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L’interface entre philosophie et numérique

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Par Giroud Guillaume, professeur agrégé, doctorant à l’IRPHIL Lyon 3.

Résumé :

Cet article a pour objet d’interroger philosophiquement la notion d’interface. Plus encore, il s’agit de préciser la relation entre l’interface et le sens. À la suite d’Erich Hörl, nous soutiendrons qu’il y a un déplacement technologique du sens, où celui-ci n’est ni du côté du sujet, ni du côté de l’objet, mais dans un entre-deux. Le sens n’est donc plus donné par un sujet transcendantal, mais produit grâce à l’interface qui relie et sépare l’homme et l’ordinateur. En effet, dans la mesure où l’ordinateur manipule des signes vides de sens, ce n’est que grâce à l’interface que ceux-ci deviennent signifiants.

Mots clés : interface – sens – numérique – informatique – phénoménologie

Abstract:

This paper aims to analyze the notion of interface. Moreover, it is about clarifying the relationship between the interface and the meaning. Following Erich Hörl, we will argue that there is a technological shift of meaning, which is situated neither on the subject’s nor on the object’s side, but in an “in-between”. Therefore, meaning is no longer given by a transcendental subject, but produced through the interface that connects and separates man and computer. Indeed, insofar as the computer manipulates meaningless signs, it is only thanks to the interface that these become significant.

Keywords: interface – meaning – digital – computing – phenomenology

Introduction

Cet article a pour objet d’interroger la nature et le statut de l’interface dans une perspective philosophique à l’aune de la révolution dite numérique, alors même que ce terme est devenu, selon l’expression de Michael R. Heim, un « buzzword »[1] présent dans de nombreuses disciplines. Si, comme le soutient Gérard Chazal, « une des questions fondamentales à laquelle toute interrogation philosophique finit par conduire est probablement celle du sens »[2], alors il ne s’agit ni d’effectuer une analyse des représentations imaginaires de l’interface, ni d’étudier sa dimension médiatique à la manière des media studies, ni enfin d’en proposer une épistémologie critique, mais d’en interroger le sens. Faire une philosophie de l’interface consiste ainsi à préciser la relation entre l’interface et le sens.

Or, philosopher sur le sens ou non de l’interface est problématique, dans la mesure où celui-ci est censé se donner primitivement avec une évidence immédiate. Si « le sens habite les choses, autant qu’il nous habite »[3], alors toute interrogation philosophique sur celui-ci est le signe de son absence, de son « abandon »[4], voire de ce que Jan Patočka[5] nommait au siècle dernier, la « crise du sens ». Cette expression, comprise comme l’éclatement, voire le nihilisme du sens, prend son origine dans La crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale[6] écrit par son maître Edmund Husserl au début du XXe siècle, et qui soutenait une remise en cause, par la technique, du sens donné par le sujet transcendantal. Cette crise semble alors trouver dans le numérique une nouvelle actualité, dès lors que celui-ci se présente comme un ensemble de signes dépourvus de sens. Autrement dit, c’est parce que le sens ne se présente plus de manière évidente que l’interrogation philosophique sur le sens, et partant sur le sens de l’interface, fait sens.

Mais si « le sens absent fait encore sens »[7], alors cela signifie que le sens n’a pas tant disparu qu’il s’est déplacé ou qu’il a muté[8]. La raison de ce déplacement, selon Erich Hörl, réside dans le changement de nature et de statut de l’objet technique lui-même. Plus précisément, à rebours d’une lecture traditionnelle, l’objet technique cesse d’être considéré comme passif ou indifférent à la question du sens, pour devenir pleinement actif en participant à l’élaboration de celui-ci. Ce déplacement statutaire trouve notamment son origine dans le perfectionnement de la machine qui, selon Simondon, s’ouvre au monde extérieur, en cessant ainsi d’être enfermée dans un fonctionnement prédéterminé à l’image de l’automate[9].

Or, cette ouverture de la machine n’a été rendue possible que par l’interface, comprise alors comme dispositif technique communicationnel. Ceci n’est pas sans conséquences tant pour l’homme que pour le sens. Grâce à elle, l’homme change de statut : il n’est plus inférieur ou supérieur aux objets techniques, puisqu’il est désormais en mesure d’entretenir avec ceux-ci « une relation d’égalité, de réciprocité d’échanges »[10]. Quant, au sens, celui-ci mute. D’une part, il cesse d’être une essence transcendante à découvrir, puisqu’il est produit lors de la relation qui se passe entre l’homme et la machine. D’autre part, il n’est plus localisé dans l’intériorité du sujet ou dans l’extériorité de l’objet, mais passe dans cet indéterminé qu’est l’« entre » de l’inter-face.

Nous soutiendrons alors, à la suite d’Erich Hörl, que nous assistons à un « déplacement technologique du sens »[11]. Cette expression désigne d’une part, une conversion de la conception du sens héritée de l’approche phénoménologique d’Husserl ; d’autre part, une transformation du sens du mot « sens », et avec lui, de toute une culture du sens[12] ; enfin, un renouvellement de ce que penser signifie, et partant de ce que philosopher veut dire dès lors que la philosophie a pour objet spécifique le sens.

