AAC -Philosophie et numérique

Print Friendly

Appel à contribution

 

Dossier thématique « Philosophie et numérique »

 

La revue Implications philosophiques lance un appel à contribution sur « la philosophie et le numérique ». Qu’est-ce en effet que le numérique ? Il n’est plus d’objet que cet adjectif ou ce substantif ne puissent qualifier. Car tout peut être numérisé et ce « tout numérique » se présente parfois comme l’avenir de l’humanité. Mais les raisons et les modalités de la conversion à laquelle il nous invite méritent d’être interrogées d’un point de vue philosophique. L’utilisation du terme numérique, qui associe son idée aux mathématiques, la rattache peut-être aussi à l’histoire de la philosophie. Les algorithmes, les codes et les nombres ne gouvernent-ils pas, plus que jamais, le monde ? La philosophie n’est-elle pas alors la mieux placée pour faire résonner ces nouvelles idoles ? Que valent-elles ? Où nous conduisent-elles ? Quel avenir offrent-elles à l’humanité ? Quelle intelligence développent-elles et quelle philosophie en tirer ? Le numérique peut-il servir son enseignement ? Comment la pensée peut-elle s’emparer de ses outils avant qu’ils ne s’emparent d’elle ?

La revue propose aux auteurs qui souhaitent mener une réflexion philosophique sur « le numérique » de se positionner sur l’un des six axes suivants :

  1. les humanités numériques
  2. l’intelligence artificielle
  3. la philosophie du Web
  4. la société de l’information
  5. l’histoire de la philosophie
  6. les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement

1. Les humanités numériques

Le terme d’humanités numériques / digital humanities (DH), désormais couramment utilisé, désigne le domaine de recherche ouvert par l’application des nouvelles technologiques de l’information et de la communication aux humanités classiques. Ces technologies ont modifié les méthodes de travail des chercheurs, qui s’interrogent en retour sur leur utilité, leurs limites et leurs enjeux. Elles ont fait émerger de nouveaux objets de recherche – comme les hypertextes ou les bases de données relationnelles – et ont transformé de nombreuses professions – comme celles de bibliothécaire, de documentaliste ou d’archiviste. La philosophie est directement concernée par ce débat parce qu’elle s’interroge sur l’avenir des humanités classiques, et plus généralement sur celui que le numérique nous réserve, dans l’ordre des savoirs, de l’action ou du droit. Qu’est-ce que le numérique peut apporter aux humanités et à l’humanité en général ? Comment définir le nouveau domaine d’investigation né de cette union et quels problèmes philosophiques pose-t-il ? Sinon quel projet porte-t-il pour l’avenir ? Les contributions de cet axe (DH) porteront préférentiellement sur la définition du domaine, ses problèmes et ses enjeux. Elles pourront aussi interroger le rôle que la philosophie peut y jouer. Comment réinterroge-t-il son concept et ses valeurs, qui paraissaient si claires ?

2. L’intelligence artificielle

La notion d’intelligence artificielle (IA) est aussi sujette à caution. On la tient soit pour un mythe qui relève de la science-fiction, entre utopie et dystopie, soit pour un programme de recherche scientifique économiquement rentable. Le projet lancé dans les années 50, dans le sillage des travaux de Rudolf Carnap, est aujourd’hui renouvelé par le big data que les internautes alimentent quotidiennement. Les projets industriels auxquels il donne lieu intéressent la philosophie dans la mesure où ils renouvellent aussi son approche des questions épistémologiques et morales que lui posent l’intelligence humaine et ses artifices. On peut notamment s’interroger sur la nature et la fonction de cette faculté qui opère, dans la tradition philosophique, entre le geste et la parole, la création et la fabrication, l’organique et le mécanique, la pensée et le calcul. Qu’est-ce que l’intelligence, si elle peut être artificielle, et quel traitement les machines lui réservent-elles ? Qu’est-ce que « penser », « catégoriser » ou « raisonner » veut dire lorsqu’elles nous assistent et où conduiront-elles l’humanité ? Les contributions de cet axe (IA) porteront de préférence sur la définition de cette notion, autant que sur ses fins et l’ontologie qui les sous-tend. Celles qui interrogeront sa dimension poétique ou fantasmatique dans une perspective esthétique ou morale seront aussi bienvenues. Qu’est-ce que l’être, pour cette intelligence, et qu’est-ce qu’être humain, si l’intelligence peut-être artificielle ?

