questions du sens multiples suscitées par la diffraction ou répartition en “ régions” de la signification comme elle se délivre »[29], il nous semble que l’on peut en dire autant de La sensibilisation du sens. C’est précisément pour cette raison que les rares remarques critiques que l’on peut adresser à ce livre ne sont pas vraiment fondées. On pourrait, par exemple, objecter l’absence de prise en compte de l’auto-structuration de l’expérience – une « Aktivität in der Passivität »,[30] pour le dire avec les mots de Dieter Lohmar – dans la pensée husserlienne des années 1920 et 1930, alors que les analyses qu’on peut lire dans des textes comme De la synthèse passive et Expérience et jugement semblent mettre en évidence la partialité de l’autrice qui donne la priorité à des œuvres husserliennes comme les Recherches logiques et les Ideen. Ensuite, à la thèse husserlienne, déjà mentionnée, du paragraphe 55 des Ideen, on pourrait par exemple opposer celle du paragraphe 86 de Logique formelle et logique transcendantale, qui affirme que « le niveau le plus bas auquel nous arrivons lorsqu’en suivant le fil conducteur de la genèse du sens nous revenons en arrière, nous conduit […] aux jugement portant sur des individus et donc […] à des évidences individuelles de forme la plus simple » : il s’agit des « jugements d’expérience purs et simples », à la lumière desquels nous pouvons par conséquent dire que « ce qui est premier en soi dans une théorie des jugements évidents […] c’est le renvoi génétique des évidences prédicatives à l’évidence non-prédicative qui s’appelle alors expérience »[31] – à savoir, « l’expérience en tant qu’elle est une donation originale des choses elles-mêmes »[32], pour le formuler plus clairement. Il est cependant évident que, si d’un côté la complexité de la pensée husserlienne, un itinéraire théorique constamment in fieri, est presque impossible à rendre de manière adéquate dans un espace limité, d’autre part, il est également vrai que l’ouvrage de Lorelle ne visait pas à offrir un examen minutieux de la complexe stratification des textes husserliens, mais plutôt de produire une œuvre philosophique originale, capable d’utiliser les outils conceptuels phénoménologiques afin de parvenir à la thèse du double mouvement que le sens et la sensibilité effectuent l’un vers l’autre. Une éventuelle critique d’une simplification du chemin tortueux de la pensée husserlienne semble infondée à notre avis, car ce n’est ni le but ni la méthode adoptée par l’autrice. Au contraire, en cohérence avec un certain « faire philosophie » que la phénoménologie francophone s’est appropriée au cours des dernières décennies – à cet égard, on peut, une fois de plus, se référer aux traits saillants de la « nouvelle phénoménologie française » que les travaux de Gondek-Tengelyi et Sommer précédemment évoqués ont tenté d’encadrer et de rationaliser –, on pourrait inscrire l’ouvrage de Lorelle de plein droit dans ce courant de pensée. Ce n’est pas un hasard, si les seuls points critiques que Renaud Barbaras relève dans sa Préface ne sont pas liés à de prétendues lacunes ou insuffisances de l’autrice, mais à des questions qui dénotent manifestement une divergence fondamentale concernant des questions purement théoriques : Barbaras se demande si, après tout, « le sens peut être dit à la fois essentiellement sensible et essentiellement irréductible au sensible, ce ne serait pas en raison du fait qu’il s’agirait de catégories impropres parce qu’abstraites, c’est-à-dire dérivées d’une situation plus originaire que la phénoménologie se serait donnée pour tâche de penser sans y parvenir pleinement » (p. 8-9), mais cette observation, loin d’être une critique du livre de Lorelle, n’est rien d’autre qu’une référence à la pensée originale et autonome de Barbaras exprimée dans ses œuvres. Dans La vie lacunaire, on peut par exemple lire qu’il faudrait « rejeter la distinction du transcendantal et de l’empirique, de l’absolu et de l’événement au profit d’une dimension plus profonde, vis-à-vis de laquelle la dualité husserlienne apparaît comme dérivée et déjà abstraite »[33], une dimension plus profonde d’originarité qui donnera lieu à la notion d’appartenance, qui peut être définie dans le triple sens d’« être dans le monde, être du monde, être au monde »[34]. À la lumière de ces remarques, il convient donc de rejeter toute potentielle accusation de partialité ou d’incomplétude dans la restitution de la pensée multiforme de Husserl, en rendant justice à ce qu’est réellement le livre de Paula Lorelle : une tentative, à notre avis parfaitement réussie, d’esquisser une philosophie du sens à l’aide des outils conceptuels offerts par la phénoménologie.