Ainsi, il s’agira d’abord de préciser l’arrière-plan phénoménologique hérité d’Husserl et d’Heidegger où le sens est compris comme présence. Cette conception sera par la suite déconstruite au profit de l’idée selon laquelle le sens est dans l’extériorité, comme le démontre la technique. Ceci constituera alors le premier déplacement technologique du sens. Toutefois, dans la mesure où le numérique se définit par la manipulation abstraite de signes formels dénués de sens, alors cette extériorité du sens deviendra à son tour lieu du non-sens. L’interface permettra alors de redonner un sens au non-sens opéré par le numérique en reliant l’homme et l’objet technique. Le second déplacement technologique consistera alors à reconnaître que le sens se trouve désormais « entre », réinterrogeant par là même le positionnement de l’activité philosophique.

I. La présence du sens

Erich Hörl rappelle qu’il revient à Husserl d’avoir été le premier à poser le problème du déplacement technologique du sens. Conscient d’une crise de la raison, au début du XXe siècle, liée au développement de la technicisation, Husserl entend faire apparaître un noyau pré-technique et anti-technique dans la conscience donatrice de sens, que la philosophie aurait pour tâche d’approfondir et de préserver. Le déplacement du sens est donc le fond à partir duquel la crise de la raison a lieu, et dont la crise des fondements des sciences en est l’illustration.

Ces dernières, en effet, se sont détournées « avec indifférence des questions qui pour une humanité authentique sont les questions décisives », à savoir celles « sur le sens ou sur l’absence de sens de toute existence humaine »[13], compris comme ce qui relève de la raison et de la non-raison. Mais à ces questions, les sciences n’apportèrent aucune réponse. Même la philosophie universelle, qui traditionnellement prenait en charge ces questions « métaphysiques » dans la mesure où elle était animée par un idéal d’unification de toutes les sciences, échoua. Cela eut pour effet de la rendre problématique entrainant avec elle la crise des sciences, puisque ces dernières n’étaient plus adossées sur les fondements métaphysiques de la philosophie. « Du même coup, tombe également la foi en une raison ‘absolue’, d’où le monde tire son sens, la foi en un sens de l’histoire, en un sens de l’humanité, en sa liberté entendue comme la capacité de l’homme à pourvoir d’un sens rationnel son existence individuelle et collective »[14].

Husserl explique alors cette crise des sciences dès 1929 dans sa Logique formelle et logique transcendantale[15] par la technicisation qui ne permet plus de rendre compte du sens des sciences elles-mêmes, ainsi que de leurs productions, devenant paradoxalement incompréhensibles à elles-mêmes. Quelques années plus tard, en 1936, il mettra en garde contre cette même technicisation qui oublie « la donation-de-sens originelle de la méthode, d’où elle tire son sens comme accomplissant la connaissance du monde »[16]. La technicisation n’est pas seulement une mathématisation qui permet grâce aux formules d’anticiper de manière a priori la vie réelle[17], mais elle est aussi ce qui fait muter les concepts mathématiques en concepts « symboliques »[18] qui ont oublié leur sens réel. Autrement dit, la technique « transmet par héritage » ses formules et non « son sens effectif »[19], qui n’a lieu « que si le savant a formé et exercé en lui la capacité à questionner-en-retour sur leur sens d’origine toutes les structures-de-sens et toutes les méthodes qui sont les siennes »[20]. Par conséquent, la technique, et donc la technicisation, comprise comme pensée purement technique, opère « un dangereux glissement de sens »[21], puisqu’elle substitue au sens originaire un sens technique dont elle a oublié qu’il n’était que second et non premier. À cet égard, l’opération qu’effectua Galilée en substituant à la nature empirique, intuitivement donnée, une nature mathématique et symbolique, au moyen d’un travestissement dont il oublia que ce n’était là qu’un « vêtement d’idées » [22], illustre ce mouvement de technicisation.

Par conséquent, d’une part, la technique produit un nouveau sens inauthentique, d’autre part elle substitue ce sens technique au sens originaire du monde-de-la-vie (Lebenswelt), et enfin, elle oublie son propre sens. Avec la technicisation, on assiste à « une mutation-de-sens » et un « recouvrement-du-sens » [23]. Face à cette situation, la tâche du philosophe phénoménologue est de renouer avec ce sens, s’opposant frontalement à toute rationalité technique, et pour cela de viser « le principe des principes », à savoir « tout ce qui s’offre à nous dans ‘l’intuition’ de façon originaire (…) doit être simplement reçu pour ce qu’il se donne, mais sans non plus outrepasser les limites dans lesquelles il se donne alors »[24]. Le remède est alors de « faire consciemment retour à la source de toute philosophie moderne, aux Méditations de Descartes, (…) et déduire de l’ego cogito l’infini des analyses concrètes au sein d’un travail d’ordre apodictique, ce qui constitue le commencement d’une philosophie au travail »[25]. Ce faisant, c’est exclure la technique de toute démarche philosophique en lui reconnaissant une extériorité radicalement incompatible avec la question du sens.