3. La philosophie du web

Le déploiement du World Wide Web (WWW) a profondément modifié ces programmes de recherche à la fin des années 80. Le tournant social qu’il a pris au XXIe siècle a simultanément fait émerger de nouveaux dispositifs – blogs, wikis et autres réseaux sociaux. L’ensemble n’a pas seulement transformé nos rapports humains, mais aussi notre rapport au savoir, sinon au monde en général. La toile, à ses débuts, a été assimilée  à un hypertexte où tous les textes seraient accessibles, internet étant alors le grand scriptorium où ils sont copiés, voire réécrits. Sous le couvert d’une troisième révolution industrielle, il ne s’agirait cependant que de textes, encore et toujours. Pourtant, à y regarder de plus près, le philosophe ne peut manquer de s’interroger sur le mode d’existence de ces objets dans le détail et sur la toile qui les supporte : que sont-ils et de quoi le web est-il fait ? Les ontologies informatiques du Web sémantique imposent-elles à la philosophie de réviser ses catégories ou n’ajoutent-elles rien à celle du monde physique ? Qu’est-ce qu’être dématérialisé, numérisé ou téléchargé ? Comment nommer, classer ou indexer les phénomènes sur le Web ? Les contributions de cet axe (WWW) porteront sur la toile, sa définition et ses enjeux philosophiques. Les références aux courants de philosophie classique qui permettront de sonder les fondements ontologiques et épistémologiques de ce concept seront les bienvenues, comme les études qui appuieront sur un terrain. Quid novi sub sole ?

4. La société de l’information

Les systèmes d’information (SI), qui font prospérer les sociétés industrielles, les ont transformées en sociétés de l’information. Ces outils de gouvernance ont généré des monopoles et ont changé nos vies, au point de nous donner parfois l’impression de n’être plus que les nœuds d’un réseau alimentant le big data. On peut se demander dans ces conditions si cette société n’est pas d’abord une société de contrôle, sinon un outil de manipulation ou de désinformation dans une perspective complotiste. Loin de nous ouvrir au monde, les réseaux sociaux renforcent nos croyances et les algorithmes nous enferment fréquemment dans des profils. Ce phénomène interpelle directement la philosophie, qui est attachée comme bien d’autres disciplines à la libre pensée. Qu’est-ce qu’une information, une opinion, un message dans cette société née de la disruption ? Quelles valeurs la connaissance y a-t-elle ? Quels crédits lui accorde-t-on et quels capitaux génèrent-elles ? Quels modèles économiques et politiques supportent-elles ? Les contributions de cet axe (SI) poseront ces questions dans une perspective philosophique. Celles qui s’appuieront sur des études de cas ou sur des analyses scientifiques et techniques seront privilégiées. Où cette société nous conduit-elle et comment évaluer raisonnablement le modèle de développement qu’elle propose ?