 

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[1] Jocelyn Benoist, L’idée de phénoménologie, Paris, Beauchesne, 2001, p. 1.

[2] Les références bibliographiques renvoient, dans l’ordre, aux textes suivants : Bernhard Waldenfels, Phänomenologie in Frankreich, Berlin, Suhrkamp, 1983 ; Éliane Escoubas, Bernard Waldenfels (dir.), Phénoménologie française et phénoménologie allemande. Deutsche und Französische Phänomenologie, Paris, L’Harmattan, 2000 ; Hans-Dieter Gondek, László Tengelyi, Neue Phänomenologie in Frankreich, Berlin, Suhrkamp, 2011 ; Christian Sommer (dir.), Nouvelles phénoménologies en France, Paris, Hermann, 2014.

[3] Voir Paul Ricœur, À l’école de la phénoménologie, Paris, Vrin, coll. « Bibliothèque d’histoire de la philosophie », 2004, p. 9 et 182.

[4] Voir Jean-Michel Salanskis, Sens et philosophie du sens, Paris, Desclée de Brouwer, 2001 ; Tamás Ullmann, La genèse du sens. Signification et expérience dans la phénoménologie génétique de Husserl, Paris, L’Harmattan, 2002.

[5] Renaud Barbaras, « Préface », dans Paula Lorelle, La sensibilisation du sens. De Husserl à la phénoménologie française, Paris, Hermann, 2021, p. 5.

[6] Ibid.

[7] Voir Edmund Husserl, La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, Paris, Gallimard, 1976, §9l, p. 66-69 et id., Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance, §6, dans Recherches logiques 2. Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance. Première partie : recherches I et II, Paris, Puf, 2011, p. 18-20.

[8] Voir id., Recherches logiques 1. Prolégomènes à la logique pure, Paris, Puf, 1990, surtout §13, 25, 26, 28 et 39, respectivement. p. 32-43, 87-91, 91-96, 102-108 et 138-151.

[9] Ibid., §36, p. 130.

[10] Voir id., Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance, dans Recherches logiques 2. Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance. Première partie : recherches I et II, op. cit., §24-29, p. 89-110.

[11] Voir id., De la synthèse passive. Logique transcendantale et constitutions originaires, Grenoble, Millon, 1998, surtout §23, p. 177-183.

[12] Voir id., Logique formelle et logique transcendantale. Essai d’une critique de la raison logique, Paris, Puf, 2010, §82-86, p. 273-286 et id., Expérience et jugement. Recherches en vue d’une généalogie de la logique, Paris, Puf, 1970, surtout §1-14, p. 11-80.

[13] Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique, Paris, Gallimard, 2018, §88, p. 270.

[14] Comme l’écrit Rudolf Bernet, « peu de concepts inventés par Husserl ont été reçus de manière aussi controversée que le concept de “noème” » (Rudolf Bernet, « Husserls Begriff des Noema », dans S. IJsseling (dir.), Husserl-Ausgabe und Husserl-Forschung, Dordrecht, Kluwer, 1990, p. 61, traduction de l’auteur). Sur ce sujet, on peut se limiter ici à mentionner les ouvrages « classiques » qui, surtout dans le domaine anglo-saxon, ont marqué l’histoire de ce qu’on appelle le noema-discussion : John J. Drummond, Husserlian Intentionality and Non-Foundational Realism. Noema and Object, Dordrecht, Kluwer, 1990 ; John J. Drummond, Lester Embree (dir.), The Phenomenology of the Noema, Dordrecht, Springer, 1992 ; Dagfinn Føllesdal, « Husserl’s Notion of Noema », Journal of Philosophy, no 66, 1969, p. 680-687 ; David Woodruff Smith, Ronald McIntyre, « Husserl’s Identification of Meaning and Noema », Monist, no 59, 1975, p. 115-132 ; Robert Sokolowski, « Intentional Analysis and the Noema », Dialectica, no 38, 1984, p. 113-129.

[15] Voir Paula Lorelle, Le sensible ou l’épreuve de la raison. Une étude phénoménologique, Sesto San Giovanni, Mimesis, 2019.