Quelques années plus tard, son disciple, Martin Heidegger, reprendra et poursuivra le jugement de son maître. Face au développement de la technique, il soutiendra en 1964 que la philosophie « est entrée dans son stade terminal »[26]. Comprise comme métaphysique, c’est-à-dire comme pensée qui prend « son départ de ce qui est présent, le représente dans son état de présence, et ainsi l’expose, à partir de son fondement, comme étant bien fondé »[27], alors la fin de la philosophie signifie « l’achèvement de la métaphysique »[28]. Par achèvement, il n’est ni question de cessation ou de perfection, mais de « sa possibilité la plus extrême »[29]. La philosophie laisse désormais sa place à la cybernétique qui « transforme le langage en moyen d’échange de messages, et avec lui, les arts en instruments eux-mêmes actionnés à des fins d’information »[30]. La cybernétique n’est que l’expression du déploiement de la technique moderne aux sciences elles-mêmes. Avec elle, tout est désormais affaire d’information[31], de telle sorte que la langue en régime technique se réduit uniquement à cette acception. La « langue technique » ne cherche donc pas à « montrer », au sens de « porter une chose au paraître »[32] comme l’est la « langue de tradition », mais à « donner des signes »[33] de cette chose, au sens d’apposer des signes à une chose qui ne se montre pas, et ce en vue de la rendre disponible. Ces signes univoques et convenus donnent alors une information sur cette chose, et peuvent être communiqués et traités par des machines. Cette langue technique n’est alors que l’autre nom de la logistique où tout n’est affaire que de calculs[34]. Ainsi, la logistique, et partant le numérique, ne fait alors qu’exploiter techniquement l’acception logique du logos[35], mettant à mal le dévoilement du sens des choses. La « méditation » sur la langue de tradition, ou dite naturelle apparaîtra alors comme le remède à cette technicisation. En effet, si celle-ci est « toujours conservée et (…) pour ainsi dire à l’arrière-plan de toute transformation technique »[36], et si méditer c’est « entrer dans le sens » [37], alors méditer sur la langue naturelle, c’est être conduit « dans la proximité de l’informulé et de l’inexprimable »[38], et donc dans la présence du sens dont nous éloignait la technique.

II. L’extériorité du sens

Toutefois, Husserl comme Heidegger présupposent, si l’on suit les analyses de Derrida, une métaphysique de la présence comprise comme présence pure et immédiate du sens, fondée sur la distinction présence/absence. Plus encore, cette métaphysique est aussi un logocentrisme en tant qu’elle privilégie le logos qui aurait ce privilège d’accéder à la présence. Cette métaphysique conduit alors à exclure la technique de toute réflexion sur le sens dans la mesure où elle est non pas première, mais toujours seconde et dérivée par rapport à cette même présence originelle, comprise comme principe des principes, c’est-à-dire « certitude, elle-même idéale et absolue, que la forme universelle de toute expérience (erlebnis) et donc de toute vie, a toujours été et sera toujours le présent »[39].

Derrida entend montrer que cette présence immédiate est une illusion produite par la médiation du signe, logé au cœur même de l’« originaire »[40]. En effet, si « on dérive la présence-du-présent de la répétition [du signe], et non l’inverse »[41], alors « la perception n’existe pas » au sens où « ce qu’on appelle perception n’est pas originaire, et que d’une certaine manière tout « commence » par la « re-présentation » »[42]. Plus encore, cela permet à Derrida de soutenir que ce qui est répétable, c’est-à-dire la trace au sens général, « est plus ‘originaire’ que l’originarité phénoménologique elle-même »[43]. Le sens n’est donc plus centré sur une présence originaire, mais décentré vers une non-présence, une altérité qui « en permet le surgissement et la virginité toujours renaissante »[44]. Reste qu’il ne s’agit pas de glisser d’un originaire de la conscience intime à un originaire de la trace. La trace n’est pas une marque empirique qui dériverait d’une présence ou d’une non-trace originaire. Le concept de trace doit s’entendre au sens d’« archi-trace » [45], c’est-à-dire d’une trace qui fait disparaître l’origine, comprise comme « commencement absolu »[46].

Dans la mesure où le sens ne repose plus sur un sol originaire, il est désormais toujours à l’extérieur. Ainsi, l’absence de sens originaire n’est alors que le signe de l’extériorité originaire du sens. Cette extériorité n’est toutefois pas une extériorisation qui présupposerait une intériorité originaire, car elle est au contraire une extériorité non dérivée. Plus précisément, cette extériorité, qui ne complète pas une intériorité, est celle du supplément qui « est extérieur, hors de la positivité à laquelle il se surajoute, étranger à ce qui, pour être par lui remplacé, doit être autre que lui »[47]. Le supplément peut ainsi être dit d’origine au sens où il n’est pas un être dérivé, mais est une opération qui « supplée l’origine défaillante »[48]. Autrement dit, d’une part le supplément ajoute un surplus, une plénitude de présence, d’autre part, cet ajout n’est que pour remplacer ou substituer, non pas une présence antérieure, mais par défaut antérieur de la présence[49]. Il n’y a donc pas de sens sans supplément : le sens est toujours déjà supplée, s’insérant dans « une chaîne de suppléments », « médiations supplémentaires qui produisent le sens de cela même qu’elles diffèrent »[50]. Ainsi, le sens n’est jamais présent immédiatement, mais procède toujours de médiations qui donnent au contraire au sens l’illusion d’une présence immédiate. L’immédiateté n’est donc pas première, mais seconde : « tout commence par l’intermédiaire »[51].