5. L’histoire de la philosophie

Lier le numérique à l’histoire de la philosophie (HF) peut éclairer les principes et les fins de ces technologies. Une longue tradition relie leur histoire, entre rupture et continuité. On pourrait la faire remonter aux pythagoriciens qui pensaient que les nombres gouvernent le monde ou à Leibniz qui inventa le système binaire. L’émergence de nouvelles disciplines, parmi lesquelles la cybernétique, la robotique ou l’informatique, ouvre par ailleurs un vaste domaine d’investigation à l’archéologie du savoir et à la philosophie des sciences et des médias. De la République des lettres aux sociétés de l’information, de l’Encyclopédie des sciences à Wikipédia, on peut s’interroger sur le rapport que ces programmes entretiennent avec les courants profonds qui structurent la philosophie depuis l’Antiquité. La grande conversion au numérique renouvelle-t-elle le questionnement de la philosophie classique ? Quelle généalogie peut-on établir entre ces programmes de recherche ? La philosophie et l’histoire des sciences peuvent-elles clarifier les positions des acteurs de cette révolution ? Les contributions de cet axe (HF) montreront les liens qui existent entre les textes classiques de la philosophie et le numérique, mais aussi les média studies. On préfèrera les études de cas aux vastes panoramas ; mais on pourra passer de l’histoire de la philosophie à la philosophie de l’histoire. Quel sens donner en effet à cette histoire qui se présente comme révolutionnaire ?

6. Les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement

Les technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) ambitionnent de changer la forme scolaire. Elles font l’objet de débats, en raison des modèles sociétaux et cognitifs qu’elles véhiculent ou des problèmes juridiques qu’elles posent. Si le numérique intéresse la philosophie, parce qu’il transforme nos sociétés, ce n’est pas forcément le cas de sa discipline, qui peut le tenir pour un accessoire, divertissant, parfois dangereux parce que captivant. La philosophie a pour cette raison une double tâche à accomplir pour penser le numérique éducatif. L’une consiste à examiner les principes et les fins des formes scolaires ; l’autre à s’interroger sur l’usage disciplinaire qu’elle peut faire de ces nouvelles technologiques. Y a-t-il un usage proprement philosophique du numérique ? Comment le mettre au service d’une discipline qui se définit elle-même, depuis l’antiquité jusqu’aux Lumières, comme une pédagogie ? Que change-t-il dans la relation des professeurs aux élèves et aux savoirs ? Si ces nouvelles technologies sont les instruments d’une forme scolaire, quelle est-elle et que vaut-elle ? Les contributions de cet axe (TICE) porteront sur la discipline philosophique et pourront avoir différentes formes, de l’analyse théorique à l’étude de cas, en passant par le retour d’expérience ou le vade-mecum critique.

INFORMATIONS PRATIQUES

Coordination éditoriale : Pierre Leveau

Contact :  pierre.leveau@ac-aix-marseille.fr

Nous invitons les auteurs à soumettre des propositions sur l’un des 6 axes (DH/IA/WWW/SI/HF/TICE) avant le 15 janvier 2019. Les propositions (résumé compris entre 250 et 500 mots aux formats .doc /.rtf /.dot) doivent être adressées au coordinateur du dossier (pierre.leveau@ac-aix-marseille.fr) et à la rédaction (redaction@implications-philosophiques.org). Elles seront évaluées anonymement par le comité de lecture, qui répondra aux auteurs fin février. Les versions finales des contributions, de 20 000 à 40 000 signes, devront être remises au coordinateur et à la rédaction au plus tard le 1ier septembre. Le dossier « Philosophie et numérique » sera publié au cours du mois de novembre 2019.

  • Septembre 2018 : lancement de l’AAC « Philosophie et numérique »
  • 15 janvier 2019 : réception des propositions (+/- 300 mots)
  • 28 février 2019 : réponses aux auteurs
  • 1e septembre 2019 : réception des contributions (+/- 30 000 signes)
  • Novembre 2019 : publication du dossier « Philosophie et numérique »

Orientations bibliographiques – 5 titres

 Axe 1 (DH)

Besnier Jean-Michel : Demain les posthumains, Fayard, 2010.

Brossaud Claire, Reber Bernard (dir.) : Humanités numériques, volume 1 & 2, Hermès Lavoisier, 2007.

Doueihi Milad : Pour un humanisme numérique, Seuil, 2011.

Mounier Pierre, Dacos Marin : Humanités numériques État des lieux et positionnement de la recherche française dans le contexte international, Paris, Institut français, 2014.