[16] Pour un rapide résumé du débat entre idéalisme et réalisme phénoménologique voir Alexander Schnell, Le clignotement de l’être, Paris, Hermann, 2021, p. 247-248. En suivant la partition de Schnell, on pourrait donc suggérer que, parmi les « nouveaux phénoménologues » français, Lorelle est plus proche d’auteurs tels que Claude Romano, Jocelyn Benoist et Étienne Bimbenet.

[17] Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie pure et une philosophie phénoménologique, op. cit., §55, p. 171.

[18] « Chaque aspect singulier de l’objet renvoie en soi-même à une continuité et même à de nombreuses continuités de nouvelles perceptions possibles, justement celles dans lesquelles le même objet se montrerait par un côté toujours nouveau. […] Et dans ce renvoi, il nous appelle d’une certaine manière : il y a encore plus à voir, tourne-moi donc de tous côtés et parcours-moi ainsi du regard, approche-toi, ouvre-moi, dissèque-moi » (Edmund Husserl, De la synthèse passive, op. cit., §1, p. 96-97).

[19] Pour un traitement approfondi de la notion de constitution chez Husserl, on peut se limiter ici à se référer à Robert Sokolowski, The Formation of Husserl’s Concept of Constitution, Den Haag, Nijhoff, 1964.

[20] Voir Paul Ricœur, Du texte à l’action. Essais d’herméneutique, II, Paris, Seuil, 1986, p. 55-73.

[21] Voir Claude Romano, Le réalisme phénoménologique, dans Les repères éblouissants. Renouveler la phénoménologie, Paris, Puf, 2019, p. 69-166.

[22] Edmund Husserl, De la synthèse passive. Logique transcendantale et constitutions originaires, op. cit., §1, p. 95.

[23] Voir Maurice Merleau-Ponty, Le philosophe et son ombre, dans Herman Leo Van Breda, Jacques Taminiaux (dir.), Edmund Husserl 1859-1959. Recueil commémoratif publié à l’occasion du centenaire de la naissance du philosophe, Den Haag, Nijhoff, 1959, p. 195-220.

[24] La terminologie employée par Lorelle est celle de la première Recherche logique, dans laquelle Husserl définit la relation entre signe, sens et expression de la manière suivante : « Toute signe est signe de quelque chose, mais toute signe n’a pas une “signification”, un “sens” qui soit “exprimé” avec le signe. Dans bien des cas, on ne peut même pas dire que le signe “désigne” ce dont il est appelé signe. […] C’est-à-dire que les signes au sens d’indices (Anzeichen) (signe distinctif, marques, etc.), n’expriment rien. […] Le concept de l’indice, en comparaison avec le concept d’expression, y apparaît comme le concept le plus large quant à son contenu » (Edmund Husserl, Première recherche logique. Expression et signification, dans Recherches logiques 2. Recherches pour la phénoménologie et la théorie de la connaissance. Première partie : recherches I et II, op. cit., §1, p. 27).

[25] Martin Heidegger, Être et temps, Paris, Gallimard, 1986, §32, p. 197.

[26] Claude Romano, Au cœur de la raison, la phénoménologie, Paris, Gallimard, 2010, p. 633.

[27] Voir Bruce Bégout, La généalogie de la logique. Husserl, l’antéprédicatif et le catégorial, Paris, Vrin, 2000 et Elmar Holenstein, Phänomenologie der Assoziation. Zu Struktur und Funktion eines Grundprinzips der passiven Genesis bei E. Husserl, Den Haag, Nijhoff, 1972.

[28] Renaud Barbaras, Préface, op. cit., p. 8.

[29] Jean-Michel Salanskis, Sens et philosophie du sens, op. cit., p. 22.

[30] Dieter Lohmar, Erfahrung und Kategoriales Denken: Hume, Kant und Husserl über vorprädikative Erfahrung und prädikative Erkenntnis, Dordrecht, Springer, 1998, p. 231 (traduction de l’auteur).

[31] Edmund Husserl, Logique formelle et logique transcendantale, op. cit., §86, p. 282-283.

[32] Ibid., §106, p. 374.

[33] Renaud Barbaras, La vie lacunaire, Paris, Vrin, 2011, p. 141.

[34] Id., L’appartenance. Vers une cosmologie phénoménologique, Leuven, Peeters, 2019, p. 27.

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