Sous ces conditions, l’écriture et plus encore la technique, en tant que suppléments, ne sont pas des expressions ou des extériorisations d’un sens premier et primordial intérieur, car elles le suppléent. Par conséquent, il ne saurait exister de sens antérieur à celles-ci. Plus encore, en déconstruisant le sens, elles se déconstruisent de leur sens courant enraciné dans cette « métaphysique logocentrique »[52]. Ainsi, l’écriture est d’abord « archi-écriture »[53] avant d’être l’inscription d’une parole antérieure et première. Quant à la technique, elle est une « télétechnologie », non pas au sens d’une technologie de la distance, mais au sens d’une technologie qui, d’une part, prend ses distances avec la métaphysique de la présence, et qui, d’autre part, accentue la quantité et la vitesse de la virtualisation déjà présente dans toute trace[54]. Ainsi, en reconnaissant le caractère originaire du supplément, Derrida met en lumière ce que nous appellerions un premier déplacement technologique du sens, où celui-ci s’extériorise en raison de la présence de la technique en son cœur.

III. Le non-sens du numérique

Cette extériorisation du sens se poursuivra avec un second déplacement technologique opéré par le numérique. En effet, il prolonge certes la logique du supplément, mais à la différence de la technique qui n’est qu’une « saisie directe des objets », il est au contraire, selon Bruno Bachimont, « une technologie portant sur la saisie du cadre fixé par d’autres saisies »[55]. Le numérique, « en tant que saisie de la saisie », se situe donc à « un niveau méta-réflexif ». Par cette formule, Bruno Bachimont entend l’idée que le numérique « n’instaure pas une médiation directe, mais une reconfiguration et potentialisation des technologies existantes, et le développement de nouvelles suggérées par ce potentiel manipulatoire »[56].

Cette médiation de la médiation est rendue possible parce que le numérique est de nature calculatoire. Le calcul se caractérise comme « la définition d’entités élémentaires dont on prescrit la combinatoire ou manipulation selon des règles machinales ou mécaniques »[57]. Autrement dit, le calcul ne porte que sur des entités réduites à leur simple manipulabilité, hors de toute signification. Elles ne sont que des abstractions formelles sans référents réels. Il suit de ce formalisme qu’elles ne désignent rien d’autres qu’elles-mêmes[58], et ne sont régies que par des règles elles-mêmes formelles, comme le sont celles de la logique. Comme le rappelle Bruno Bachimont, ce formalisme du calcul n’est autre que l’abstraction de l’activité de déplacer dans un espace des calculi, à savoir des petits cailloux. Ces calculi sont ainsi doublement indépendants vis-à-vis du sens : d’une part, ils sont définis indépendamment les uns des autres par leurs strictes propriétés formelles, et d’autre part, ils ne possèdent aucune signification en eux-mêmes, étant seulement manipulables[59]. Calculer c’est donc manipuler des calculi, c’est-à-dire « conduire par la main » des calculi d’un emplacement à un autre, abstraction faite de tout contenu. En outre, cette « pure manipulation » n’est pas un simple maniement[60], qui impliquerait encore un usage empirique de la main ainsi qu’une immédiateté de ce qui est manié. Au contraire, manipuler c’est manier abstraitement des entités abstraites, selon des règles elles aussi abstraites. Puisque la manipulation n’est que formelle tant du point de vue du support que du sens, elle peut alors être mécanisée ou automatisée par une machine[61], comme l’illustre par exemple la machine à calculer d’Alan Turing[62]. Par conséquent, « le numérique est donc la technique permettant de saisir des calculi pour les déplacer dans un espace selon des règles arbitraires mécaniques »[63].

Mais, parce que le numérique substitue à un contenu empirique un contenu formel, alors il produit du non-sens et du non-interprétable. Le numérique participe certes à l’extériorisation du sens, mais en raison de sa nature formelle, cette extériorisation est celle du non-sens. Dans la mesure où il n’a qu’un souci de validité et non de vérité, alors il se réduit à une pure manipulation formelle, vide de sens. Certes, « ça a été manipulé », mais aussi « ça ne veut rien dire »[64]. En ce sens, on peut donc bien dire que le numérique est « autre que la technique »[65], car il n’extériorise pas tant le sens qu’il n’en fait du non-sens.