Stiegler Bernard (dir) : Digital Studies. Organologie des savoirs et technologies de la connaissance, FYP éditions, 2014.

Axe 2 (IA)

Abiteboul Serge : Sciences des données : de la logique du premier ordre à la Toile : Leçon inaugurale prononcée le jeudi 8 mars 2012. Nouvelle édition, Paris, Collège de France, 2012.

Dennett Daniel : La conscience expliquée, Paris, Odile Jacob, 1993.

Ganascia Jean-Gabriel : L’Intelligence artificielle, Le cavalier bleu, 2017.

VarenNE Franck : Qu’est-ce que l’informatique, Vrin, 2009.

Monnin Alexandre, Halpin Harry : « La décentralisation des savoirs : comment Carnap et Heidegger ont influencé le Web  », First Monday, 21/12, décembre 2016.

Axe 3 (WWW)

FLORIDI Luciano : The Philosophy of Information, Oxford University Press, 2011.

Halpin, Harry : Social Semantics, Springer US, 2013.

Hui Yuk : On the Existence of Digital Objects, Minneapolis, University of Minnesota Press, 2016.

MATHIAS Paul : Qu’est-ce que l’internet ?, Vrin, Paris, 2009.

MoNnin Alexandre, Livet Pierre : « Distinguer/Expliciter. L’ontologie du Web comme ontologie « d’opérations » », Intellectica, n°61, 2014/1.

Axe 4 (SI)

CARDON Dominique : La démocratie Internet. Promesses et limites. Seuil, 2010.

Mathias Paul : Les libertés numériques, PUF, 2008.

RouvroyAntoinette, Berns Thomas : « Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation », Réseaux, no 177, 2013, p. 163-196

Sadin Éric : La silicolonisation du monde, L’échappée, 2016.

SUPIOT Alain : La gouvernance par les nombres, Cours au Collège de France, Fayard, 2015.

Axe 5 (HF)

Bachimont Bruno : Ingénierie des connaissances et des contenus, Lavoisier, 2007.

Bénatouïl Thomas : « La Matrice ou la Caverne ? », Matrix. Machine philosophique, Ellipses, Paris, 2013, p. 49-59.

HALPIN Harry, CLARK Andy, WHEELER Michael : « Philosophy of the Web: Representation, Enaction, Collective  Intelligence », Philosophical Engineering: Toward a Philosophy of the Web, Wiley Blackell, 2014.

SERRES Michel : Le système de Leibniz et ses modèles mathématiques, P.U.F., 1968.

Alizart Mark : L’informatique céleste, PUF, Paris, 2016.

Axe 6 (TICE)

Jeanneret Yves : Y-a-t-il (vraiment) des technologies de l’information ? Septentrion, 2000.

Kambouchner Denis, Meirieu Philippe, Stiegler Bernard : L’école, le numérique et la société qui vient, Fayard, 2012.

M.E.N. : La structuration de la filière du numérique éducatif : un enjeu pédagogique et industriel, La documentation française, Juillet 2013.

MORANDI Franc, 2017 : À l’école des humanités numériques, Hermès, La Revue, n° 78, septembre 2017, p. 96-103.

Poirier Jean-Louis (dir.) : « Philosophie et TICE », Dossier de l’Ingénierie éducative, n°59, Scérén-CNDP, 2007, p. 52-66.

Bibliographie générale

Axe 1-5 : https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/upload/docs/application/pdf/2018-05/6._traam_2018_-_bibliographie.pdf

Axe 6 : http://eduscol.education.fr/philosophie/penser/elements-de-reflexion/le-numerique-pedagogique

Revue Implications philosophiques

http://www.implications-philosophiques.org/qui-sommes-nous/

Commenter

Suivez-nous :
ISSN 2105-0864 - Copyright © 2009-2015 Implications philosophiques CopyrightFrance.com