IV. Le sens de l’interface

Il suit de là que si le numérique est en lui-même dénué de sens, alors « il convient de reconduire le calcul à une transformation de ses calculi en signes ou symboles » [66]. Autrement dit, ce n’est que par la médiation du symbole que le numérique acquiert un sens. Le symbole en tant que médiateur n’est pas un simple intermédiaire passif, puisqu’il est un opérateur qui traduit le contenu formel du numérique en contenu empirique signifiant : « seuls ces derniers peuvent se prêter à une visée de connaissance, car ils structurent la visée d’un objet en en donnant une signification (une expression symbolique pourvue de sens) ou une représentation (une image) »[67]. Comme le remarque Bruno Bachimont, grâce au symbole, le numérique n’est plus seulement manipulé, car il peut désormais être interprété. Cette interprétation du numérique n’est donc pas immédiate, mais toujours médiée par le symbole. En ce sens, le numérique « est la relance de l’interprétation du sens par le non sens »[68]. Mais, inversement, si le symbole transmet un sens, il ne saurait s’y réduire. En effet, le symbole, en tant que symbolon, relie tout en séparant deux entités distinctes. Autrement dit, si une face du symbole est tournée vers la signification humaine, son autre face est quant à elle tournée vers le non-sens du numérique. Le symbole est donc une entité hybride où sont liés signification et non-sens, interprétation et manipulation[69]. L’interprétation du symbole implique sa manipulation pour en dégager le sens, mais la manipulation à elle-seule ne saurait déterminer a priori l’interprétation qui en serait faite ; inversement, la manipulation du symbole présuppose une interprétation, qui à son tour ne saurait s’y réduire, dans la mesure où elle est le lieu du non-sens. Par conséquent, le symbole en tant que médiateur technique a donc, d’une part, une face physique qui lui permet d’être manipulé et de manipuler ce qu’il symbolise, d’autre part, une face signifiante qui lui permet d’être interprété et d’interpréter ce qu’il symbolise.

Le caractère biface du symbole fait de celui-ci un mode d’existence particulier de ce que nous nommerons une interface. Composé du préfixe inter- qui signifie entre, l’interface n’est pas tant un être qu’une relation qui relie tout en séparant. Distinct de l’écran ou de la fenêtre, elle est un seuil (threshold[70]) qui produit tout à la fois une séparation ainsi qu’une relation. Cette relation est d’abord orientée vers l’intériorité dans la mesure où elle est entre deux faces qui lui sont extérieures. Mais parce que le terme face dérive du latin facies, qui signifie visage ou aspect d’une chose, qui lui-même dérive à son tour du verbe facere, qui signifie faire, alors l’interface est aussi ce qui fait face à une extériorité, dans le double sens de donner à une chose une face et de persister dans une confrontation. Il y a donc une action de l’interface qui ne laisse pas les choses en l’état, mais les fait être. En ce sens, l’interface est autant active que passive, orientée vers l’intériorité comme vers l’extériorité, ne se maintenant que dans cette contradiction.

Ce terme d’« interface » inventé par James Thomson puis repris par son jeune frère William Thomson, dit Lord Kelvin, au XIXe, pour initialement décrire et expliquer la circulation de la chaleur ou de l’électricité entre différents matériaux[71], n’a été couramment utilisé qu’à partir des années 1960 suite au développement de l’ordinateur. À la différence des machines automatiques qui l’ont précédé, l’ordinateur est une « machine ouverte » qui, en termes simondoniens, recèle une « marge d’indétermination » lui permettant d’« être sensible à une information extérieure »[72]. John von Neumann modélisa sa première architecture en 1945[73], et le pourvut d’organes d’entrée (input) et de sortie (output), lui permettant ainsi de communiquer avec le monde extérieur, préfigurant alors l’interface. En effet, « moyennant un véritable pliage logique, les deux extrémités se sont rejointes et, tournées du même côté, elles forment aujourd’hui l’‘interface’ »[74]. L’interface est donc un dispositif technique assurant la communication dans un sens spécifiquement informatique. Mais parce qu’elle n’est pas qu’orientée vers l’extériorité, mais aussi vers l’intériorité, alors l’ordinateur peut être à son tour appréhendé comme « un emboîtement, un feuilletage, un réseau d’interfaces successives »[75], où sont reliés software et hardware, mais aussi d’autres sources de données[76]. Il y a alors autant de modes d’existence de l’interface qu’il y a d’entités reliées selon des supports variés, dont l’interface homme/machine n’en est qu’un type, puisqu’elle « désigne l’ensemble de logiciels et d’appareils matériels permettant la communication entre un système informatique et ses utilisateurs humains »[77]. Elle permet ainsi de manipuler directement[78] ce que la machine numérique fait abstraitement[79], à l’instar des premières interfaces conçues notamment par Douglas Engelbart et Ivan Sutherland. Il suit de là que l’interface ne peut se concevoir substantiellement, mais toujours relationnellement, tant sur le plan technique où elle est nécessairement associée à un milieu technique qui lui permet de fonctionner correctement[80], que celui existentiel où elle incarne (embodied interface) les usages, perceptions et autres interprétations du monde quotidien de l’homme[81], que celui logique où elle est le résultat d’une programmation numérique[82]. Elle est donc un dispositif technique ayant une face existentielle et logique.

Or, si l’interface permet la communication, cela est dû à son intelligence. Comme le rappelle Branden Hookway, celle-ci peut être humaine, technologique, sociale ou matérielle, dès lors qu’il y a une opération de mise en relation d’éléments épars[83]. L’intelligence de l’interface n’existe donc pas avant la rencontre de ces mêmes éléments, et permet en retour de les déterminer. Plus encore, l’intelligence, comme son étymologie l’indique, intellectio, est une affaire, de lecture (lectio), c’est-à-dire de sélection (selectio) impliquant une élection (electio) de certains éléments[84]. Autrement dit, l’intelligence est une opération de contrôle où sont sélectionnés, c’est-à-dire filtrés, les éléments jugés pertinents. Elle produit ainsi toujours un écart avec ce qui est donné, prêtant à celui-ci une pertinence dont il était initialement dénué. Par conséquent, l’intelligence de l’interface consiste à inter-préter certains éléments pour les mettre en relation avec d’autres, et ce en bonne intelligence. L’interface est ainsi le dispositif technique qui permet de sélectionner ce qui dans le non-sens du numérique peut être signifiant pour l’homme, et inversement. Elle capte[85] donc ce qu’elle juge pertinent, et ce faisant conditionne la lecture de ce qu’elle a capté, c’est-à-dire le contenu. Celui-ci contient le sens qui n’est donc pas « un noyau de signification » mais qui renvoie aux nombreuses relations qui le travaillent au gré des rencontres. Ainsi le sens de l’interface réside dans l’opération de faire sens, c’est-à-dire dans l’opération de faire le sens, et d’être sensée.

V. L’interface du sens

Le sens se trouve donc de nouveau déplacé par l’interface : tel est le second déplacement technologique. Il est désormais « dans ce ‘nulle part’ de l’entre, c’est-à-dire dans cet ‘entre’ qui n’a pas sa place, de l’« a-topie »[86], entre le non-sens et la signification. Ni totalement dans l’extériorité technologique, ni totalement dans l’intériorité de la subjectivité, il est à la rencontre entre ces deux réalités rendue possible par la présence de l’interface. Déjà Gille Deleuze faisait remarquer que « inséparablement le sens est l’exprimable ou l’exprimé de la proposition, et l’attribut de l’état de choses ». Autrement dit, sans être l’un ou l’autre, « il tend une face vers les choses, une face vers les propositions », devenant ainsi « la frontière des propositions et des choses »[87]. De même en va-t-il avec l’informatique : le sens est « l’évènement » de convergence des deux séries divergentes du numérique et de la signification. Ce sens-évènement n’est donc pas à découvrir dans une profondeur principielle ou originaire à la manière d’Husserl ou d’Heidegger, car il est produit et à produire[88]. Il est « effet de surface, inséparable de la surface comme de sa dimension propre »[89]. Le sens est donc à la surface, mais à une surface sans profondeur, qui n’est donc pas à proprement parler une sur-face, c’est-à-dire la face extérieure d’une intériorité mise en retrait. Plus encore, cette surface n’est qu’un effet au sens causal et de surface, sans réalité substantielle : le sens ne fait pas tant surface qu’il se fait surface à la manière d’une peau[90].

Bien que Deleuze illustre sa conception de la surface par la célèbre formule de Valéry, qu’il tronque partiellement, « le plus profond, c’est la peau »[91], c’est essentiellement sur l’analyse simondonienne de la membrane, dont la peau est une espèce, qu’il se fonde[92]. Pour ce dernier, la membrane se caractérise « comme ce qui sépare une région d’intériorité d’une région d’extériorité : la membrane est polarisée, laissant passer tel corps dans le sens centripète ou centrifuge, s’opposant au passage de tel autre »[93]. Ainsi, si « la surface est le lieu du sens »[94], c’est au sens où la surface n’est pas tant qu’elle fait être, ici, l’intérieur et l’extérieur, à la manière d’une membrane. Cette surface n’est donc pas la sur-face d’une chose, mais l’inter-face, c’est-à-dire la relation entre des choses distinctes, n’existant que dans l’opération de polariser.

En se constituant comme interface, le sens devient à son tour métastable, se faisant et se défaisant selon les rencontres. Aussi, selon la formule simondonienne, nous pouvons parler d’une problématisation du sens dans la mesure où il est travaillé par cette tension. C’est cette même tension qui appellera une résolution, notamment par l’invention de l’interface elle-même. Le sens en tant qu’interface résulte donc du sens de l’interface.

Conclusion

Ainsi, faire une philosophie de l’interface ne consiste donc pas à dévoiler son sens caché, mais à se faire à son tour interface pour rendre possible l’émergence du sens, en ne se situant ni du côté du sujet transcendantal, ni du côté de l’objet numérique. Se préoccuper du sens de l’interface ce n’est donc rien de moins que de chercher à entre-tenir cet entre par où le sens peut émerger. Déjà, Michel Bitbol concevait La philosophie des sciences comme interface où « ni jouet ni démiurge au carrefour du champ de forces qu’il occupe, [le philosophe des sciences] opère comme relais dynamique apte à enrichir de ses initiatives le processus d’échange entre sciences et société »[95]. Il convient alors d’étendre ce positionnement à la philosophie elle-même, où non sans malaise et fragilité, elle renouera avec « cette figure mythique de l’intermédiaire », atopique tout autant qu’atypique, qui est Socrate[96].


[1] M. Heim, The Metaphysics of Virtual Reality, s. l., Oxford University Press, 1994, p. 76.

[2] G. Chazal, Interfaces : Enquêtes sur les mondes intermédiaires, Seyssel, Editions Champ Vallon, 2002, p. 9

[3] Id.

[4] J.-L. Nancy, Le Sens du monde, Paris, Galilée, 1993, p. 11.

[5] J. Patocka, La crise du sens. Tome 1. Comte, Masaryk, Husserl, Bruxelles, Ousia, 1985.

[6] E. Husserl, La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, G. Granel (trad.), Paris, Gallimard, 2004.

[7] J.-L. Nancy, Etre singulier pluriel, édition revue et augmentée, Paris, Editions Galilée, 2013, p. 19.

[8] Sur le thème de la mutation à partir d’une interprétation du texte husserlien J.-M. Garrido, « La mutation infinie du sens », Les Cahiers philosophiques de Strasbourg, no 42, 1er novembre 2017, p. 119-125 ; J.-M. Garrido, « Phraser la mutation : entretien avec Jean-Luc Nancy », Les Cahiers philosophiques de Strasbourg, no 42, 1er novembre 2017, p. 15-25.

[9] G. Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Editions Aubier, 2012, p. 11.

[10] Ibid., p. 88

[11] E. Hörl, « Du déplacement technologique du sens », Rue Descartes, no 64, 1er juin 2009, p. 50-65.

[12] L’expression « culture du sens » (Sinnkulturen) trouve son origine dans les travaux d’Hans Ulrich Gumbrecht qui la distingue de la « culture de présence » (Präsenzkultur). Sur ce point, lire H. U. Gumbrecht, Eloge de la présence. Ce qui échappe à la signification, F. Jaouën (trad.), Paris, Libella – Maren Sell Editions, 2010, p. 125-135 .

[13] E. Husserl, La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, op. cit., p. 10.

[14] Ibid., p. 18.

[15] E. Husserl, Logique formelle et logique transcendantale. Essai d’une critique de la raison logique, S. Bachelard (trad.), Paris, Presses Universitaires de France, 2002.

[16] E. Husserl, La Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, op. cit., p. 54.

[17] Ibid., p. 50-51.

[18] Ibid., p. 56.

[19] Ibid., p. 65.

[20] Ibid., p. 66.

[21] Ibid., p. 54.

[22] Ibid., p. 60.

[23] Ibid., p. 56.

[24] E. Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie phénoménologiques pures. Tome Premier. Introduction générale à la phénoménologie pure, P. Ricoeur (trad.), Paris, Gallimard, 1950, § 24, p. 78.

[25] E. Husserl, « La tâche actuelle de la philosophie (1934). VIII e Congrès international de philosophie à Prague », R.-M. Le Goff et al. (trad.), Revue de Métaphysique et de Morale, vol. 98, no 3, 1993, p. 329. Pour un approfondissement du rapport de la phénoménologie husserlienne à la technique, nous nous permettons de renvoyer à E. Boyer, Le conflit des perceptions, Paris, Editions MF, 2015.

[26] M. Heidegger, « La fin de la philosophie et la tâche de la pensée », J. Beaufret et F. Fédier (trad.), dans Questions III et IV, Gallimard, Paris, 1966, p. 282.

[27] Id.

[28] Ibid., p. 283.

[29] Id..

[30] Ibid., p. 285. Sur la relation entre Heidegger et la cybernétique, voir E. Hörl, « La destinée cybernétique de l’occident. McCulloch, Heidegger et la fin de la philosophie », Appareil, no 1, 9 février 2008 (DOI : 10.4000/appareil.132  consulté le 25 juillet 2019).

[31] M. Heidegger, « La fin de la philosophie et la tâche de la pensée », op. cit., p. 16.

[32] M. Heidegger, Langue de tradition et langue technique, H. Heidegger (éd.), M. Haar (trad.), Editions Lebeer-Hossmann, s. l., 1990, p. 37.

[33] Ibid., p. 38.

[34] M. Heidegger, Etre et Temps, F. Vezin (trad.), Paris, Gallimard, 1986, p. 206.

[35] M. Heidegger, Qu’appelle-t-on penser?, A. Becker et G. Granel (trad.), Presses Universitaires de France, Paris, 1973, p. 160.

[36] M. Heidegger, Langue de tradition et langue technique, op. cit., p. 43.

[37] M. Heidegger, « Science et méditation », dans M. Heidegger, A. Préau (trad.), Paris, Gallimard, 1958, p. 76.

[38] M. Heidegger, Langue de tradition et langue technique, op. cit., p. 44.

[39] J. Derrida, La voix et le phénomène. Introduction au problème du signe dans la phénoménologie d’Husserl, Paris, Presses Universitaires de France, 1967, p. 60.

[40] Ibid., n. 1, p. 50.

[41] Ibid., p. 58.

[42] Ibid., n. 1, p. 50.

[43] Ibid., p. 75.

[44] Ibid., p. 73.

[45] J. Derrida, De la grammatologie, Paris, Editions de Minuit, 1967, p. 90.

[46] J. Derrida, « Introduction », J. Derrida (trad.), dans E. Husserl, L’origine de la géométrie, Paris, Presses Universitaires de France, 2010, n° 1, p. 60.

[47] J. Derrida, De la grammatologie, op. cit., p. 208.

[48] Ibid., p. 442.

[49] Ibid., p. 208.

[50] Ibid., p. 226.

[51] Id.

[52] Ibid., p. 18.

[53] Ibid., p. 83.

[54] J. Derrida, L’Université sans condition, Paris, Editions Galilée, 2001, p. 25-26.

[55] B. Bachimont, « Numérique et manipulation: la constitution technique des connaissances », dans G. Chazal (éd.), Le numérique en débat. Des nombres, des machines et des hommes, Editions Universitaires de Dijon, Dijon, 2017, p. 20.

[56] Id.

[57] Id.

[58] B. Bachimont, « Signes formels et computation numérique : entre intuition et formalisme », dans H. Schramm, L. Schwarte et J. Lazardzig (éd.), Instrumens in Art and Science. On the Architectonics of Cultural Boundaries in the 17th Century, Berlin/New York, Walter de Gruyter Verlag, 2008.

[59] B. Bachimont, Le sens de la technique : le numérique et le calcul, Paris, Encre Marine, 2010, p. 155.

[60] Ibid., p. 156.

[61] Id.

[62] A. M. Turing, « Théorie des nombres calculables, suivi d’une application au problème de la décision », J. Basch et P. Blanchard (trad.), dans J.-Y. Girard (éd.), La machine de Turing, Seuil, Paris, 1995, p. 49-104.

[63] B. Bachimont, « Numérique et manipulation: la constitution technique des connaissances », op. cit., p. 22.

[64] B. Bachimont, Le Sens de la technique, op. cit., p. 159.

[65] B. Bachimont, « Numérique et manipulation: la constitution technique des connaissances », op. cit., p. 24.

[66] Ibid., p. 26.

[67] Ibid., p. 25.

[68] Ibid., p. 26.

[69] B. Bachimont, Le Sens de la technique, op. cit., p. 152-155 ; G. Chazal, Le miroir automate. Introduction à une philosophie de l’informatique, Champ Vallon, Seyssel, 1995, p. 47-69 ; F. Varenne, Qu’est-ce que l’informatique?, Paris, Vrin, 2009, p. 25-43.

[70] A. R. Galloway, The Interface Effect, Cambridge/Malden, Polity Press, 2012 ; B. Hookway, Interface, Cambridge, Massachusetts ; London, England, MIT Press, 2014.

[71] Sur la généalogie du terme d’interface, voir P. Schaefer, « Interface. History of a Concept, 1868-1888 », dans D. W. Park, N. W. Jankowsk et S. Jones (éd.), The Long History of New Media. Technology, Historiography, and Contextualizing Newness, Peter Lang Publishing, New York, 2011, p. 163-175 ; B. Hookway, Interface, op. cit.

[72] G. Simondon, Du mode d’existence des objets techniques, op. cit., p. 11.

[73] J. von Neumann, First Draft of a Report on the EDVAC, Moore School of Electrical Engineering University of Pennsylvania, 1945.

[74] P. Lévy, Les technologies de l’intelligence. L’avenir de la pensée à l’ère informatique, Paris, La Découverte, 1990, p. 200.

[75] Ibid., p. 201.

[76] F. Cramer et M. Fuller, « Interface », dans M. Fuller (éd.), Software Studies A Lexicon, Cambridge, Massachusetts ; London, England, MIT Press, 2008, p. 149-153.

[77] P. Lévy, Les technologies de l’intelligence. L’avenir de la pensée à l’ère informatique, op. cit., p. 200.

[78] Sur le modèle de la manipulation directe des interfaces, voire l’article fondateur B. Shneiderman, « Direct Manipulation: A Step Beyond Programming Languages », Computer, vol. 16, no 8, août 1983, p. 57-69.

[79] B. Bachimont, Le Sens de la technique, op. cit., p. 146.

[80] Y. Hui, On the Existence of Digital Objects, Minneapolis/London, University Of Minnesota Press, 2016.

[81] Id.

[82] B. Bachimont, « Numérique et manipulation: la constitution technique des connaissances », op. cit., p. 25.

[83] B. Hookway, Interface, op. cit., p. 43.

[84] Y. Citton, « Créolecture et politiques membraniques », Multitudes, vol. 3, no 22, 2005, p. 203-211.

[85] P. Lévy, Les technologies de l’intelligence. L’avenir de la pensée à l’ère informatique, op. cit., p. 204 ; P. Lévy, « Remarques sur les interfaces », Réseaux, vol. 7, no 33, 1989, p. 14-15.

[86] F. Jullien, L’écart et l’entre. Leçon inaugurale de la Chaire sur l’altérité, 8 décembre 2011, Paris, Editions Galilée, 2012, p. 61.

[87] G. Deleuze, Logique du sens, Paris, Editions de Minuit, 1969, p. 34

[88] Ibid., p. 90.

[89] Id.

[90] Ibid., p. 87.

[91] Ibid., p. 18 ; rappelons que la formule originale est : « À propos de surface, est-il exact que vous ayez dit ou écrit ceci : Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau ? » P. Valéry, L’Idée fixe ou Deux Hommes à la mer, Paris, Gallimard, 1960, vol. Tome 2, p. 215. Pour un autre usage de cette formule, on lira F. Dagognet, La Peau découverte, Paris, Institut Edition Synthelabo, 1993 ; F. Dagognet, Faces, surfaces, interfaces, Paris, Librairie Philosophique Vrin, 1982.

[92] G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., p. 126.

[93] G. Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, Grenoble, Editions Jérôme Millon, 2005, p. 225.

[94] G. Deleuze, Logique du sens, op. cit., p. 126.

[95] M. Bitbol, « La philosophie des sciences comme interface », Rue Descartes, no 41, 1er septembre 2003, p. 19.

[96] S. Kofman, Socrate(s), Paris, Editions Galilée, 1989, p. 20.

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